‹ Les amours de l'âge d'or: Evenor et LeucippeChapitre 18 sur 22 · S AH0UB · texte numérisé non relu

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me montrei < vous ne me voyez point. Apprenez aussi que je me nourris surtout de la fumée des sacrifices, et que je veux être appelé Vimpla* cable^ c'es^â-dire la force qui tue les forts et la vengeance qui enivre les faibles. Vous apprendrez à vos enfants à me craindre, et, d'âge en ftg( je resterai avec votre race, car je suis celui gui ne meurt pomt. »

Et, à ce discours qu^il croyait avoir entendu, Mos ajouta une imposture volontaire pour se préserver des dangers attachés à toute révélation bonne ou mauvaise.

— Ir'imp/acaôte a dit encore : « Apprends que je suis Esprit, c'est-à-dire que je garde mon appa* rence et ma volonté quand je veux me dépouiller de mon corps, et que les hommes ne peuvent me détruire. Dis-leur que je te choisis pour leur enseigner ma nature et ma science, et que celui qui te frappera sera frappé par mon invisible main, grande comme le monde et forte conmie la mer. »

— S'il en est ainsi, répondit la tribu errante, fixons notre séjour non loin de cet autel qui nous est propice ; mais ne bâtissons aucune demeure, car nos ennemis viendraient sans doute nous déposséder . Vivons à l'ombre de cette forêt jusqu'A

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ce que nous puissions fondre sur eux et à notre tour les déposséder de leurs maisons et de leurs femmes.

Le lieu où ils se trouvaient était d'une tristesse navrante. C'était à Tembouchure de ce même fleuve qu'ils avaient traversé pour s'éloigner et se séparer de l'ancienne tribu, et qui, aux approches de la mer, refoulé sur les sables accumulés par ses propres flots, se répandait en marais immenses sur la côte unie et plate comme un lac. Ces marais, sans profondeur, étaient couverts, en beaucoup d'endroits, d'une végétation abondante, mais inféconde pour l'honune. En compensation, de nombreux troupeaux de buffles erraient et se multipliaient dans les Ilots de cette maremme. Enfoncés dans la vase jusqu'aux épaules, la tête cachée sous les roseaux, au milieu des arbres morts et des arbres vivants jetés pôie-méle sur ces terrains sans cesse dévastés et sans cesse renouvelés, ils soutenaient de furieux combats contre les loups que leur présence attirait et parquait, pour ainsi dire, dans ce désert, jusque-là vierge de pas humains.

Les exilés eurent donc à les poursuivre dans des lieux presque inaccessibles, pour s'appropiier leur chair, leurs dépouilles dont ils apprirent.

sons le secours des femmes, à se faire des vêtements et des courroies, et leurs cornes, dont ils se firent des armes et des outils. Mais, en ce lieu, la chasse devint périlleuse, car les buffles appri rent non-seulement à se défendre, mais à atta quer, et leurs cadavres n'étaient pas plutôt a| pouvoir de Thomme, qu'ils attiraient les animaux carnassiers, et qu'il fallait veiller sans cesse, pour préserver, non-seulement le butin, mais encore les hommes sans abri pour leur sommeil.

Ces dangers furent d'autant plus grands que l'on s'était dispersé sous l'empire d'un sentiment de farouche égoïsme, chacim voulant garder pour lui seul le rare butin des premiers jours. La crainte de manquer, la difflculté de vivre, la misère, en un mot, avait inauguré le règne du mal^ plus encore que le sombre enthousiasme et les rêveries fanatiques de Mos.

Cependant quelques-uns étaient restés autour de celui-ci, et, partageant sa croyance, ils ne cessaient d'oflûir à l'esprit du mal leurs sacrifices et \eurs invocations. La fièvre du merveilleux leur fit inventer diverses pratiques d'un culte lugubre. Faisant des instruments de la corne des animaux, ils remplissaient les échos de la forêt du gémisse-

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ment de ces trompes funèbres, et, tout à coup, transportés d'une fureur sans but, enivrés de la puanteur des viandes grillées, ils figuraient, par des bonds sauvages et convulsifs, des danses sacrées autour de leurs bûchers. Ces tristes fêtes ittirèrent les autres exilés, et l'on se réunit de aouveau sous l'attrait d'un culte extatique, formé de cérémonies violentes et d'émotions forcenées.

