‹ Les amours d'un poète (volume 2)Chapitre 6 sur 74 · l'ohip'c. I, p. lo · texte numérisé non relu

l'ohip'c. I, p. lo

58 LES AMOURS d'uM POÈTE

Le premier recueil de vers fie Sainte-Beuve, Joseph Dei 'orme , parut en 1829, avec une évocation du Cénacle où Victor Hugo a la part la plus glorieuse; deux poésies lui sont dédiées. L'une, intitulée la Veillée^ est inspirée par la naissance du second enfant du poète, en octobre 1828; la mère y est nommée, mais rien de plus, et cette allusion est la seule que le volume renferme. Au contraire, le second recueil poétique de Sainte-Beuve, les Consolations, publié en mars i83o, et dont la préface est consacrée à Victor Hugo, débute par une poésie sans titre qui est dédiée à la femme du poète, « si noble et si pure », et que

... dès le berceau, l'amoureuse nature Dans ses secrets desseins avait formée exprès Plus fraîche que la vigne au bord d'un antre frais, Douce comme un parfum et comme une harmonie...

Cette pièce, datée du mois de mai 1829, marque les progrès qu'avait faits à cette époque l'amitié de Sainte-Beuve pour Madame Victor Hugo. Elle évoque les causeries prolongées où Joseph Delorme, respectueux, attendri et confiant, livrait à son amie, intéressée et émue par ses confidences, les secrets de son

LES A.MOUBS D EX POÈTE JG,

cœur, dont le vide était immense, et de sa jeunesse déjà dévorée à moitié. Lamirtine nous l'a dépeint au même moment comme « un jeune homme pâle, blond, frêle, sensible jusqu'à la maladie, poêle jusqu'aux larmes. » Madame Victor Hugo et Lamartine contribuèrent à détourner celte sensibilité vers la religion catholique, dont Sainte-Beuve, sans en adopter toute l'orthodoxie, aecepiait cependant les directions essentielles, qu'il considérait comme nécessaires à la conduite de la vie humaine. Les consolations que la femme de son ami lui prodiguait avec une bonté de sœur aînée dans leurs entretiens et dans leurs promenades étaient devenues un besoin de son âme. Sa timidité était vaincue. Il avait osé lever les yeux sur la chaste image que pendant longtemps sa crainte et son respect lui avaient interdite. « Autant j'évitais de la regarder auparavant, autant j'étais devenu avide de la contempler alors; je couvais curieusement ce noble et double visage; je pénétrais cetle expression ingénue, d'une rareté singulière, et qui ne m'avait pas parlé tout d'abord; j'épelais, en quelque sorle, chaque ligne de celle grande beauté, comme un livre divin, un peu difficile, que quelque

Page 1