Un des grands D. q. m. VA
88 I. LlVRl:: DES AMOURS [xLltlI
MURET Je vdudrois estre.) Il dit qu'il seroit content dendurer les plus griefves peines, que les Poëtes disent estre aux enfers, à telle condition qu'il peust quelquefois jouyr de sa dame : Par ce que le seul attouchement du tetin le feroit aussi heureux qu'un Prince : le baiser le fei-oit demy dieu : et le dernier poinct, le feroit aussi heureux que les dieux mesmes. Ixion.) Ixion, comme raconte Didyme sur le vingt uniesme de l'Odyssée, fut fils à Jupiter. Les interprètes de Pindare disent, qu'il espousa une nommée Die, de laquelle le père eut à nom Deionée. Or la coustume estoit anciennement, que les nouveaux mariez faisoient de beaux presens à ceux, desqtiels ils espousoient les filles. Ixion, qui estoit de meschante nature, pria son beaupere de venir banqueter en sa maison, et là, suyvant la coustume, recevoir les presens. Ce pendant il fit un grand creux à l'entrée du lieu où se devoit faire le festin, et l'ajant remply de charbons ardans, et couvert quelque peu par le dessus, fit malicieusement tomber ce pauvre homme là dedans, et y mourir misérablement. L'horreur de ce crime mit Ixion en si grande haine et des dieux et des hommes, que par un long temps il erroit çà et là vagabond, ne trouvant personne, qui le voulust recevoir. En fin Jupiter ayant pitié de luy, le purgea de ce forfait, et le fit venir au ciel : mesme luy porta bien tant de faveur, qu'il le faisoit ordinairement boire et manger à sa table. Pour cela toutesfois sa malice ne fut aucunement corrigée. Ains un jour entre autres, s'estant bien enyvré de Nectar, et soulé d'Ambrosie, il fut bien si présomptueux que de s'adresser à Junon, et luy tenir propos deshonnestes : voire jusqu'à la presser de son honneur. Elle grandement courroucée, en fit le rapport à Jupiter, qui pour le commencement eut soupçon que sa femme eust controuvé cela, à cause de la haine qu'elle portoit à tous ceux qu'il avoit engendrez d'autre que d'elle.
[XLIIII] VARIANTES : 2. Commentaire.
Je voudrais estre.) Il dit... poursuivre. 1353. — L'oscar de mon destin.) Ma condition, qui pour cette heure est basse et oscure. I.^ioS. — Au sort meilleur des princes de l'Asie.) Qui est le... Amours. 15S3.
La dernière phrase relative à Baïf, est supprimée en 1387, 1G04, 1610,
Parquoy, voulut par certaine expérience en sçavoir la vérité. Si print une nuée, de laquelle il fît une image moult ressemblante à Junon, et la mit en la chambre où Ixion souloit se retirer. Lequel pensant au vray de ceste image, que ce fust Junon, accomplit son désordonné vouloir avec elle : et dit-on que de là nasquirent les Centaures, qui furent à demy hommes, à demy chevaux. A ceste cause Jupiter, ne le pouvant faire mourir (parce qu'il avoit mangé de l'Ambrosie) l'envoya tout vif aux enfers, et le fît par les mains, et par les pies attacher à une roue, qui tourne perpétuellement, où il est encor' criant aux hommes, qu'ils apprennent par son exemple, à ne rendre pas mal pour bien, ains à rendre la pareille à ceux qui leur auront fait plaisir. Voy Didyme tout à la fin du vingt-uniesme de l'Odyssée, et Pindare en l'Ode seconde des Pythies. Et Tantale.) On raconte diverses choses de Tantale. Les uns disent qu'il fut admis au banquet des dieux, et qu'il desroba du Nectar, et de l'Ambrosie, pour en donner aux hommes qui avoient coustume de banqueter avec luy. Cela raconte Pindare aux Olj'mpies. Les autres, comme Euripide, qu'il révéla les secrets des dieux aux hommes. D'autres encor, comme un des interprètes de Pindare, qu'on luy avoit donné en garde un chien, qui estoit commis à la garde du temple de Jupiter en Candie, et en avoit esté desrobé, et que quand Jupiter l'envoya quérir par Mercure, il luy dist, qu'il ne l'avoit pas. On dit aussi, que voulant festoyer les dieux, il detrencha par pièces un sien fils nommé Pelops, et l'ayant fait cuire, leur en voulut faire manger. Aussi grande est la variété des sentences, quant à la peine qu'il souffre. Les uns disent que Jupiter l'accable d'une montaigne nommée Sipyle. Les