LE MÉDAILLON
Il me fut impossible, continua Susannab, de tirer rien autre chose de Tempérance, qui s'enfuit, me dit-elle, pour aller chercher la demi-pinte de gin que lui avait donnée la fée.
Elle me laissa le médaillon qu'elle avait suspendu à mon cou. Je le tournai en tous sens et admirai la délicatesse de son travail. A. la place où s^i trouve maintenant ce grattage confus, — Susannah tenait le médaillon a la main en parlant ainsi, — on voyait une petite estampe, des armoiries, je pense, gravées avec une extrême délicatesse. Au-dessous do l'écusson, un mot avait été ajouté au poinçon, un seul mot, gravé d'uBe main tremblante...
Je ne savais pas lire encore, Brian, je ne pus déchiffrer ce mot, mais chacune des lettres qui le composaient burina sa forme au fond de ma mémoire, et plus lard je pus les épeler en mon souvenir.
Le mot écrit au-dessous de l'écusson était un nom, et ce rom, autant qu'une impression de ce genre peut arriver à la certitude, était Mary.
— Mary! répéta Brian comme s'il eût fouillé sa mémoire. Un instant, il sembla poursuivre sa muette recherche;
puis il ajouta brusquement :
— Mais il y a tant de Mary !...
— Et puis, je me trompe peut-être, reprit Susannah ; car ce nom ou ce mot n'est resté que bien peu de temps sous mes yeux.
Brian, cependant, réfléchissait : use idée venait de germer vaguement en son esprit. Il se pencha sur le médaillon qu'il examina minutieusement, comme s'il eût voulu soulever l'épais réseau formé par les lignes ténues que le grattage avait mises sur l'estampe primitive. — Mais qui jamais a pu voir deux fois de suite la même ligure dans les nuages ? Dans la confusion, dans renchevêtrenieiit de mille lignes jetées l'une sur l'autre au hasard, l'esprit aperçoit tout et n'aperçoit rien.— Brian chercha en vain les deux aigles qu'il avait reconnus aux deux rùlés de l'écusson. Ces supports lui semblaient être des griffons, maintenant. La couronne de comte, seule, restait visible au dessus des ai luoii ies.
— Et c'est votre père qui a détruit celte gravure, milady ? demanda-t-il.
— J'allais vous le dire, répondit Susannah. Pendant toute la soirée je m'occupai à contempler mon médaillon. Je ne sais pourquoi je le chérissais déjà bien plus que tous mes autres joyaux. J'établissais entre ce présent, fait par une main inconnue, et la vision dont je vous ai parlé, une involontaire et mystérieuse liaison. Ce devait être la même personne...
— Vous pensâtes k votre mère, Susannah? La belle tille baissa la tête.
— Milord, dit-elle, je pensai ti une femme douce et bonne qui m'aimait. Je ne pensai pas à ma mère, puisque je croyais que ma mère me délestait... Ne m'avait-. Ile pas abandonnée?... Non, Brian, je dois vous le dire, l'idée de mère B'é«
veillait en moi que de douloureux sentimens... Mon père m'avait dit tant de fois...
— Votre père, madame, interrompit Ri ian avec amertume et compassion,— voulait mutiler votre cœur et y efl'accr l'amour filial comme il a effacé les signes et le mot gravés sur ce médaillon. Il est mort et il n'a pu réussir... Que Dieu lui pardonne !
— Oh ! oui, milord, que Dieu lui pardonne si tel fut son projet!... car, parmi les cruels souvenirs qui forment tout' mon passé, le plus amer et le plus cruel est celui-ci -.J'i" | souvent maudit ma mère... '
J'étais encore à regarder mon cher médaillon, lorsque If , mail vint me faire sa visite du soir. J'essayai de le cache» dans mon sein ; mais il aperçut ce mouvement et me saisit le bras. '
— Oh! ohl s'écria-t-il, miss Suky, savons-nous déjà la route de notre sein, cette cachette dont on n'use guère à votre âge d'habitude? Montrez-moi cela, mon enfant... Ce ne peut être encore un billet doux, je pense I
— Ne me le prenez pas, monsieur, m'écriai-]e ; je vous en prie, ne me le prenez pas.
