I. Aristide Marie, Célestin JVunteui/, p
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au cours de ses excursions, des lettres tendres, abondantes et souvent semées d'illustrations, lui écrivait : « Depuis notre départ, nous n'avons pas eu une minute, Nanteuil et moi, Nanteuil dessinant, moi explorant. » Il ne disait pas, m*is Madame Hugo le savait, que Juliette l'accompagnait dans ses explorations! Nanteuil dessinait : le i6, le château de Maintenon ; le 17, la cathédrale de Chartres, et le même jour à quatre heures et demie la porte Guillaume dans la même ville; le 18, un coin de l'Eure, une femme de la Loupe portant son enfant empaqueté sur le dos, et le château de Sully à Nogent-le-Rotrou. Ce sont, signés de ses initiales, les six premiers dessins, au crayon, pittoresques, mais un peu mous, qui ouvrent son carnet dont la modeste couverture en carton vert renferme de plus précieuses richesses. Le septième dessin, qui représente le château de Lassay, n'est pas signé. 11 accuse une précision, une fermeté, une opposition de tons que les précédents n'ont pas, du moins au même degré. C'est que le crayon a passé des mains de Célestin Nanteuil dans celles de Victor Hugo, et comme celui-ci sait s'en servir! Le 22, il écrit à sa femme : « Nanteuil m'a quitté : il est possible qu'il rae
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rejoigne à Cherbourg. » En le quittant, le peintre lui a laissé son album. Dès ce jour, les croquis de Victor Hugo se succèdent. Je n'en compte pas en tout moins de quinze, datés du 20 juin jusqu'au rc) juillet. C'est un écrin sans prix, d'une extraordinaire variété, dont les bijoux, habilement sertis, attestent, à la fois, les dons de force et de grâce d'un prodigieux orfèvre.
Voici, d'abord, deux châteaux; ce sont ceux de Lassa\ , dont Victor Hugo, qui se joue avec une incomparable aisance dans toutes les façons de peindre, écrit à sa femme, u Depuis Alençon, j'ai vu Lassay, charmante petite ville, demi-sauvage, plantée tout au beau milieu des chemins de traverse, qui a trois vieux châteaux, dont deux admirables que j'ai dessinés.... » Voici pour Fougères : une gargouille, d'un ferme relief, prise sur une église; une porte de ville, élégante, qui s'ouvre dans le château ; le château lui-même, étalant ses sept tours fines ou massives. Fougères, où les voyageurs s'attardent, est une ville qui arrache à Victor Hugo un cri d'admiration dont l'écho se prolonge dans une lettre enthousiaste à Louis Boulanger. « Je viens de Fougères comme La Fontaine revenait de
Baruch, et je demanderais volontiers à chacun : A. vez-YOUs vu Fougères ? » Evidemment, la ville, tourmentée et compliquée, plaît à son esprit, curieux de pittoresque, mais ne lui plaît-elle pas surtout parce que Juliette y est née et qu'ils découvrent ensemble les châleaux, les églises, les maisons, les rues, les ruisseaux, les jardins, les rochers, les moulins à vent, les églantiers et les genêts en fleur? Il s'y amuse tellement qu'il en éprouve un remords et c'est de Fougères même qu'il écrit à sa femme cette phrase où se montre une fois de plus la complexité de son cœur partagé entre deux amours : « Un jour je voyagerai avec toi, et je serai tout à fait heureux ». En attendant, heureux sans elle, il voyage avec une autre, et c'est l'indulgence même de la femme délaissée qui apaise ses remords. Ne lui écrit-elle pas de ne' se priver de rien, de ne s'inquiéter de rien?
ce Tu peux faire tout au monde Jamais je
n'abuserai des droits que le mariage me donne sur toi. Il -est dans mes idées que tu sois aussi libre qu'un garçon ; pauvre ami, toi qui t'es marié à vingt ans, je ne veux pas lier ta vie à une pauvre femme comme moi.... Rien n'altérera ma tendresse pour toi,
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si solide et si complètement dévouée quand même. ;>
Voiei, successivement, en continuant de feuilleter le carnet : un donjon à Dinan (« une superbe vieille lour que j'ai dessinée »), les ruines d'un château à Dol, un portail d'église à Pontorson. A Saint-Lo, l'admirable église a ce un détail unique, je ne l'ai encore vu que là; c'est une chaire extérieure avec porte dans l'église, d'où le prêtre haranguait le peuple, le tout sculpté comme on sculptait au x\^ siècle ». Victor Hugo dessine le 29 juin, à neuf heures du soir, cette chaire sculptée, dont il rend avec une merveilleuse finesse la délicatesse des détails dentelés et élégants. Le 5 juillet, Nanteuil rejoint le couple amoureux à Cherbourg, mais il ne reprend pas son carnet, où Victor Hugo continue à dessiner. A Saint-Côme une table, en pierre, basse sur quatre pieds, artistiquement ouvragée, est croquée le 6 juillet sous les feux du soleil de midi; à Baveux, l'abside embrumée de la cathédrale; sur une route, une chaumière pittoresque : « C'est une rencontre bien jolie et bien gracieuse qu'une chaumière au bord du chemin »; la falaise de Bois-Rosé, à Fécamp ; l'exquise petite église de Saint-Maclou ; une
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stalle amusante dans une église dont le nom, aux trois quarts elfaeé, est illisible.
Ces quinze croquis, où s'affirme la maîtrise déjà sûre du talent de dessinateur de Victor Hugo, suffiraient à faire une curiosité unique de l'album que le départ de Célestin Nanteuil, plus peintre mais moins artiste que lui, avait laissé entre ses mains. Mai» le poète lui-méfifie, qui traduit ses impressions en rythmes rimes, et le prosateur, qui note ses observations, y ont marqué leur place.
Je cite, d'abord, les proses inédites, écrites au hasard des réflexions, et entre lesquelles il n'y a pas de lien :
... L'œil fixé sur les dernières réverbérations de la philosophie ancienne. Soleil couché.
Le vent d'amont se couche avec les moutons.
Dieu a fait la rame, le diable a fait l'aviron^ la nuit était noire.
Ahl voici le phare, dit le patron. Le bon Dieu a Dosé son chandelier sur la falaise^,