‹ Les amours de ParisChapitre 135 sur 190 · KU · texte numérisé non relu

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— Frank, interrompit Mac-Nab, excusez-moi, je vous en conjure, et ne dites pas un mot de plus.

— Je souffre bien, quanl ce rêva envahit mon sommeil, rejirit lentement Pe ceva ([ui sembla n'avoir point cnleadu l'interruption de Siephen;— pauvre llarriet ! ..elle étailjeune .. et belle... et heureuse, Siephen !... Approchez vous de moi... plus près encore,je veux vous dire pounj«oi^.:imorie ma sœurllarriet .. in vous seul, entendez-vous, Mac^'ab.

Il s'arrêia et parut un instant absorbé dans ses souvenirs. Siephen altenda' t.

— C'est un récit étrange! poorsuivil Perceval, — étrange tl tout plrin d'aventures qui sembleraient êi^e du domaine te l'imag nation.. Hélas ! tout y est vrai pourtant... tout n'y est que trop vrai!. . Parfois, je doute, tant m s souvenirs ressemblent a x folles fantaisies d'un songe.. Mais mon doute se brise coi;tra le marbre d'une tombe, Mac-Nab...

C'était il y a deux ans, Harriei, recherchée en mariage par Henry Dulton, lord Shtrborne, qu'elle aimait, voulut passer la Ils de la saison auprès de notre mère, et !':ûas partîmes pour l'Ecosse aans les premiers jours de jui let.

llarriet éla t udc noble enfant; nous nous aimions i-ous deux — Vous le savez, 3tcplien,car je vous parlais toujours d'elle autrefois, — nous nous aimions tous deux flus encore que ne s'aiment unfiè.e et une sœur dans la vie commune. Aussi, le voyage fut il (harmaniet joyeux. Nous étions seuls dans une cluise bien alielée. Nous causions d'avenir, nous causions de nos amours, de lord Sherborne, de Mary Tievor... Oli ! Stephen, ;e temps passait vile, et nous n'avions garde de maudire les mauvais chemins des comtés du nord.

Nous franchimcs la frontière. Il faisait un temps nagnifique, et, lorsque tous entrâmes dans Annan, dix heures du soir soiiiia'cnl au clocher de ia vieille église.

— Allons jusqu'à Lo(hniabei), médit Harriet.

Je taisais toujours ave plaisir ce qui semblait lui plaire, S'.eplioii.

— Allons jusqu'à Loclmiaben, répondis je ; nous demanderonsà coucher à iconiicur Mac Farlane, l'or.cle :îc mon

. ami Mac-Kab.

LES MYSTERES DE LONDRES

Les chevaux de noire diaise lurent changés et ncaî nous remîmes en roule, conduits par un postillba écossais.

D'Annan à Lochmahen, vous sivez cela mieux que moi, S;ephen, piisque c'est vo'.re lieu de naissance, la roule passe incessamment au travers de paysages admirables. Nous regardions, ma sœur et moi, charmés de niiiute en minulep'.r desaspecis nouveaux, somhres, gracieux ou grandioses, auxquels la b'anche lumière de la lune prêtait de fantastiques séductions

Mais nous avancions bien lentement, parce que les belks routk's sont rares dans les contrées pit oresques —Ma montre disait m;nuitquenoiisélionsencore;i plusieurs lieues de Lochraaben.

Néanmoins, nous étions sans inquiétude aucune. Harriel s'applaudissait même de ce relard, qui prolorgeait les plaisirs de celle belle nuit.

Painre sœur, celle nuit vil son dernier sourire.

Je venais de replacer ma montre dans mon gousset, lorsque noire chaise heurta violemment contre un objet placé en iravf rs de laroule. Elle surmonta ce premier obs acle, grûce à l'élan des chevaux, mais ce fut pour relomber lourdement, déseiuparée, dans une tranchée qui, à vingt pas plus loin, coupait la largeur du chemin.

Ni Harriet ni moi ne lûmes blessés. Le postillon défila d'assez bonne grAce une kyrielle de jurons é'0ssais,et maudit les agens-voycrs du gouvernement, qui, sîus prétexte de réparer les roules, creusent de véritables pièges où viennent se prendre les pauvres voyageurs.

Celle tranchée, Stephen, était en effet bien réellement un piège; mais j'ai tout lieu de croire qu'elle n'avait point élé creusée jjar la main des agens du gouvernement. Quant au premier obstacle qui avait commencé le désarroi de notre équipage, c'était tout bonnement un tronc d'arbie, jelé à deiseinen travers du chemin.

