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» Tant que ce inonde fut plongé dans des ténèbres qui risolaient, pour ainsi dire, du reste db Tunivers, Dieu voulut qu'il fût éclairé, esprit et matière, d'une clarté puisée en lui-même. Aujourd'hui que l'infini s'est dévoilé aux regards du corps et à ceux de l'âme, les êtres doivent entrer dans la liberté de l'âme et du corps. La terre est livrée tout entière à ses nouveaux habitants. Eue s'est dégagée des dernières influences du chaos primitif, elle s'ouvre devant les pas humains. Les forêts s^éclaircissent, les plantes diminuent de vigueur, les animaux tendent à subir une autre domination que celle des éléments. Tout s'apprête à être possédé et modifié par l'homme. Tout ici-bas semble devoir être un instrument de sa vie et rien de plus* Voici donc rhomme appelé à s'affranchir de Dieu même, dans l'apparence des choses, et là où commence la possibilité d'améliorer TcBuvre divine, commence aussi la possibilité de la détériorer. Tout ce qui sera détérioration de l'œuvre de la Providence sera donc le mal pour l'âme comme pour le corps, et tout ce qui sera développement sera le bien pour l'un et pour l'autre.
» Tu m'as dit, ô ËvenorI que, chez vous autres, on connaissait déjà la différence du mal au bieiii
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et que Ton instruisait les enfants dans le respect et l'amitié les uns des autres, pour les empêcher de se nuire mutuellement; ce gui serait le préjudice de la famille et le mal cliez la race humaina Cette notion est grande ex vraie. Dans notre race angélique, elle était ignorée parce qu'elle était inutile. Nous étions sans travail et sans passions. Mais, si nous eussions été investis d'une puissance complète ici-bas et d'une possession plus durable des choses de ce monde, nous eussions passé à votre état d'activité, de liberté et de moralité. Il n'en fut point ainsi. Destinés â disparaître, nous fûmes â la fois supérieurs â vous par la douceur naturelle, inférieurs par l'inaction relative. Mais, moi qui devais passer par une destinée particulière, unique peut-être dans cet âge de transition, j'ai dû connaître la liberté, le mal et le bien par conséquent.
» J'arrive, 6 mes cheis enfants, au récit de mes jours néfastes. Malgré les influences salutaires de leur dernière habitation près des exhalaisons volcaniques, les dives luttaient en vain contre l'alternative des saisons et contre celle des nuits et des jours. Accablés et languissants, ils ne désiraient pas se survivre les uns aux autres; mais la croyance leur enjoignant d'atteindre leur fin sans
Ja hâter, ils se préservaient, autant qu'il leur éUiit donné de le faire, des causes de la destructrion. Mes frères et mes sœurs essuyèrent encore de pâles hyménées qui ne furent point bénis. Ils s'endormirent dans le Seigneur sans laisser de postérité. Mon père et ma mère se sentant près de les suivre, joignirent la main d'Aria à la mienne. Nous étions leurs derniers enfants.
• — Soyez époux, nous dirent-ils ; voici peutêtre le dernier hyménée que les dives consacreront sur la terre. Si telle est la volonté de Dieu, mourez en vous aimant. Si, au contraire, vous êtes destinés à faire revivre une nouvelle famille, C'est que Dieu veut que la terre soit occupée encore par nos descendants, et que la race hiunaine soit une production éphémère comme tant d'autres qui n'ont peut-être fait que naître et mourir avant nous. Quoi qu'il en soit, vivez en paix avec les hommes, et, s*Lls viennent â vous, donnez-leur la lumière divine, qu'ils ne paraissent point avoir au même degré que la lumière terrestre.
» Quand mon premier-né vit le jour, nous étions seuls au monde, mon époux et moi. Nous avions enseveli les restes de nos parents dans ce gouffre qui gronde près de nous et où disparaissent les eaux bouillonnantes de la solfatare.
