‹ Les amours de l'âge d'or: Evenor et LeucippeChapitre 10 sur 22 · LES DIVES · texte numérisé non relu

LES DIVES

— Le moment est venu, ô Leucippe, où tu dcii savoir que je ne suis pas la mère qui t'a porté«j dans ses flancs; et cependant, ne t'afîlige pas, en« faut de mon âme : tu es la fille que Dieu m'a donnée pour me réconcilier avec la loi de la mort, comme Évenor est le frère et Tépoux que Dieu te donne pour connaître et chérir la loi de la vie.

» L'heure est venue, enfants des honmies, où vous devez aussi me connaître et savoir tout ce que je puis vous enseigner du monde auquel vous appartenez ainsi que moi. Évenor, Taîeul dont tu m'as si souvent raconté les naïfs entretiens touchant l'origine des choses humaines ne

LIS AMOURS DE L'AGB D'OR Ut

savait rien des choses de Dieu. Il eut cependant raison de te dire que, de toutes parts, Teau entoure la terre des hommes, car les plus grandes terres de ce monde ne sont que de vastes îles.

» Eh bien, il n'en a pas été ainsi de tout temps. Jadis, ce monde fut une mer de flammes, et cette froide mer que tu vois tomba du ciel pour l'éteindre. Je t'ai raconté comment, sur les rochers qui s'en dégagèrent peu à peu, les limons, les cendres, les poussières, les ruines, devinrent les champs féconds où germa la semence de la vie.

» Je t'ai dit les grandes convulsions du feu pri» mitif refoulé sous les pierres et les métaux sortir de son sein ; luttes mémorables que virent les anges et qui furent racontées aux dives.

» Je t'ai montré ici, dans cet espace resserré que nous habitons, les traces du feu créateur et destructeur tout à tour, et t'expliquant ces formes étranges de la montagne qui confondaient ton esprit et que tu aurais volontiers prises pour le travail de mes ancêtres, je t'ai fait suivre de Tœil les effets d'une cause naturelle. Tu as lu avec moi dans le livre de la création, et je t'ai enseigné en même temps, à interpréter, â inventer et à tracer ces caractères que nos faibles mains peuvent laisser sur le roc et sur le métal, pour étei-

Page 1