— Nous y tenons donc bien, miss Suky?... Voyons! Je vous le rendrai ; mais il faut me le montrer tout de suite.
Il me dit cela de ce ton d'impérieuse raillerie auquel, pour mon malheur, j'ai su bien rarement résister.
Vous vous souvenez d'Ismaïl, milord?... Mais il ne vous ordonnait rien à vous, et, vis-à-vis des étrangers, ses traits gardaient toujours l'obséquieuse expression de l'escompteur Israélite.
Dans l'intérieur de sa maison, c'était un homme terrible. Il me semble voir encore son pâle visage dont la partie inférieure était cachée par une barbe épaisse, noire, soyeuse, et si belle qu'on l'eût prise pour une frange de satin. Cette barbe n'était séparée des cheveux que par les pommettes de ses joues et son front étroit, dont ses sourcils de jais couvraient encore la meilleure partie.- Tempérance disait qu'il était beau. C'était en tout cas une effrayante beauté que la sienne, milord...
Et sa voix 1. .. comme elle éclatait sourde, moqueuse, menaçante. — J'ai entendu depuis une voix semblable, Brian, une voix qui, la premièrefois (j^e je l'entendis à mon oreille, me figea le sang dans les veines et me donna froid jusqu'à la moelle des os. C'était la voix d un homme...
Susannah baissa le ton et s'approcha de Brian.
— C'était la voix de l'homme qui est maintenant mon maître, milord, acheva-t-elle.
L'attention de Brian redoubla. Susannah reprit :
— Je n'en suis pas encore à vous parler de lui. Je veux vous dire seulement une chose étrange. Cet homme, qui s'est fait connaître à moi sous le nom de Tyrrel,etque lady Ophelia nomme sir Edmund Makensie...
— Sir Edmund Makensie ! s'écria Lancester ; — ce serait..
— Vous le connaissez, milord ?
— Acoupsûr, je le connais, madame... Qu'alliez-vous me dire sur sir Eilmund Makensie? .
— J'allais vous dire, milord... mais vous serez à même de juger si je suis ou non dans l'erreur, puisque vous le connaissez,— j'alljis vous dire que sa voix a fait une fois sur moi un eff.;t extraordinaire. Je l'avais entendu parler déjà avant cette circonstance, je l'ai entendu depuis, et il me semble que sa voix est maintenant déguisée, — tandis que celie fois, miîcnl, celte seule fois, il parla naturellement, avec colère, avec passion, — et sa voix devint celle d'Ismaïl.
Brian sourit d'un air de doute.
— Je me suis tromp'e, n'est-ce pas? reprit Susannah. — Cela est possible, milord. Ma situation elle-même, ce jourlà, devait puissamment contribuer à mon erreur, car je me retrouvais, — comme autrefois dans la maison de Goodman's- Field,— sous la tyrannique volonté d'un homme qui me disait : Fais cela!... et j'étais obligée d'agir malgré mon cœur et malgré ma conscience... Oh ! ce fut un douloureux moment! ajouta la belle fllledont une amère pensée sembla traverser l'espiit. — Il y avait là un mourant qui dormait, et
PAUL FEVAt.
l'on me dit do le baiser au front... Je la baisai, milord, parte qu'on me menai-ai! de vous i^erdre. . Dieu veuille qu'il n'en soit point r.su u' de mal!...
Brian la regarda avec intiuictude.
— ^■os paroles devieniieiit pour moi des énigmes, Susanrah, dit il. — Au nom du ciel, expliquez-vous !
