‹ Les amours de l'âge d'or: Evenor et LeucippeChapitre 5 sur 22 · LE PARADIS TERRESTRE · texte numérisé non relu

LE PARADIS TERRESTRE

Mais nous faisons-nous une idée bien logique de la création en adoptant la ti^adition mythique d'un premier homme, et en voyant naître à ses côtés une première femme qui va remplir à eUe seule, avec lui seul, la terre de sa postérité '> Les traducteurs compétents trouvent, dans la Genèso même, un sens collectif au nom d'Adam. Mais

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nous n'avons pas à discuter les sonrces de la croyance générale sur le terrain de la théologie D'autres Tont fait avec tant de science, de grandeur et d'équité, que nous n'y saurions rien ajouter, et le sujet est trop vaste pour en rien extraire.

Contentons- nous de remonter , par la consd^ice, à la sagesse de l'œuvre divine. L'homme isolé de l'homme aurait-il pu vivre un jour ici-has ? Les anachorètes portaient au désert la notion, le souvenir et la pensée incessante de l'humanité.CTétait pour fuir ses égarements, pour pleurer sur ses douleurs, pour prier Dieu de lui pardonner,qu'il8 se retiraient dans la solitude. Mais l'homme, enfermé dès sa naissance dans ime solitude, même dans une solitude enchantée, l'homme ne faisant qu'un avec une compagne aussi dénuée que lui de la notion de l'humanité collective, eût-il pu reproduire des êtres intelligents et sociahles? Non, il n'eût pu donner la vie à des hommes»

n'étant pas homme lui-même.

Les hommes, selon nous, ne sont donc pas entrés par un couple isolé dans la vie, connue des types dans une collection. Les mêmes conditions nécessaires d'existence venant à régner pour eux sur la terre, ou sur ime notahle portion de la terre, l'espèce y a été appelée par le vœu créateur

en masses plus ou moins imposantes. LTiLe seule graine peut bien envahir un champ, un seul nid peut bien peupler ime forêt, mais rhomnie n*est ni plante ni bête. Il a une âme plus étendue qui meurt quand im amour, plus étendu que celui qui

a pour but unique la reproduction, ne vient pas la féconder.

Les hommes et les femmes ont donc dû éclore par groupes sur les sommets de la terre, aussitôt que le sol, Pair et les fruits se sont harmonisés avec les conditions de la vie» humaine. Couronnement de la création, les premiers humains s'y sont trouvés répandus comme les fleurs d'une guirlande qu'une main divine rapproche pour les réunir.

Et cette main divine qui tressa la couronne, c'est l'attraction de Tamour réciproque qui appela i se rassembler en sociétés les groupes épars de la famille humaine.

Quelles furent ces sociétés primitives auxquelles, vu leur exiguïté présumée, on donne le nom de familles ou de tribus? L'homme d'aujourd'hui ignore leurs éléments,leurs formes et leur durée. Il ne les raconte que par des symboles bibliques ou mythologiques, qui tous leur attribuent une origine céleste placée dans le rêve d'un âge d'or.

L'ftge d'or, disent les philosophes de notre temps,

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n'est pas derrière nous, il est en avant de nous.Si, par âge d'or, ils entendent un état complet d'innocence sans civilisation suffisante, je crois qu'il est derrière nous, et que nous n'y retournerons jamais. S'ils entendent un état de vertu éclairée, ime notion complète de la vie amenant les hommes au véritable amour, ils ont raison, l'âge d'or est en avant de nous. Nous avons pour mission de développer ces germes qui couvaient, sans secousse violente, dans l'enfance de l'himianité candide, et qui ont germé depuis, sans périr, au milieu des orages des passions et des apparentes déviations du progrès moral.

Avouons, d'ailleurs, qi: i nous en coûterait à tous, du moins à tous ceux d'entre nous qui cultivent l'idéal dans le passé, dans le présent et dans l'avenir, de renoncer à ce beau jardin de la création, à ces mœurs paradisiaques du premier âge de notre race, à cet Éden enfin qui a été le rêve et comme le poème de notre enfance, depuis la pre» mière rédaction des souvenirs de l'humanité jusqu'à nos jours.