Nous descendîmes. Je fis asseoir sur le gazon Harriet, effrayée, el je voulusvisiler la chaise A mon avis, elle aurait ;)u m-ircher encore. Néanmoins, le postillon écossais nous déclara, en appuyant son dire de force sermens, que coniiiiuer le voyage ce serait exposer gratuitement notre vie.

Je n'avais nulle raison de me défier de cet homme, Sleihen. Je le crus.

Les nuits sont fraîches de l'autre côté du Eolway. Lorsque je revins vers Harriet, elle commençait à trembler.de froid

— Où lasserons rous la nuit, Frai k? me demanda-t elle. C'était plus que je ne pouvais dire, et je renvoyai la question à notre postillon, qui me répondit :

— llyabien le cbileau du laird, de l'autîe cùlé delà montée, Yolre Ho: neur-, mais du diable si Duncan deLeed se dérangerait à celle heure de nuit pour nous ouvrir!...

— Vous éliez si près que cela de Cr-.vve? inlerrompit ici MiC-Nab

— Nous étions à un raille tout au plus du château de voire onc'e, Slephen. Et encore, lorsque je dis un mille, c'est pour me contormer à la mesure de noire postillon, car jî crois, moi, que nous en étions beaucoup plus presque cela.

— Pour.-uivez, dit Slephen. Je devinerai bien facilement parla suite de votre récit la place oii s'arrêla voire chaise... Nrf connais je pas chaque pouce du terrain qiii est entre Annan et Crewe?

Perceval reprit :

— Et n'y a-t-il aux environs que le chûltau du laird ? dcmandai-je au po:lillon.

J'ignoiais alors que celui qu'on appelait le laird iùlaon- B sieur Mar-Farlane.

— 11 y a bien encore la ferme de Lced, au nord du châleau, répondit le postillon; mais autant aller jusqu'à Loclimab2n I... Je ne vois guère que la maison de Randal. .

— La maison de llaudal Graham !... s'écria Stephei.

— Vous co.inai55eî ie;te maison, MacNab? demanda Frank.

— Si je connais celle maison 1... Oh ! oui, je la connais. . C'est là que fut assassiné mon père.

— C'est là que fut déshonorée ma sœurl prononça Perceval d'une voix protonde et contenue.

Il y eut, cnlre les deux jeunes gens, un moment de silence douloureux. Frank s'était mis sur son séant el croisait ses deux mains sous sa couverture. Son noble visage pùli par la souffrance avait une expression d'austère tristesse.— .Slephen appuyait sa télé sur sa main.

— C'est là une étrange coïncidence, dit enfin Perceval. Puis il ajouta brusiiuement en levant les yeux sur son

ami :

— Slephen, répondriez vous de votre onde Mar-Fatlane?

— Je ne vous comprends pas !... murmura le jeune médecin étonné.

— Vous avez foi en lui, je le vois, reprit Frank... c'est bien... Je vous prie f^e ne me point demander compte de ma question avant la fin de mon récit... Je crois, j'espère, que quelque clarté pourra jaillir pour tous les deux de cet entretien ; car l'assassin de voire père, Slephen, doit être le bourreau de ma sœur.

— Je le crois comme vous, répliqua Steplien.

— La maison de Randl Graham, poursuivit Perceval, est, vous le savez, sé|iarée de la route par un épais bouquet de chênes, et s'élève entre deux monticules boisés, sur la limite des ruines de l'ancienne abbaye de Sainte-Marie de Crewe... J ignore du reste dans quelle posilion le château de votre onCle se trouve p^r rapport à la maison el aux ruines... jamais je ne suis revenu dans ce lieu funeste.

— Le châleau d'Angus iUac-Farlane, répondit Slephen, n'est autre chose que l'ancien corps de logis du couvent de Sainle-Marie 11 s'éiève au-delà des ruines, à un demi-mille de la maison de Randal.

— Ah! lit Perceval, dont le front se plissa; — l'Ecossais m'avait menti. . Et, dites-moi, Slephen, savez-vous?... Mais vous éliez bien jeune quand vous avez quitté le comté de Dumfries...

— Je connaissais les ruines comme cette chambre, Frank, et je n'ai rien oublié.

— Eli lienl vous pourrez peut-ôlre me répondre... N'entendiles-vûus parler jamais de souterrains... de passages comrauHiquar.t, à travers les ruines, entre la maison de Randal et le château de Crewe?

— Jamais, répond t Stephen.

— Oii communiquent-ils alors? murmura Frank, comme en se parlant à lui-même.

Il ajouta tout haut :

— Y a-t-il donc, dans les environs, un aulre château que celui de Crewe?

— Aucun, à plus de Jeux lieues à la rande... Mais qui vous a parlé de l'existence de ces souterrains?