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Je ne VOUS dirai rien des formules de notre culte. Tout culte est fondé sur les origines qui doivent être celles de la race qui le pratique. Chaque race doit donc créer le sien en raison de la révélation ïui lui est inspirée. Élevé dans le respect de nos coutumes, Aria n'avait point pleuré nos parents ; mais moi, chérie particulièrement de ma mère^ je n'avais pu retenir mes larmes. J'avais senti, dès cet instant, que ma nature était modifiée, et que les affections terrestres avaient plus d'empire sur moi que sur mes semblables.
» Cette tendresse des entrailles se réveilla plus vive quand je fus mère pour la première fois, et» à la seconde, voyant naître de moi une fille, je m'écriai, en embrassant mon époux :
» — Voilà la race des dives renouvelée. Noua avons pu vivre et donner la vie. Un couple béni nous survivra, destiné sans doute à repeupler le monde.Voici donc, non pas les derniers du passé, mais les premiers de l'avenir. Leur vie est plus précieuse qu'aucune autre, et nous devons tout faire pour la préserver.
• — La vie n'est pas seulement ici, me répondait mon pieux compagnon ; elle est partout, et plus douce ailleurs pour ceux qui soufrent dans ce monde avec patience. Bénie soit l'arrivée de
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ces enfants dont nous ne serons jamais séparés, si nous leur enseignons la loi de Tamour divin !
» Aria parlait dignement; mais moi, ivre d'orgueil et en même temps accablée par ma faiblesse, je voulais le détourner du devoir d'initier nos enfants à cette sublime et terrible croyance qui, depuis longtemps portée jusqu'à l'enthousiasme chez les dives, leur inspirait le mépris de la vie et l'amour de la mort.
» — Vois les enfants des hommes, lui disais-je ; ils redoutent le mal, ils fuient le danger; ils ne savent rien de l'autre vie, ils ne connaissent pas Dieu. Et cependant Dieu les bénit et les protège. Ils vivent, ils sont joyeux, bruyants, pleins d'énergie. Leur vie semble une fête dont ils ne prévoient pas la fin. Si nous initions nos enfants, ils ne voudront pas, ils ne sauront pas vivre.
» Aria repoussait les suggestions de ma lâcheté, et moi, je lui reprochais avec amertume de ne pas aimer ses enfants pour eux-mêmes. Je l'ace asais de fanatisme, et notre amour était troublé par une secrète préférence de mon cœm* pour ces enfants que le ciel m'avait donnés et que je ne voulais pas lui rendre. Aria s'en aperçut et me dit un jour :
« — Je sens s'dteindre en moi le flambeaa dt
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à vie.Ton amour seul me soutenait encore; mais, àepuis qu'il s'est refroidi, la volonté de vivre m'abandonne rapidement. Téleïa, chasse ce vain désir de d isputer la terre aux enfants des honmies ! Ne vois-tu pas que les nôtres sont déjà frappés de la langueur qui a dévoré tous ceux de notre race, et que notre seul rêve de bonheur doit être de nous réunir tous bientôt dans un autre asile au sein du clément univers ?
» Je ne pouvais accepter cet ardent désir. Je ne sais quelle fibre humaine s'était développée en moi. Je me jetai aux pieds de mon époux, le suppliant de vivre et de laisser vivre nos enfants.
» — Oublie le ciel, lui disais-je. Où puises-tu cette foi robuste ? Et si elle était une illusion ! Laisse du moins nos enfants l'ignorer. Ne vois- tu pas qu'ils sont trop jeimes pour la comprendre, et que, entre l'attente sereine de cette vie future et la soif insensée de s'en emparer, il y a une sagesse que l'âge mûr peut seul acquérir ? Toi même, ô mon cher Aria, tu n'as plus la patience d'attendre, je le vois bien. Tu me reproches de ne plus t'aimer, et c'est toi, cruel, qui dédaignes ma tendresse et qui parles de plier cette vie comme une tente et d'aller chercher sans moi les rivage' de l'inconnu 1
» Aria hésitait alors entre mon amour et sa conscience ; mais je voyais trop que la foi triomphait de l'amour. Il avouait que la solitude le détruisit. Tant que nous avions eu uae famille, il s'était imaginé que nous avions encore une nation et une patrie, et il disait une chose vraie :
» — L'amour de deux êtres seuls au sein de l'univers n'est plus l'amour. L'amour ne peut pas être un égoïsme, ce doit être une dilatation, un éclat rayonnant de l'âme, et tous les saints amours sont les aliments nécessaires de ce foyer puissant. Enlevez au dive, fils du ciel, la famille, le culte et le temple, son amour, restreint à la contemplation d'un seul être semblable â lui, dévore et consume cet être et lui même.