Un jour qu'ils étaient ainsi rassemblés, Mos, qui s'était institué, avec l'assentiment de ses partisans, sacrificateur suprême et oracle inspiré leur parla ainsi :

— Le moment est venu où votre haine, votre audace et vos forces sont mûres pour le combat. C'est assez lutter contre les bêtes sauvages, contre la faim, l'horreur des bois et l'isolement. C'est contre nos frères ingrats qu'il faut lutter maintenant. Ils nous croient sans doute dévorés par la mer ou anéantis par la souffrance. Ils ne se méfient plus de nous, car ils n'ont point songé à nous poursuivre, et, depuis que nous sommes ici, les vents du ciel ont effacé la trace de nos pas. Soyons donc prêts â partir à l'aube prochaine. Armonsnôus des massues et des épieuxles plus meurtriei's.

Nous marcherons tout le jour en nous tenant ca-

chés dans cette zone de forêt» dont le TÛIage dm l)lancs marc[ae la limite, à la premièfe âévatioa du plateau. Nous y a rri v e r uu ff à Ilieare de ia mût otL leur sommeil, appesanti par lanonmtnieetla Tolupté, noua en livrera plnaienrs saos dêfenaa Les antres surpris et éperdna se défaidrootmal Cependant soyons préparés à la résistance dés»pérée de qoeiqnes-mis. Je me charge, moif datera cible Sath, car l'implacable esprit m'a parlé dans monsommeil et il m'a dit : « Maiche^jete donne B Tîe. »

Des clamenrs d'mie joie f ur i eose aocfoeillirent cette espérance. On se prépara, et, aporte aroir pris dn repos, on se réunit an bord de la plus large bouche du fleuye, dont le cours traçait la route que Ton devait saiTre;mais, aux approches du jour, ces hommes sans nohle passion et sans Téritable courage se se ntir e nt fûMes et demandèrent à leur chef le gage de ses promesses de Tictoire. Mos n'en avait pas d'antre à invoqaer que l'exaltation soutenue qui fusait de lui un fanatique plus persévérant et plus dangereux que les autres. Pressé et menacé de nouveau, et ne sachant trouver de refage contre le péril qne dans sa croyance au mal, il rendit un oracle mooatrueuj

— Offrez à l'esprit, dit-il, un sacrifice plus précieux que le sang des brutes : donnez-lui du sang humain. C'est pour répandre celui de vos méchants frères que vous êtes armés,et l'esprit doute que vous ne reculiez pas devant une puérile horreur du sang fraternel. Répandez donc ici une of* fraude du vôtre pour vous aguerrir contre la lâcheté de votre nature et pour cimenter votre alliance avec l'esprit sans pitié.

En parlant ainsi, Mos se frappa lui-même légèrement de son arme, et quelques gouttes de son sang rougirent sa poitrine. Ce spectacle étonna et apaisa ses compagnons et le préserva des coups qui le menaçaient Ils hésitaient à suivre son exemple, lorsque le plus jeune de tous, qui s'appelait Ops, entraîné par un enthousiame étrange» s'avança au milieu d'eux et dit :

— Ces jours sont ceux des choses nouvelles, et Mos nous a appris que ce que l'on voit et ce que Ton touche n'est pas tout ce qui est. Je le crois,' car je sens en moi des transports de douleur et de joie qui ne me viennent pas de moi-même, ni d'aucun homme que je connaisse, ni d'aucune chose qui me trouble ou me charme. Je sens qu'il y a un esprit qui parle à quelque chose

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de mci qui n'est pas mon œrps toat seoir Peut-être sommes-noiis tous des espfrilsiiiférieiuç commandés par un esprit pins grand et plus îoné que nonâ.

— Tu Tas dit^ s'écria Mos, surpris d^ooe révéla tion qui ne Ini était pas Tenue, onqn^ n'eu pas sn formuler, nous aTons tous on esprit inférieur qui entre et sort de notre corps, selon que Tesprit supérieur FenToie ou le rappelle.

