‹ Les amours de ParisChapitre 123 sur 190 · I.ovely flairait, tournait et gémissait · texte numérisé non relu

I.ovely flairait, tournait et gémissait

— Tais-toi ! s'écria Bembo avec colère ; — lu pleures trnp vite; il n'est pas- mort... A bas, Lovely ! tu vcis liicn qu'il dort!... Don José, au nom de Dieu, répondez-moi, don José!

Bembo essaya de soulever le coi'|is du marquis, irais swi émotion lui enlevait toute force; il ne. put. — Alors il s'élendit tout de son long sur le lapis et ramena la tète de Rio- Santo sur son sein.

Lovely se coucha aux pieds de son mailre, l'u'il liumide, et mil son museau dans les longues soies du tapis.

Bembo était accablé : la conviction s'était faite en lui, malgré lui, et il se savait m.aintenant auprès d'un cadavre. Berabo avait le canir jeune et chaud; sa faible volonté, complétenîcnt inféodée a la volonté supérieure du marquis, n'avait point de ces reginibemens de vassa), (lui protestent a tâtons contre le maître et poussent aveuglément a la révolte. 11 aimait le marquis; il avait foi en lui. Sondévoûment, iri'éllécbi peut-être, était ardent et entier. 11 admirait, il respectait sans mesure Rio-Santo, dont les grands et audacieux projets ne lui étaient pas tout à fait Inconnus.

Depuis longtemps ses jours s'écoulaient auprès du niarqu'is, et celui-ci, discutant sans cesse -aven lui-même les chances et les dangers du jeu hardi qu'il ter,ait en main, avait laissé échapper uneparliede son secret. La vive intelligence d'Angelo Bembo n'avait pas eu besoin d'indices bien graves d'ailleuvs pour tomber sur la trace: c'était un de ces poétiques et subtils esprilsqui devinent elbàlissent l'inconnu sur une toute petite pointe de réalité; mais c'était aussi un timide et honnête cœur. Il n'avait point voulu aller au delà i\e ce que son imagination avait conjecturé a son insu et comme malgré lui ; habile ii suivre un secret, il avait fermé ses oreilles et ses yeux, pou r n'être point exposé à céder à quelque tentation de savoir plus, de deviner mieux et d'aller »n fond de ce mystère dont il avait entrevu la surface.

Une couridericc du marquis reùt comblé de joie, l'eût rendu fier, et haussé peut-être a tel point dans sa propre eslime, qu'il fût devenu homme fort tout-a-coup. Mais jusqu'à ce que Rio-Santo parlât, il ne se croyait point le droit de. desceller sa pensée intime pour y porter uii regard curieux.

Rio-Sanio l'aimait et Rio-Sanlo était pour lui l'expression la plus choisie du beau, du noble, du grand. On n'admire j>as autant que cela sans craindre un peu, et le cavalier Angelo lienibo mettait trop de bonne foi dans l'aveu de son intériorité pour ne se croire point réellement soumis aux de- »oirs d'un homme-lige.

! (Juaut aux ténébreuses machinations qui s'agitaient dans la nuit autour de lui, sa partiale IcT.drcssc pour le marquis en faisait deux parts avec un tact a îniiralile. Tout ce ipii regardait Rio-Sanlo était, selon lui, bien fait, nou-seulcment excusable, mais licite. Rio-Sanlo, à ses yeux, était une vé- ' ritable puissance belligérante; or, la guerre admet toutes sorles d'armes, et ne consiste pas exclusivement a faire abattre, en mesure, au bruit de l'opbycléide et du canon, «juarantc ou cinquante mille porteurs d'épée, glorieuses machines qui s'appellent soldais, sergens, capitaines, et auxquelles on neperinet point il'avoii- une intelligence à eux, —

Irisles gladiateurs, mourant le plus souvent pour la plus grande renommée de chefs qu'ils méprisent, et dont le sang, héroï(iuement versé, profite a quelque vieux lord, dont trente ladies folles font couler en bronze les membres cagneux cl (]u'el!es décorent du sobriquet d'Achille ou de César. La guerre se lailautrement [larfois : elle tue alors moins bruyamment les pauvres gens ([ue la poHiique revêt de beaux uniformes, pour mettre devant leurs yeux d'onfans vains et coquets (luelque chose de chatoyant, .un peu d'or, un peu de pourpre, qui juiisse couvrir leur servage, mais elle arrive au but plus sAreuient. Ce sont ces guerres silencieuses qui jcît'iit bas les empires, cl non plus ces meurtrière.i parades (jui cm'iii'ut trop d'argent pour (juc l'on puisse dire qu'elles produisent a tout le moins un engrais, avantageux aux champs où se donna la bataille.

Rio-Santo, puissance armée pour la guerre, avait droit de stiatagème. Le cavalier Bembo se servait de celte clef pourcxpliiiuer 1 hacunc de ses actions, et cette clef était souveraine.

?iiai3 cette clef s'appliquait à Rio-Santo tout seul. Les autres membres de lan'ystérieuse association dont Bembo faisait partie sans participer aclivemont a ses menées, n'avaient ni les mêmes prétextes qu'on put alléguer en leur faveur, ni la même excuse à faire valoir. Ils ignoraient les grandes vues du mailre ; ils se seraient pt ui-ètre opposés ù.^ tout leur pouvoir à l'exécution de ses vastes desseins. Entre ses mains, ils étaient des inslrumcns;son bras vigoureux avait su dompter leur instinct de révolte; ils le servaient en frémissant, parce qu'ils le savaient b ri.

Mais, tout en le servant, ils suivaient l'ornière de leur misérable vie; ils élaient b;;ndiîs deloutieur <'œur; ils volaient par amour de la rapine, et leur coupable industrie, pour être organisée sur une immerse échelle, gardait devant un esprit honnête sasov.illure originelle.

Il n'y a giu're, eu eflet, qiic nos diplomales et no; banquiers, casuistes recomrrandables et fort eu crédit, pour étalilir une différence entre le vol d'une demi-couronne el le vol (i'un million sierling.

Ouebpies lecteurs candides nous trouveront bien sévères vis-à-vis de ces diplomates et banquiers, et pourront penser, eux aussi, qu'il est plus excusable de voler un slielling qu'un millier de guinées. — Que Dieu soil béni s'il se trouve encore des lecteurs pour plaider si vertueusement une délestage cause! Nous leur répondrons seulement que leur ollicieuse défense est plus sévère que mitre accusation ; — car c'est le vul des millions qu'on excuse daiis un ceriain monde, lorsqu'on ne l'y exalte pa^-.

Quant au misérable q;\i transgresse la loi pour quelques pences, li donc 111 n'y a point de corde assez rude pour le' pendre I

Angelo r.embo méprisait prcfondêmont ceile armée de niaifaileurs qui évolue dans la nuit de Londres el possède d'innomlirables gradins biérarcliiiines, depuis *«•?/ wioi * de bas lieu jusqu'à ses subalternes, perdus dans les boues de Saint-Gilles et de While t;iuipel; depuis le lilou irlandais, gueuxaril aux abords des chapelles e3llioli(iues, jusiju'au noble lord drapé dans son inviolabiliié et volant à la chambre haute des lois dont il se rit le lendemain matin dans la société mêlée de sa taverne favorile. Angelo connaissait ju.v que dans ses plus minces détails celle [ilsie cancéreuse de la grande ville; il savait que la f «»'//.'? des voleurs de Londres, (;ui se reernle partout, en haut couinimeen bas, tient par luic chaîne a laquelle il ne man(iue aui un anneau la ville entière garrottée.

Il siivait aussi que 'le marquis de [\io-Saulo pouvait d'un geste meltre en .nwftwement le&K'ciil mille niombrcs de celle redoui.Qb!.' f»«iit!e;'- j**5 . "'"

Mais le cor.îacl de l'homme qu'il respectait avec relie tourbe infàifie pour laquelle, en aucune occasion, il ne prenait la peine de cacher Sun aversion dédaigneuse, r.f le révoltait point.

Il y avait en lui parti pris d'admirer. — Kl d'ailleurs, une fois le cas de guerre admis, u:!e fois l'iio-Sanio posù en fac,;

* >ou¥ .nvons ilctané iliii*,!* signiricaiion de Ci! tonne ; ( levaliei' d'industrie.

LES MYSTERES DE LONDRES

de l'Angleterre comme un ennemi légitime { et nous pouvons affirmer que celte expression hasardt'e a du moins le mérite de rendre comme il faut la position du marquis vis-à-vis de l'Angleterre ) une fois, disons-nous, le droit d'engager la babille accepté, ce contact de Rio-Santo avec des gens tels que Tjrrel, le docteur Moore et d'autres encore, non pas plus criminels, mais enfoncés plus avant dans la fange, n'avait rien on soi que de normal, — suivant les lois éternelles de la guerre. En quel temps les grands capitaines se sont-ils privés du secours d'alliés>uspects de brigandages? les lansquenets d'Allemagne, les routiers de France, les condottieri d'Italie, étaient autant coupe-jarrets que soldats, et l'un de nos princes ft qui l'histoire donne des proportions héroïques, notre Richard, le clicvalier, rival de Philippe de France, ne dédaigna point, dit-on, l'aide des archers de Robin-Hood, pour remonter en vainqueur les degrés du trùne de ses pères. Or, Robin de Norwood était, n'en déplaise au chantre divin deWillrid d'Ivanhoe, l'un des plus sanguinaires bandits qu'ait produits l'Angleterre.

Sol fertile pourtant, terre classique des bandits sans pitié.

Angelo raisonnait ainsi, — ou peut-être autrement et beaucoup mieux, Toujours Gst-il qu'il arrivait à ce résultat de se persuader que Rio-Santo était impeccable.

En ceci, sa rancune maltaise contre les Anglais était bien pour quelque chose, mais ce qui plaidait surtout au fond de son âme pour le marquis, c'étaient les éblouissantes qualités de cet homme étrange dont la fascination devait opérer en effet avec une réelle violence sur la nature fougueuse et faible d'Angelo, véritable nature italienne, moins la cauteleuse arrière-pensée qui suit souvent, dans ces cœurs brûlans et mous comme la lave d'un volcan éteint à demi, le généreux élan de l'impression première.

Il était à Rio-Santo; son dévoùment n'avait point de bornes. JNi Rio-Santo, ni lui-même n'en connaissaient la portée, parce que le propre des grands dévoùmens est de ne point éclater bruyamment au dehors en protestations bavardes, et aussi d'être trop instinctifs et spontanés pour pouvoir prendre eux-mêmes leur mesure.

Depuisce soir oùle marquis avait donnéaudienceau prince Dimitri Tolstoï, ambassadeur de Russie, il était resté enferné dans Irisli-House. La cause de cette réclusion subite et complète n'est point un mystère pour le lecteur. Rio-Sartio, en s'éveillant du court sommeil qui l'avait surpris sur le sofa même que venait de quitter le prince, avait trouvé Angus Mac-Farlane sanglant, à demi-mort, étendu à ses pieds.

Cette circonstance seule peut avoir besoin d'être brièvement expliquée.

Après la furieuse attaque de Bob Lanîern, qui l'avait lancé au milieu du courant delà Tamise,Angus Mac-Farlane, étourdi par ces chocs multipliés qui eussent broyé tout autre crâne que celui d'un bon Écossais, coula comme une masse inerte, incapable de faire cITortpourse sauver.Maisce m.omentd'at(> nie fut court. L'instinct du nageur prit le dessus avant même qu' Angus pût se rendre compte de sa situation, et ([uelques mouvemens mécaniques et provenant uniquement d'une longue habitude de dangers pareils, le ramenèrent à la surface.