autres, qu'il est aux enfers pendu en l'rer, ayant une grosse pierre sur sa teste, tousjours comme preste à cheoir : et que par ainsi il est tourmenté par une continuelle crainte. Les autres, desquels l'opinion est fondée sur l'authorité d'Homère dans l'onziesme de l'Odyssée, et de tous plus communément receuë, disent qu'il est dans l'eau jusques au menton, et dès qu'il se veut baisser, pour estancher sa soif, l'eau s'enfuit si bien, qu'il n'en sçauroit prendre une goûte. Disent davantage, qu'il est entouré de beaux arbres, comme pommiers, poiriers, grenadiers, et tels autres, qui luy apportent le fruict tout auprès des mains, et quand il en cuide prendre, les arbres se haussent soudain, tellement qu'il n'y peut atteindre. S'ainsin
estait.) Si ainsi estoit ; ainsin pour Ainsi, à cause de la voyelle qui s'ensuit : à la manière des Grecs, qui disent ic-h pour âcjTi, et T\(x~jy.oq è'-ixTsv x[xù\i.cvx ^£XÀ£piç)6vTr,v, pour ETiy.Tc, et ainsi des autres. Non d'un vautour fussay-jc le repas.) Non, quand bien un vautour se devroit repaistre de nioy, comme on dit, qu'il fait de Titj-e : duquel les Poètes disent, que pour avoir voulu forcer Latone, il fut tué à coups de sagettes par Apollon et Diane : et après, aux enfers estendu de son long : et dit-on, qu'il couvre de son corps quatre arpents et demy de terre : là oîi deux vautours (les autres n'en mettent qu'un) luy rongent perpétuellement le foye. Homère en fait mention dans l'unziesme de l'Odyssée, Pindare aux Pythies, Virgile au sixiesme, et plusieurs autres. Non, qui le roc remonte et redevale.) C'est à dire, non, fussay je celuy, qui remonte et redevale le roc. Geste manière de parler n'est pas encore usitée entre les François : mais elle est divinement bonne toutesfois, et poétique autant qu'il est possible. Non, qui le roc.) Il entend Sisj-phe, lequel Homère dit avoir esté le plus fin homme de tous ceux qui jamais furent. Estant près de sa mort, il donna charge à sa femme, qu'elle ne le fist point ensevelir. Apres estre arrivé aux enfers, il se vint plaindre à Pluton, disant que sa femme ne tenoit conte de mettre son corps en terre : et fit tant par ses paroles, que Pluton luy donna congé de sortir et revenir encor' au monde, pour tancer et punir sa femme de ceste négligence. Depuis qu'il fut une fois sorty. il n'y vouloit plus retourner, jusqu'à ce que Mercure vint qui l'y ramena par force. Pour punition de ceste tromperie, il fut condamné à porter une grosse pierre au plus haut d'une montaigne. Mais lors qu'il est presque parvenu au sommet, la pierre retombe en bas : tellement que par ce moyen sa peine est infinie. Ainsi le recite Demetrie sur les Olympies de Pindare. Le commentaire sur le sixiesme de l'Iliade le recite encor autrement : mais je n'auroj- jamais fait, si je voulois tout poursuyvre. Aux majestez des Princes de VAsie.) Qui est le plus fertile, et le plus riche pays du monde. Ainsi Horace voulant dire, qu'il avoit esté quelquefois fort heureux, dit, [Od. III, 9, 4] qu'il a esté plus heureux que le R03' des Perses,
Persaruni viyui rege beatinr.
Un (lemy-dieu me ferait son baiser.) Geste fin est prinse d"un Epigramme Grec de Rufin. [Ant. Pal. V, 94.]
'0;j.[JiaT' îX''î "HpY)^, Mîa{-y;, -'x: yiîpoLç "AftY^vr,;,
Toùç i;.aÇc'j; Flao'/^;, -'x aç'jpi -zf,^ Sl-tBs;. E'joatij.(i)v 6 3Xs~(ov tjî' Tp'.!J3A6iiç oaTiç iv.cùzC rilJiîQîîç S' 5 <piXôjV àGâvaTo; o' ô Y^t^wv. L'Epigramme entier a eslé tourné par Baif au premier livre de ses Amours.
[XLV] Amour me tue, et si je ne veux dire Le plaisant mal que ce m'est de mourir. Tant j'ay grand peur qu'on vueille secourir 4 Ce doux torment pour lec[uel je souspire.
Il est bien vray que ma langueur désire Qu'avec le temps je me puisse guérir : Mais je ne veux ma dame requérir 8 Pour ma santé, tant me plaist mon martyre.
Tais-toy langueur, je sen venir le jour, Que ma maistresse après si long séjour, 11 Voyant le mal que son orgueil me donne,
A la douceur la rigueur fera lieu.
En imitant la nature de Dieu, 14 Qui nous chastie, et puis il nous pardonne.
[XLV VARIANTES : 1. Texte.