— Je les ai traversés, répliqua Franck ; — ils ront longs, et, dans leurs vastes d^Hours, un homme peut aisément se perdre. . Nous reviendrons sur ce siîjel, Slephen. — Il était un peu plus de minuit lorsque nous arrivâmes au seail de la maison dePianda'. Ma sœur souffrait etavait peur par ces sauvages et sombres chemins que n'éclairiit plus 'a lumière de la lune. MM-mêmejeme sentais tourmenté d'une vague inquiétude.

Le postiron frappa. P.esque aussilôt nous entendîmes balire le briquet à l'intérieur et .ine voix nous cria : — Qui vive ?

— Bien votre serviteur, monsieur Smilh, répondit le pnstillon. C'est un jeune lord et sa lady, dont la chaise s'est brisée au-dessus du Trou de Roos, — que le ciel confonde les gens du roi payés poiir entretenir Us bonnes roules d'Ecosse I — brisée ccmme un verre, monsieur Smilh.

— Et toi, qui es tu? demanda la vo'x.

— Ohl moi, je suis 'e postillon Saunie,—Saunie d'Annan, — Saunie l'aboyeur, monsieur Smitli

La porte s'ouvrit. — Monsieur Smiili, personnage dont la figure se cachait presque entièrement sous en vaste gardevue de soie verte, nous accueillit par un froid et cérémonieux salut.

— Monsieur, lui dis-je, veuillez accueill'T tout d'abord mes remercimeiis Sans votre hospitalité,..

Paul fevàl.

— Jeune liorame, interrorcpit monsieur Smitli avec un son de voix cafar'l,— j'espère que ni v.jis ni !a jeune dame n'êtes daniles lacs de la grande prosiiluee 'jui s'asseoit sur sept montagnes "?

— Nous ne sommes pas callioliques, monsieur.

— Dieu soit béni, jeune homme... Et j'espère que la jeune dame vous appariieut ehréiiennement, qu'elle est la cliair de votre chair ..

— Celle jeune dame est ma sœur, lépondis je.

— Ali! fit monsieur Smith, qui , sous son garde-vue, me parut faire subir à la pauvre Harriet un minutieux examen ;

— Maudlin !

— Qu'y a-til ? cria de loin une voix (lùlée.

— Faites préparer deux chambres séparées, dit monsieur Smith.

— Monsieur, vouUis-je objecter, — ma sœur est faible et .«ouurante ; je désirerais ne point la quitter.

— Fi! jeune homme, fi I... La nuit est l'heure de puissance du démon tentateur... Lanuil ..

— Quoi ! cionsieur, m'écriai-je avec Indignation et dégoût,

— oseriez- vous supposer?...

— Le cœur humain, jeune homme, dédama monsieur ^iiiiili en naïiliant, est un sépulcre blanchi... La chair est laiblc... et si vous ne voulez point vous conformer aux règles de ma maisos, alkz-vous en coucberau clair de lune.

Monsieur Suiilli salua gravemciit et se retira.

L'instant d'après un valet ap[*orta quelques rafraîchissemens, auxquels Saunie, notre postillon, lit le plus grand honneur. Ilarriel et moi, nous louchâmes à peine aux mets qui nous firent présentés.

— Quel est donc ce monsieur Smith? demandai-je à Sauiiie.

— Oh ! s'écria-t-il la bon. lie pleine, — c'est ce gentlernsn qui vous a parlé tout à l'heure, avec une visière verte sur le nez.

— J'entends bien , mon brave, mais quel homme est-ce?

— Quel homme c'est? répéta Saunie d'un air innocent;— oh! c'est une homme comme vous etcomme moi,milord... Je vaisnje coucher... Soyez tranquille; demain, la chaise mar-

■ chcra tout aussi h'un tfu'il le faudra pour vos besoins.

Harriet et moi nous suivîmes l'exemple de Saunie et nouâ nous retirnmes dans nos chambres. Llles étaient contigués et îéparées seulemeil par une porte close, à travers laquelle nous aurions pu causer.— Je pensai qu'au demeurant monsieur Smith auraii pu faire pis que cela.

J'entendis Harriet se mettre au lit, et sa douce voix me cria bonsoir !

J'élais l:.s. Je tce jetai tout habillé sur ma couche et je m'endormis presque aussitôt; — miiis, vous savez, Siephen, de ce som:aeil inquiet, léger, vivant, qui lai:.se aux orgmes la fâculiô de sentir.

Ce sommeil est perfide, mon Dieul on entend ell'on croit rêver. .

Ce lut ce'qtii m'arriva. Ma fenêtre était restée par hasard ouverte. A peine avais je fermé les yeux (ju'un bruit de voix contenues vint tourner autour de nici oreilles. —Ai^jourd'hui que je me rends compte des événeniens, je pense ijiie ces \oix valaient du v'chors et qu'en causiii .sous ma fenêtre.