Il respira longuement et se soutint au-dessus de l'eau, comme pourrait le faire un phoque, sans savoirqu'il nageait. Au bout d'une minute seulement, ses yeux recouvrèrent la puissance de voir. — La lune brillait encore au-dessus du pont de Iilackfriars, et le courant de la Tamise montrait au loin sa nappe illuminée.

Angus Mac-Farlane regarda autour de lui. — Il ne savait pas ce qu'il cherchait, mais il cherchait quelque chose.

A ce moment, la barque de Bob glissait silencieusement sur l'eau des arches du pont, virait à bâbord et touchait terre un peu au-dessous; de Brigde-Street, au débarcadère privé d'une grande maison d'Lpper-Thanies-Strcet.

Ces'débarcadères, qui se ressemblent tous et qu'une voûte relie à la rue, ne sont point fort activement surveillés par la police du fleuve. Qui pourrait soupçonner Coventry and Sons ou Redgowand C°de faire la contrebande? A cause de cette néjlisence de la police, fondée, du reste, sur un sentiment

louable et profondément gravé au cœur de tout Anglais, le respect dû aux millions, ces mêmes débarcadères servent parfois aux pires usages.

Sous la voûte, parmi les voitures de chargement de la maison de Coventry and Sons se trouvait un fiacre attelé de deux forts chevaux. — Ce fiacre attendait Bob, et lui avait servi dêj;'» dans la soirée à transporter les deux filles du laird de leur maison de Cornhill à l'hôtel du Roi George.

— Ohé ! cria Bob ; monsieur Pritchard est-il là?

— Non, répondirent les chargeurs.

— Que Dieu le punisse 1 gronda Bob ; — qui recevra me» balles de coton, 'alors?

Monsieur Pritchard était l'un des principaux commis de U maison Coventry. ,

— Cee .' (hue ! ) cria un chargeur en allongeant un coup de fouet à ses chevaux.

Une lourde voiture se mit en mouvement sur les rails qui servaient à faciliter la montée de la voûte.

Pendant que les ligtliermen juraient en compagnie des charretiers, et que les fers des chevaux glissant sur le pavé gluant, lançaient dans les ténèbres de la voûte des gerbe» d'étincelles, le cocher du fiacre descendit doucement de son siège, ouvrit la portière et aida Bob Lantern à opérer le débarquement de ses deux balles de coton.

Une fois les deux sœurs dans la voiture, Bob repoussa du pied la barque en pleine eau, enjamba le marchepied et s'étendit sur les coussins en grommelant :

— On peut dire que j'aurai durement gagné mon pauvre argent, ce soir !

— Ohé! cria-l-il ensuite par la portière, au moment où le fiacre dépassait lepeuil de la voûte, — vous direz à monsieur Pritchard que je suis bien son serviteur.

Les deux chevaux du fiacre prirent le galop dans Upper- Thames-Street.

Désormais Bob était à l'abri de toute mésaventure, —et Dieu seul pouvait venir en aide aux deux pauvres enfansdent il avait fait sa proie.

Le laird, cependant, reprenait peu à peu connaissance. Un instant la lumière se fit dans son esprit frappé. Il se souvint, un cri d'angoisse déchirante sortit en râlant de sa poitrine.

— Anna! Clary! prononça-t-il en se soulevant au-dessus de l'eau par un habile et puissant effort.

Il domina ainsi durant quelques secondes le courant de la Tamise, brillamment éclairée par la lune, enlln victorieuse dans sa lutte contre les nuages. 11 ne vit rien. Par hasard, aucun bateau ne sillonnait çn ce moment le fleuve.

Angus se laissa retomber anéanti. Puis une brume épaisse couvrit de nouveau son intelligence. Rendu aux puissances machinales de l'instinct, il nagea vers la rive et prit terre k cent pas au-dessus de la voûte où Bob Lantern venait de débarquer.

Le laird était venu à Londres pour voir le marquis de Rio- Santo à qui le liaient d'étroiles et secrètes relations. Nous devons dire tout de suite que ses facultés se trouvaient fréquemment depuis plusieurs années hors de l'état normal. Il n'était pas fou, mais une idée fixe dominait son cerveau et tyrannisait sa volonté.

Il voulait voir Rio-Santo, parce qu'il l'aimait, et parce qu'une invincible force le poussait vers lui, — pour le tuer.

C'était la troisième fois qu'il quittait ainsi l'Ecosse à l'infffl de ses filles et qu'il venait à Londres depuis l'arrivée dn marquis. Il connaissait le chemin de Belgrave Square, et savait les entrées d'Irish- House.

Une fois à terre, transi, sanglant, à demi-mort, il se dirigea, chancelant et forcé souvent de s'appuyer aux murs des maisons, vers Belgrave Square. La route est longue de Teraple-Gardcns à Pinilico. Il était près de onze heures lorsque le laird, épuisé, mit le pied dans Grosvenor-Place. Il ne tourna point du côté de Bclgrave-Sqiiare. Sans se rendre compte de son action, il prit le chemin du Lane qui porte le même nom, parce qu'il avait coutume, ainsi que beaucoup d'autres, d'entrer par là dans Irish-House.

PALL FÉVAL

Au rii!>i! lie nc'ura-T-' -jne, on pTc ! , U i^-)-]-' \'v,n,'e tl"uii ji.lii pjssaije el Siii),juya au luiir, a to.i.' u'uu? porle fcrmé'i.

Au bou! de (luelqiics i:;i!:ulf s celio porie s'ouvrit el donna passade à un honiiiift de grande laille, enve; ippé daiis iOP. manteau. Cf! lionimo, qui snrlil en grommelant des paroles de colère cl qui oublia de rofernicr la porio, néusil rien moins (jiieSa Grâce le prince Din.ilri de Tolstoï, ambassadeur de ?. M. l"empereur de toutes les Uussies.

Angu5 Mac-Farlaue poussa la porte et enira.

St-s vëlemens trempés d'eau le ^ia^aient; la fatigue l'aecablaii ; son crâne ouvert saignait el le faisait liorribleir.ent soniirir. 11 n'avait plus que le souilie.

Use dirigea néanmoins, sans se tromper, au travers d'un Ubyt'inilie de pasiages connus et parvip.t juAquau rez-dechausséo d'i! Ish-I!ûuse.;i la ;;c;îe de ce salon réservé où avait eu lieu l'rnirevue du prince et du niarquis.

Il entra el se traîna, rampant sur le lapis, jusqu'aux pieds de Bio-San!<J endormi sur roltonianc. — l.à, ses forces l'abandonnèrent elil s'afiaissa eu niunnurant les noms d'Anna et de Clary

^'ous savons le reste.

Depuis ce jour, comme nous l'avons dit, Rio-Sanlo s'était conliné dans une cliambre de son ttotel, située 'derrière le cabinet où il avait coutume de se retirer aux heures de travail.

La porte de cette cliambre était rigoureusement défendue. — Aux heures des repas, on trouvait Uio-Sauto dans son cabine;; les mets ([u'oii lui apportai! étaient enlevés le lendeniuin pres(iue intacts.

Depuis ce jour aussi , le ca\allei' Angelo Bembo rôdait sans cesse aux alentours de la chambre où était couché le lalrd. Il avait aperçu deux ou trois fois RioSanîo sans pouvoir l'enlretenir, et l'air de lassitude iniinie, l'expression de découragement amer qu! remplaçaien' le calme haatain ordinairem.nt assis sur le visage du marquis tirent naître chez Bonibo une inquiétude qui ne put manquer d'aller croissant chaiiue jour.

■ i;n seul bomme , le docteur i*^oore , avait parfois accès dans le cabinet de Rio-Sanlo. le jeune Italien ne tourna donc point de ce côté l'espionnage de son dévoùnienl alarnié. — Il essaya de voir et d'écouler , par la porte don^'.ant sur le corridor iulérieur d Irish-House, porte par où nous l'avors vu entrer tout !\ l'heure. l'endant lon^'cuips il n'enteudit rien et ne vit rien.

Un soir enlin, dos bruits étranges parvinrent jusqu'à lui Une voix rauque et monotone se prit ù chanter le refrain populaire d'une ballade écossaise

Puis un silence profond se lit.

Pnis encore Beaibo crut entendre un double râle et des gémissemens qui se confoiidaient. — Son inquiétude ne connut plus de bornes : il pesa doucement sur le pêne; la porte s'entr'ouvrit.

Bembo crut rêver. Il vît don José aux prises avec une sorte de fantôme, vivant cadavre, dont les bras velus, noirâtres, cliques, fai.saici:t de fréî;étiques eil'orls pour l'éirang!-r.-

Le premier raouvement du jeune Italien fut de s'clanccr ou secours du marquis; mai.î c^.'hii-ci opposait à son fantastique adversaire une force si sup'M'icure, que l'issue de r^'lte lutte éîrange ne pouvait êire doulcase. Or, liembo avait peur de se nieilre ainsi violemment en tieis dans un secret dune nature si bizarre.

1! résolut d'attendre et referma la porte.

Bembo f.it ainsi témoin de toutes les lulles qui suivirent entre le malade et Rio Santo. Dans'les inlcrvalles, il voyait celui -ci, dont les connaissances étabut uiiiverselle..s, soi'-'uer ic iîévrcax «wc l'iiabileie diin rcédcciii consûinir.é cl avec la tendre sollicUude d'un frère.

fon ciprit s'y perdait. — Quel tMait ccl homme?

Assurément, sans mériter reproche aucun de curiosité, il étail permis de se faire celte (lueslioii.

Mais il était maiaisé d'y répondre.

Bembo, d'ailleurs, ne se prcoo.upait de ce secret (!ir<^a tant qu'il ÎLlércssaii le rn.-.rquls. Il devinait ipie, sons cette veille extraordinaire au chevet .;'un nsalade, il y avait quelque chose de grave, el ne se croyait point permis d'entrer pius avant dans ce mystère sans nécessité ali^uiue.

<'epenilant liîo-Sanio s'afl'.iiblissaii diaqirc jour. Il devenait plus p^ile que l'homme de lalcôNolni n,.'nie,et Bembo, dans son ati-niiive soilicflude, voyait vtii'.r le moreeiit où ces lulles solitaires sans cesse renoa;e!oes présenteraient un danger réel.

Et il aiiendait , prêt ù s'élancer lorsqiic son iniervenlion, devenue indispensable, e.\Ciiserait sa déiobéissaiice aux ordres du marciuis.

Il attendait, passant ses jours et bien souvent ses nuits auxcnviroas delà porte fermée. — Jlais i; faut bien peu de chose pour faire manquer, en. toutes choses, le recment opportun. La mciueare seniinelle peut s'endormira son poste, et l'on a vu de pariails soldats déserter leur faciion curant qneli[uos nsinutes.

Or, quelques minutes suffisent.

Pour quelques minutes ri'oiibii, Bembo se trouvait maintenant en présence du cadavre d'un hoii'mepour lequel il eût donné tout son sang...

CM.-il'irRE l'i

LE COIN D'J LOr.D.

Il y avait au bout de ce corridor oj le cavalier Angelo P>embo passait ;1 peu près sa vie depuis quelques jours, une fenêtre basse qui s'ouvrait sur une toute jieliiecour environnée d'un mur. Au delù de la cour était le pissngecjmnuiniquaiit avec Belgravc-Laue.

Dans BelL;rave-l.ane, juste en face de la i'en;*irc basse, s'élevait une maison en briques rouges, bronzées [lar les brouillards de Londres, tout Imprégnées de la noire vapeur (<u coke. Cette maison, trisle et abar.dorau'e d'ordinaire, avait dans le quarlier une mauvaise réputation. Le marihand dec|,j3res de Cirosvenor-Placo racontait volontiers ùqui voulait l'entendre qu'ele avait vervl longlemps de /•ef and eus;/* à un noble lord. On y avait enîen.lu souvent le brait nocturne des orgies, el parfois de ses clroiles fenè rcs, des p!a:rles de femnse élaier.l tombée.-. jii:v-;'u'ù l'oreille du passant attardé dans l'allée de fielgcave.

