‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 35 sur 131 · J'oix Inlt'riciiri'.'!, XII · texte numérisé non relu

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l'avoir fuie, il devint son amant, et « rëtincelle » dont il avait eu peur alluma dans son cœur un incendie qui dura cinquante ans.

C'est celle qu'ay d'alliance pressée Par ces attraicls : laquelle à vois baissée M'a dit, je suis ta pensée féale, Et toy la mienne à mou gré cordiale : Noire alliance ainsi fut commencée Un mardy gras.

Clément Marot. Rondeaux.

Engraoée au théâtre de la Porte-Saint-Martin pour y tenir les premiers rôles, Juliette Drouet accepta, le 3 janvier i833, de jouer la princesse Negroni dans Lucrèce Borgia. Elle y mit même un empressement dont sa lettre à Harel donne la raison : « Il n'y a pas de petit rôle dans une pièce de M. Victor Hugo. » A ce moment l'auteur et l'actrice ne se connaissaient pas. Les répétitions les rapprochèrent. Mais, toujours inquiet de « ce qui salit le poète », c'est-à-dire « des tracasseries de la coulisse », Victor Hugo conserva à l'égard de sa belle interprète, qui multiplia, s'il faut en croire la légende, ses coquettes avances, une attitude respectueuse et prudente.

La première représentation valut au drame

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de Lucrèce Borgin un triomphe. La princesse Negroni en eut sa part. Théophile Gautier nous a laissé le témoignage du succès personnel qui récompensa Juliette de son abnégation. « Elle avait deux mots à dire et ne faisait en quelque sorte que traverser la scène. Avec si peu de temps et si peu de paroles, elle a trouvé moyen de créer une ravissante figure, une vraie princesse italienne, au sourire gracieux et mortel, aux yeux pleins d'enivrement perfide; visage rose et frais qui vient de déposer tout à l'heure le masque de guerre de l'empoisonneuse, si charmante d'ailleurs qu'on oublie de plaindre les infortunés convives et qu'on les trouve heureux de mourir après lui avoir baisé les mains. » En écrivant ces lignes, Théophile Gautier, disciple fidèle, reflétait la pensée du maître, qui, au lendemain de la représentation, avait publiquement félicité Mademoiselle Juliette de '< l'éclat extraordinaire » qu'elle avait jeté sur son apparition. ce Elle n'avait que quelques mots à dire, elle y a mis beaucoup de pensées, il ne faut à cette actrice qu'une occasion pour révéler puissamment au public un talent plein d'âme, de passion et de vérité. )> L'occasion manqua à la femme de théâtre, ou plutôt, la femme de

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théâtre manqua, neuf mois plus tard, à l'occasion. Mais la jolie femme attendit moins et réussit mieux. Lucrèce Borgia avait été jouée le 2 février. Dix-sept jours après, le 19 février, Juliette Drouet était la maîtresse de Victor Hugo*.

Et c'était sa première maîtresse. Qu'on n'en ait, avant, nommé ou connu aucune, voilà déjà une constatation qui aurait, avec un homme aussi célèbre, la valeur d'une preuve. Mais il y a , pour l'affirmer , un témoignage dont l'autorité sur ce point prend, du fait même de sa partialité habituelle contre Victor Hugo, une autorité irrécusable. C'est celui de M. Paul Chenay qui, beau-frère et ami de Madame Victor Hugo, a dédié à sa « mémoire vénérée » un livre où il est tout à fait catégorique. « Pour Victor Hugo il n'y avait pas d'autre femme que son Adèle. Il allait au

I. Victor Hugo, soit dans ses lettres, soit dans le Livre de l^ Anniversaire ^ où il écrivait chaque année quelques belles pages pour Juliette, plaçait sa première nuit d'amour au (( 17 février i833, jour du mardi gras ». Il y a une erreur de jour ou de date. Le mardi gras tombait en i833 le 19 février. Le bal où Victor et Juliette devaient se rencontrer, tt où ils n'allcreut pas! eut lieu ce jour-là au Gymnase : la lettre d'invitation en a été gardée. Je crois donc que Victor Hugo s'est trompé sur la date et ses souvenirs ont confondu le 17 lévrier avec le 19. Cette erreur a duré cinquante ans, sans que Juliette l'ait jamais rectifiée.

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théàti'O, suivait et dirii^eait les répétitions el la mise en scène de ses pièces, ne s'occupant des acteurs et des actrices qu'au point de vue de leurs rôles : il ignorait le reste. Les propos grivois, les provocations quelconques avaient

été fusqu alors sans effet sur lui Il était

jusque-là sans défiance contre les procédés de séduction des femmes de théâtre Pendant plusieurs années il résista victorieusement aux tentations offertes chaque jour à sa jeunesse, mais dans une telle lutte il devait être vaincu'. »

Ce témoignage suffit, ou devrait suffire, à détruire la légende, l'une des plus fortement enracinées que je connaisse, qui attribue à la revanche d'un amour trahi les relations amoureuses de Madame Victor Hugo avec Sainte-Beuve. C'est pour l'opinion publique la vérité courante. Cette prétendue vérité, mise en circulation par Alphonse Karr dans le récit des Guêpes^ qui fourmille d'inexactitudes, a contre elle les faits et les dates. Je ne sache pas qu'aucun des défenseurs de iNIadame Victor Hugo, même parmi ceux qui sont les plus acharnés à atténuer sa faute, ait eu l'impru-

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