‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 123 sur 131 · I. Edouard Lockroy, Au hasard de la vie, p · texte numérisé non relu

I. Edouard Lockroy, Au hasard de la vie, p

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latin et beaucoup d'espagnol servaient à atténuer la précision et à gazer la liberté. Ce carnet, qu'elle trouva, et non sans doute par hasard, apporta aux soupçons de Juliette, inquiète des « jeunes tentations » auxquelles était exposé son amant, une trop claire confirmation. Le latin lui étant étranger et presque inaccessible, elle essaya de se mettre à l'espagnol. J'ai connu les travaux et les traductions auxquels s'appliquaient, pour renseigner son âme douloureuse, ses pauvres yeux fatigués. Comment aurait-elle pu douter? Le mot Alba, qui désignait Blanche dans un espagnol trop transparent, revenait à chaque ligne, du mois de septembre 1872 au mois de juillet 1873. Des notations successives indiquaient suffisamment, malgré leur brièveté calculée et aggravée de signes mystérieux, ce que le poète, enhardi par une molle résistance et provoqué par des formes irréprochables, avait demandé à la jeune fille et ce qu'il en avait obtenu. On pouvait mesurer pas à pas les progrès d'une passion partagée et fixer le jour précis de la conquête définitive. D'ailleurs quelques phrases écrites en français étaient par elles-mêmes assez révélatrices pour éclairer Juliette. Celle-ci, par exemple, à la date du

5 janvier 1878 : « Affliction faite involontairement. Prendre garde de ne pas affliger ce tendre cœur et cette grande âme. » Il y avait dans cotte précaution un hommage rendu à Madame Drouet. Mais, quelques jours après, le i4, ce n'est pas à elle que le poète pensait en traçant ces deux lignes. « J'ai écrit : espoir et courage à la charmante femme qui rentre si nohle et si vaillante dans la vie. Dieu finit toujours par être juste. Espoir, w Cet appel à la justice de Dieu, dans une pareille circonstance, devait apparaître comme un singulier déni de justice à Juliette, qui écrira plus tard: « Lequel de nous deux a le droit de prendre Dieu à témoin de son amour, lequel de nous deux doit s'avouer coupable dans son for intérieur? Dieu le sait, et c'est à lui que je m'adresse dans cet infernal débat de ton amour et du mien toujours remis en question*. » Victor Hugo se sentait surveillé. Il s'efforçait d'accorder les exigences grandissantes de sa passion nouvelle et la tranquillité de ses relations avec son ancienne maîtresse. Et son carnet, le 27 janvier, insistait, en espagnol, sur les mesures de précaution qu'il fallait prendre»

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