Jepuis quelques années ou nevoyait plnsguères'ouvrirlea contreveiis rembourres dû fie!- o de sy que les comn;ères du (}n;iilier de Pi!:i!i>'0 appela cnl lo coin du 'ord ( o'I's C'>:7i')].La maison tlemcurai! inhabitée, et seu'eiiienî, à de bien rares intervalles, ses croisées s'illuminaient quvlqiie soir.

Leiord vi;'illi.:.3iitâ.i;i3daui.', et ses ''aDiaisiea dei'enaienl de moins en n;oîns fréi[uei:les.

Ou ne connaissait p.iul, du reste, dans Piai!i::o le nor.î sle Sa Seigneurie ,dont les visites à la petite maison s'Uaiei:» faites de tout temps avec le plus grau I niysk're.

Le lords co iir était du reate adniirableraenl situ.': pour l'usage que lui prùlait la vuix cammune. llicn ne dominait ses croi:;ées , qui r.'gar>laie;;t ;ie biai; une parîio Cvi derrières d'Irish-Uouse. De là sealeineat aurait pu parlir un coup d'œil in 1 screi. — On doit croire que Sa Seigneurie avait rcco;:nu cet inc aivéïiicnt; car, douze o;i qu iiîo ans

* Sans-entendu houso; malsoa oii l'on et libre et à l'ake (petite maison;.

LES MYSTERES DE LONDRES

ISÏ

auparavant, on avait planté des arbres dans l'étroite cour qui séparait Irish-House du passage.

Et l'on disait que, pour le seul fait de la plantation de ces arbres, Sa Seigneurie avait payé trois mille guinces à l'ancien propriétaire d'Irish-House. Comme il y avait trois arbres, cela donnait vingt-six mille francs pour chaque pied.

On ne saurait acheter trop cher l'avantage de murer sa vie privée.

I es trois arbres, transportés à grands frais dans la petite cour et plantés lorsque leur crue était déjà fort avancée, avoient peu profité depuis lorg. Ils étalaient au-devant des fenêtres d'Irish-House leur maigre feuillage; l'hiver, ils entrechoquaient leurs branchages étiques, voile transparent, suffisant pour dérouler le regard fixé sur Irish-House, mais incapable d'empêcher les curieux de cette dernière maison d'espionner à leur aise les Lord's-Conw.

De sorte que, en définitive, SaSeigneurie n'avait rien muré du tout

L'arbre du milieu masquait la fenêtre basse située au bout du corridor intérieur d'Irish House.

Tout en veillant sur Rio-Santo, U cavalier Angelo Bembo, dans les premiers jours surtout, al'ait et venait, passait parfois quelques heure» dans sa chambre située à l'étage supérieur, et sot tait même duraut de courts insians. Bien qu'il n'babiiAt point Irisb-IIouse, il avait conservé de telles habitudes auprès du marquis <|ue les gens de la maison ne pouvïient point s'étonner de sa continuelle présence. D'un autre fùté, comme personne n'tût été assez osé pour pénétrer jusqu'au corridor nialgié la défense du marquis, nul ne pouvait surprendre l'espionnage de Benibo.

Sans cela, c'eût été, depuis huit jours, un précieux sujet d'entretien pour l-'s cuisines et les écuries d'Irish-House, (|ue cette bizarre fantaisie du signor Bembo d'être ainsi domicilié an cœur de l'hiver dans une froid* galerie. — Il faut dire néanmoins que Its cuisines et les écuries d'Irish- Heuse n'étaieat point à court de sujets d'entretien. Si bien séparés que soient maîtres et valets en Angleterre, les longues oreilles de la livrée savciit toujours saisir quelques mots au passage, et les murs les plus épais n'ont pas, pourrait-OB croire, le pouvoir d'arrêter l'œil curieux de la valetaille. Aussi grooms et valets, dans Irish-House, sans se rendre compte au juste du grand et mystérieux drame dont leur maitre était le principal acteur, jasaient volontiers à perte de vue sur une foule de choses qui leur semblaient sortir de la rainure commune où glisse la vie de Londres.

Nous. ne comptons point initier nos lecteurs aux ingénieuses conjectures qui se faisaient sur ce, autour des fourneaux souterrains et dans la chaude atmosphère des magnifiques écuries.

Un matin, — c'était le troisième jour que Bembo veillait, —le soleil s'était levé plus pur qu'à l'ordinaire et combatlait Ticlorieusc'itent le rempart opaque que lui opposaient les lourdes vapeurs incessamment suspendues au-dessus de nos t'i:es. Bembo s'était acciudé sur l'appui de la fenêtre du (orridor et suivait avec distraction les lignes indécises du profil d'Irish House , dont le so cil projetait la silhouette éléjjanle de 1 autre côé de Beigrave Lane.

Son regard parcourait ainsi, presque ;1 son insu, la façade brunâtre du Lord's Corner, qui, frappée d'aplomb par le soleil, empruntait à cetie illumination inusitée un air de lugubre fête. L'arbre ijui s'élev^ii entre lui et le frec and fas'i touchait littéralement la fenêtre et ne poiivait par conséiiuent iiiterce|iter son regard. — Au contraire, ce mètre arbre pouvait le cacher d'autant p'us facilement qu'il était plus proche et que les derrières d'Irish-House se trouvaient être a contre jour.

Bembo venait d'aSsister à l'une de ces liitles silencieuses et terribles que précédait toujours le rauque chant du malade et que suivaient, pour les deux combatlans, quelques heures de repos, fruit d'une lassitude nuiluelle.

Bembo était bien triste : son grand œil noir dont, k ces lieutes de lEélancolique rêverie, la prunelle avait une dou-

cœur tendre et presque féminine, se promenait sans voir sur les objets extérieurs.

Tout à coup sa distraction chagrine Ql place à une eX' pression d'étonnement.

Le soleil en pénétrant dans l'une des chambres du Lord't- Corner, venait de lui montrer une jeune fille ('tendue dans un fauteuil et dormant.

Il y avait un an que Bembo venait presque tous les jours i Irish-House. Souvent il avait pu remarqi-er l'état de solitude et d'abandon de la petite maison de Belgrave-Lane, dont la destination mauvaise ne lui était point inconnue. Jamais il n'avait vu les contrevens s'ouvrir duraut toute cette année.

Son premier mouvement fut exclusivoment curieux ; puis une nusnce d'intérêt attendrit son regard : Angelo Bembo était tout jeune.

Alais ce fut une impression passagère et bien vile étouffée. — Que pouvait être la dormeuse, [■inon l'une de ces femmes dont la vie est cofisacrée aux récréations nocturnes de milords du haut parlement, l'une de ces femmes que Leurs Seigneuries se passent de main en main, comme une espèce ayant cours, charmantes iiicaroalions du vice. Heurs brillantes que de nobles caprices fanent avant le temps, et qui, fanées, tombent un jour des somptueux coussins d'un équipage dans la boue noire du ruisseau, — où nul ne s'avise de les relever.

Le cavalier Angele Bembo détourna la tête.

Mais il y a de ces radieux visages dont l'empreinte reste obstinément sur la pupille, comme celle du soleil, longtemps après que l'œil s'est refermé.

Bembo voulut revenir à ses tristes pensées, mais entre sa triiitesse il lui quelque chose d'éblouissant se posait. —Il voyait la gracieuse enfant du Lord's-Corner étendue en face de lui^ et dans sa pose, aperçue ainsi au travers de son récent souvenir, il y avait une pudeur exMuise, infinie...

Encore une fois, le cavalier Angelo Bembo élait tout jeune.

Involontairement, sa têle se retourna et sou regard chercha de nouveau la dormeuse.

Combien elle Iti sembla plus belle!... Le soleil rrclairait en plein et Bembo pensa que jamais le soleil n'avait éclairé front plus candide ni plus ravissant visage.

Il soupira bien douloureusement en pensant que tjiit de beauté s'alliait à tant de honte.

Puis il se dit que peut-être ..

Il se dit cela, bous lafUrmons. Rien déplus, rien do moins.

Celait beaucoup. — Mais on ne se frotte pas au mon4<î sans prendre quebjue chose de son impitoyable malveillance. Bembo haussa ies épaules et rentra dans l'ombre de son corridor.

Cepeutélre qu'il avait lusardé lui faisait honte. De fait, pas un dandy de la Loge infernale ne l'eût hasardé à sa place, et le vicomte de Lantures-Luces en eût li de bon cœur. — Nous parlons sérieusement.

IXous ne saurions top dire comment c la se ht, mais, Iroij minutes après, lîtmbo était de retour à U fenêtre et regardait la dormeuse de tous ses yeux.

Le fameux peut et e était positivement dislancé. On ne songeait plus au peutêlrc, il n'y avait plus de p ui-être. Mais Lantures-Luces cette fois se fût, sur notre honneur, pa Lé de rire Bembo, qui se reprochait lOHt à ! Innire d'a- \o'r douté, voguait maintenant en pleine certitude.

lit sa certitude était, le croirait-ou? toute en faveur de la charmante doinicuse. H aurait rompu des lances pour elle, ilauraitjui'é sur sa tête.,.

Pourquoi".' Pour rien. Bembo était tout jeune

Ceux qui seraient tentés de prendre en pitié le cavalier Angelo Bembo sont instamment priés de garder leur compassion pour une occasion meilleure.

La dormeuse semblait tourmentée dans son sommeil.Deux ou tro s fois elle étenditai;-Jevant d'elle deux petites mains blanches, d'un ravissant modèle, comme pour repousser un invisible cnneoii. — C'étaient peut-êtie les rayons du soleil tombant sur son visage qui l'agitaient ainsi, et cependant,

l'AUL FEVAL

mi'me â cjIIc dislanc^, on pouvait voir8ur ses jolis Iraits pâ is une tx|jr^s6ion de faligue cl de délreibe.

Angflo pensa q je pirl'ois d« Jcur.»-.» biles sont Tlolcmoent ravies à leurs parens ri livrées poor de l'or à la meràl de i)uel')ur.v rtebaucbi';» pervers. ',

l'ourie coup, celle iiypoilièse dépassait toutes borne» |<k^< mises. CVta't de la | of^sie, du roman i la façon de RicliarJ- •■^ou, du iioc'.urncâ deux voix avec accompagnemenl de guitare ...

Ia dormeuse, cîpetjitaiit, s'agita encore durant qucliiiicj secondes, puia tllc s'éM-illa ro surnaul. Lorsque ses paupi(^les SI) soQ'evèrent, re furent les doux yeux M'Ansa Mat- I arline qui brl lurent à la lumière du Eo'eil.

toile lourit 'a son réveil, comme font tous les enfans, et mit ses deux mains devant se» yeux que hlessaier.i le rayons irop ardcii» de la lumière (> cesle fut mifrnon et jçracieiix ; licrat-o (Mil lin sourire eu le rernarquanl. l: se crut en mi^me temps obligé de reconnaître que Jamais il n'avait rien vu de cb»rma(it comme ces deux peiius mains »'(nor.;antdeToi'er cî j'unc et candi 'c visage. *>»

Anna, rous avons i peine bosoiu de le dire «u lecteur, éUit lA par les soins de Hob l/inlern, soudoyé par l'iniiDilanl Paierson, ei le Lord's-Corner apfarienait à Sa Seigneurie le comte de Wliile-Maiior.