» — Et nos enfants, m'écriais-je, nos enfants, ne sont-ils rien? ne remplacent-ils pas tout ce que nous avons perdu ? Pour moi. Ils sont le pays, la race, la famille, le monde !
» Aria souriait tristement ; il croyait q?^ nos enfants n'étaient pas destinés à vivre. Hélas ! il voyait dans l'avenir. Mais sa prescience m'irritait, et quelquefois, exaspérée, je hâtais sa fin par de véhéments reproches. Lui, angélique essence, me pardonnait mon délire et semblait me remercier delà douleur dontje l'avais abreu^
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vé. 11 mourut en me montrant le ciel, et les derrières paroles de sa voix éteinte furent celles-ci:
» — Crois, afin de me rejoindre !
« Je m'eflbrçai faiblement de lui obéir. Le mai était entré dans mon âme, et mon courage épuisé se refusait désormais à la loi divine. Je ne me souvenais plus que j'étais une dive, c'est-à-dire une idée fatiguée envoyé dans un astre réparateur pour y attendre des destinées peut-être moins douces, mais plus hautes. Je ne sentais plus en moi qu'un esprit inquiet et des entrailles dévorées d'amour pour ces deux êtres dont je chérissais l'apparence terrestre et l'image passagère plus que l'âme céleste et l'indestructible essence. Plutôt que de les rendre au ciel jaloux qui me les réclamait, j'aurais sacrifié leur immortalité et la mienne. Insensée, je m'attachais â eux d'un amour bestial et farouche, et, transgressant la loi de mes pères, je ne leur enseignais rien des mystères de la vie éternelle. Je m'étais promis d'abord de ne pas les entretenir du regret des choses passées, etj'allais au delà de ma propre résolution en r^e leur insufflant aucun espoir des choses futures.
« — Les dives ne sont pas abandonnés au destin, me disais-je. Essences trop pures, ils ne tenaient point assez à leur manifestation
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dans cette phase du voyage à travers Pinfîni, et, quand la terre s'est dérobée sous leurs pieds, ils se sont envolés comme des oiseaux qui savent leur route à travers les orages. Mais ces orages ne sont-ils pas terribles, et le but est-il assuré? Qui sait si Dieu se soucie de nous conserver la mémoire, et si, dans ime autre forêt du ciel, mes enfants bien-aimés reconnaîtront les bras qui les portent et le sein qui les réchauffe maintenant ?
» Ainsi je blasphémais dans ma solitude, nul conseil ne me sout^^nant plus, nulle tendresse ne veillant plus sur moi. Et, jalouse des bêtes sauvages qui élevaient leurs petits sans autre trouble que celui de les conserver, je m'efforçais de les imiter en n'apprenant à mes enfants qu'une vaine lutte contre la mort. Quelquefois, me glissant sous les épais buissons qui entourent voe vergers, je contemplais avidement les soins que les filles des hommes prodiguaient à leurs enfants. J'admirais l'industrie des hommes, leurs cabanes habilement construites, et les mille prévoyances qu'ils savent apporter ^ans la conservation de leurs jours rapides, c* écoutais leurs paroles et j'en devinais le sens à l'expression de leurs visages si mobiles et de leurs mouvements '
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si déterminés. Je voyais chez eux un amour plus ardent et plus opiniâtre que celui dont j'avais été l'objet dans ma famille 5 moins de discours, moins de méditations, un travail assidu, une volonté soutenue, aucune préoccupation de la vie en Dieu, une sorte d'identification avec la nature. Et je revenais vers mes enfants en songeant :
«—Ces hommes, nés du rocher aride, sont supérieurs aux dives, issus du chêne luxuriant.Ils adhèrent d« toute leux puissance à cet héritage terrestre, tandis que nous avons élevé follement nos branches vers le ciel, qui lésa brisées sans pitié.