— liieniùt, milnrd. MentftI... Av«r.t d'arriver k ce triste épisode, il y a d'autres cpisodrs bien tristes ;"» vous raconter... Je vous parlais de Tyrrel parce qu*" sa voix... Et mainnant nue j'y pense, mon cœur se serre encore... Ohl c'était sa voix... c'était sa voix !
Susannali , en pronorçant ces derniers mots, mit ses mains divanl ses yeux comme pour repousser une effri^yante
Visio». • , ;.
— Madame, dit doucement Lancester, assez de malheurs réels ont pe.sé et pèsent encore sur votre vie, si courte pourtant, sans aller voi/- créer des fantôiues... Quoi de corar-iin entre le dchonca'rc \i.<ai'"e f!e ."^ir Kdmuiid cl la figure éncigiqiienien' r >', Innic da jnif iMiia'i, '('. . Celte insignifiance de,» tra,H5 4-- sir Çùmund, l'avoy^le, peut n'être qu'un masque, puisque' vous le dites mêlé .'i ces léiiébreuses intrigues qui vous entourent; mais ce masque, Isniaïl eiU en vain tenté de le mettre sur sa mobile pby>iinoniic. Tout en ei;x est 4i''^'J''ent, contiaire même... I)"«illeiii:s, madame, faut-il vous rappeler qu'Isma'i] est mort?
— Moi;t sur l'écbafaud, mon Dieu ! murmura Sui&nnah ; — je îesai."!... je l'si vu... j'ai vu pendre mon père, milord 1
Elle s'arjêîa, tremblante, suffoquée, et fut quelques se- •condes avant de reprendre la parole.
Brian, pendant ce temps, songeait ù ce sir Edmund dont il avait jusqu'alors déploré le malheur et qui se trouvait être, suivant Susannab, la tète d'une criminelle et mystérieuse entreprise. Il ne savait pas encore quels éiaient le but et les moyens de celte entreprise, mais il rôvalt dcy\ aiix mesures fi prendre pour arracl rr la masque de cet homme, qui faisait abus de son inGrmité et trompait d'autant plus facilement le monde, qu'on le plaignait davantage et que la compassion fer.mait la porte aux soupçons.
Ceci était fort dangereux pour sir Eilmund Makensie, car la position occupée dans le monde par Brian de Lancester le rendait l'un des plus dangeretu ennemis qu'on pût avoir à combattre.
Et encore ce pauvre sir Edmuncl ne savait rien du péril qui le menaçait.
En vérité, cette petite Française, que nous la nommions Maudlin, la duchesse douairière de Gêvres ou la contessa Canlacouiène, cousine germaine par alliance de la Sainteté de Notre Père en Rome, était radicalement inexcusable de s'être ainsi endormie au bon moment ! Si encore elle n'eût dormi que d'un œil comme font souvent, au dire des naturalistes, les chattes d'un certain .^ge, mais non I elle dormait de tout son cœur, poursuivant avec acharnement les aventures de Robinson Crusoé. Elle plantait du ma'is, elle aiguisait de vieux rlous pour en fabriquer de jjelits couteaux, elle creusait des canots dans des troncs d'arbres, elle apprenait toutes les la"guos de l'Europe à une multitude de pcrroq'icts ;— b ef, elle était fort becupé.\
?— Je vous riisai."', m'rlnrd, reiTil Susîcn.ili qui secoua bru.";qucmcnt le poids loud qi.e 1 horreur de 1 ini.ige récemment évcquéj avait iiiis sur son cs; lit, — je viius disai.s que mon père m'ordonna péremptoirement de lui rcmelre l'objet caché dans mou sein. Je dus lui obéir, quelle que fût ma répugnance à me dessaisir de ce médaillon.
11 le prit, et aussitôt qu'il eut jeté les yeux sur le mot éciit au poinçon et sur les armoiriis, une exclamation de colère lui échai)pa.