Il y av.j)i dei'X jours déjà qu'el'e s'élait éveillée lin matin, la pa'ivpi^ douce enfant, dans celte clitimbre iiiconime, des lijnrln.'fcde laquelle on ne voyait rien, sinon la loiiured'fri.sli- U.nce d |!s branches noires <)e quelques arbres déiiouilég; i' y avait deux Joui> qu'elle n'avuit vu Cary, sa sœur tant aimée, deux jours qu'elle n'avait vu .Sieplicii. La pièce nii 'I b se trouvait était l)>;lle, rmé! de graniJos {çlace- et de beaux tableaux aux calres dorés. Sîn lii tvalt des (en lures de soie, dont let niiroiians rcnets é!)lo:iUsalenl U vue. Sjr les folas on voyait d'opulentes étoiles de robes, sur la loUetie des juyaux de baul | lix.

Mais |j pauvre A''.na ne ji:lait sur loutt^s ces {icécieusoï choses eue de» ri'içards désolés. Klle avait peur. Les femmes qui la îervaent l'ji faitaienl Irayeur^et lor.squc ces femmes ^lacut ab.^enles, elle s'ellrayaiidavaiitai/c encore de sa solilu.le.

Elle ava':l bien pbiuré depuis deux jours en songeant h Clary et a ^tepben.

f>j reste, elle i^norail eK<;jrc dans (|ui I biil on l'avait enlevé/. Personne autre que les deux femmes qui la srrvaicnt ii'avait pénétré dans sa ihambre.

l,a nuit, elle n'osait point s'élendrd dans re vastu lit k colonnes scul|)iéKS, dor.t la ruelle éiall orcupée parunej^iace, où sa pr< pre ima^je ré(1i'.:hie avjit glarV d'épouvante 'n craiiiiive enlanl ia première lois qu'elle s'en était approili<te. «Jet Itihliii'i pré ieiix de défense que la nature met aucaur des leinnips l'averllss^il que, deboul, elle (li\i. Dioins e%\ O' sée ail danger ioc< iinii i|iii la nieii3';'iit.

Kledorniaittsur ce fauteuil où iiombo V(:naiide l'aperrevoir. '.'était sa couche.

Oiic Ir» nuits lui semblaient longues! Celait alors qu'elle ffissoniiail. la pauvre fi le, su uio.ndrc bruit du vent f cUiil les ft-i.éirc;,; c'était alor.s qu d'e cto\ait voir, ii i:i lueur vacillanc de sa lanijie, Us li^.iseries se mouvoir leiilcinenl, les po! les closes glisser sur leur» (;pnds, et les ride.ui\ du lit NoUlalrc agiter les plis abondaus de leurs draperies inui.ol.ile .

IvleappelaUCIa y. Cary et Slepli'-n.

II^l S' Sié, lien la cbercliait, mifis c'était e:i cliorLlianl (;!»• I y.— Kt <; ary, la noble lillc, coui bée SOU'^ U main de pierre dur) démon .^aii) co-ur et sans pitié, Cliiry se mourait as- ^asslll(fe.

Assa'sinée lentement, peu b peu. On la L^ail à loi-lr. ]■] le Imviilt par pelilcs gorgées la (oupe amére ilu marlyre. lu «iniMircéiait sur elle qui réireignaitel suç i. ton Jeune sarg (.''iiiiieA gnu!le...

Al uapildil, cc-niondant ses deux rniours en sa o»ïvcoraif'iii, ri envoyant k Dieu les r.oius liUis de sa sœur cl dr. Sicplie.it. La priurc la(o:i!<olail Cl la soulcnaii; clic :rraii morte tans la prière.

Ko s'éveillant, ce matin, elh fut bien joyeuse : le soleil venait ainsi la visiter le malin des beaux jours dans Cornliill ; elle se crut dans sa petite chambre, ri se dit qu'elle avait fail un horrible rêve.

Cela dura tant que sa main blanche cduvrit ses jolis yeux comme un bandeau.

Puis lu cavalier An^elo Uembo.qui la dévorait dd regard, la vil tout à coup tressaillir ei e lever av.'cefiroi. lîl'e venait de rentrer dans larèalilé. —Clary n'était point U ; sur sa h'te appuyée tie se croisaient point les blancs rideaux de sa couchette. Ce rive qu'elle avait fail, ce rêve allreux, c'était la vériié

— Oh! mon Dieu! nion Dicul murniuralelle en se laissant tomber sur ses juinoux, n'enverrez-vous point SIeplicn :> Bion secours ':'

Angelo Hembo scniit ses yeux devenir humides.

Anna demeura lon^'iemps à genoux Foible Hlle qni n'avait vu la vie q'ie comme une succcsvion de jou^s calmes, sourlaiis, heureux, elle ne savait rien contre le malheur, et s* ( ourliïit, brisée, au premier soulile de la houlfrance.

Depuis ce matin là, le cavalier Aii-g lo Bembo vint bien fouvenl s'accouder sur l'apjiui de la lenéire basse. Kê-eur Il poète, et clliaiil dans sa nature chevalercs(|uc quelques leinles affaiblies du mulliple et lier caractère de lllo S>nto lui-méiiie, Hi-iiibo n'avail point de boiiilienonlre ces iin- (iressioiis sijuiiaiiies (jiii eiiirent au cueur fi l'iinprovi.t(e. I! ii'avait point aimé encore selon son Âme, ei rcs liaisons passagères oii sa beauté physiquu et son brillant espril l'avaient eiilrainé dans les salons du VVcsl-End, avaient été pour lui un passe-temps, ou, moins (|uc cela, un appeudiec .'i sa toilette, un compté neni de tenue.

Car il est inalséanl, ilans un cerlaiii momie, de rompre en visière aux coutumes établies et de se passer de mallresse,

— a moins i|u'oii ne soit l'heureux possesseur de quelque pur sang le lein*'nl hois ligne, qu'un puisse rai* onnable^ ment concentrer en lui seul toutes sesatleciimiï.

Or, llembo n'était pas positivement un «porlmann, iiim <|u il lill un écuyer modelé ; i; s'é ait donc vu lucer d'' lier une deiiii-douraine du vaudcvi'les avec un nombre é^al de lilonJes paironesses d'Alma k, lesqiiulloj en l-urtiefil ni autant de vaudevilles (|u'elles ont de cl.eveux blonds d.iti s Ituri; ai;ieuf.c coiffure. Ce- pussions convenu«s, c»» romans sus paroeur dava :ce, l'avaient ami^é ou ennuyé, nous n'en savons trop rien.

Son co'ijr s'était pris poi.rlanl une fois ou d ux, parce son lœ travail lonnc envie de se pr"i:dr<'; niaii Beinloéuii un cavalier de lad ; il avxit senti bien vite le riiticule de .sa conclu le. lin vérité, nous le disons, d-; mènii' i| i'il n'y» pour (ileurtr auxdiaHKs de Sbaiispeare qiie îles M es rougea.des des pf liu rt.ercieis du Uorougli, de même il n'y a q le l'Iiéliiier endimanché de (|uelqi:e squire caiiipa;.nard pour prendre au érienx nos aino irs de b une coni|.3gnie.

Si l'on était mi'rbani, on pourrait j-llirnier qu'aprfte cenl 'inquanle iniiigU'S nouées d dénouées de nianière ou d'au- Ire, 1 àit^e d une granOe lady est lonjoiirs pure e( v'ivlnii'e comme dowinl.Cen'cs;! pas avec l'âme que pèchen; Leurs .S<-i' gneiirics.

Il''mbu savait cela, quoiqu'il ne fui guère philosophe et que son cs|>ril délicat irerti aucune le^^diiice vers la salirc.

— Aussi, ne liojvant point où pla.rr son ca'ui' avide d'iiiri[cr cl n'ayant point de clicval a>i sabot duipicl il | ilt meiin.' ta leiidresM!, il >.'éluil ilunnéunlier a:i déunin-nt, et ne coui;aissait rien m monde, sinon don J se son ami et mi.i n'aîirp.

Mais ce ne pouvait élre h son dernier mot II était jeune ei n'avait point de parti pris ion ru les femmes : son es|tril i>u et choisi le rendait icopablo de tomber dar.s ce banal I aver.5.

Il ciïil indiiïér, lit, voiij tout, indiiïeie t comme le fils dit 'Miésée et mille autres sujets (le ia fable cl de l'Irst» r.-. Il at:end.iiison Ariiie.

Ce nuiin-lù II coinmcii.a d'é re amoareux. l'iitdani les our> su vans il continuH, jusq.'a ce qu'il lût bel n bien

LES ^^^sn•,(^E^ i>f lonoues.

^pris. Ss slination s't prflilt mfrrfillfoseaen», du rfste; l\ pta<t triiiert il éuit seul.

CtNJ.pour bfiu-oup de le.tfurs, Jiniinuera le nuSriied» '• longue veille du cavalier Berabo; uiip seixMidf do n^fU-xIon suffira pour les r>mene- à uu »«! linii-nt monis fe^ite. Certes, la prés'tire irArna si priS de lui abrégea souvenise» heures de soliiiuio, nia's i lige d'AB|e'.o on est eiiirf|»tenant; i! > j pliisir i r-nrrMP 'rs ol'SlacH-s. Aa?^lo ÎUlt d'ailleur- . t , s i;;jts ou iVsi-a'ïile elle*

^i-Jielic-s ' irtant li dejneu'all i SOD

posie

Ce ait donc un r acritii» de plus, et (OB ri>le y çifmit BtaniVsiemeni. *

Ui malin, Denibo vit queliiuecbos^ d ctr3ng<>. Le jour n'é> Uil pas * ii'ore bien dt'jiJiié de^ di'rui>res ombres du crépuscule; Auna dormait dans toii lauieui'. Une porl<' s'ouvntau fond lie la<bambre, el deux lioiumes rniK-rcni l. un d'en» tenait un boucroir: l'autre, tout oipe1o|>pé dans un chaud carrick  lourrurrs, suivai: d'un pas iiidâ'rnt.

On Jiife si Ikmbo ouvrit dt- t;rautls yeux.

Le preiricr dos (lci<.\ nouvraux venu» s'avanc'd Jjucement et Cl un (este do surpri>e e:\ vovaci A na dans le fiiu'ruil. Il ia (Tovail sans donto au lit, ri son visajie, tandis qu'il sa tournait vers »on rotnpa^noD en souriant obso^fuira ctneot, exprimait i peu près ceci : "-

— Elle don... peu importe que to soit dans un fauieuil.

I.'boirnie au carrick te diiii;i:a point répondre, ei l'avlre, qji semblait être qualque rhose miBRie son valet, siiian pis que ce!*, bien quM no poriâl pis de livro^', Itaussa le ilamb^-au p ur faire tomber la lumière sur le visage d'Anna endO'mi.v

Rr^mbo ne perdait pas un geste de ces deux boiuiD''s, dont l'un s'appelait Gi tort rjtorsou,el ran'ri- Godfre y do lancester, coni'e de \vlii;e-Manor.

CH.VriTlŒ V.

un LA reNtTKE.

L^ cavalor Arg-i>> BMiibû regardait de tous se» ^eux, el senivit bouillonner »oii sang dans sej r.ines on su.-;getiit au de.'sein probable d es d-ux l:omm»8,iiui violait lit dardeslinement la retraite de ^a jeuue J:l>.

- Car elle é ait i lui.— Du moiut ce ail l'avis du caiva'ier A* gelo B mbo.

Le < 03.1e cepeDd*n: »'fliii arré:c, immobile, i trois oi; quatre pj^ d'Anna, et lacil s qi>eFaterj 'u |ar'a;tin grst cu- 1ant avf'c ecipbase, ^Vh■'.o■Ma^or promenât IcnlMueu; son regard éteint lont autour de li chambre.

Bera^o n'eil pas de pcii e à inicrpréler re|:e scène. Evidemment, le valrt vantait les charmrs inTmis delaj^une li'le, acq'iis'lion rniivelle sansdciito, tan'is \ ue ie paclia, — njus voulons dire le lord, — f isaii do» roScxioos aélancoliqi.C'i sur U fragilité des voliiptt's liiiuiaii.es.

