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LE CHANT DES SIRÈNES

Fameux Ulysse, honneur de tous les Grecs, De notre bord approche toi plus près; Ne cingle point sans prêter les oreilles A nos chansons, et tu orras merveilles.

Nul étranger de passer a souci Par cette mer sans aborder ici.

Et sans contraindre un petit son voyage. Pour prendre port à notre beau rivage; Puis tout joyeux les ondes va tranchant, Ravi desprit, tant doux est notre chant, Ayant appris de nous cent mille choses Que nous portons en l'estomac encloses.

Nous savons bien tout cela qui s'est fait Quand Ilion par les Grecs fut défait; Nous n'ignorons une si longue guerre, Ni tout cela qui se fait sur la terre. Doncque retiens ton voyage entrepris :

Tu apprendras, tant sois-tu bien appris.

Ainsi disait le chant de la sirène Pour arrêter Ulysse sur l'arène, Qui, garroté au mât, ne voulut pas Se laisser prendre à si friands appas ; Mais, en fuyant la voix voluptueuse, Hâta son cours sur l'onde tortueuse.

Sans par l'oreille humer cette poison Qui des plus grands offense la raison.

Ainsi, Jamin, pour sauver ta jeunesse.

Suis le conseil du fin soldat de Grèce; N'aborde point au rivage d'Amour Pour y vieillir sans espoir de retour.

L'amour n'est rien qu'ardente frénésie.

Qui de fumée emplit la fantaisie.

D'erreur, de vent et d'un songe importun : Car le songer et l'amour, ce n'est qu'un.

CHAXSOX (1507)

Douce maîtresse, touche, Pour soulager mon mal, Mes lèvres de ta bouche Plus rouge que coral; Que mon col soit pressé De ton bras enlacé.

Puis, face dessus face, Regarde-moi les yeux, Afin que ton trait passe En mon cœur soucieux, Cœur qui ne vit sinon Damour et de ton nom.

Je l'ai vu fier et brave. Avant que ta beauté Pour être son esclave Doucement l'eût dompté; Mais son mal lui plaît bien, Pourvu qu'il meure tien.

Belle par qui je donne A mes yeux lant d'émoi, Baise-moi, ma mignonne, Cent fois rebaise-moi.

Et quoi ! faut-il en vain Languir dessus ton sein?

Maîtresse, je n'ai garde De vouloir t'éveiller, Heureux quand je regarde Tes beaux yeux sommeiller.

Heureux quand je les voi Endormis dessous moi.

Veux-lu que je les baise Afin de les ouvrir?

Ha! tu fais la mauvaise Pour me faire mourir.

Je meurs entre tes bras, Et si ne t'en chaut pas!

lia! ma chère ennemie, Si tu veux m'apaiser.

Redonne-moi la \ie

Par l'esprit d'un baiser, lia! je sens la douceur Couler jusques au cœur.

C'est une douce rage Qui nous point doucement Quand d'un même courage On s'aime incessamment.

Heureux sera le jour Que je mourrai d'amour.

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