LE PASSANT
A la cendre on connaît combien, vive, était forte La beauté de ce corps, quand, mêmes étant morte Elle enflamme la terre et la tombe d'amour.
Ha! Mort en quel état maintenant tu me changes! Pour enrichir le ciel tu m'as seul appauvri, Me ravissant les yeux desquels j'étais nourri, Qui nourrissent là-haut les esprits et les anges.
Entre pleurs et soupirs, entre pensers étranges. Entre le désespoir tout confus et marri, Du monde et de moi-même et d'Amour je me ri, N'ayant autre plaisir qu'à chanter tes louanges.
Hélas! tu n'es pas morte, hé! c'est moi qui le suis! L'homme est bien trépassé qui ne vit que d'ennuis, Et des maux qui me font une éternelle guerre.
Le partage est mal fait : tu possèdes les cieux, Et je n'ai, malheureux, pour ma part que la terre, Les soupirs en la bouche et les larmes aux yeux.
Quand je pense à ce jour où je la vis si belle, Toute flamber damour, d honneur et de vertu, Le regret, comme un trait mortellement pointu, Me traverse le cœur d'une plaie éternelle.
Alors que j'espérais la bonne grâce d'elle, Amour a mon espoir par la mort combattu, La mort a son beau corps d'un cercueil revêtu Dont j'espérais la paix de ma longue querelle.
\j ' Amour tu es enfant inconstant et léger;
!Monde, tu es trompeur, pipeur et mensonger, Décevant d'un chacun l'attente et le courage.
Malheureux qui se fie en l'Amour et en toi : Tous deux comme la mer vous n'avez point de foi La mer toujours parjure, Amour toujours volage.
Homme ne peut mourir par la douleur transi. Si quelqu'un trépassait d'une extrême tristesse, Je fusse déjà mort pour suivre ma maîtresse, Mais en lieu de mourir je vis par le souci.
Le penser, le regret el la mémoire aussi D'une telle beauté, qui pour les cieux nous laisse, Me fait vivre croyant qu'elle est ores déesse, Et que du ciel là-haut elle me voit ici.
Elle se souriant du regret qui m'affole, En vision la nuit sur mon lit je la vois Qui mes larmes essuyé et ma peine console,
Et semble qu'elle a soin des maux que je reçois. Dormant ne me déçoit; car je la reconnais A la main, à la bouche, aux yeux, à la parole.
Deux puissants ennemis me combattaient alors Que ma dame vivait : l'un, dans le ciel, se serre De laurier triomphant; l'autre, dessous la terre, Un soleil d'occident, reluit entre les morts.
C'était la Chasteté, qui rompait les efforts D'Amour et de son arc, qui tout bon cœur enferre. Et la douce beauté qui me faisait la guerre. De l'œil par le dedans, du ris jDar le dehors.
La Parque maintenant cette guerre a défaite; La terre aime le corps et de l'âme parfaite Les anges de là-sus se vantent bienheureux.
Amour d'autre lien ne saurait me reprendre.
Ma flamme est un sépulcre, et mon cœur une cendre.
Et par la mort je suis de la mort amoureux.
DE MAKIE