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Les amours d'un poète

La vie et l'œuvre de Victor Hugo sont inséparables : lune inspire, commente et explique l'autre. Aucun poète lyrique n'a mis dans ses vers plus de son âme. Avant de dicter ses souvenirs, où il entre parfois trop d'arrangement, à un « témoin de sa vie », Victor Hugo s'était analysé et raconté dans tous ses recueils. J'accorde que la beauté de son œuvre, la plus riche et la plus variée qu'aucune littérature ait connue, se suffit à elle-même si l'on veut n'en admirer que la forme, abondante et prodigieuse, mais la plénitude de son sens intime ne peut se révéler que dans la connaissance de l'homme, de sa nature, de ses habitudes, de ses passions, de ses amours.

L'amour, de quelque façon d'ailleurs que l'on entende ce mot complexe, a joué dans la vie de Victor Hugo un rôle auquel seule son

ambition fut comparable. Sa jeunesse fut exceptionnellement chaste, mais, à partir de trente-un ans, la femme ne cessa d'occuper son âme et ses sens, — plutôt ses sens — jusqu'au jour où, dans son extrême vieillesse, la nature lui imposa un renoncement dont il ne s'accommoda pas volontiers. Le mariage lui donna huit ans d'un bonheur sans mélange. Heureux et confiant, il fut fidèle, sans qu'une tentation put lui mériter un reproche ou même un soupçon. L'amour qu'il eut pour la mère de ses quatre enfants fut l'amour le plus pur de sa vie. Quand il douta, il souffrit cruellement, mais Juliette Drouet, sa première maîtresse, vint à point pour atténuer sa torture, et leur union dura près de cinquante ans.

Madame Victor Hugo et Juliette Drouet remplissent presque à elles seules ce livre, consacré aux amours du poète. Me blâmerat-on d'avoir rapproché dans le même ouvrage la femme légitime et la maîtresse? C'est un reproche auquel personne ne pourra se flatter d'échapper. Il est impossible, même si on les étudie séparément, de parler de l'une sans s'occuper de l'autre. Quand M. Gustave Simon

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