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Quand la Restauration installa Louis XVIII sur le trône, les deux familles se réjouirent d'un retour qui flattait leurs opinions et leurs espéranees. Elles assistèrent, d une fenêtre louée par >1. Foueher, au passage du cortège de la Cour qui se rendait à jNotre-Dame pour une cérémonie solennelle. Décoré, comme ses frères, par les nouveaux souverains, de l'ordre du Lys, Victor, qui donnait le bras à Adèle, se rendit à la fête, « radieux d'avoir son Ivs à sa i)outonnière et nue fenune à son bras ». Appelée auprès de son mari à Tliionville, qu'il avait héroïquement défendue et conservée à la France, Madame Hugo confia ses enfants aux bons soins de Madame Lucotte, qui occupait le premier étage de la même maison. On allait souvent chez les Foueher, non seulement pour se « désennuyer », mais pour travailler. Des années s'écoulèrent. Victor fit de brillantes études. En 1818, Madame Hugo, dont le mari, retenu ailleurs, prenait peu de soin, dut habiter un appartement plus modeste et elle s'installa avec ses deux plus jeunes enfants, sortis de pension, dans la rue des Petits-Augustins. Elle n'en continua pas moins à voir ses vieux amis. Presque tous les soirs, pendant l'hiver de 1 8 1 8- 1819. elle se rendait, accompagnée d'Eugène
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et de Victor, à riiôtel Toulouse, où l'on faisait cercle dans la grande chambre à coucher de Madame Foueher. On causait, ou l'on brodait, mais l'on parlait peu, et les enfants, habitués par leur mère à une sévère discipline, n'avaient garde d'interrompre le silence. D'ailleurs, la monotonie de ces soirées était rachetée pour eux par la présence d'Adèle, dont la beauté naissante charmait leurs yeux. Quand on n'allait pas rue du Cherche-Midi, la tristesse gagnait Victor, déjà « rêveur et passionné ». Quand on sortait pour s'y rendre, il pressait la lenteur d'Eugène, sans se douter que cette lenteur dissimulait une impatience égale à la sienne, et née du même amour. Seul il se déclara. Le 26 avril 18 1 9, assis aux pieds d'Adèle, et interrogé par elle, il lui livra son grand secret, qu'elle accueillit en lui confianl le sien. Ils s'aimaienl. A eux deux ils réunissaient trente-trois ans! Leur joie s'eftbrça d'être discrète et ils firent de leur mieux, avec cette intelligence du cœur qui chez les amoureux devance l'âge, pour cacher à leurs parents le roman qui enchaînait leurs vies. Ce fut Madame Foueher qui, la première, devina la cause des assiduités de Victor. Évidemment, « son bonheur n'était pas de voir pétiller le feu, ni
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de passer deux heures immobile sur une chaise mal remlîourrée ». Ses yeux, son esprit et son oa'ur étaient absorbés par Adèle. Madame Fouchcr et son mari traitèrent tout d'abord cet amour naissant comme la prolongation inévitable d'une camaraderie d'enfance qui se faisait illusion sur son véritable caractère. Ils prirent si peu de piécautions que dès la fin de 1819, quelques mois après leur serment (l'amour, les deux jeunes gens purent échanger de longues lettres où leurs sentiments s'exaltaient dans l'aveu renouvelé de fiançailles mystérieuses. C'est à peine si la mère, ignorante de cette correspondance, crut devoir faire à sa fille quelques observations inspirées par un légitime souci de prudence et de convenance. Il s'écoula plusieurs mois avant que des commérages, auxquels elle ne pouvait se dispenser de prêter l'oreille, vinssent lui révéler la gravité de la situation et lui imposer la nécessité de prendre un parti. Madame Hugo, elle, n'avait rien vu : elle ne savait et elle ne soupçonnait rien. Quand ses deux amis se présentèrent chez elle pour l'avertir et la pressentir, elle ne put dissimuler une surprise dans laquelle il entrait quelque irritation indignée. Elle avait pour son plus jeune fils, dont elle
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pressentait le génie, des ambitions qui se conciliaient mal avec le mariage à la fois prématuré et disproportionné dont la visite des Fouclier lui apportait l'ofifre imprévue. Les vieux amis se séparèrent. Leur rupture se produisit le
26 avril 1820, un an jour pour jour après les confidences qui avaient à leur insu fiancé les deux enfants dans l'iiùtel Toulouse. Les relations ne reprirent entre les parents qu'au mois d'octobre. Elles restèrent, d'ailleurs, froides et lointaines au point que Madame Hugo, gravement malade depuis deux mois, mourut le
27 juin 1821 sans qu'on fût venu prendre de ses nouvelles. Cette disparition fut pour Victor, qui aimait passionnément sa mère, un coup terrible. Elle le plongea dans une affreuse solitude et il cliercba à revoir Adèle, avec laquelle il avait repris depuis le mois de mars sa correspondance secrète. Sa ténacité et son courage, auxquels se reconnaissait la sincérité d'un amour profond et résolu, finirent par triompher de la résistance de M. Foucher, mais il n'obtint la main d'Adèle qu'après seize mois d'épreuves et d'efforts, au cours desquels, supérieur par la réflexion et par sa volonté à ses dix-neuf ans, il fit preuve d'une vaillance indomptable et d'une rare hauteur d'âme.