■Vngeio ava l un J-siriiassi»)ni:é de lui briser le crâne.

Du reste, il ne I» re.•onnai^sait point.

(J land Gilbert raierson eiit termine son t^loquenie tirade, W comte p'i'i-sa un longsojpir, et seco.ia la tète en disant :

—Je voudrais qu'il y rùl ii cliacunc de ers fccêlrcs huit bons barreaux de fer...

— 0 era -je demander a Vo're SeigneitrieT. . comBetça l'jtersonéioisné.

— (^imlre en travers cl quatre debout, pour.«uivit le lord; et je voudrais, Giiberi, tenir loi, au lieu de celle petite »nl!e, le fiK de mon père, qui, par le 3"0iu do D u ! n'eu sortirait pas a^aoi le jour de sa mort.

Le comte prosonça ces derniers aols a»»« une effrayante j énergie. S't yeu» mornes s''a!'umèretit loul ) oouj> pour i laiicr m Wa^r sïHislre.

j Pa;orson courba la i-'le

I •»- Rii tire Cf diable t!e Brian I gromwela 1 il , milord re I- sort |t>« (?e li ! .

I — M.tis le jour vient' n'écria leiili-roup W>\ite-">!»nDr,—

si b'eii digii-^é tpic Je sois, )p sait un d*tipn qn! ire r'ciin- I nai.raii d'un roup d'iTl .. Viens!. . viens, G-iwftf... Çrian : do l.a-o-'sior nu- g leiu- pmt-tMre -vu passage, pour we per, ,-r S te neur d'un ro«p de langue. . Je ne snis pas ei s'iroté ioi. j le^-oaote était fJ'oel Irisîîonpait.

( — Oh! l'en «outrai, j? le sens ! poor«\iMt-il d'ui e il\ ! ë onCT e. — e» il sera c «mie de wbiit^Vanor.

Ce derniiT mot rionne la me.s'iro exa'-fe tie la baine q.ii

devait enijl r ie cnir de Wliite-Manor. I Brian était sox héritier lèpl.

) Le c'inite se dir ge^ Ter» !a (>orîe.

— Ma s roga'il. i |j. au moins, miiorti ' du Pa'erson de- I »;>spère — vnvci q .il.es mains, r,\i.-!s cbetenv ^ a-i il au I mondf une plus jol e laille que c?>le-li ' > » i il d.<s soNrcils i mieux ari;iie.<, un loii:'. plus b'anr, uti Iroil pin» pur»...

j Les rarcliands d'esc'aves qui f mrnisscni le harraj doi- I Tvni ètred' bi-n grands poètes!

i Li coniie revint michinalewoiii vers .\nna endormi.', m t

j le lorgnon i l'œil, et conteaipla un instant avec la froida.r

i stiipid.- d un tunu^uo de cent ars la ravi»sante .niant s; i

pi sait devant lut. Son lorgnon g! ssa d un pied .bunui t .^

uneceiii'ure reigi obiio, delà ooiiilure » la gorge, do la g<M£«

aux ch veux, pu-s son Icrgnoo rciCKba.

— Jt- I. trouve passai le, murreurj-i il avev- lassitude , — •ne antre fois, Tai rc V.ilbïrt... je revieuJtai.

le loni ot son iuloHd.inl soriiroiil.

AngeloU mbo était plus m-'rl que vH. I étouffjil.Lr d;pa-t de ces doux intrus soulagea sa poitrine d'un y.Mi «cit-

sanl. , , , .

il s'avoita de^Mis que jaBiai»i)bjet ne lut av.r Mnii> i p n* riïi^yiiit, plu. nidrux, p'u»l»l.>a'jlo. quo .. "f! >' '' l'boiumc an earm l borde de tiJÉfures.

S Ml iuisg nation lit t iiicwinmi des i Uns superbes pour d,l xror la pauvre ne use, -car il n'y avaii plus i en d. uîf r, la ib;rnj*iilo dorro:'usedu Ltird's l'.oriier ciailUc^ure fon ijré; on ia ici:aii prisonn èio: ci e était viuitio de quelque KiacJiination ii Iirral,'.

*1 is Hif-Sinlo...

Cette idée i oufa court à tous projns de chcvaleies.jaes ortr-nriscs, et louiba comme un plouib gla»>tJ s»r l'ardeur du beau c;ivai.r Aivr'>> l> nb). — U mirqu^s, bien qu'il tf demanda' point d*ide. arail par la lait U'soin do lut. >t il étaii au iRarquisavai.l d'éit i la pauvre belle iteonna-.

(Xi'clif 1 i parut pUis louibanie er.i > 0 que doid nair.*, lûrsq.ie «Y ra»tin U.dè-sson r veil.ei e;e n il .^ g noux p ur lai-c sa pri.'re de rhîquejour! Lecjvalier Bembï'-iait bo:i ca bo'iq'ie et iiirJaii «oign-.nsemei l s-rre en wn coin d-' >0H canr oite loi ardente 'l a, i>e do a croyante lia'io.qji •■si au cagoiisTTie aitfléi» o qu'une nia>lonc de Raplué , d.-mi nue et iliaste pour aia, est au jortrail gelé df le le h)norabio mi»ire-s, noitiè d'un niiiiistro, qi;e le pei; Iro a l n jtonio jusqu'<nii m niotJ |)K>ur roiisiaier ambeniiqurDiri I ^a pudeur presbyiérion' e . ll<-D;b\ la'nii sa vioa»oiiiuiYU«e et frivole,; M t oon5fr\é souvenir d- s nisoigr.ruions d- ».v mr!\ il savait eiicrre frier Ui-n et la N iwge en co Ijj.ii Uni»ge italien qu'on croirait tait Hniqu-nioiii pour le c.o K-i

voyant .\nna pro^Icrnéo, •! -e fcniit jojoux. parce iiu il i rut en ia prot'Clion di ine, ei il se dit que luiil-i I heure qu Iqu» b...n aiigo .i^ait vdlle sur la jeune li'le eiidorni o.

Holas! U pai.vrerefiusea\ait g^-and b soin d'nu bi.n ai ç.i pour vriller sur elle <ii effet WhileWanor a'-ail du :— Ine autre lois ! t'o lui mrnie, il n'>ùt corlos point sorgc .i motlro ce vague pro,ei à e>c uiioii, mais piès de lui otaii Gi.bort Piterson; la tangsue nr peut Mv-e que do tang coirenpii ; il laut aux inton lans drs irailres virioux

I aor en (irronvini si adroitenieni le comle que celui-ci oublia pou"- un instant son i !oe û.\o. S.* piîîioiis asbOupits

IM

PAUL FÉVAL

s'éveillèrent, sollicitées par les habiles peintures de liiiiendani; il se soutint d'Anna endormie, et ce souvenir lui charmant.

Aussi, la nuit suivante, tourmenté par son insomnie chronique, il (il alicirr et se rendit dans Be'grave-Lane. Le jour commençai, à poindre lorsqu'il franchit le seuil du Lord's- Corner.— Celait ce même malin et a peu près au moment 0(1 BOUS avons retrouvé le marquis de Rio-Sanlo assis au che- ^ vet d'Angus Mac-Farlane.

Anna venait de s'endormir et rêvait peut-êlre, — et rêvait sans doute,— de Stephen ou deClary, ou de tous les deux.

Le cavalier Angelo Beinbo venait au contraire de s'évcil- If r, et quittait, meurtri, la natte étendue devant la porte de la chambre d'Angus, où il availcoulumede prendre de temps i autre de court» instans de r^^pos.

Il mit son œil à la serrure. Le malade était immobile dans son litet Rio-Sanlo immobile dans ion fauteuil. Rien n'annonçait une crise.

Bembo s'en alla vers la feréire II était un peu sentinelle aussi de ce côté, car il avait fait dessein de proléi,er de son mieux la pauvre prisonnière.

Le moment éiait venu. — A l'instant où il appuxait ses ♦■^ndes sur la barre de la fenêtre basse, Bembo vit, comme l'autre fois, une perle s'ouvrir au fond de la chambre de la recluie cl deux hommes entre r.G'élaieni les mêmes hommes : fi? valet et le maître.

Paicrson, sans mot dire, lira les rideaux du lit cl releva la couverture.

Puis il s'approcha d'Anna endormie comme s'il eût voulu la prendre dans ses bras et l'enlever

Bembo avait sur le Iront de larges gouttes de sueur froide.

>• Mais le comîe (il un geste, et Paterson sortit après avoir '- ealué respectueusement.

Le comte, au lieu de s'avancer vers la jeune flUe, se baissa et ramass» un papier qui venait de toni r des couvertures même du lit.

Ce geste ns rassura nullement Bembo dont la léle fermen tait furieusement. — Le sacrifice allait ê ce consommé; une minute de retard rendrait toute protection ir.etTicace.

Bembo pressa son iro it entre ses mains. Un irrésistible mouvement le poussait vers cette maison maudite où un crime infâme al ait s'accomplir, mais l'idée d abandonner le marquis, ne fût-ce qu'un instant, l'arrêtait. La veille, en effet, il ava't cru voir Rio-Stnto faiblir dans sa dernière lutte avïc le malade, et il savait que jamais sa présence n'avait été plus ni'cfS'aire.

Il revint vers la porte et nlaça de nouveau son œil k lasTrure. — Le marqu's et le fiévreux étaient tous deux immobiles.

Ceci fut un grand malheur. Si Bembo, «n effet, fût demeuré un insiaut de p us à la fep.ctre, il n'eût point jugé nécessaire d'abandonner sa faci \.

Voici ce qui fe pi>ssa dans la chambre du Coin du lorJ.

Le comte s'était assis auprès de la iM^. qui supportait la Umpr. Il avait plari snr ce:te table le papier tombé da lit, »t n'y songeait plus dqi II contemplait Anna endormie et la trouvait belle.

—Je voudrais quelqu'un pour ra'aimer, pcnsa-t il tout haut • au bout de quelques seconles-

Puis ilri?prii avec uneamerlHuie étrange :

— Quelqu'un pour m'aimer .. moi l...Jesuis riche et puisrant. . J'ai t'ié jeune; ou me disait beau... et qui donc m'a aiméjamais?.. La seule femmeque j'aie aimée, moi, — et je l'adorais! — la fsmnio.i q. i j'avais donné mon nom, mon cœur, tout... cite f>inme-là ne m'aimait pas et me trompait .. Un jour, penche sur le berceau de l'enfant que j'appelAis marille..Et qu'elle était bcll.-, ma nl.e!... je pus penser qu'un autre I... Oh ! je chassa' la mère, et je cliassai l'enfant... J'eus raifon ! .. J3 fis bien!... Aujourd hui je ferais de m'orne !

Il s'arrêta et un soarire cruel vint crisper sa lèvre.

— Il y a seiM ans de cela, reprit-il ; ellca dû bien souffrir, car j'avais donné l'^iifanl à un hornse sans pitié- .11 se sera

mis comme un mur d'airain entre la mè e et la fille .. Tant

mituxîTant mieux, si elle est morte dans les larmes!

Tarn mieux, si elle vit eucore pour pleurer et souffrir !

Le visage rouge et sanguin de Wh'te-Manor exprimait une cruauté sans bornes.

Tout-à-coup son r.'gard s'adoucit en tombant sur Anna qui souriait à un rêve.

— Elle était ainsi, murmura-l-il, belle et houreuse, lorsque je la vis pour la première fois... Je l'enlîvai... N'enlè^e-t-on paî tous les jours la femme qu'on aime, et n'était-ca pas miséricorde que d'offrir ma main à la fille d'un petit laird d'Ecosse! Elle ne m'aima pas, pcmrlanl. . Elle aimait un misérable Irlandais! un mendiant catholique .. Ah! je n'ai Jamais pu tenir cet homme sous mes pieds et l'écrasercomme un vil insecte qui gène !.. Mais qu'importe tout cela ?...ll y a seize ans!...

