I. Guimbaud, op. cit
LES AMOURS d'uIV POÈTE 26 1
l'accompagna ainsi au cours des cinq candidatures qu'il lui fallut affronter de i836à iS/ji. Il ne fut élu en effet que le 7 janvier iS/ji après s'être vu préférer Dupaly, Mignet et Flourens et avoir subi l'humiliation d'une élection nulle. Naturellement, le 3 juin, elle fut de la séance de réception, où son impatience la fit arriver avant le peloton d'honneur ! Le poète lui envoya un sourire. Elle savait par cœur son discours, qu'il lui avait lu deu\ fois et qu'elle avait, cela va de soi, passionnément admiré. La magnificence du morceau en valait la peine et si l'œuvre du pauvre Lemercier, qu'il remplaçait, le favorisa peu, Victor Hugo trouva dans l'évocation, habilement amenée, du génie de Napoléon l'inspiration dont son propre génie était digne. Ce jour-là, le bonheur, la fierté et la gratitude de Juliette ne connurent pas de bornes; on peut juger de son délire par le passage d'une de ses lettres : « Il m'est resté, depuis le moment de ton entrée dans la salle de l'Académie, un étonnement délicieux, qui tient le milieu entre l'ivresse et l'extase; c'est comme une vision du ciel dans laquelle j'aurais vu Dieu dans toute sa splendeur et dans toute sa gloire. Je vivrais mille ans que cette impression ne s'effacerait
pas de mon âme; mon Victor, mon Victor, je t'aime. Je voudrais baiser tes pieds, je voudrais te porter dans mes bras' »
Quand un homme se sent ainsi aimé par une femme qu'il aime, comment, s'il a du génie, ne lui dédierait-il pas des chefsd'œuvre? Il y en avait beaucoup dans les Ttayons et les Ombres (i84o), autour de l'incomparable Tristesse ci' Olympia^ que l'amour de Juliette avait inspirés, en attendant la merveilleuse floraison du livre II des Contemplations. Aussi comprend-on, malgré la trop évidente exagération de ces hommages, que V^ictor Hugo écrivît à sa muse mortelle : « Juliette, ce nom charîuant germe en moi et s'épanouit au dehors en poésie : tu nés pas seulement mon cœur.^ tu es toute ma pensée^. » Ou encore : « Si j'ai quelque génie, il me vient de toi : J'ai deux ailes en effet, ce sont les tiennes., mon ange'. » Certes son génie avait, soit sur la scène, soit dans ses recueils, produit des œuvres admirables qui ne devaient rien à son amour, et sa pensée était pleine de projets puissants dans lesquels sa maîtresse