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acheter leurs rayissementB sublimes par Tamoiir dr sacriûce...
Ëyenor et Leacippe n'osèrent répliquer. Ils ae sentaient courbés et comme brisés, pour la première fois, par l'ascendant de Faustère yérîté. Le lendemain, dès l'aube, ils allèrent dans la forêt, et, avani de commencer leur trayail, ils essayèrent de prier ; mais ils ne purent d'abord que se regarder avec tristesse et se jeter ea pleurant dans les bras l'un de l'autre.
— Ab ! disait Ë venor, j'avais fait de si doux projets ! Téleîanous avait dit souvent : « Quand vous aurez atteint l'âge de la liberté, jeté confierai ces haches et ces massues de fer et de cuivre, et tu pourras alors entailler le rocher et ïaire â Leacippe un escalier pour descendre dans TÉden. Je te permettrai d'y bâtir une cabane, et c'est dans ce riant séjour que Dieu consacrera votre hyménée.» Et voilà que maintenant ces instruments de conquête sont des instruments de douleur et de servitude. Il nous faut construire, non plus un asile de paix, mais une maison de voyage, et peut-être un tombeau!
— Et moi, répondit Leucippe, j^avaisrêvé de te faire vi?re dans un étemel sourire. « Sa vie sera une fête, me disais-je, et, que l'orage gronde ou
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que le soleil brille, il aura toujours la Joie à ses côtés.» Et maintenant, tu le vois, je pleure et mes baisers vont devenir amers ; car je crois que Téleïa veut que je me sépare d'elle, et je ne pourrai plus te donner un bonheur parfait, ne rayant plus en moi-même.
— Eh bien, dit Êvenor, je ne veux pas que ton ftme soit troublée, car tes larmes me sont un sup* plice. Je vais dire â Téleïa qu'elle s'est trompée et que nous ne sommes pas semblables auxdives, qui aiment la souffrance et la mort. Je lui dirai que je ne veux connaître d'autres devoirs que celui de te rendre heureuse, et que, puisque tu ne peux pas vivre contente sans elle, je ne veux pas revoir ma mère, ni me soucier de la peine que lui cause mon absence.
Leucippe, efiTrayée de ce que disait Évenor, le retint comme il se levait pour aller vers Téleïa.
— Ta mère ! ta pauvre mère ! dit-elle. Ah! que f ai p.'msé souvent â sa douleur, depuis que je sais qu'elle vit loin de toi ! Ta mère, je l'aime, car c'est encore toi, et, si dans ton souvenir tu la chérisau^ tant que je chéris la dive, je vois que tu n'as pas été heureux près de moi comme je Tétais moimême. Non! non! tu ne peux pas renoncer à la revoir et à la consoler. Je n'aurais plus \m jour de
repos ni de joie si je t'en détournais. U faut partir, Évenor; il faut prier et travailler.
— Eh bien, alors, toi qui ne peux vivre sans Téleïa, tu me laisseras donc partir seul, reprit Évenor, et il faut donc que je sois coupable ou désespéré?
— Non, s'écria Leucippe, tu ne seras ni désespéré ni coupable, et le sacrifice que tu m'offrais, je saurai le faire.
Et, s'agenouillant, elle pria avec ferveur, demandant à Dieu le courage, c'est-à-dire la joie dans les pleurs et l'ivresse dans l'immolation de soi-même.
— Mon père invisible, disait-elle, aide-moi à comprendre la loi du devoir. Je sais maintenant que je ne dois jamais te demander ni la vie, ni la santé, ni un ciel pur, ni les fruits, ni les fleurs, ni même la vue de ceux que j'aime, s'il te plaît de sacrifier à tes secrets desseins tous les trésors de mon existence et toutes les splendeurs delà nature Mais ce qu'il m'est permis d'implorer, c'est le perfectionnement de mon âme et la puissance de t'aimer assez pour accepter tout ce qui émane de toi« même les douleurs, les dangers et les regrets déebirants. Prends donc pitié de ma faiblesse et donne-moi la force qu'il me faut pour ne jamais
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douter de ton amour et de ta bonté, quelque épreuve que j'aie à subir sur la terre ou eilleurs.
Évenor, prosterné auprès de Leucippe, se sentit transporté et ranimé par sa foi naïve.
— Oh ! Leucippe, s'écria-t-il, c'est Dieu qui me parle par la voix de ta prière. Tu me fais comprendre ce que, moi aussi, je dois lui demander, et je sens déjà qu'il nous l'accorde ! Oui, je me sens inondé d'une secrète joie et comme investi d'ime force nouvelle. J'apprends en cet instant qu'il est non-seulement possible, mais doux de souffrir pour ceux qu'on aime, et me voilà prêt à partir seul, sans faiblesse et sans désespoir ; car je ne veux pas que tu me sacrifies ta mère ou que tu sois inquiète de moi. Je partirai et je reviendrai vite, sois-en certaine; rien n'est impossible à l'amour, je le savais, et à présent je sais que rien ne lui est difflcile.