Et j'essayais de bâtir une cabane pour mes enfants ; je leur choisissais les aliments que préféraient les hommes. Aux glands amers et aux baies acides des bo's je substituais les figues et le miel que je rapportais de vos prairies. J'exposais ces pauvres créatures, élancées et faibles, aux rayons du soleil, espérant qu'il les adopterait pour ses fils et leur communiquerait les efîluves de sa vie. Car, faut-il vous l'avouer, ô mes enfants ? j'étais tombée au-dessous de moi-mêmq et, craignant le Dieu iniplacable des intelligences, je portais mon aaoration vers ses œuvres secondaires. J'adorais le feu comme Tâme du monde, st je n'adressais plus d'honunaffes et de suppli-
cations qu'à Tastre du jour et aux flammes des volcans.
» Et, malgré tous mes soins, tous mes efforts, tous mes travaux, mes enfants dépérissaient sous mes yeux ! Mes tentatives pour les assimiler à la race humaine ne servaient qu'à précipiter leur destinée. Si, trompée par Taspect que prennent durant la nuit les flots de la mer, et me flattant de les baigner dans une onde embrasée, je les portais au rivage, je ne trouvais là que de froides ondes et le vent qui sèche la sueur sur le front. Si, me fiant à la vertu des choses que l'homme utilise, j'essayais d'étancher la soif de mon iils avec le suc de la vigne, ou celle de ma fille avec le lait des chèvres et des brebis, je voyais cette soif devenir plus ardente, et chaque jour rapprocher celui que l'arrêt irrévocable avait marqué pour l'extinction de ma race infortunée.
» Quand je sentis, au feu de la fièvre qui les rongeait, succéder le froid de la mort prochaine, j'imaginai de réchauffer l'atmosphère ou de l'assouplir par la fumée, en mettant le feu à la forêt qui couronne la première enceinte de ce cratère. J'avais vu mes parents essayer ce dernier moyen, à l'exemple de leurs pères, pour prolonger de quelques jours, non pas leur existence physique,
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dont ils avaient fait le sacrifice, mais la lucidité de leur esprit aux approches de la mort. Moi, j'aurais embrasé la terre entière pour conserver mes enfants quelques jours de plus. La forêt résista à mes efforts. La sève printanière, pleurant de toutes les branches, avait humecté les feuilles sèches étendues au pied des arbres, et lei oiseaux, occupés à construire leurs nids, enlevaient ou dispersaient les mousses et les broussailles quej'y avais amoncelées. Enfin, après mille essais et mille fatigues, je vis monter la flamme Bur quelques points, et, amenant mes enfants au centre de l'incendie, assez loin pour n'en rien craindre, je les vis, pâles et languissants, sourire à Taspect des lueurs rougeâtres et au pétillement des arbres résineux. Mais le vent qui promettait de propager le feu tomba tout â coup, et une pluie abondante détruisit ma dernière espérance Alors, mon fils, se traînant jusqu'à moi ;
» — C'est assez lutter contre les lois de la nature, me dit-il. Mère, parle-nous du ciel qui nous réclame et dont la vision m'apparaît.
» — Le ciel, m'écriai-je, le ciel nous abandonuD
et nous repousse; la terre nous rejette etnou3
maudit!...
m — Non, dit l'enfant sublime en couvrant ma
bouche de sa main défaillante; non, mère, la]^ pelle-toi que nous sommes des dives ; le ciel noua redemande et la terre nous délivre. Je vais l'attendre où j'ai mérité de te retrouver; car je n'ai jamais perdu la vue de Fin fini dont mon père m'entretenait avant de mourir, et dont mon âme était le sanctuaire
» En parlant ains. , mon fils bien- aimé s'arracha de mon sein, se prosterna... et ne se releva plus.
