CHAPITRE XII
CORAH.
Bien des fois, depuis ce jour, reprit Susannah, j'ai interrogé Tempérance. Quand elle n'était pas ivre, elle m'écoutait en tremblant et ne voulait point me répondre... Quand elle était ivre, elle me regardait avec son rire stupide et chantait.
On ne me laissa plus dormir dans le parloir.
Vous dont l'enfance a été sans doute bien heureuse, milord, vous dont le père fut bon, et noble, et vertueux, vous qui fûtes rassasié des baisers de votre mère, vous ne comprendrez pas cela peut-être : un de mes plus passionnés désirs en ce monde est de revoir Tempérance, la pauvre créature avilie, — et si je désire la revoir, c'est pour lui faire encore une fois cette question jadis si souvent répétée :
-Etait-ce un rêve?
— Non, ce n'était pas un rêve, interrompit ici Brian de Lancester. Croyez-moi, Susannah, pendant que vous parliez, je réfléchissais, et le plus simple bon sens uni ;1 l'expérience la plus commune suffit pour reconnaître qu'il y a en tout ceci autre chose qu'un vain songe. Cet homme, votre père, madame, avait à vous tromper un intérêt dont je ne puis me rendre compte. Il avait gagné cette Tempérance à l'aide de la l passion de cette malheureuse, et il l'avait domptée par la 'crainte de ses corrections brutales. Elle s'est tue parce qu'elle avait peur. Je jurerais sur mon salut, milady, que cette dame dont votre mémoire a gardé si énergiquement l'image était votre mère.
— Merci, milord, merci ! dit tout bas Susannah. Puis elle ajouta, en se parlant à elle-même :
— Ma mère serait venue vers moi... pour ne jamais revenir ensuite 1 Àh I lequel vaut mieux de croire cela ou de s'en tenir au rêve?... Hélas ! milord, reprit-elle, Ismaïl me l'a dit
LÉS MYSTERES DE LONDRES