Il se releva, brandissant au soleil matinal sa cognée brillante, et, comme il s'approchait d'un arbre pour lui porter le premier coup, la dive sortit de derrière cet arbre comme les hamadryades que Ton a crues jadis habitantes du tronc sacré des chênes.
— Travaille, Évenor, dit-elle; travaille avec une joie sans mélange, car l'épreuve que je t'imposais
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aporté ses fruits. Te voilà digne (Te Lencippe, et c'est pour constroire Totre catene dans rËden. qne le fer sacré doit sortir de son inaction. Lencippe^ aide ton fiancé, selon tes forces ; car, toi aussi, te iroilà digne de toL En Tons sacrifiant Ton à Tautre, vous ayex comxoisla sainteté de Uamonr, et, an lien d^nne fûagaeoae et passagère ivresse, vous connaîtrez les joies ineffables des célestes ravissements. ixaqpJàce jonr, les larmes n'aTSûent consacré ancim hyménée parmi les enfuits des hommes. Les larmes sont saintes, sachez-le, ô vous qm venez de répandre cette rosée du ciei sur i« gocte du vni honheorl
l'htménés
De ce moment, la dive cessa de surveiller avec inquiétude les chastes amours de ses enfants adoptifs. Elle avaitdit àÉvenor en lui montrant l'Éden: « Je te confie ta fiancée. Elle ne peut être ta femme sans qu'une prière suprême unisse notre triple amour en un seul. Construis ta demeure, et j'irai la consacrer par ma bénédiction, symbole de Dieu sur la terre. »
Téleïa savait que, dès lors, les transports de la nature seraient vaincus par l'esprit. Elle avait donné la vie céleste à ces deux êtres. Le trouble des sens ne pouvait plus les surprendre. La volonté était close en eux. Ils avaient la notion delà grandeur de leur destinée et de la majesté de leur
union prochaine. Une ivresse sans conscience d'elle-même ne menaçait donc plus d'appesantir leurs esprits et de dominer leurs résolutions. Ils avaient pleuré, ils étaient baptisés par ces larmes pieuses. Ils s'aimaient enfin, et par le cœur et par l'intelligence encore plus que par les sens. Ils étaient homme et femme, c'est-à-dire un désir plein de respect et une promesse pleine de fierté.
D'ailleurs, la dive ne leur laissa point perdre de vue le sentiment de leurs autres devoirs. Elle les entretint encore de leur solidarité avec leur race et de l'avenir qu'ils devaient consacrer à l'enseignement de leurs frères. Sans limiter le temps qu'ils devaient passer dans TÉden, elle ne leur montra les délices de leur isolement que comme ime préparation religieuse à l'accomplissement d'une mission plus étendue, et la construction de la maison flottante destinée au pèlerinage fût considérée comme la conséquence de celle de la tente plantée au désert en vue de Thyménée.
Quand elle les eut fiancés par une première bénédiction, elle se retira mystérieusement dans les rochers du Ténare, ayant là quelque rite sacré à accomplir, et voulant aussi habituer Leucippei son absence.
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Cette absence rendit Leucippe moins timide et plus sérieuse avec son fiancé. Le premier soin d'Évenor avait été d'entailler avec le pic des degrés égaux dans le bloc de roches qui rendait l'accès de TÉden difficile à sa compagne et périlleux pour lui-même. Les premiers pas du beau couple dans ce jardin choisi de la nature les transporta de joie, et d'abord ils s'y élancèrent en se tenant par la main et en témoignant leur naïve admiration par une course ardente et rapide.
Évenor ne donnait pas à Leucippe le temps de voir et de comprendre. Il l'entraînait de la vallée des fleurs aux arbres des collines et des rives du lac aux rochers de l'enceinte.
— Ah! que ton jardin est beau! s'écriait Leucippe; comme on y oublie les secousses et les ravages du volcan ! On dirait qu'ici la terre n'a jamais produit que des fleurs, et que la sauvage mer n'a jamais osé y pénétrer. Vois comme le sol est doux et l'air tranquille! On marcherait ici toute la vie sans se lasser!
Et Leucippe, détachant ses chaussures d'écorce, les jetait loin d'elle, joyeuse de sentir sous ses pieds délicats, au lieu des cendres vitrifiées et des rudes lichens de la solfatare, les sables fins et les mousses veloutées de l'Ëden.