Il se leva brusquemeni.

— Allons! s'écria-t-il en se versant un plein verre deblond sherry, dent Gilbert Paterson avait mis un flacon sur la fab'e. — A'Iens, oublions le passé et le présent pendant nne heure... Celle fille est bel e... et, par le nom de Dieu, mon frère n'aura pas du moins le pouvoir de me i'enltv;r!

V replaça bruyamment le verre sur la lable.Auna s'éveilla en sursaut et faillit mourir de fraye«r.

MUs le comte n'était déjà plus à craindi'e pour elle. En remettsnt le verre sur la tible, le papier, tombé des couvert'ires du lit, avait frappé ses yeux. li l'ouvrit machinalement et devint plus pâle qu'un linceul.

Scj dents claquaient, sa figure se contracta hideuserac:!, et ses deux poings fermés menarèrent follement le vide.

— Encore lui ! râla-i-il avec effort; — toujours lui !

Le papier contenait quelques mils tracés au crayon que uous transcrivons ici :

• Courage, milord mon frère , je veille sur vos amours. » Bria^ de Lakcester. >

Nous savons que, depuis huit jours, Brian avait au're chose i faire qu'à tourmenter le comte, mais il y avait bien longtemps ()ue ca dernier n'avait utilisé sa mystérieuse retraite du Lord's-Corner. Lo billet était là peutêire depuis plus d'un an. — Un piêg« à loup n'est-il pas tendu pendant des mois dans la forêt avant de faire son office?...

Mais Ci ne fut pas ainsi qu; l'entendit le comte. Il avait de son frère une si mortelle frayeur I II crut que Brian, invisible, le guettait, l'ailendait au passage pour dévoiler ses hontes et l« coi.vrir d'outrages 1

Il crut que s s vale s le trahissaient, que Paterson le trahissait, qu'il était entouré de dangers et d'ennemis.

Il retomba épuisé sur son siège.

Anna terriliée n'oait point bouger, et attachait sur le comte ses yeux grands ouverts par l'épouvante, comme l's pauvres oiseaux immobilisés par la prunelle fascinalrire d'un serpent.

Elle n'avail même plus la force de prier.

L". fomie, lui, froissait le papier avec rage, murmurait des mots confus, et menaçait vainement l'ennemi qu'il ne pouvait atteindre.

Au bout d'une minute, il appela Paterson d'une voix tonnante.

Anna se fit petite sur son fauteuil, ia pauvre 'enfant. — Paterson parut.

— .Vpprochc ici! dit le comte qui saisit pir le gonlol son fîacon de sherry.

Le flacon était tn cristal taillé ; ce pouvait être une arme redoutable.

Paterson lot son destin dans VmW sanglant de son roalire. Au lieu d'avancer, il recu'a vivement. Au moment où il repassait le seuil, le flacon de cristal siflla derrière son 6reilie et vint $e briser en mille pièces à quelquss pouces de sa léli} fnr le ballant ouvert de la porte.

Anna ferma les yeux.

— il y a encore IcveTe I pensa Gilberl Palcrion, qui ue

l.KS MYSTERES DE LOiNDRES,

lêl

s'avisa point de rentrer; — mais Sa Seipueurie va tomlicr comme un bœuf égorgé dans trois secondes... Du diable si on peut savoir comment 'e pren^irc à présent !

Paters on ns se trompait pas. Lorsque Anna rouvrit les yeux, elle vit l'homme qri i'avait si fort épouvanlce étendu sur le parquet et s"agilant en de faibhs convulsions, l'alcrson et un groom essayaient de le soulever pour l'emporter dans sa voiture.

Le cavalier An^elo Bembo n'aviit rien vu de tout cela. Aprt's avoir reconnu que le marquis et son mystérieux malade reposaient tous les deux, il s'élança vers la partie supérieiire de la maison oti se trouvait son appartement, et chargea ses pistolets à la hâte. Cela lui prit quelques minutes. Avant de soriir.it voulut encore regarder dans la chambre où veillait Rio-Santo. Le marquis fiait maintenant debout et semblait regarJerle liévreux avec inquiétude. — Bem-' bo se sentit fléchir dans sa résolution, car une crise approchait : il connaissait les symptômes.

Mais l'image de la pauvre Anna vaincue passa devant son regard. Son sang brûla. 11 se dit :

— J'aurai le tem^s.

Il descendit rapidement l'escalier. Au moment où il franchissait les dernièies marcliCS, il aurait pu entendre la rauque voix d'Angu.-; Mac-Farlaiie entonnant le premier couplet de la ronde du la ni de Killarvvan.

C'était là un présage certain. La lutte allait commencer.— Angclo était dans le petit passade qui conduit ,'i Belgrave- I,ani'.

11 gagna la lue en courant, et ce fut pour voir qu'un providentiel ha.^ard avait rendu pour cette fois sou iuiervenlion supcrllup.

1.1 porte de Lord's-Corner était ouverte. Un caresse sans armoiries stationnait devant le seuil. A l'instant où Bembo arrivait dans la nie, armé et résolu à péné'rer dans la pi'lilc luaisiin de gré ou de force, il vit denx valets descendre le perron, portant dans leurs liras l'homme au carrick bordé de fourrures. Ce dernier ne donnait aucun s gne de vie.

Les deux valets le hissèrent à grand'peine dans l'équipage où l'un d'-iux monta avec lui. Pre.'-quu aussiiôl les chevaux lurent lancés au g.ilop.

La porte du Lord's Corner se referma.

Bembo reprit hâtivement le chemin de son peste. Son absence avait duré en tout quelques minâtes.

Lors(|y'il rentra dans le corridor, il aperçut de loin le beau chien Lnvely qui g-atiait i la porte du maUde en poussant de plaintifs gémissemens. Un froid moricl prit le cœur de Bi-mbo, qui gagna d'un tond la poite cl y appliqua son Oieille.

Il régnait à l'intérieur un complet silencr.

Lovely gémissait et flairait l'air qui sortait par lesjointu les.

P.'nibo ouvr.t la porte. — Ses quelques minutes d'absence avaient suffi pour rendre iuuiiles six longs jours de veille. Rio Sanlo avait succombé

li y avait un quatt d heure environ i|je le cavalier Angelo Bembo était dans la position que nous avons décrite en l'une des pages qui précèdent, portant sur sa poiirine la léie alourdie du niarijuis et abimé dans celte stupéfaction qui sauve les premiers élansdela douleur. Love'y, couctié Icloiig des flancs de son maître, avait mis son museau sur soii épaule et le regardait.

Tout a coup le chien tressaillit brusqucmor.l ctalcya.— Fn irémc temps, Bembo sentit sur le revers de sa niain un souille tiède, mais si faible 1

Rio Santo vivait. Le cavalier Bembo baisa la main qui avait senli le soufile. Il était prt't à défaillir de joie.— Lovely, dressé sur ses (pialre pattfs tendue.-, regardait toujo(<rs son maître et gémis.^ait doucement.

Lorsque Bembo voulut sentir encore ce biinheureux souf fle qui venait de lui metire fi l'jme tant d'allégresse, Rio- Santo nv respirait plus Bembo mit la main sur scn cœur, le cœi.r ne battait plus.

— Il vit, mon Dieu! ii vit ! pensa le jeune Maltais en se

t E SICC^F. —

pressant le front; mais il lui faudrait des secours.,. Toulde suite... Et comment faire ?

Bembo, même en ce moment suprême, n'osait pis irtroduire des valet.s dans un lieu dont. Rio-Santo avait défendu l'entrée. Il essaya de soulever le corps, mais son émotion l'énervait; il se sentit trop faible pour cette tâche.

Et pourtant il fallait agir.

Lovely, le noble et puissant animal, était là toujours. Le regard de Bembo tomba sur la gracieuse cambrure de ses reins vigoureux, et il n hésita plus. — Il souleva Rio Santo, dont il appuya les cuisses snr la croupe de Lovely. Le poids ainsi partagé devint supportab'e, et le beau Lovey se prit à marchtr doucement vers la porte, comme s'il (fit compris l'importance du fardeau confié.

Ine fois dehors, Bembo terma la porte ù double tour. — Lïs valets, appelés, accoururent.

— Qu'on aille chercher un médecin ! s'écria Bembo ;.— tin médeiin sur-le-jhamp.

Les valets étaient trop habitués à voir d'étraiiges choses se passer dans Irish-House pour manifeâtcr leur étonnement; mais le diable n'y perdit rien.

— Le decteur Mooie est dans le Cibinet te milord, répondit l'un d'eux.

Bembo fronça le souicil. Le di cteur Moore lui inspirait depuis longtemps une répulsion insiinciive , mais le moment était mal choisi pour hésiter , et, sur l'ordre de Bcmho le marquis toujours sans mouvement, fut transporté dans soh cabinet, où on retendit sur une ottomane.

Le decteur Moore était là, eu effet.— Quelques papiers dérangés sur le bureau v.\ l'indolence affectée de Moore lui-même, assis d'un air t nuuyé sur un lauteuil fort éloigné du bureau, auraient fait soupçonner à un observateur déliant <|u'il venait de se livrer à quelque examen indiscret ; m^is Bembo dans son trouble, n'était point 1'. omnie iju'il lallait pour faire de semblables remarques.

A la vue de Rio-Santo, qui avait tout l'aspect d'un càda\re le docteur ne manifesta ni empresse ment ni surprise.

Il se leva, approcha son sié^u de l'oltoHiane et prit le bras du manjuis pour lui titcr le pouls. — Ensuite, il pa pa doucement le tour de son cou et pesa sur son estomac.

— SO'tez! dit-il aux valets qui aitcn aient, curieux et avides de savoir.

Les\a'etsol éirent.

— SIgnore, reprit le douleur en s'adrcssjnt 'j Bim' o, j'aime à être seul avec mes nia'ades.

— Mais, nionsieur le docteur!...

— Vtuillei ne pas laire d" bjection, sign.rt!... Le temps press». . je pense lUie e temps pie.sse beauioup... Et je n'opère jamais que quand je suLs Sêul.

— Au moins me direz vous, s'ccria Be-mbo, s'il reste quelque espoir!

— ,1c ne vous le dirai pas, signore.

Bcmlo eut un mouvement de violente ro ère; mais il se contint et se dirigea vers la poitc.

— Signore ! reprit le docteur au moment e ù Bembo passait le seuil.

Cl lui ci se retourna.

— Buimen z 'c chien, je vous prie, ajouta monsieur Moore; il me g'ne.

Bem û saisit Lovely par son colli r et i'enlraiiia ma'gré la résistance du nolde anima', qui regardai, tour-à tour son maître et le iné'eciii en hurlant plai-.iiiveiueiit.

On eût dit qu'il se déliait.

La poito se referma sur It.mlio Le docteur Moore poussa le verrou et il îe trouva seul eii f.ec de Rio-Santo évanoui.

PAUL FÉVAL

ciiAPirriE v(.

Le Jot(eurMoo:e revint s'asseoir auprès de l'ofomaneoù Hic-Sanlogi<;ail sans mouvement. I' souleva ^a main qui, sufeilemenl lâchée, reto-uba inerte, et rtbomiit deux fois sur l'élasiiiiupi^oussin.

Un sourire élraige, tout plein d'un tri^ mpliaat orgueil, vint À la lèvre pâle du docteur.

Il se leva, croisa sts bras sur sa poitrine et regarda locgtemps le marituis sans mot dira.

