‹ Les Amours de Jean-Antoine de BaïfChapitre 23 sur 64 · XXII · texte numérisé non relu

XXII

O douce peinture amiable,

Peinture toute pitoyable,

Qui riant me prometz le bien,

Vers qui tout autre ne m'est rien. -

Qt

O seul confort a ma detresse, Màis pourquoy ma fiere Maitresse, Las, douce et fiere, mais pourquoy Ne me rit elle comme toy, D'un ris montrant misericorde, 10 Lors que davant toy je recorde, Une harangue de pitié, Pour adoucir sa mauvaitié?

O pleust à dieu, que davant elle Asseuré Je la fisse telle, 15 Comme a toy je la fais ici :

Bien tost je trouveroy merci.

Quoy que tu soys peinture morte, :

Toutesfoys ma plainte est si forte, Qu’helas lu n'en semble douloyr.

20 Et j'atendriroys son vouloyr, Mais davant elle faut ma langue Au premier mot de sa harangue :

Tel est son œil eblouissant,

Qui, hors de moy me ravissant,

Variantes. —|XXII] 3. me ris prometant — Q. plein de — 16. Pour gagner le don de — 19. Que tu me sembles t’en douloir, (Marty- Laveaux met ici un point) — 20, Et consentir à mon

oi

Fait que plus fort elle s’essaye, Plus engourdie elle begaye, Sans qu’elle ait en rien le pouvoir Pour moy de faire son devoir.

Lors mes yeux qui leur plage augmentent 30 Mon triste cueur point ne dementent, Ny mon visage en sa couleur Le vray temoin de ma douleur.

Elle ne fait semblant a l'heure De m'aviser comme je pleure, 35 Comme de son amour ateint Tout soudain je change mon teint :

Mais, plus mon teint s’eteint pour elle, Elle devient d'autant plus belle, Et plus avecques sa beauté Lao . Croist contre Moy sa cruauté.

Tu me sembles, chere peinture, Plaindre seule ma peine dure :

| O pitoyable alegement, . O seul confort a mon tourment, | 45 Tu fais par ton humaine chére Que toute peine m'est legére, Me prometant toujours repos Au brasier qui brulle en mes os :

Soit qu’en toy fiché, je contemple 50 Ton front, et l’une et l’autre temple, Sur qui maintz cheveux blondeletz Se crespent en tors aneletz,

Variantes. — [XXII] 25. ma langue — 28. De faire pour moy —

' 29. De mes yeux les larmes s’ — 30. Et mon triste cœur —

32. Vray temoin de vraye — 4o. Coutre moy croist — 41. Toy seule, amiable — 42. Tu plains la peine que j’endure :

5o LES AMOURS DE JEAN-ANTOINE DE BAÏF.

Soit qu’un et l’autre œil je regarde, Qui doublement, piteux, me darde 55 Pardesous un double sourci, Ë Mille plaisirs pour un souci : | Ou soit qu'aux roses j’apareille

Le teint de ta joüe vermeille, Ou bien tes levres au coral :

60 Qui dans la mer n’a son egal, Coral qui ma bouche convie À les baiser par grand’envie.

La main, et les couleurs naïves,

Rien n’est en toy, benin tableau, n.

Qui ne me soit plaisant et beau,

65 Qui ne me chante et ne m’asseure De voir mon esperance meure,

Et de cueillir les plaisans fruitz

De tant de labeurs et d’ennuitz.

Heureux sois tu, et soit heureuse ,

70 La docte main industrieuse Qui te peignit de ces couleurs, | {

Fulur essuyoir de mes pleurs. :

Aimé portrait la dent rongeante à

Du temps qgoulu ne soit mangeante 1

55 Ton renom, ni le nuise en rien, : | Puis que par toy j'ay tant de bien. :

Jamais ne soit que tu ne vives, ;

Variantes. — [XXII] 53. que ce doux — 54. piteux m’æillade et — 55. Dessous l’arc d’un benin — 62. A perdre en tes baisers la vie. — 72. O doux confort de mes douleurs, — 73.à 76. Vers supprimés dans les £uvres en rime. — 78. Portrait,

Ré dE LU SG Ed dE éd

LES AMOURS DE JEAN-ANTOINE DE BAÏF. Dr

Que Denisot mit desus toy, 80 Exemples du temps et de sa loy.

Vous vivrez, et Baïf se vante, Que ceste chanson qu'il vous chante, Ni sa Meline ne mourra :

Tant qu'Amour armé demourra, 85 L’arc au poing, sous le bras la trousse :

Et tant que la flamme aigredouce Que brandit la gaye Cypris, Luyra dans les jeunes espritz.

[XXII] Lors que ma langue a demeller s’avance, Le labirinte ou je suis detenu, Lorsqu'elle veut te decouvrir a nu 4 Comme mon ame en toy discourt et pense, Mes pensers sont en st grande montance, Qu'ains que conter au long par le menu Tous leurs discours, on auroyt bien cogneu 8 De quant de flotz la mer ses rives tance.

De ce grand tas mon cueur le portefaix.

Las, tasche en vain son fardeau mettre bas

Variantes. — [XXII] 79. De qui mon Denisot t’a peint, — 80. Sans que l’âge t’oste le teint. — 38. Chauffera [XXIIT] N. B. Sonnet de vers décasyllabes dans les Amours de 1552, de vers alexandrins dans les Zuvres en rime. — 1. ma foible — 2. Le brouillé — 3. tasche en vain — 4. ame triste — 5. pensers amoureux... telle abondance — 6. Que davant — 7. discours meslés, — 8. quel nombre — 9. Mon cœur, qui des pensers soustient tout le monceau, — 10. S’efforce à grans soupirs sa charge À

11 Par Le secours de ma langue inutile, Car l’un et l’autre es{ accablé du farx :

Tandis, Cruelle, a susser tu t’ebas 14 Desus mes yeux leur sueur qui distille.

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