Est-il bon de mépriser cette tradition, ce vague souvenir peut-être d'un paradis perdu, que notre imagination se représente sous l'aspect qui plaît & chaque nature d'esprit, et 01^ Vâme s'attache in-

Btinctivementjusqu'à sesentir navrée d'un étrange et mystérieux regret? La tradition est un des éléments de notre croyance ; elle répond au senti ment, qui est ime des puissances de notre êtrt Admettons donc un âge d'or, rentrons par l'imagination dans la forêt primitive de Jean-Jacques Rousseau, dans l'Atlandide de Platon, dans ce jardin de délices des Orientaux, où l'homme conserva la pureté angélique, les uns disent cinq cents ans, les autres une demi-journée. Les traditions ont pris, chez les Orientaux surtout, des formes allégoriques si nombreuses et si variées dans leur unité de plan, que, si l'on veut recomposer le poëme du Paradis perdu (Milton a puisé dans toutes ces sources), on n'a que l'embarras du choix. Voulez- vous que les premiers ancêtres du genre humain s'appellent Évenor et Leucippe ? Écoutez Socrate^un récit très-peu vraisemblable et cependant très-vrai, s'il faut en croire Solon, le plus sage des tept sages: « L'Atlandide est une île enchantée, au centre de laquelle est une petite montagne habitée par un de ces hommes qu'on dit sortis du sein de la terre. » Neptune entoura de retranchements la colline d'Évenor, par jalousie sans doute, car il était épris de la belle Glyto, fille unique de ces fils de la terre. L'île fournissait en

abondance tout ce qui était nécessaire ilavie... Il y avait des mines d'oricbalque, métal qu'on ne connaît plus aujourd'hui que de nom, et qui ne le cède pour le prix qu'à l'or. La terre nourrissait une foule d'animaux, tant domestiques que sauvages... ; on y voyait jusqu'à des élé» phants. — Les descendants d'Évenor, fils de Neptune, par l'hymen de ce dieu avec Cly to, firent de l'Atlandide un royaume des Mille et une Nuits. • lie temple de Neptune, c'est toujours Platon qui parle, revêtu d'une couverture d'or, avait un stade de long. Sa hauteur était proportionnée à son étendue ; mais son architecture était d'un goût bizarre. On avait représenté, dans le sanctuaire, Neptune debout sur un char attelé de six chevaux ailés, d'une telle stature, que la figure touchait à la voûte de Tédifice ; autour du char étaient cent néréides assises sur des dauphins... Les archontes furent, pendant un grand nombre de générations ^insies^ puissants et heureux. A la fin, le luxe amena la dépravation des mœurs et du despotisme... Jupiter, indigné, et résolu à punir les crimes des Atlantes, convoqua les immortels au centre de l'univers, là où il contemple toutes les générations, et, quand ils furent as* semblés*. • t

Le reste du texte manque ; mais cette colère de Jupiter, père des humains, ne présage-t-elle pas Fexil de l'Éden, le paradis perdu? D'après cette version, que Platon dit avoir été conununiquée à Solon par un prêtre de Sais, on ne voit pas que le premier homme ait perdu l'innocence céleste; maii le dieu Neptune remplace le serpent tentateur; il séduit, non pas la femme, mais la fille d'Évenor; il élève ses enfants dans im paradis retranché qu'il peuple ensuite de sa descendance ; mais, en même temps qu'il a donné aux hommes nouveaux de sages lois et heaucoup de science, il les livre à la corruption des richesses et appelle ainsi sur leur tête les foudres de Jupiter.

Les talmudistes ont une foule de variations sur le thème sacré de la Genèse. Les rabbins disent que le premier homme était si grand, que sa tête touchait le ciel. C'est un symbole de la grandeur intellectuelle et de l'essence divine de la créature. Les anges en furent jaloux, et Dieu réduisit la taille de l'homme à mille coudées de haut. Il approchait encore de la nature des anges, il avait connaissance de Dieu et de ses attributs, il n'ignorait même pas le nom incommunicable de Dieu; car, Adam ayant imposé le nom â tous les animaux. Dieu lui demanda : « Quel est mon nom ? ■

Adam répondit: • Jehovah^ celui qui est<... • »... Quelques-uns se sont imaginé qu'Eve était le fruit défendu auquel Adam ne pouvait toucher sans crime...; que Gain était le fils du serpent...; que les génies ou les esprits sont nés d'Adam et de sa première ou seconde femme, nommé Lilith.

« Certains hérétiques, dits ophites ou serpentins, croyaietque le serpent tentateur était Jésus- Christ, et ils nourrissaient un serpent sacré K »

On sait le culte du serpent dans toute l'antiquité, et comme quoi il était le symbole, non du mal, mais de la science.

Les mythes banians mènent les premiers fils d'Adam dans ces contrées lointaines, et racontent d'une façon romanesque leurs mariages. Ils étaient quatre d'himieur différente. Bramon tenait de la terre; il était d'un esprit sérieux et mélancolique. Dieu lui confia le livre des lois divines et l'envoya versTOrient: il y trouva une femme grave et

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