Sonnet Voudroys tu bien apres les livres Grecz
Le poète est né en février 1532. Ce sonnet, écrit à la veille de l’édition, est donc de novembre 1552; et le recueil des Amours à été publié dans les dernières semaines de décembre.
C’est le premier ouvrage important de Baïf. Jusque-là il ne s’est fait connaître du public que par des pièces liminaires, françaises, grecques ou latines, insérées dans les livres de ses amis. Un poërne imité de Moschos, le Ravissement d'Europe, paru cette .même année chez le même éditeur, est passé inaperçu. À peine hors de page, tout plein des leçons de Jacques Toussain et de Dorat, Baïf rêve d’égaler dans la carrière poétique ses brillants condisaples, ses ainés du Bellay et Ronsard. Quelque temps il hésite. Va-t-l, devançant Jodelle, acclimater en France le drame athénien, la comédie romaine? Se donnera-t-1l au poème narratif? à la bucolique? Brusquement, 1l se résout à suivre la mode et l'exemple de ses compagnons : comme du Bellay, comme Ronsard, il compose des Amours. Il n’a point de maitresse? qu'importe! Il chantera l'imaginaire Méline. n’a éprouvé aucun sentiment profond ou simplement sincère? Une certaine chaleur d'imagination, le souvenir d'expériences précoces et vulgaires y suppléeront en partie. Les poètes de lAnthologie, leurs imitateurs romains et néo-latins, les pétrarquistes italiens fourniront le reste.
Les Amours de Jan-Antoine de Baïf furent médiocrement accueillis du publie. Il faut convenir
qu'ils méritaient cette indifférence, Il se trouva
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AVANT-PROPOS. Bt
même un € pédant » qui, sans avoir égard à l’âge et à l’inexpérience de l’auteur, vint troubler le concert des éloges de courtoisie où d'amitié par ses critiques sévères. Nous ignorons qui était ce grammairien. Tahureau, défendant son ami, reproche à cet
« envieux » un purisme exagéré :
Tu japois aux Amours de sa douce Meline,
Quand pour deux ou trois motz qui n’estoient à ton gré, Tu souillois, ignorant, d'un Poète sacré,
Tout un œuvre parfait, te souillant d’une offense,
Dont tu debvois bien tost recevoir la vengeance”.
Cette vengeance, Baïf l’exerça avec rage et, dans le premier moment, accabla le mystérieux Mastin sous vingt pages de malédictions et d’injures?. Mais, plus tard, en préparant l'édition des £uvres en rime, il jugeait avec plus de modestie l'œuvre de sa jeunesse êt, avant de la présenter aux lecteurs sous un titre nouveau, les Amours de Méline, 11 la corrigeait avec soin et, en certaines parles, la remaniait entièrement.
Il nous a semblé utile de donner une édition critique de ces poèmes. Marty-Laveaux, en publiant les Euvres en rune, déclarait que « les Amours de Méline ont été si profondément remaniés qu'il serait impossible de signaler à laide de simples variantes
les différences fondamentales qui signalent les deux
1. Le poème À un envieux parut en 1555, à la suite des Amours de Francine. :