‹ Les amours d'un poète; documents inédits sur Victor HugoChapitre 63 sur 131 · I. Inédit · texte numérisé non relu

I. Inédit

204 LES AMOURS d'uW POÈTE

grand dc'nûjnent. Voicicornment. La personne que vous savez^ M. V. f/., est lui-même dans un état de sêne vis-à-vis moi seulement. Cette

gêne vient de ce quil a contracte pour mon passé des engagements quHl est obligé de remplir. Maintenant quil supplée à mes besoins les plus rigoureux., je ne peux disposer de rien dont il ne sache l'emploi. J'avais bien pensé à changer la nature de mes besoins et à vous envoyer de F argent, mais ce serait si peu de chose que je n'ai pas osé vous V envoyer. Cependant si vous voulez accepter le denier de V amitié la plus sincère , du dévouement le plus vrai., voici cinquante francs dont je vous prie de vous servir. Ce n est pas cinquante francs que je vous prête ; cest le désir de la volonté de tout faire pour vous rendre heureux et tranquille. Vous me demandez le but de mon voyage^ les motifs de mon adresse chez Lanvin. Tout cela serait trop long à vous expliquer dans une lettre.

Tenez-vous prêt à venir du 2.5 au 3o de ce mois à Versailles. Je vous écrirai oii vous devez venir et ce qu il faudra faire. Alors je vous dirai pourquoi je ne suis pas heureuse., pourquoi je pleure tous les jours., pourquoi la vie m'est insupportable. Adieu., écrivez-

moi chez Lcuwin. Adieu^ je vous serre la main. — Juliette^.

Ainsi la malheureuse Juliette continuait à souffrir, à pleurer, à se plaindre d'une vie que ses créanciers harcelaient, tandis que, plus amoureux, plus épris, plus passionné que jamais, son poète lui devait des inspirations magnifiques. C'est à la suite d'une promenade faite avec elle à Bièvres le 25 octobre qu'il écrivit les stances immortelles de sa pièce, Dans V église de A'..., où sa croyance et son amour se renvoyaient et confondaient leurs accents dans la plus cadencée des harmonies.

O madame, pourquoi ce chagrin qui vous suit?

Pourquoi pleurer encore.

Vous, femme au cœur charmant, sombre comme la nuit,

Douce comme l'aurore ?

Qu'importe que la vie inégale ici-bas

Pour l'homme et pour la femme Se dérobe et soit prête à rompre sous vos pas :

N'avez-vous pas votre âme?

Soyez comme l'oiseau posé pour un instant

Sur des rameaux trop frêles, Qui sent ployer la branche et qui chante pourtant,

Sachant qu'il a des ailes.

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