— Je ne sais rien de ce que tu expliques main* tenant, reprit Ops arec candeur ; car il me semblait que j'étais à la fois le corps et l'esprit tourmentés ou ranimés par le grand esprit sans nom  toutes les heures de ma rie. Quoi qu'il en soit, cet esprit n'est pas œ que tu nous as dit. n est boa et ne demande pas de sang, car sa forme est agréable à Toir ; sa figure est celle d*une belle fille, et sa voix est une musique plus douce que le chant des oiseaux. Moi aussi, je l'ai vu en rére, et il m'a dît : « Donne^moi ton amour et ta volonté ; je ne veux pas d*autre sacrifice. »

Et, comme les exilés écoutaient et commentaient avec irrésolution, en eux-mêmes, les paroles du jeune homme, celui-ci, dont la physionomie était plus douce et l'œil plus rêveur qu'aucun

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des hommes nés depuis Ëvenor, regarda le premier sourire du crépuscule qui argentait le cours paresseux du fleuve, et, joignant les mains dans une sorte de ravissement extatique, il s*écria:

— J*ai bien parlé ! J'ai parlé comme il m'était commandé, car le void qui se montre à moi; et, si vos yeux ne sont pas obscurcis par le mensonge, vous pouvez le voir aussi bien que je le vois, là, sur les eaux, debout sur un cigne brun, plus grand que tous ceux que produit la terre. Voyez ! voyez s'il n'est pas tel que je vous ai dit ! Sa figure est celle d'une fille plus belle que toutes les filles qui naissent parmi nous, et sa voix chante mieux que le rossignol dans les nuits de printemps.

Ops s'élança vers le rivage ; tous le suivirent, tous regardèrent, tous virent et entendirent ce qu'il annonçait : un cygne brun gigantesque, aux ailes blanches doucement gonflées, portant sur son dos une femme d'une beauté angélique, vêtue d'un brillant tissu d'amiante et d'une chlam7de de peau de panthère tachetée. Sa longue chevelure flottaii ^ la brise matinale avec les bandelettes étoilées d'or et d'argent qui en séparaient les longs anneaux naturellement bouclés ; et sa douce voix

mnimurait nn chant mystérieux dans une lâDgaa iaconnue aux hommes.

Mais, à son tour, celle qu'ils prenaient pour une diyinité et qui, relativement à eux, pouvait être appelée ainsi, les vit et les entendit. Elle cessa de chanter rhymme sacré des dives qui lui avait été enseigné et dont elle saluait llieure matinale du départ, comme pour bénir ou consacrer chaque journée de son aventureux voyage. Effirayée à l'aspect de ces hommes farouches, hérissés, laids et souiUés comme tous ceux qui vivent loin du regard des femmes, eUe quitta la proue de la barque» se réfugiant auprès de son époux, assis au gouvernail et jusque-là caché aux exilés par le déploiement des voiles.

— Évenor, lui dit-elle, cesse de nous diriger sur ce rivage ; tu t'es trompé ; cette rivière ne noua a pas donné l'entrée de la terre des hommes, car ceux que je viens de voir sont des êtres qui ne te ressemblent pas.

Ëvenor se pencha et vit les honmies de sa race. U douta un instant, et, cessant de ramer:

— Ge ne sont point là les hommes de ma tribu, dit-il; ils sont d'un aspect moins doux et ne paraissent point heureux; pourtant ce sont des hommes, ma chère Leucippe, et notre mis-

fiion s'étend à tous ceux qui ont le don de la parole.

L'hésitation de œ qu'ils appelaient le cygne brun changea en cris de détresse la muette stupeur des exilés. Persuadés que les esprits sortis du sein de l'onde venaient à leur secours, ils les attendaient avec un mélange de crainte et d'admiration ; mais, quand ils crurent que le cygne, arrêté sur les flots, allait s'envoler ou plonger sans toucher leur rivage, il se jetèrent A genoux, étendirent les mains et, suppliants, invoquèrent la protection des génie de l'eau.

— Tu le vois, dit Évenor à Leucippe, ils nous appellent et nous reconnaissent pour des êtres de leur espèce.Ils parlent, par conséquent ils pensent, et, par là, ils sont nos frères. Gesse donc de les craindre et permets-moi d'approcher pour les interroger sur mes parents.

— Leurs cris m'épouvantent, dit Leucippe.

Leur apparence me répugne. Je ne vois point de femmes parmi eux, à moins que ce ne soit celuici qui vient à nous en s'enfonçant dans l'eau jusqu'à la poitrine et dont la figure parait plus douce que celle des autres. Approchons-nouSi car je vois qu'il ne sait point nager, non plus que les autres qui le suivent en tremblant.

