I . Inédit
Il y avait dans ce certificat sincère et ému, avec un hommage et une réliahilitation, la promesse solennelle d'une vie nouvelle. Leur vie n'en continua pas moins à se déchirer aux mêmes broussailles et à alterner les élans passionnés avec les scènes et les querelles. La jalousie, contre laquelle Victor Hugo ne réussissait pas à se défendre, avait envahi aussi le cœur de Juliette, qui se disait tantôt une « lionne » rugissante et tantôt une méchante <c louve », qu'il fallait museler avec des baisers et enchaîner avec des caresses ! Elle était jalouse de toutes les femmes, jeunes ou vieilles, laides ou belles, qui osaient lever les yeux sur la « belle et noble ligure )) de son bien-aimé. Elle était jalouse de Madame Victor Hugo et des commentaires qui avaient interprété les « vers sublimes » du Date lilia comme un retour à la famille. A plus forte raison s'irritait-elle contre les actrices que les répétitions et les représentations rapprochaient de Victor Hugo sur la scène ou dans les coulisses. La reprise à' Angelo^ au Théâtre-Français, lui fut, en particulier, une occasion d'amertume contre Dorval, dont elle admirait le talent, mais dont elle redoutait les entreprises.
Ainsi tout, à Paris, lui était sujet de crainte
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et sa retraite même augmentait ses anxiétés. A> ec l'été, les voyages faits en commun avec Victor Hugo, qui lui appartenait en entier, lui rendaient la liberté et la sécurité. En i83G ils partirent avec Célestin Nanteuil. J'ai eu la bonne fortune de mettre la main sur le carnet de voyage de 1' « imagier romantique », comme l'appelle M. Aristide Marie dans le livre substantiel et pittoresque qu'il lui a consacré. Est-il vrai, comme il le raconte, que Célestin Nanteuil dut, au retour du vovage, étant chargé de « réintégrer la demoiselle », solder, pour une trop large pari, le prix du cabriolet que la négligence d'Olympio avait laissé à son compte*? Je n'ai trouvé nulle part une preuve ou une présomption qui justifie cette histoire. Je suis plus porté à croire avec M. Marie que Célestin Nanteuil, ébloui par le génie du maître qu'il avait servi vaillamment dans la bataille à' Hernani^ n'osait pas lever les yeux sur la beauté de la maîtresse, qu'on était convenu de faire passer pour sa sœur. Le voyage commença par Chevreuse et par Rambouillet le 1 5 juin. Le 16, Victor Hugo^ qui ne manquait jamais d'envoyer à sa femme,