— Misérable Tempérance 1 murmura-l-il •, —on ne peut décidément se fier à elle.,. Qui vous a donné ce bijou, miss Suky?
Je ne répondis point.
— 11 est fort joli, ma fille, reprit il; — voulez-vous m'en faire cadeau ?
— ïN'on, oh I non, monsieuri m'écriai-je, laissez-le moi ! je vous supplie de me le laisser '
— .Te vous le lai.'îserai, Suky, si vous êtes une bonne fille, — c'est-.^ dire si vous m'avouez que c'est Tempérance qui vous a donné ce bijou.
Dieu a mis en nous l'horreur instinctive du mensonge, milord, car, c^oi dont l'ignorance était complète à ce sujet comme sur tcus les autres, ce premiermensongc eut grand'peine à tomber de mes lèvres. — Mais je savais que mon père frapjieiait Tempérance, et j'avais pitié d'elle.
— Non, monsieur, répondis-je avec embarras, ce n'est pas Tempérance.
— S.rait-ce doncRoboam? s'écria l-il en pâlissant. \
— Oli! non, monsieur.
Celle fois la réponse partait du cœur. Isniaïl me regarda en dessous.
— C«la sait déjà mentir ! murmura t il avec un narquois sourire; — l'édccalinn ne sera ni longue ni difficile ù faire, je voudrais le parier. ...p-'la sufiit, miss Suky, ajouta-t-il tout haut. Je sais ce que je voulais savoir, et je vous rendrai voire bijou.
Il s'a;sii auprès do moi, tournant et retournant le médaillon eiitre ses doigts comme s'il eût voulu l'ouvrir. -- Moi, je n'avais pas même soupçonné qu'il put être creux.
Au bout de queli.{ufs minuies, durant lesquelles U m'en,- . Irelint de choses fnvo!;?, son do.igt prefsa jwr baçajfd J,a ressort du secr<.t et le médail'on s'ouvrit. '' .^.,','
Je poussai un cri de surprise.
— Ah ! ah ! Suky, dit-il, vous ne vous attendiez pas à cela.
— Qu'y a-t-il dedans, monsieur? demandai -je curieusement.
— Il y a de l'eau de Portugal, miss Susannah, — et quelques poils de chatte.
Ei) prononçant ces mots qu'il accompagna d'un rire sec et forcé, il s'approcha de la grille où quelques morceaux de houille achevaient de se consumer, et y jeta un objet qu'il avait pris dans le médaillon.
Cet objet pétilla m louchant lecoke, s'c flamr.ia aussitôt et rendit un flccon de famée épaisse. — Ce devait être une mèche de cheveux.
— Ah! monsieur, m'écriai-jc, vous m'aviez promis de me rendre...
— Chut! miss Suky, interrompit il; — nous autres fils d'Abraham, nous tenons toutes nos promesses, entendezvous, et, pour ma part, plutôt que de manquer à ma parole, j'ai fait cinq fois déjà banquerou e... Mais vous ne savez pas ce que c'est qu'une banqueroute, miss Suky ; je vous apprendrai cela quelque jour... et bies d'autres choses encore, pour peu que vous et moi ayons du loisir.
Il avait pris dans le niédaillou un tout petit papier d'une extrême finesse qui accompagnait les cheveux. Il mit son lorgnon à l'œil et lut :
« A Sus^nuah quand elle saura lire. »
— Bon! s'écria-t il, voilà une naïveté ravissante!... Naturellement, Suky, vous ne vous seriez point avisée de lire avant d'avoir appris votre alphabet.
— Mais j'ap;>iendrai, monsieur, intcrrompls-je; ce papier est h moi, n lulez-le moi.
— Vous a]), rendrez, Suky, vo'ib'i ce f|ni est vrai ; vous apprerrrlriz dés demain à lii-e, à chani^r, à danser. . vous apprendrez lo:U ce qu'une belle lille doit appreiulre pour caiiii\erle cœur d'un hcnime... Quant au papier, c'est autre chose... Ne vous eu inquiétez pas, et laissez-moi riéchiUrer ce griflbiina, e.