— C'est une belle créature ! murmura t-il enfin : — qwand ce tœur b t, il y a bien rie la puissance dans ce regard éteint et morfie à préscul . Combien de lois ne ni'a-t-il pas fait baisser les y-'iixl. .

Le do- leur fronça le sourcil.

— Combien de lois! reprii-il avec anierlume et colère, — nem'a-t-il pas fallu courber le Iront sjus son inflexible volontA... Sji s lui, je serais le premier pariai mes pairs; sans lui je tiei'ilrais ce sicpire occulte et redoutai) e qui, Diii'i.x que la macliin- d'Archiraede, pourrait remuer le moiide, — puisqu'il douane Londres et ((ui' Lonlrcs estle centre de l'univers... Oui .. cet tiomme me fjilobslacbe; sa supériorité m'écrase, je pa aisdcUleet misérable auprès ite sa vigueur .. et voilà (pi'aujctird'bui cet lionitf.eqi e jeiiéterte et qui m'opprime e- 1 !i ma merci !... Piur le tuer je n'aurais qu'à le hisser mourir!

I! sourit siierci'usemrnt, et, pour la seconde fois, son fro-l rayonna d'un orgueil sinistre.

— Oui, milord, coniinua-t-il avec raillerie, vous èlfs à moi. Il L'y a p'us de l)ieii pour vo'jn. C'est moi qui suis votre Dieu. . Ma c é.uence, voilà désormais votre espoir unicjue... ma lém ncel...

Il haussa les épauU-s et lit (iu:'!qucs pis en se promî-^iant dans la chambre.

Je crois quj j^ vais lel-isser mourir! di!-il an bout de quelques minutes, en s'ar étant défaut le corps du marquis

Tiiis il îjo'ita d.irement :

— Enlen Is lu, marquis, je te coiidimrc ! Demain, les lords de la : uit se r^ucironl pour choisir uu nouveau chef. Edwa;d,'e aittasiique Edward, le pèr.- (ielaV.ranh Fai!)ille... Kdwird ne sera plus qu'un Cadavre .. Sou honneur, coreme l'aupelleul les sinipies -oMais i\i notre immense armée, a ira trois pie !s de terre sur le corps. . Et que c'e-.! lourd, milord, trois pieds de terre ! aj rjia-l il en ricin m',... Oh ! Il maison Eiwjrd and G" ne mourra pas pour cela, ^'otre Se.igiiniiie piut être IranniiiPe. lOMe aura toujours son con;plo<r •ans Coiniiill, ses mille dépôts dans t,on ues, ei st's invalides dans les purgwoircs de AVhiii- Clupel et de Siint-G lies... Il yav.i; ui K Iward av.Tiil vi'Us ii.ilori; i' y aura un E'iwaid après Vi)us.. Edw.ird, v'esl le nom r^iyal, CAiiime autrefois P.iaraon ( i Egypte... D.Muaiu, iiiarq is, te si-ra moi qiii m'appellerai \i Kvaiil... Que vods tn tcmhie?

li ii;it la main sur le cœur de Itio S.m o, et une lile p is a profond menl la peau leiidue de sou rnaii.

— .leiroyais la sirjn^'uijiion plus co'iip'èle i;ue cela, reprit-il ."-ans proiionrcr ces | ar les, parce qa'il venait de dôco'ivtir que Rio-Sa^i!0 é ail pieiu de vie; — ii lamiia que je U, lu,', si je veux qu'il meure... Dà -S di^t minutes, 11 vi respir r. . I.r Corps de cei. lui, unie es! lo ;.mo sua àuie, à I éprouve .. Je me suis trop pr-s.-é dd tromplier... Que fai e'/... J; me. presse trop de craiuilre aussi ! VoiU son (œur qui cess.- t'e b.illre encore.. L'ne. orgaiii-iation si parlaiie lie. meurt pa^ sa s lutter.. Mais elle meurt, en déli.iiiive.

l.n do-.teur tira de sa poché une Irpusse fie maroquin et y chutai une Ktiiceiie acérée II traucha d'un coup de bistouri la ma cre de la .ubede clum'.'re du nianiuis et lit !e geste de iiiqurr sa veine.

— Il n'en faudrait pas davantage! murmura t il.

Riais l'instrument reprit pl,ice dans la trousse, et le docteur s'assit la léie entre ses deux mains.

— J jiésite à le sanver comme j'hésite à le perdre ! p?nsal-il. Sa main est robus:e... Qa'\ sait si la mienne saurait tenir les rênes de ce fougueux aUclage qui traîne noire fortune?... Et, après tout, le principal n'est-il pas de parvenir?

La lancette fut tirée une secordr fois de la trousse cl soigneusement n tloyée.En loachanl le chifl'on de drap qni servait à l'essuyer, t lie y laissa une trace lougeâtre, comme si eilt eùtété huinr-clée d'un très volent corrosif.

— El son secret, d ailleurs ! reprit encoreMoore, dontl'oeil s'aliui.ua ai feu d un avi le désir, — s'il meurt, qui me dira son s crct?. . C i homme ue cherche pas comme nous chercho;is... il vise plus haut... f\ haut qie mon imagiiialion ne peut pas in^'Uie rêver ce qu'il tâche l'atic ndre...Etil 1 atteindra, pourtant, car ii n'est poiul d'obstacle que soi talon ne puisse briser... J; veux savoir ce qu'il cherche, moi, poursuivit Moore en s'échaurfanl graduellement jusqu'à l'enthousiasme; ce qui est noire Lui, à nous, n'est pour lui qu'un moyen; iio.'s noas arrêtons à • on poiul de dé)iarl ; nous cherchons l'or p)ur l'or, et lui... l'ar le ctell je connaîtrai sa pensée... Et alors, sa vie ne serai elle pas toujours à moi comme elle l'est aujourd'hui? N'aije pas le lemps?... Fou que J'étais 1 j'allais faire comme c s enfaos stuides qui briseiit leurs jouets pour savoir ce qu'ils recèlent... le secret d'un niorl est trop bien gardé; marquis, nous ajo.rnons votre semonce.

On frappa duucemènl à la porte du cabinet. — - Ils sont bien pressas, grommela le doctei;r.

— Au nom dn ciel, m /usieur, ayez piiié de mon angoisse, dit à irâveis la porte la voix du cavalier Cembo; — j'atteiidsl

— Attendez! r'pi.dit froi icnienl monsieur Moore.

— Un mot, par grâce, un seul mol, moasieuri

Le docteur, au lieu de repli juer cette f.jis, se dirigea à pas de loup vers la partie du cabinet opposée à la porte derrière la lutlle atîen ait B mho, et mil une petite c'ef dans la î^ rriire d une «.ruicire.

— J a'Iais oubli, r le ntolif rie ma visite, murmura-t il ; — ce sera bien le di.ible si moiisi ur le marquis ne pent pas m'altenJre enrore qîieiques niinutr's.

.4vdnt d'aller plus orn, nous croyons opportun de <iire '«i au Itcleur que l'immense ass>,ci lior qui porte à Lond.es le nom de la Fanilh.' (Ihe Famihj) tst cous'iluée à pu de clio c près coniuie la soci-'ié qu'elle rançoni-e. Seulement tlle est mieux co'isli.ure.

r y a chez i lie aussi le public, le gr-nlry cl la robltsse,— le peupie, le.s clievalii-rs et \' séual,

Il y^ fiico:e tiii I hef, qui is' roi dans toute la magnific'.i). e du ternuî, roi (Oi.ira- était IPniri \ I 1 ou Elisabeth de r gue a;érat)ire, i\'\ [lour tout de bn,i.

Niiis ne savons trop s'ii est permis de doni.er l'ignoble coin j'ûî'jyo^ à la !.rg:te {8nv(iiue entre les divers meml.re. de l'associa ion. Ces m-mbres soi.t, il est vrai, des voleurs,—mais ce sont de si haul> seigneurs que les bandils de Londres !

Toujours esl i! que le langage de la l'amiUc ressea.ble assez peu lui lirgage d Sliak- p^are. N^ lie spii ituel confrère tt (Ompatiii.le 11 (iiisii.ur Charles D.ckens vu a donné dans p! sii urs de te^ elurmans récits de louibreux éclur.tillons. IN' s ic ues faiihiûnah'es Cil sont si pUaies dep .is quelq e lemps, tiu'on po-,r;ailles croire exclusivement lédigéis par des 4(re;/.nio6s il .les sioindlers '" . Ainsi, lei per.-onn'-ges de crs éi. iv.iiiis j'elifin Imi ne d bci.t plus : — Qui paiera la dé, e i: e? ils déijaisml [tu charii) : — Qui bouchera lelrou '" : l 11 penny pour eux e l uu nipj, six pence un limiui, un

" l.'i>xistiiie.;.'c celle étrange aisodalion pa-f-iiteinti-nt connue lie a i)o:iie .ingl •ise, i .«t tr.ip oous an e | oiir qu'il soit hesolii d'en ap.nirlcr (ics jr u os. Nous fais'uis uialiiCurciis lu'iit ici da l'Iiisioirr.

•■ CIc'va'îers d'iiuliisiri de différons degrés. I.o snt'uliri esl le pe.s soneiil Hn dandy.

' ' Ar;<>i : To stwnp np, bouclier le trou pajer la dépense.

LES MYSTÈRES DE LONDRES

slielliDg un hùb, une couroniie un bull, un souverain un j cuiittcr (oui comme s'ils élaieni des smashns' jures, depuis . Iffur plus tendre enfance. I

Pour dire que Itur lu'ros a passé par la cour des débiteurs J insolvables ", ils ont unefuule de périphrases positivement ravisssantes. Celui-ci a subi une lessive à blanc [white ica- I shinh); celui-là a passé :i la inanufaclure de savon de Portugal (Portuifiil soeip •nianufactoxj) ; un troisième a mis sur le vieil homme une chemise blanche idean shirt\.

Tout cela parce que la cour des débiteurs insolvables se trouve dans une rue qui a nom Pertugal Strnt.

Et aussi peut-être parce que tous ceux qui fréquentent cette cour, y compris les avocats ellesjDgis, auraient r<Vllemeut besoin d'un lavabo universel.

Xous pens> ns que le lecteur trouve cela très charmant. E>t-on pendn?cela s'appelle •< partir par le coche de huit iieures» (8 n'clock coachj- L'expression est à coup sur énergique et pittoresque au dernier point. Elle vient, dit-on, de ce que rerlain manant parvenu, passant dans sa voilure à l'angle de ^^'llile-Uall, lenversa l'éveniaire d'une marchande d'oranges irland'«s»',"îft;i fumait paisiblement sa pipe en attendant le cbaland. La marchaule exaspérée remplit l'air de maléJicliODset dit entre autres choses :

— Dieu puisse t il permelireque je te voie emporté parla voilure de huit heures, misérable uaoab !

L'Iiistoire ajoute que quinze jours après, pour une chose ou pour une autre, le manant fut pendu.

Et au fait, sans cela l'histoire u'aurait point de déuoûment.

D'où il suit que l'histoire a raison.

Une chose terrible, c'est que nous n'avions nul besoin de relater ici toutes ces gentillesses, — 'ous ces traits de wicpwTO, comme on dirait de l'autre cùlé dudslroit.ll est positif que le savon de Porluga, l'Irlandaise et sa pipe n'ont aucun rappoit avec le sujet qui nous occupe. Tûil'i letiange- des traditions!

Ce que n us vouli ns dire se réduit à ceci : La Famille, à parties degrés particuliers d'une hiérarchie sans ég-jle dans le monde en i"r, et co;iipl;quée jusqu'.l l'infini, se compose de trois corp> constitués : les hommes, les gent'emen, les lo ds. Il est probible que le titre de gentlemau s'y acquiert par la ^orce des choses; celui de lord est sourais'l une sorte (l'élection.

