I. Nouvelle Correspondance^ p
236 LES AMOURS Ij'uiN POÈTE
contre l'inlention du critique : la femme, attachée à la gloire et à la réputation de son mari , réprouva un procédé qui le discutait littérairement et qui le diminuait moralement. Quant à Victor Hugo, sa colère faillit le déterminer à un duel avec Sainte-Beuve. Celui-ci, mis au courant de cette intention, la prit assez au sérieux pour remettre au libraire Renduel ses manuscrits et son testament*. Le duel fut évité, mais le grief resta. Madame Victor Hugo et son mari en gardèrent contre Sainte-Beuve une rancune presque égale.
D'ailleurs l'allusion que Sainte-Beuve avait osée à la liaison de Victor Hugo avec Juliette Drouet n'eut pas pour effet d'imposer au poète une plus grande réserve. S'il continuait à faire à sa maîtresse des scènes, souvent violentes, dont il essayait ensuite de se faire pardonner par de délicieuses paroles la frénésie et la férocité, il ne l'en aimait pas moins passionnément. A la fni de l'année i835 leur amour, traversé de tempêtes, durait depuis trois ans. Cette épreuve avait été assez longue pour les révéler tout entiers l'un à l'autre. Que pensaient-ils donc l'un de l'autre? Juliette, tou-