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Laîsflona-le monter sur notre cygne (Lencippc elle-même appelait ainsi la barqoe, ouviage d^ venor}, et aaciions ce qu'ils nous crisit, sachons ce q[iia nous avons à craindre ou à espér^delenr rencontre.

Évencr céda au désir deLeucippe. n tendit uoe de ses rames au jeune Ops, qui s'^brcait derattein.lre et «xiii, aidé par lui, monta sur le cygne. Les antres, encouragés par son exemple, refissent suivi au risque defkire somlnrer la l^ère emlarcation ; mais Évenor Téloigna d^euxrapidement» tandis que Leucippe, se levant de nouveau à la proue et les repoussant d'un geste pirâi d^autorité, les remplit d'une terreur superstitieuse. Us rega* gnèrent la rive, regardant et parlant tous avec agitation. De ce moment, Mos ne fat plus pour eux qu'un faux prêtre, adorateur d'un faux dieu. Le rentable esprit, c'était le cygne ; l'homme et la femme qu'il portait étaient ses oracles, et Opa, qui l'civait annoncé et que l'on voyait seul accueilli par lui, était l'élu du ciel et le prophète de la tribu errante.

Ce n'était point parTeflet d'une divination supérieure que ce jeune homme avait révélé l'apparition qui tout à coup venait confirmer sa parole. La nuit précédente, couché seul sur le sable de la

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mer, il eût pu voir, à la clarté des étoiles, le cygne cingler sur les vagues et s'arrêter à rembouchure de la rivière. Là, tandis qu'Évenor amarrait son esquif pour passer la nuit au rivage avant de s'engager dans les eaux fluviales, Leucippe était descendue à terre,et,hasardant quelques pas sur cette rive inconnue, elle avait passé, sans le voir, auprès d'Ops endormi. Le sommeil des sauvages est méfiant et léger : Ops avait été réveillé par les pas de Leucippe. Il avait vu ses traits éclairés par la lune, et, immobile de surprise et de ravissement, il avait pu la contempler un instant; mais elle s'était éloignée et comme évanouie dans l'ombre, et, rejoignant son époux, elle avait chanté l'hymne du soir d'une voix lointaine, douce comme la brise. C'étaient ces paroles d'amour et de bénédiction qu'Ops avait recueillies comme un oracle. C'était cette suave figure qu'il avait entrevue. Il s'était levé pour la chercher, pour la voir encore et l'entendre de plus près ; mais, le chant ayant cessé, les époux s'étant endormis dans la barque cachée sous les saules, Ops avait cherché en vain, et, persuadé qu'il avait été visité en songe par une vision délicieuse, il était venu au rendez-vous des exilés, décidé à rendre compte de la révélation qu'il croyait posséder.

Évenor dirigea la barque vers la rire opposée à celle d'où Ops était venu vers lui, et, contemçîant son visage doux et bouleversé d'émotion, ij hii demanda son nom et celui de sa tribu.

Croyant parler à un dieu, Ops, qui, du moment où il était monté sur la barque s'était tenu tremblant, sans oser lever les yeux sur lui, et encore moins sur Leucippe, lui répondit d'un ton 8ai>pliant et respectueux :

— Mon nom, tu le sais, esprit des eaux, esprit secourable et bon ! Je suis Ops, le plus jeune des exilés de la tribu errante. Tu dois connaître nos infortunes à tous et les miennes particulièrement, puisque tu daignes m'attirer jusqu'à toi sur le dos du cygne magique. Veuille me pardonner l'état misérable où tu me vois. Je devrais venir à toi les mains pleines d'offrandes; mais je ne possède rien, et cette sombre forêt est inclémente pour les hommes. Considère, 6 esprit des eaux ! que je suis à peine sorti de l'adolescence et que j'ai été entraîné par la crainte, plus que par la méchanceté, à quitter ma famille et la tribu des hommes anciens. Nous avons été ingrats, mais nous ne leur avons point fait de mal . Tout le mal a été pour nous, puisque nous leur avons laissé les régions supérieures du plateau, où la terre produit des

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fhiits et nourrit des animaux doux en grande abondance, pour venir bâtir, à la limite des rochers, une ville pauvre, sur un sol maigre, où 11 nous a fallu vivre de chair et de sang...

