XIV
Lors que j'estoy glorieux, Me pensant victorieux En la mellée amoureuse De toy, ma douce guerriere, Las, ceste victoire heureuse De mon costé ne fut guiere.
"Si tost que tes yeux ardentz
En moy se meirent dardans Les traitz de leur flamme vive Toy deja presque dontée Adong ma vie captive Fut mieux par toy surmontée.
Comme la neige se fond Desus l’eschine d’un mont, Lors que la chaleur brulante Du nouveau Souleil s’i boute, Comme la cire coulante Devant la flamme s'egoute.
Sources. — [XIV] Marulle, Æpig., lib. IT, éd. cit, b vin vo.
Ad Neaeram Ignitos quotiens tuos ocellos In me, vita, moves, repente qualis Caera defluit impotente flamma, Aut nix vere novo calente sole, Totis artubus effluo : nec ulla Pars nostri subitis vacat favillis.
— 18. Se re-
Ainsi se deffit mon corps 20 Pardedans et pardehors :
Mon sang tarit en mes veines, Et s'ecoula ma moëlle Aux os de mes jambes vaines S'ous ta flamme doucruelle.
25 Comme le lis arraché, Qui plus d’une heure caché Au sein de la garce blanche, Par elle au jour se manie, A costé reflechi panche 30 Tout mou sa teste famie.
Ma vigueur faillant ainsi Sus toy je tombay transi :
Ma couleur me laissa : voire Adonc se perdit mon ame :
35 Et ne voyant que nuit noyre Mon œil demimort se pame.
Je mouroy, mais ton esprit Lors d'une pitié s’eprit.
Un restaurant de ta bouche 40 Par un doux soupir s’excite, Au cueur son flairer me touche, Et soudain me resuscite.
Variantes. — [XIV] 22. Tes douces flames cruelles — 24. Firent fondre mes mouëlles. — 34. Je perdy la vie et | — 37. Veinqueur m'en aloy mourir, — 38. Mais tu me vins secourir : — 39. Par un
chaud soupir — 4o. Un doux restaurant — 41. sa chaleur
Sources. — [XIV] Tum qualis tenerum caput reflectens Succumbit rosa verna liliumve, Quod dono cupidae datum puellae Furtivis latuit diu papillis,
Cruellement je suis deu Toujours a ce plaisant feu :
45 Tout ainsi qu'on dit renaistre Le foye a l’aigle pature, Je ne revi que pour estre, Hé, d’un feu la nourriture.