11 commença en effet la lecture du billet enfermé dans le médaillon.
Le papier était très pelit, milord: pourtant il contenait sans doute bien des choses car mon père fut longlemps à le lire. —Tout en le lisant, ii murmurait d'amères paroles et haussait les épaules avec dérision.
— Que c'est bien cela 1 s'écria-t il enfin ; — il y a là, pardieu ! dans ce misérable chiffon de quoi fair;e fondre en larmes tout un baiaiUon de vieilles femmes!... Si la personne qui vous écrit ces fadaises était riche, Suky, je crois que nous pourrions nous arranger ensemble, car rien ne lui coûterait.
r,ES MYSTÈRES DE LONDRES
— Q'i:\\e. est oete personne, monsieur? tîcmamlai je d'une vois !:iipi>!ianle,— et que me veut-elle ?
— Eil'-. \ous veut, miss Kuky ; voilà tout Qiiaiii à sor. nom, le vciiù écrit en toutes lelires —Il niemonirail le mot gravé sous réciisEon. — QiU'l dommage que vous n'ayez pas pris votre première leç.'ii de leilure, n'est-ce pas '/
— Quel est re lion»? deniandai-je encore.
— C'est le (lOin...
' 11 lié.sita et reprit ;
— C'est le nom d'uiibe.ui jeune homme qui se meurt d'amour pnir vous, Suky.-. Ou le nrmnie Henry.
Je fie f'nipris rifii ù celle réponse, comme bien vous le penf tz, ni ord — Tour savoir, à onze aiis et demi, ce que t'est que i'aniour, il faut avoir ceouié ai.x portes des salons ou traversé soav,-nt les amirbambres.
— El c'é:ail Ismaï! qui vous parla!' ainsi, madame ! dit Laneesier dont ics bOurcils s'eiaicul froncés; — votre ière.'...
— Je 1 ense que c'était bien mal, n.ilorJ, puis:|ue ces mots , sembKnt provoque"- volrt! indignai i'Ui; — nu:is Ismaïl alla
pluî loin... Ce soir, pour, la prcniiire fuis, il prom^uça devant moi ds paroles qui glissônm d'alioni, incomprises, sur !e bon. lie;- de ir.on -giiorauce, irais qui, sonvpnt répétées et palie.niment explapiées, fiaireut par pénétrer dans mop in;eli:gence... Il y a liuit jours, je vous aurais répété sans réunir tout ce que me disait Ismaïl, parce que jecroyais que,-a's leçons élaient celés que chaque père donne à ses Olles... li.pa s liuit jours, la lumière s'est faite en moi :je sais que. devant Dieu comme devï-nt le monde, ces enseignemens sont iu'àmes et qu'ils atteignent, dans la bouche d'un père, Us dernières liuiiies de l'odieux.
— Quoi I madame, s'écria Brian , — fast-il donc que je suppose?...
— Laissez, niilorl, dit Susannah dont un sourire noble et pur é.laiM la tristesse ; — ne m'interrogez pas... Je ne compren;!rais point vos questions peut-être... Je vous dirai tout, quoi qu'il n'en coûie, et je vous dirai dès à présent que, pour toutes ces choses qui concernent l'amour, je ne jais ritn dans ma vie dont je puisse vouloir faire mystère à qui que ce soit au inonde.
Brian de Lancester se sentit rougir et avoir honte, tant il y avait loin de cette ferme et digne candeur à la question qu'il avait élé sur le point de formuler.
— Ismaïl avait toujours à la main le médaillon, reprit cependant Susannali.Il semblait hésiter à me le rendre. Toutà-coup il lira de sa poche un outil pareil à celui dont se servait Roboam pour sculpter ses petits morceaux de bois, et vint brus(iufBient se rasseoir auprès de moi.
