‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 50 sur 131 · I. Inédit · texte numérisé non relu

I. Inédit

T'yO LES AMOURS D UN POlîTE

j'en sais une autre, on verra sans tarder que toutes les deux ont la même origine, le même auteur et que l'une et l'autre rappellent, sans qu'on puisse s'y méprendre, les procédés de discussion, la vigueur d'analyse et la force de style employés par Victor Hugo dans sa plaidoirie devant le tribunal de commerce sur l'interdiction de : Le Roi s'amuse.

Serré à la gorge par un adversaire qui ne le lâche pas, Alphonse Karr se débat comme il peut. J'ai réussi à retrouver ses réponses, que Juliette avait conservées, mais que la liquidation de la succession de son héritier avait dispersées. Ainsi le dossier est complet. Je ne me serais pas décidé à remuer ces cendres éteintes si, d'une part, Juliette n'avait gardé, classé, légué toutes ces pièces et si, d'autre part, le pamphlétaire des Guêpes et l'auteur témérairement indiscret du Livre de Bord pouvait mériter quelque ménagement. C'est assez s'acquitter envers lui que de lui donner la parole dans sa propre cause. Voici sa réponse :

Que ce soit à tort ou à raison^ votre lettre me blesse, f ai accepté avec ertipresseinent une occasion de vous être utile. La recon-

naissance que je vous dois et que je suis loin de nier me pèse en effet du jour oh vous me la rappelez avec cette sécheresse et je vous remercie sans restriction de Voccasion que vous TU offrez de m' acquitter.

Jusqu'ici, aussi pauvre, plus pauvre que vous, j'ai souffert plus que vous peut-être, et mes pauvres meubles ont été saisis. Souvent foi pensé à tout ce que vous croyez devoir me dire et si^ dans ma vie sans intérêts, f ai quelquefois désiré un sort plus heureux^ vous e'tiez pour beaucoup dans ces désirs, mais alors je n aurais pas compte les procédés, j'aurais fait pour vous tout ce qui aurait dépendu de moi.

Il est triste pour vous et pour moi que du jour oii vous ne m'aimez plus, vous ne compreniez plus ni mon caractère ni mon cœur.

Pour ce qui est de l'utilité personnelle que vous voulez que je trouve dans cette affairée., il me faut peu pour vivre et le peu que je gagne me suffit en ni imposant quelcjues privations. J' ai à Paris des intérêts prochains et aussi des affections qu'il ni' est pénible de quitter, mais votive lettre d'aujourd'hui fait disparaître tout cela et je vous suis très reconnaissant de l'occasion, non de gagner

un argent dont Je peux me passer^ mais de m' acquitter envers vous.

Pour ce qui est du patronage que f ai paru craindre^ fai eu tort d en parler parce que je ne dois pas douter de moi à ce point.

Je ne puis répondre à cette demande un peu trop pédagogique sur la manière dont jr remplirais les fonctions que fai acceptées^ — ce sont des choses qui me regardent au moins autant que l'homme que vous ne nommez pas.

Je suis décidé^ comme je vous l'ai dit., sans hésitation. Si vous avez besoin de plus que vous ne m'avez dit, parlez. Vous me donnez des leçons avec si peu de ménagement que je dois vous dire aussi qu'il eût été plus noble de votive part de me rendre les lettres auxquelles vous faites allusion. Excepté cette affaire., je suis sans ressources /)/w5 que le ne le saurais dire.

J'accepte sans hésitation, non pour l'argent qui me reviendra puisque je vous offre de vous faire V abandon de tout ce qui me restera, non cependant pour vous rendre service puisque vous m'en refusez le plaisir., mais pour me rendre à moi-même le service important de m'acquitler envers vous.

LES AMOURS d'un POÈTE ^ I73

Adieu^ Juliette, songez à votre lettre^ à ce quelle a de blessant pour moi, songez au passée songez que je vous ai aimée malgré tout. J'ai fait un livre oii je parlais de vous comme je croyais vous comprendre. Lisez-le. Il s'appelle Une heure trop tard. Je crains de m' être trompé . J' attends un mot de vous\

Le mot ne se fait pas attendre. Il ne semble pas, à la façon dont il a, sans le nommer, parlé de Yictor Hugo, qu'Alphonse Rarr ait soupçonné son rôle dans cette correspondance. Je doute qu'autrement il eût pris ce ton avec lui. Il n'était vraiment pas de taille. Jugez-en par cette réplique, où l'on sent une griffe impitoyable qui ne lâche pas son morceau.

Alonsieur,

Ma lettre vous a blessé : la vôtre me blesse encore plus.

Que voulez-vous que je pense en effet d'une lettre où chaque mot détruit l'autre? Vous dites que le peu que vous gagnez vous suffit et vous ajoutez que vos meubles sont saisis.

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