I. Tous ces fragments sont inédits
LES AMOURS d'uk POliTE 85
st)il, je cite dans leur enliei" les fragments de la lettre tels que Sainte-Beuve les avait recopies de sa main. Si la date, restée douteuse, ouvre plusieurs hypothèses, riiilérèt du moins n'est pas contestahlc.
... Mon arnie^ une autre idée nia encore af/Iigé un peu^ cest de sentir qu il se passe actuellement quelque chose en toi, — quelque chose comme une lutte ^ comme un sacrifice cl' espérances et d'illusions trop chères ; tu m'as admirablement exprimé cela hier : tu veux que ton amour soit plus grave^ plus fixe ^ plus résigné, moins de jeune fille, avec moins de superstitions et de gentillesses capricieuses, tel en un mot queVâge^ les rides, la mort, n aient plus rien à y changer. Tu veux donc le dépouiller toi-même d'avance, 6 mon amie^ le dépouiller dans ton cœur de sa jeunesse, de cette robe légère et charmante sans doute, mais qui n'est pas lui. Et cela te fait souffrir. Mon amie, f en pleure comme toi et ne puis rien te dire. Moi, mon amie, te V avouer ai-je ? cette robe de grâce et d^ illusions charmantes, mon amour ne V a pas eue, ou du moins il ne l'a portée qu à peine, par rares
moments et comme un habit, de fête inaccoutumé^. C'est pour cela peut-être que cet amour en moi ne frappe pas assez tes yeux : il n'est pas éclatant de blancheur, 6 mon ange ; il est sombre.^ il se confond avec ces nuances tombantes du soir dans ces églises ou nous allons^'; il a été veuf, pour ainsi dire, et un peu découragé dès son berceau; il s'est habitué au deuil même au sein du bonheur'\ Adèle, j'ai toujours été médiocrement doué de la faculté de V espérance^ j'ai toujours senti V absence et V empêchement en toutes choses ; mes sentiments ont toujours un peu manqué de soleil dans la saison propice'". Mais si mon espérance sait mal sourire., j' ai la foi et r amour ., mon ange : je t'aime^ je