Puis, a l'aide de son oiUil, il commença le gratlage de l'écusson.
— Qiie faitê.':-voi!S, monsieur? lui dis-je.
— Vous le voyez bien,Siiky... M is laissons cela, je vous prie, et pailons de choses sér-'uses... J'ai ui^long discours à vous faire, voyez-vous, et j'a me à travailler en piê.hant... Ecoi.tzuioi bie.i : — Vous éies une ch^nuànle enfant, Susann.ili. et, si \o .s (ciuz re ijue vi>us | romeitez, dans deux ou trois 21. s, — qnaire ans au plus taid, — vous serez la plus belle lillc (\.' I.ondre-... Cela '.ous l-ilil (ilaisir?
— lili ! monsieur, réponiiis jC en sanglotant, vous effacez le nom de la per-.-oune qui m'aime... A quoi me servira t-il d'jpprenilre à riti?
— Vous tenez donc bien 5 savoir ce nom, Susannah?... £i vous éies sage, je vous le dirai plus tard... Et d'ailleurs, ma ûl'.c, (i.ins quelque temps, vous compleiez par douzaine les gens qui vous aimeront... Sur ma lui, vous serez une heureuse créature, Suky... Je vous donnerai, moi, des parures à écraser les plus l>rillanti;s ladies... Nous si^rez l'astre qui éclairera Londres, vous serez la lionne... Autour de vous se pressera une foule compai le de soni'irans... Tous vous demanderont voire cœur.... M'écoulez-vous, Suky?
Je suivais d'un œil triste l'œuvre de destruction à laquelle il se livrait tout en parlant.
— Vous m'écoutez; c'est bien I reprit-il. — Je vous disais
qu'on vous deirandt rail un regard à droite, h gauche, de toutes paris, c!i!m), ma fil c; la vie ili's leiiiines tsi ain^i fdite, la vie (lesjiilics femmes, au nioins... Or, ^uky, beaucoup :e |)erdfiit |,ar lri;j) d'orgueil, beaucoup par étouiderie... L'orgiii il, que lis soîs et les hypocrites iionmenl la judenr, V'CS roi^seilirra de pa.-scr, fioi.îe et h3u;aine, parmi l'on'ens briVé en votre honneur; — 1 clourderie, que vovs entendrez nortimer dans le mon le... quaii 1 vous iicz dins le monde... la voix du coeur, vous ilira d'aimer que'que jeune geiilleuiaii à la voix douce, au tendre sourire .. Prenez garde, Susannah!.. oh ! prenez garde, oH (iile !.. Lcd.-'voir d'une feniwe... Mais voici votre b:jou que je vous rends, suivant ma promesse.
lime rendit, en effet, le mf'daiilon vide et dans l'état où vous le vovez.
Puis il reprit d'nne voix presque so'ennelle :
— Le ('evoir d''.:ne femme est d'aimer, Susannah, d'simcr et de se donner s:t«s réserve et sans (omhai. . Vous comprcndr ■?. .ela plus i.ir î... Mjïs son devoir e: t âu^sl de choisir... et la nif;liej:e règle pour se guic'er dans son rhoix, ma lille.c'csi de ne re; ousser persoai;e, — excepté ces mi^éiab!cs ayenlutiers ijui n'ont en ce monde que leur Hgure et leur hai'.il ; — c'est d'aller de l'un à l'autre... pourvu que l'un et que l'auirc soient riches ft soient génircux... À demain, S'iky!
Brian demeurait comme pé;ri(îé.
— Infamie ! infamie I... mnrmuraf-il enfin.
11 se l^va et fit quelques tours dans la chambre. — LOT$-, qu'il revint vers Susannah, son front s'était rasséréné.'
— Madame, liii dit il d'un ton deconyiclion profoitit^'e, cet homme, — ce monstre ! — n'était point votr^- pèf^eiiy