— Ainsi, dit Évenor, que le nom du jeune homme avait fait tressaillir, les hommes du plateau sont restés heureux et tranquilles du c6t6 des biens de la terre, mais ils ont vu partir tous leurs enfants mftles, et, maintenant, ils sont tristes et délaissés 1 D'où vient donc, ûls cruels, que vous avez abandonné ainsi vos mères et que vous vivez sans sœurs et sans épouses au fond des bois ? Et toi qui me parles, n'avais-tu pas une mère tendre entre toutes les autres, et ne crainstu pas que ton absence ne lui donne la mort ?

Ops, croyant que Fesprit irrité interrogeait sa faute dans son cœur, raconta toute Thistoire des trois tribus, en accusant sa propre faiblesse, mais en se défendant avec sincérité d'avoir jamais pris part aux fureurs de la tribu errante et au culte de l'esprit du mal.

Quand Ëvenor connut toutes ces choses, il interrogea plus particulièrement Ops sur ses parents ; puis, s'adressant à Leucippe, dans la langue des dives, il lui dit :

— Tu as entendu, ô ma chère Leucippe, comme

m LES AHoums

les hommes scynt derenns insensés et malheiireuz. Regarde cet adolescent, cpie je n'ose encore presser dans mes bras : plains^e et aime-le comme tan frère, car il est le mien. Il est le filsdemon père et de ma mère, et je ne puis me fier à lui ! Hélas! pourrons nous ramener à Pieu le cœor de ces exilés qpi errent misérables et privés d'amoiii?... C'est peut -être ainsi que je fusse deveoo, mêms dans le beau jardin d'Ëden, si Dieu ne m'eût permis de te rencontrer, ô ma bien-aimée! L'absence de la femme est pour lliomme la mort de Fâme. Mais le malheur a développé chez ceux-ci le besoin d'invoquer la toute-puissance, et, quoiqu'ils Invoquent précisément sous les attributs qui lui sont contraires, la haine et la vengeance, ils sont peut-être plus faciles à ramener et à éclairer que ceoi de la nouvelle tribu sédentaire. Je vois bien que Mos est un esprit troublé et qu'il s'est fait le prêtre de la folie. Mais Sath, qui s'est fait, par la violence envers ses semblables et le mépris des choses célestes, le prêtre de llndifiérence, sera peut être plus fatal à sa race.

— Je le crois comme toi, dit Leucippe ; mais je redoute les premiers moments que nous allons passer parmi ces hommes égarés. Puisqu'ili croient à un pouvoir supérieur à la force ha-

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maine, et que ton frère nous invoque comme des esprits secourables, ne te hâte pas de les détromper et crains que, s'ils me connaissent pour une mortelle semblable à eux, quelqu'un d'entre eux ne veuille m'arracher à toi.

Cette crainte fit frémir Évenor.

— Hélas ! dit-il, est-ce ainsi que je devais retrouver les hommes de ma race? Et ces frères que je croyais pouvoir presser dans mes bras avec transport après une si longue absence, sontils donc des ennemis et des fléaux que je doive redouter plus que les flots de la mer et les monstres de l'abîme ? Téleïa, si tu avais prévu de tels dangers pour ta fille adorée, l'aurais- tu poussée à les afii'onter avec moi?

— Conduis-moi dans ta tribu, auprès de tes parents, reprit Leucippe. Là, tu enseigneras aux hommes jeunes qui y sont restés l'art de naviguer sur les eaux. Alors, nous repasserons ce fleuve avec enx, et nous viendrons chercher ceux-ci, pour ramener leurs âmes et leurs corps égarés dans le désespoir et la solitude.

— La prudence conseille ce parti, répondit Évenor, et pourtant le devoir me défend d'abandonner ces hommes qui se disposent à aller égorger leurs frères, si je ne réussis pas à les en dé-^

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tourner. Tiens. Leucippe, allons les trouver; je descendrai sans toi sur leur rivage avec Ops. Toi, tu te tiendras à portée de fuir s'il m'arrive malheur. Tu reprendras la mer, que tu sais maintenant affronter aussi bien que moi-même, et tu iras dire à la dive : « Ëvenor nous attend maintenant dans un monde meilleur, car il a fait son devoir dans celui-ci. »

— Non, je ne fuirai pas, dit Leucippe. Puisque tu abandonnes ta vie au devoir, j'abandonne la mienne aussi. Donne-moi un de ces dards avec lesquels tu as tué la première biche dans TÉden. Je ne crains rien des hommes. Je saurais me tuer avant de devenir leur nroie.

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