‹ Les Amours de Jean-Antoine de BaïfChapitre 11 sur 64 · VI · texte numérisé non relu

VI

On dit qu'Amour, quand le confus Chaëôs Tenoyt ce Tout en desordre contraire, Premier s'osa de ce trouble soubstraire,

4 Hault ebranslant son pennage dispos :

Puis que saillr, les elementz enclos, De ce desroy t fit soudain retratre.

Leur ordonnant ou chascun debvoyt traire 8 Pour y durer en eternel repos.

Donques, o dieu, st c’est toy qui accordes

Du viel Chaôs les haineuses discordes,

Variantes. — [V]7. le peintre fut — 8. À demonstrer — 9. Artisan, — 12. se raporte — 14. pennage. [VI] 1. Amour, — 2. Brouilloit ce tout en une lourde masse, — 3. Que tout premier, meu d’une bonne audace, — 4. Tu t'en ostas d’un vol prompt et — 5. Et que üirant — 6. devant ta douce face, — 7. Donnas à tous une certaine place — 8. paisible — 9. Mais si c’est toy qui tant benin

Sources. — | V] Le début est pris de Properce, II, 3. Quicumque : ille furt…

11 Si ton chefdœuvre est le neu d’amitié, Comment ce cuæur d’ennuis un univers, Ce cuœur Chaëôs de tourments si divers 14 Ne te contreint avoyr de luy pitié.

[VIT

Mais. dont te prend cette cruelle envie, De me priver de mon plus grand soulas? | Comme te plaist de me ravir, helas, 4 Le seul apuy de ma chetive vie?

Me sera dong’ celle image ravie, Image en qui je voy l’ombre des laqz, En qui, si fort, mon ame tu mellas, 8 Qu'elle te fut pour jamais asservie?

S'i toutesfoys tu as si grand desir, Que plus Je n'ais cette ombre de ta face, 11 Tien, la voyla, fais en a ton plaisir, Ce portraict cy corrompre se pourra, Un au cuœur j'ay, et ne crein qu'il s’efface, 14 * Car, moy vivant, vivant il demourra.

Variantes. — [VI] 12. Que n’as tu donc de moy quelque pitié, —

13. Voyant mon cœur, où tu loges pervers, — 14. Estre un Chaos de tourmens si divers? —— | VII] N. B. Ce sonnet est composé de vers décasyllabes dans les Amours de 1552, d'alexandrins dans les £uvres en rime. — 1. Maistresse, — 2. priver ton servant de son — 3. Quel plaisir reçois-tu de ravir de mes bras — 4. soutenement — 5. donc ainsi — 6, En qui je reconoy l'ombre de ces beaux — 7. Esquels si finement — 8. l’est pour jamais prisonniere — Q. Belle, si — 10. ne jouisse plus de P — 11. La voyla : je la ren : — 12. aussi bien — 13. J'en garde un dans

mon cœur, — 14. tant que je vivray vif il y

[VIT

En vain sans gré, cent mille et mille pas J’auray faitz donq'? or donques, de la peine Et de l’ennuy, dont mon amour est pleine, 4 Je recevray pour guerdon le trepas ?

Contre le vent tendu n’auray-je pas Un clair filet, d’une entreprise vaine?

N’auray-je pas de grain semé l’aréne, Perdant en vain la sueur de mes braz?

ee)

O cuœur brutal, desoubz beaulté divine !

O cuœur felon! cuœæur, non humaine cher, il Ainçoys caillou filz d’un apre rocher !

O vous mes yeulx, pleuvez desus ce cuœur :

Si par le temps l’onde les roches mine, 11 Minez minez le roc de sa rigueur.

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