» J'étais égarée; je ne pleurai point, je me pris à maudire le hls ingrat qui m'abandonnait. J'accablai de reproches Tange qui ne m'entendait plus, et mon cher Aria qui l'avait initié aux mystères du ciel.
» — Va- t'en donc, lui disais-je, toi qui n'aimes point ta mère! Que m'importe? ta sœur me reste. Celle-là n'est point une dive initiée; elle deviendra semblable aux filles des hommes. £lle n'aura pas l'orgueil de s'élever à Dieu. Elle vivra pour sa mèie, parce qu'elle sait bien que sa mère ne peut pas jrester seule dans l'univers. Dis» ô ma fille, ô mon seul bien, mon unique amour, ta vivras de mon soufile, tu ne pleureras pas ton frère, tu ne songeras point à Dieu... Tu n'aimeras et ne connaîtras que moi.
• L'enfant ne me comprenait pas ; elle me ren-
dait faiblement mes baisers et souriait d'une façon étrange. J'appelai cent fois mon fils; je ne pouvais pas me persuader qu'il ftit mort; je vou lais qu'il se relevât pour me suivre dans la grotte Je le soulevai avec une sorte de. colère, et, comm^ j'étais embarrassée de ma fille, qui, depvds quel» ques jours, n'avait plus la force de marcher, je l6 lâchai un instant pour la poser près de moi. En ce moment, je le vis retomber inerte et lourd sur la terre retentissante. Oh ! je vivrais mille ans, que j'entendrais toujours le bruit de ce corps sur les graviers ! Alors, je poussai des cris horribles et j'emportai ma fille dans une course impétueuse. Je fuyais je ne sais quels fantômes qui me semblaient la poursuivre et vouloir me Tarracher. Enfin, je la déposai dans la caverne, et, songeant que ma démence avait dû l'effrayer, je me mis à genoux auprès d'elle comme pour lui demander grâce. Mais elle, d'une voix douce et tranquille :
» — Voici mon frère qui vient me chercher dit-elle.
» Je me retournai pleine d'une joie délirante, n'ayant plus conscience d'aucune chose réelle el croyant qu'en effet mon fils avait pu s'arracher des bras de la mort. Mais, hélas! c'était une vision de sa sœur, une de ces visions qu'à l'heure
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de leur mort bénie les dives ont toujours reçues du ciel.
» — Adieu, mère, me dit Tenfant; mon frère m'appelle dans la belle forêt du ciel, toute remplie de mousse et de lierre...
» — Ne va pas dans cette forêt, m'écriai-je; reste, reste avec moi...
t Ma iille ne m'entendait plus: elle était morte aussi, j'étais seule sur la terre !
» Je ne sais rien des jours qui suivirent. Je donnai la sépulture â mes enfants sans savoir ce que je faisais. Ensuite... je ne me souviens que vaguement de mon mal. Je me calmai, car je crus que j'allais mourir aussi, et, dans cette attente je sentis renaître mon âme. Je me rappelai mon égarement et mes blasphèmes. Je me repentis, et, m'anéantissant devant Dieu, je lui offris, en expiation, le déchirement de mes entrailles et l'horreur de ma solitude.
« J'attendais, résignée, le moment qui devait me réunir à mes enfants, et je combattais mon impatience, sentant que chaque jour qui retardait notre réimion était un châtiment de ma révolte. Mais je n'avais pas mérité de mourir si vite, et je sentis avec effroi mes forces renaître et mon organisation se plier, jusqu'à un certain point,
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aux conditions de la vie du rocher. Mon épouvante fut horrible. Serais-je donc punie et maudite à ce point, me disais-je, que Timmortalité sur la terre m'eût été imposée? Eh quoi! je survivrais à jamais â ma race, et je ne reverrais plus ni mes enfants, ni mon époux, ni aucun des êtres que j'ai aimés !
» Je retombai dans le désespoir, et j'eus la pensée de mettre fin à ma propre vie. Mais, après bien des jours et bien des nuits d'une lutte effroyable, je me soumis de nouveau, et je lavai ma faute dan^ mes larmes.
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