— Elle est heile, disait une voix que je crus rec nnailre pour C' lie de monsie^ir Smiili, bien qu'elle eût dépouillé son acceat de cafardise puritaine.

— Oui, répondait une autre voix, mais ce n'est pas la jeune duchesse de "", cl du diable si c'est la peine de jeter des chênes en tra«rî de la route pour si peu de chose ! .. C'est prendre un lapin dans un piég^ à loup, ma foi !

— F.le est belle, dit encore monsieur Sraiih, Sjn Honreur est au château.

— Je sais bien... SDnH.niieurn'cn fera qu'une bouchée..

— mais il dcviil y avoir cinq mille livres et des bi^ouxdans

' Celte auiUtienso et absiiide niélapliore est restée dans If langage usuel do.^ presbytériens d'Ècos=e. Elle veul dire lout liontieinent l'Kijiise romaific.

la chaise de Leurs Grâces, le duc et la duchesse de"'i lan • dis (lue dans la chaise de ceux-ci nous n'avorss rien trouvé du lout... On ne ci'eu?e pas drs tranchées pour cela, major, que diable!

— F.hl Paulus, mon ami, lethèneelia tranchée ne seront pas per'dus, — bien que, après tout, le chêne soit trop mince et la tranchée mal laite, puisque la chaise de ce jeune sot est en parfait élat ; — Leurs Grftees y viendront à leur tour.

— Je ferai donner un coup de pioche à la tranchée, grommela Paulus.

— Moi, je vais m'orcuper de la jeune dame, dit Smith, — ou le major ;— Son Honneur aura la un dessert de son goût.

Siephen, j'entendais tout cela, tout et parfaitement. Pas un mot ne m'échappait.— Mais j'avais un voile sur l'intelligence et je cr.yais rêver... Cela vous est arrivé sans doute. Je croyais rêver, et pourtant je raisonnais vaguement; je me disais que ce rêve était évidemment produit par l'impression défavorable qu'avait faite sur moi monsieur Smith.

Ce te lueur Indécise qui éclaire l'esprit en ces momens, Siephen, sert à enraciner l'erreur, de telle sorte que l'action des objets extérieurs, les sons, les odeurs et jusqu'à; x atlouchemensse combinent d'eux-mêmes avec cet éiat de demisomnambulisme et viennent en aide au somtneil.

Je n'entendis plus rien, et je m'endormis réellement en murmurant :

Ce que c'est que les rêves ! je gage que celui-ci va revenir.

Il revint, Stephen Ou plutôt le drame affreux dont je venais d'entendre la première scèriese poursuivit près de moi.

Et mon oreille continua de saisir les sons avec une netteté singulière. Mais ie sommeil de mon intelligence faussait les perceptions de mes organes éveillés.

J'eniendisun brait sourd dans ladircdion de lacbamhre d'Harriet, puis des cris étouffés, — des plainl-s, — puis le silentc se lit.

Toujours le rêve.

Nul bruit ne se faisait plus ouïr lorsque je fus éveillé en sursaut par un de ces chocs éleclriques qui viennent parfois secouer le sommeil. — On croit tomber en un précipice, Irébucherau bord du gouffre, quesais-je?... Je sautai sur le parquet.

Toutes ces choses que j'avais entendues pendant mon sommeil revinrent à mon esprit elle remplire.it d'une vague épouvante. Je ne crcyais point encore h bur réaliié, mais sait-on, par les troubles des nuits, le chemin que knil la peur pour entrer dans notre âme?

Je m'approchai doucement de la porle d'IIarrkl, je mis mon oreille à la serrure.— Uien !

Qu'ailendais-je? qu'aurais-je voulu en'endll'e'? lien. Harriet dormait sars doute — Et ce si'ence me lit frissonner.

— Hairiel ! pronnçai-je doncuneit.

Rien encore.

— Harriet! Harriet! m écriai je.

Toujours le nême silcno^.

Alors ma tête cl mon cœur s'enqilirenl de navrantes appréhension'. J'cnirev's la vérité Ce que j'avais pris pour un rêve s'était réellement passé auprès de moi.

Je criai, je frappai furieusenienl la porte à l'aide de mes poing» fermés —Nulle voix ne me réjiondil.

— L'ont-ils assassinée? me demanJai-je , tandis qu'une sueur froide inondait mon front

Je saisis la barre de IVr de la fenêtre, et, m'en servant (Oiiime d'un levier, je jeiai la porte d'Harriet en dedans. — La luu', pénétrant ;i travers une croisée sans rideaux, inondait lachamb e de ta rayons.

Le lii de ma sœur é ait visle.

LES MYSTERES DE LONDRES

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