‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 14 sur 131 · Caldera, p. ^i · texte numérisé non relu

Caldera, p. ^i

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scnce même. Au moins, le vide sera complet. Cessons donc de nous voir, erovez-moi, encore j)()ui' ((url«|U(> temps, iilin de ne |)îis cesser de nous aimer... . '^

Cette séparation, loyalement consentie de part et d'autre, valait mieux que la " demiintimité, mal reprise et mal recousue » dont ils venaient de faire pendant trois mois l'essai douloureux et heurté. Sainte-Beuve l'accepta comme « des arrêts indéfinis » que l'amitié « plus calme et tout à fait guérie » de Victor Hugo lèverait un jour. Il fit tout pour hâter cette heure, multipliant les attentions et les prévenances, et portant, par espoir d'amour, à Marionde Lorme^ entrée en répétitions, la sollicitude que, par dépit d'amour, il avait refusée à Hernani. Il assista à la première représentation.

Le 7 juillet, il avait écrit à Victor Hugo : (( Quant à l'autre personne que j'éviterai aussi de nommer, — bien qu'elle soit restée pour moi l'objet d'une affection invincible et inaliénable, — je ne crois pas l'avoir pu blesser par aucun retour vers un temps évanoui. Je ne l'ai jamais revue seule : quand vous n'y étiez pas, il y avait toujours des témoins, et mon intérêt ne se manifestait jamais que par

(Sl> LKS A MO LUS l)'l N POKTi:

des questions relatives à la santé et à l'état physique » . Faut-il donc reporter vers ce temps évanoui les scènes familières que raconte dans le Livre cU Amour la pièce intitulée l'Enfance (l'Adèle^ que Sainte-Beuve a datée du 9 août ?

Elle esllà, mon Adèle...

enfermée par un « sombre époux », qui réclame, comme un lion jaloux, sa part dans sa beauté et la serre dans ses bras de fer, rêvant à l'«ami » pour lequel elle garde son cœur, le seul don que, vainqueur timide, il veuille d'elle sans dénouer sa ceinture d'or et sans l'exposer aux remords des souillures amères. Si VEnfance d'Adèle évoque des souvenirs exacts et s'il faut tenir pour vraie la date que Sainte-Beuve lui a assignée dans son livre secret, il en résulte qu'au mois d'août i83i. Madame Victor Hugo avait accepté les hommages d'un amour dont les précautions respectueusse atténuaient la faute, mais qui n'en était pas moins une relation clandestine, défendue el dangereuse.

Cet amour avait-il fait des progrès trois semaines plus tard? La pièce VI du Livre d'Amour^ intitulée seulement Sonnet^ et datée du i*"^ septembre, rassure, console et

LES AMOURS d'uN POÈTE <S'Î

exalte « la folle hieii-aimée >> qui se lamente sur ses « charmes défleuris », sur les ravages du temps et sur quelques cheveux précocement pâlis. Sainte-Beuve a donné pour épigraphe aux pièces XXII et XXIII un court extrait des lettres qu'il écrivait à son amie. La pièce YI de^ait être accompagnée des extraits de lettres d'Elle, dont la copie que je possède est de la main de Sainte-Beuve. « Ceci se trouvait, écrit-il, après le sonnet : Que vient-elle me dire ? »

Je cite dans leur ordre ces curieux fragments :

... La souffrance ne fera que sanctifier et fortifier, s il est possible^ notre amour. (Elle, lettres.)

...Je voudrais te faire une vie complette (sic)... Si je pouvais répandre mon sang goutte à goutte pour te faire toujours un bonheur plus vif à chaque goutte répandue,

je ne balancerais pas une minute (Elle,

lettres.)

... Imaginez., mon Charles., que ce matin., dans mon lit, je pensais que cela ni ajnuse-

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rait d'écrire pour moi ma vie jusquà celle époque. Je diviserais cela en trois chapilres par V ordre des événements. Ce serait écrit comme un portier., mais c'est égal — (Klle.)

...Je ne me rappelle pas ni être jamais ennmjée., tant fai toujours eu un monde à moi.... (Elle*.)

Faut-il rapporter à la même époque la première des deux lettres de Lui à Elle dont Sainte-Beuve avait conservé une copie autographe, et qu'il voulait sans cjoute donner comme commentaire à son livre? On verra que la seconde est incontestablement de i832. Pour faire entrer la première dans le cadre des événements qui marquèrent la lin de l'année i83i, je peux invoquer comme raison la similitude des sujets traités dans le sonnet VI et dans la lettre. Je crois aussi que l'allusion religieuse sur laquelle celle-ci se termine ne trouve sa vraie date que dans une période assez contemporaine de celle où l'influence de Lamennais sur Sainte-Beuve s'exerçait ou se prolongeait. Quoi qu'il en

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