Au-desïus de tout ce'a est le p-rc , que les hommes appel'ent So« T/djineur ou dé.-igiient par un nom p-opre qui est sujei à chingiT, mai- non point par lamortdii tiinlaire. Ce !icm est mis de teni,is ;■> autre à la réforme cûmaie un vieil habit Vers 1811, S 'B Honneur s'appe ail Jaik, si bien que CCI laiQsr.rurent alors avec quelque raison qiiec'é ait Jack Ketch*** lui n-.ènie; plus lard, la dynastie dss Edward commença. Des renseignemens sérieux nous permetienl d'afBriner qu'en I8^^ le pire de la FamiU.e est dan» K's ord.es et possède pins d'un mi lion de francs de bénélicrs. Ses sujets -le nomment le Mandarin.

Il est marié, du reste, s low la chair, à une respectable dame; soi nicnigc est excellent et il l'ait l'éJification du dtrgé brilaniiique.

En 185 . , Edward régnait, plutôt par droit de conquête que par Jro i de naissance très prohablemeiit. La Famille fil sous soQ règne de redoutables prog'ùs. Ou voia des diamans de la couronne, on comniit des lar. ins héroïiiues. . Londrss cl lier fut tenté de fermer ses poches à d-jubie tour ; mais comme à Londres cîiaque industrie, — nous par- Ion des i idiislrics honnêtes et pouvant être i)raliqucesparun

' .\rgf,t : passnirs de fausso monnaie, s rie de lourliirs aux gages des faux-nioMnayeurj.

• ■ Li Cour (les Insolvans est établie dans l'iulorêt d^s débilcnrs malheureux po?it les poiégcr contre l'abus de ligiieiir de a loi anglaise. Quiconque se | résente devant celle co r cl affirme que sou avoir ne di-passc pas deux guinées esl mi: en quilquc sono hors la loi et à l'abri de touic p,nrs île. On juge si la hnjmité anglaise dnii abuser de celle porte oiivcrie U la frau le. '

lord maire,— consiste à pomper le contenu des poches voisines pour emplir la sienne, ou vit bien que cette mesure amènerait une stagnation déplorable dans tous les genres de commerce.

Il se trouva qu'en ce temps Son Honneur était un homme taillé <lans de tout autres proportions que ses bien aimés sujels. Les lords de la nuit, ton conseil privé, découvrirent avec stupéfaction un beau jour que leur chef n'était point un voleur.

C'eût été une rumeur étrange dans la Famille si celte révciation fût descendue des lords aux gentilshommes et des gentilshommes aux simples goujats de l'armée. Sùnt Gilles eût frémi jusqu'en ses fondemei s de fange; Field-Lane eût vu frémir l'une après l'autre, toutes ses guenilles dérobées; les chais écorchés * de Barbican auraient témoigné leur stupti'aclion de quelque manière origiuale et surnaturelle qui est pour nous un fcrel, et le poisson ro'ipe delà taverne de Sliakspeare *' eût, nous n'en pouvons point douter, remué sa quêue empaillée avec l'énergie voulue par la circonstance.

Mais miiords de la nuit étaient des scélérats discrets. Ils avâieiten outre une raison de se taire : c'est qu'en délinitive ils ne savaient rien.

Rio-Santo était pour eux un prob'ème, voilà tout. Ils avaient découvert qu'estre eux et lui se creusait un abîme. Il voyait plus luiu (ju'eux et (dus haut ; leur sordide ambition n'était point son ambition. — Oii marchiit-il '?

Evidemment, Ric-Santo s'appuyait sur eux comme sur un bâton de voyage ; ils se voyaient être entre ses mains des instrumens vulgaires. — Quel était le but de sa course ?

Nul ne pouvait le savoir, nul ne pouvait seulement s'en douter, car Ko Ssnlo tenait le sceptre d'une main hautaine , et de lui au premier de ses sujets il y avait tous Us degrés de son trône

11 n'avait point de favori et point de confident.— En principe, il ii'.iurait dû être que le premier parmi ses pairs, mais sa vigoureuse volonté et les circonstances avaient donné à son pouvoir une extension exorbitante. De roi conslitutionnel, il s'itait fait roi absolu. Nous ne donn.ns point ceci pour ure rareté. Quelques-uns, parmi les patriciens de la Famille, se préoccupaient assez peu de cet étal de choses. Ils touchaient de m.-giiiSques dividendes : leur but était atteint. Mais il y en avait d'autres, tt parmi ceux ci nous devons compter le docleur Mcorc et l'aveugle TyrrcI, qui n'acceplaienl point aussi vû'octiers le fait accompli.

Tyrrel avait été chargé jiar le marquis de quelques missions secrètes qui avaient bouleversé son iiiteiligence, lant il avait tKivaillé pour en ('écouvrirle pourquoi.

L'une de ces missions consi>Uiii à leinettre crnt livres slerlirg tous les mois ù l'honorable Brian de lancesier, lequel r:e faisait à coup sûr pOint partie d" Tassociaiion. — ïyr.ei avait pu se convaincr.-î '-l'aiilcurs que Rio-Sanlo ne connaissait poir.i particulièrement l'honorable frère cadet du co::i!e de Whiie-Manor.

Et il s? creusait jourufllerr.fni la cervelle p''ur deviner la mutifde celte munificence dont l'ilpropos lai échappait. C était CQ vain, et ce devait être en vain toujours parce que les moiils du marquis étaient trop en dehots du cercle d'idétsni grautait d'ordinaire 'a peiisée de Tyrrel, pour que ce dernier tombât par hasard sur la vérité.

' Au delà de Smilhfietd on arrive, par Long-Lanc, à'uiïêTïrft habilée presîiie exclusivement par des Italiens qi-.i font coBimerce lie \'anile de chai, l.a loi ang ai<e ne peut riea, faut-il noire, coulrç M singulier t'afic qui se fait k U lace du soleil.

•* L'cBscignc de Shakspearc se trouve dans AVyck-slreel, non loin du .Sliaud. C'est un roohery endroit lerti'e (m gibier) bien connu des 1 miers de la police. On ne va jamais ^à qu'a coup sûr. — AvarllSlO, l'enseigne portail un globe de vorre cont-nant un oiseau el un poisson. Col -Jlégorique averlissemeni faisait alhisioa'à la prison pourVoiscaii, ol b la diporlMion pour le poisson, pirsonniticaliim de l'Océan. Maintenaul le globi on verre a disparu, mais le spint shop de Sbalispeareex'sio encore, et il existera lant que Londiee aura des policemen et des voleurs.

Un

PAUL Fi;VA(:

oiiani au (to'-ii'.urMoore,' il avait plu* de moyens pour souhncr le voile. Uio SaMo l'avait adnii5, non pas à son intiŒilé ou mfme à rien qui pùl y ressemliler, mais à une .fri^quence de rapporis favorable à ses d(!sirs curieux. Le dock'urava l ses entrées à IrisliHouse; il élait le médecin de Mary Tre?or, et joeait un peu entre le marfjuis fl son ténébreux' f^nal le rôle que nos ministres jouent tn re le loi et les chambres. Seulement, il n'aimait pjs le marquis.

Mais on a vu des ministres n'aimer point leur roi de très grande passion, — cl des roii mépriser de tout cœur leurs ministres.

Citait de plus tn plus constitutionnel.

Malgré la fréiiuen e dos relations qui existaient entre lUD-Saiitû et Moorc, le cœur du marquis était un livre dos pour le docteur. Moore, esprit subtil, audacieux, mais froid djins son audace, patient, liaiitain ci sadiait cacher sa hauteur sous l'obéissance, positif à l'excès, rompu au dol, asidc plutôt qu'ambitieux, et capable d'entrer jusqu'au cou dais le crime sans s'f'niùuvoir ou se passionner, ne ressemblait guère à l'aveugle Tyrrel, dont la nature, mauviise aussi, puissante également, se mouvait par d'autres leviers et marchait avec d'autres alures; mais il devait, comme Tyrrel, chercher les secrets de Uio-Santo dans une sphère trop res ireinle ou trop basse ; il devait toiser le m<rquis à sa mesure, et le mépris systématique qu'il faisait de riiop.imc en pénéral le rendait positivemenl incapable de pénétrer les desseins du marquis.

Quand un vaisseau poind en mer à l'borizcn et que le matelot en vigie crie : Navire! les passagers ouvrent de grands yeux cl cherchent à voir. Ils ne voient rien — Le navire a;)iirochc. Les marins comptent ses mais dé,à et raisonnent sur son allure. — Les passagers cher;beDt encore et ne voient pas davaniage. C'est qu'ils cherchent trop bas. Pour voir de loin, il faut regarder dans les nuages.

Moore regardait trop ba'.

Il se ligurait que Uio-Sinto, dont il reconnaissait forcément la supériorité, visait i un but autre et plus grand que son but à lui, mais de la même nature tn somme. Ce but, i) l'eiivait et voulait •le deviner pour s'en prévaloir, pour le laite sien, et proliter seul de cette conquête, qu'il cnirevoyait magnifique, et atteignant les dernières bornes de la convoi'Jse humaine.

f.e secret pénétré, il serait tcm;,s d'écarter Rio-Sanfo par tes moyens faciles et sûrs qu'un homme savant comme le docteur Mocre a toujours à sa disposition.

Depuis six jours (|ue Rio Sauto ne se montrait point, le déîir inquiet de M ore s'était singulièrement accru : cette absence devait avoir de bien graves motifs et couvrir peut- /■'ire d'étranges menées.

Moore venait chaque jour à Irisli-Uousc. Celait en vain. I\io Santo ne se montrait point.

Le docteur, néanmoins, ne perdit pas loul-à-fait son temps ptndanl ces six jours. Introduit dans le cabinet du marquis, il épia, fureta, viola le Secret des cartons fermés el mit tes regards curieux dans plus de paperasses ^'il n'en faudrait pour composer vingt vo'umcs. — Mais ces papiers étaient, pour la plupart, écrits en chiffres, dont Sloore n'avait point la clef. Ij'autres étaient couverts de caractères chinois, el le docteur reconnut sur quelques-uns l'idiome vulgaire de VAffghaiiistan.

Pour le coup, c'était à en perdre l'esprit ! — Rio-Santo avait-il des lubies littéraires'/ s'occupait-il de compiler une Irstoife générale des voyages? — ou bien cntretenait-il dans la Chine et dans les Indes des agens chargés de dévaliser, pour son compte, les innccens naturels de ces deux ri^s pays?

Celte idée parut la plus raisonnable au docteur, el Rio- Santo grandit dans son estime.

On peut savoir beaucoup de langues et ne point ccnnaiire h fond le chinois vulgaire et le patois populaire de Sindhy. Tout ce, que Mooie put reconnailrc dans les nombreux *.ocumeus parcourus a la hâte, c'est qu'une mystérieuse fcrjncntatiOQ élait fomentée au sein du cileslc empire, par des

âfii-ns inconnus, contre le commerce de l'opium, l'une des branches les plus lucratives du traite transocéanique de la compagnie des Indes, el (|u"un esprit de révolte élail soufflé dans les montagnes de l'Aiïghanistan.-

Etait-ie de l'histoire contemporaine ou de l'histoire aneienne? il ne sut point le deviner.

L"n instant l'idée lui vint que Rio-Santo voulait monter quelque gigantesque entreprise commerciale-, mais celte idée ne tint pas contre la réflexion. I! n'y a point de commerce aussi lucratif (juc le vol pur et simple, puisque, à vrai dire, le commerce n'est qu'un vol frelaté.

Enfin décompte, Moore dut s'avouer qu'il n'en savait pas beaucoup plus long que devant. Il se dit. pour se consoler, que, dans les tiroirs fermés à clef, il eût sans nul doute trouvé quelque révélation plus précise.

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