‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 124 sur 131 · I. Guimbaud, 0/7. cit · texte numérisé non relu

I. Guimbaud, 0/7. cit

« Alba. Peligro. Aguardarse. No quiero malo para ella^ ni para la que tiene mi corazon. — Blanche. Danger. Etre en garde. Je ne veux pas qu'il lui advienne du mal, ni à celle qui a mon cœur. » Le i^"^ février, il y eut dans le cristal room, qui était le belvédère vitré où Victor Hugo travaillait, une explication entre Juliette et lui. Elle ne mit pas fin aux inquiétudes de la pauvre femme, si j'en crois le carnet qui disait, en espagnol, trois jours après : « Cette après-midi Juliette n'est pas tranquille. Je ne veux pas qu'elles souffrent, ni elle, ni l'autre. » Une phrase latine, citée le lendemain, était tout à fait expressive : « Clamavi : ardeo dum tihi cogitoî Dixit amo vos. » Juliette la traduisit ainsi : « Oh ! quand je pense à toi, je brûle. Je vous aime. » Des précisions, des détails, des entrevues, des scènes racontées, dont des mots étrangers pour elle, qui finissait par les déchiffrer, gardaient mal le secret, accentuaient aux yeux de la femme trompée le caractère de la trahison. Les notes de la fin de mars indiquaient qu'un nuage avait passé dans les amours de Victor Hugo avec Blanche. Elle avait prononcé une parole qui l'avait fait réfléchir et il s'était promis d'obsijrver avant d'aller plus avant.

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Même il écrivait que le charme rompu avait conjuré le péril. Quel péril? Te l'ignore, mais la pauvrette, /Jo^r^ciVa, avait paru si malheureuse, muy desdichosa^ qu'elle apitoya et rassura le poète dans une réconciliation qui ne laissa à celui-cî, dès le premier jour d'avril, plus rien à désirer ! Pendant deux mois et demi, le carnet, où l'espagnol dans les mots brave l'honnêteté, en fait foi d'une façon qui ne laisse aucun doute.

Le i" juillet. Blanche quitta à la foisGuernesey et le service de Madame Drouet, dont elle se sépara d'ailleurs en fort bons termes. Mais ce départ ne mit pas fin à l'intrigue que Victor Hugo avait nouée avec elle. Ils se retrouvèrent à Paris au mois d'août, et le carnet laisse assez entendre qu'ils payèrent de nombreux plaisirs la peine de leur absence. Leur imprudence les perdit. Juliette eut-elle, comme il le semble, recours à des témoins et à une enquête pour dénicher la retraite où ils abritaient leurs amours, ou fut-elle guidée tout simplement par le sûr instinct de sa jalousie avertie et soupçonneuse? Je n'en puis rien dire, mais il est trop certain qu'elle connut toute la vérité d'une « trahison impitoyable, perma-nente et lâche ». Irritée, humiliée.

désespérée, elle prit, sous le coup d'une indignation violente, le parti de renoncer à la lutte et de céder la place. Elle abandonna, sans avertir de ses intentions le poète infidèle, son appartement de la rue Pigalle, et, comme en i834,elle partit brusquement pour Brest. Son départ eut lieu le 23 septembre. Victor Hugo eut dans la nuit un cauchemar et un pressentiment qu'il note ainsi sur son carnet :

24. — Rêve affreux, fêtais dans une forêt. A. in étouffait^ je me suis débattu et réveillé avec un cri terrible^ — puis, c veillé, j'ai entendu des frappements dans une chambre., trois par trois., très forts et très étranges, puis comme des passages d'êtres invisibles tout près de mon oreille. Je me suis rendormi pourtant, jnais avec une sorte d' horreur . T ai dormi Jusqu'à sept heures du matin. Je suis calme. J'attends une lettre de Béru^ —

Ses supplications, dont le neveu de Juliette, M. Louis Koch, fut l'interprète, eurent assez de force pathétique pour ramener l'exilée vo-

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