‹ Les Amours de Jean-Antoine de BaïfChapitre 58 sur 64 · XV · texte numérisé non relu

XV

Quelle furieuse rage Ton courage Epoinçone tellement, A mordre quand je te baise, 5 Ha mauvaise, Ma langue cruellement?

Quoy? tant et tant de sagétes Que tu jétes Dans moy ne suffisent pas, 10 S’encor a tes dentz felones

Sources. — [XIV] Ad terram genibus feror remissis ; Nec mens est mihi, nec color superstes, Et jam nox oculis oberrat atra.

Donec vix gelida refectus unda, Ut quod vulturio jecur resurgit, Assuetis redeam ignibus cremandus.

Sources. — [XV] Jean Second, Bas. 8, éd. cit., p. 3 vo:

Quis te furor, Neaera, An quas tot unus abs te Inepta, quis jubebat Pectus per omne gesto Sic involare nostram, Penetrabileis sagittas Sic vellicare linguam, Parum videtur? Istis

‘ Ferociore morsu ? Ni dentibus protervis

Tu ne dones, Fiere, ces cruelz repas? O rebelle, quelle envie Te convie 15 À sanglanter de tes dentz, Celle qui en toute place De ta face Bruit les honeurs evidentz?

Qui dans le lit, qui en l’ombre, 20 Soyt nuit sombre, Ou soyt eclairei le jour, Eternise la memoyre De ta gloyre, Qui te vante sans sejour ?

C’est c’est la langue, Ô meurtriere,

ot

Qui naguiere Haussa la louange aux cieux, De noz ardeurs amoureuses, Plus heureuses, 30 Parsus les flammes des dieux, Qui de sa chanson folatre, Ton albatre,

Variantes. — [XV] 27. Au dans l’édition de 1552 et dans les Euvres

en rime.

Sources. —- [XV] Exerceas nephandum Quae tortileis capillos, Membrum nefas in illud, Quae paetulos ocellos, Quo saepe sole primo, Quae lacteas papillas, Quo saepe sole sero, Quae colla mollicella Quo per diesque longas, Venustulae Neaerae, Noctesque amarulentas, Molli per astra versu, Laudes tuas canebam ? Ultra Jovis calores, Haec est, iniqua, nescis ? Caelo invidente, vexit :

Haec illa lingua nostra est,

Ton or, tes perles, vantoyt :

Qui tes riantes fosséles, 35 Tes tressétes, Tes yeux, ta gorge chantoyt.

Qui t’apeloyt, mon doux bame, Ma chere ame, Ma douceur, mon seul plaisir, 40 Ma clarté, mon amouréte, Ma fleuréte, Mon attente, mon desir.

Et qui l’apeloyt, Meline, Sa beline, 45 Moy Payant en mes bras nude :

Tost sa tourtre, tost sa belle Colombelle, Tost sa petite Venus.

Est ce la pourquoy, Cruelle, 50 Tu fiers celle

Variantes. — [XV] 3/4. jouës vermeillettes, — 35. fossettes, — 45. Entre mille jeus menus

: — /6. Sa Tourtourelle, (Tourterelle,

par inadvertance, chez Marty-Laveaux.) — 48. Sa princesse, sa — 5o. mors

Sources. — [XV]

Quae te meam salutem, Quae te meamque vitam, Animae meaëeque florem, Et te meos amores,

Et te meos lepores,

Et te meam Dionem,

Et te meam columbam, Albamque turturillam, Venere invidente, dixit.

An vero, an est id ipsum Quod te juvat, superba,

Inferre vulnus ill

Quam laesione nulla, Formosa, posse nosti

Ira tumere tanta

Quin semper hos ocellos, Quin semper haec labella, Et qui sibi salaceis Malum dedere de meis Inter suos cruores Balbutiens recantet?

O vis superba formae!

Variantes. — [XV] 53. Pleine

Qui pour nul coup odieux,

Ne pourroyt laisser a dire ÆEnÿjle d'ire,

La louange de tes yeux?

Bien qu'au milieu de sa playe

ET begaye,

Elle n’oublira pourtant

La perle en son sang mouillée Et souillée,

Son blason rebarbotant.

[XVI

Melinelle plus douilléte, Que la rose vermeilléte, Qu'un Zephyre doucereux, Hors du bouton eclos pousse, L’ouvrant d’une aleine douce Sus le rosier odoureux :

La rose durant lAurore De son vermillon honore Les rainceletz verdoyans :

Mais tost que le Soleil darde Du brandon qui nous regarde Les chaudz raions flamboyans,

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