Inédit
2. Inédit. — Peut-être jugera-t-on moins sévèrement le mauvais goût de ne rapprochement si l'on songe que Sainte- Beuve iui-même ny avait pas échappé, et précisément dans une de se.s lettres à Madame Victor Hugo, où il l'appelait
J'avoue aimer mieux la dédicace dont s'est enrichi le troisième volume, un Quinte-Curce publié en 1807 par Delalain ad usum lycœorum. Il porte deux fois sur la première feuille de garde la signature Victor qui a servi de point de départ à l'envoi, dont Juliette fut la bénéficiaire ravie.
27 juillet 1837. Quand f écrivais mon nom sur ce livre, en 1809, j'avais sept ans; je commençais à vivre et à penser. Toi, toute petite fille, à peine née, tu courais pieds nus sur les grèves de V Océan, en chantant quelque vieille chanson bretonne. Ainsi nous bégayions tous deux, moi la langue des vieux Romains, toi celle des vieux Celtes. Aujourd'hui nous vivons l'un en l'autre, et nous ne parlons plus qu une langue, et cette langue n a plus qu'un mot '.j'aime. V. II.
Juliette répondit à cet hommage par une lettre qui vaut d'être citée en entier.
« Vous avez commis une bien grande im-
aussi son ange et où il associait, avec un tact encoie moindre, à leurs baisers les souvenirs «le l< urs mères et de sa tante.
prudence, mon cher petit homme, en mettant la date du temps où vous supposez que j'étais née. Mais comme je suis trop honnête pour vous donner un démenti, j'accepte le chiffre et je dis : que depuis le jour où vous étiez petit garçon, étudiant Quinte-Curce, vous avez joliment grandi et dépassé tous ceux qui faisaient votre admiration et fixaient votre attention de sept ans. Moi, je suis toujours restée la pauvre petite fille inculte que vous savez, et il y a gros à parier que l'éducation aurait ajouté peu de richesse à ma pauvre nature; les plantes des grèves de l'Océan gagnent peu à être cultivées. De ce côté-là, Dieu merci, je n'ai pas à me plaindre, personne jusqu'à vous ne s'était guère soucié d'en faire l'essai. Mais vous êtes venu, vous, mon grand et sublime poète, et vous n'avez pas dédaigné de ramasser à vos pieds la pauvre petite fleur qui se faisait belle et épanouie pour attirer vos regards vivifiants comme le soleil. Soyez béni pour cette bonne action ! soyez sûr qu'il y a là-haut un pauvre père et une pauvre mère qui vous bénissent pour le bonheur que vous donnez à la petite fille restée seule sur la terre. Je pleure en vous écrivant cela, car jamais je n'étais descendue si avant dans ma
vie d'innocence et dans mon cœur plein d'amour1. »
Quand une femme associe à la jeunesse, à la beauté et à la grâce cette espièglerie de l'esprit et cette tendresse du cœur, cette sensibilité éveillée, cette émotion frémissante et cette soumission calme dans le dévouement, ne comprend-on pas, même après les avoir vertueusement blâmés l'un et l'autre, qu'elle devienne la compagne d'un homme de génie auquel son foyer n'offre plus la sécurité et les charmes d'un asile irréprochable? On ne doit pas s'étonner davantage que Juliette, avertie, curieuse, fureteuse, sensible aux spectacles de la nature et en même temps suffisamment artiste, habituée aux privations et peu exigeante, ait suivi le poète, à partir de i834, dans les excursions annuelles qui étaient à la fois le repos et l'aliment de son esprit.
En i835, partis de Paris le 26 juillet ils visitent ensemble, au cours d'une excursion de trois semaines, la Fère, Amiens, le Tréport, Rouen, la Roche-Guyon et leurs environs. Comment ne pas lire avec émotion l'impression que le pays et le château de Coucy produisis