‹ Les amours de ParisChapitre 149 sur 190 · NI MESSALINE NI MADELEINE · texte numérisé non relu

NI MESSALINE NI MADELEINE

L'équipage de monsieur le marquis de Rio-.Santo traversa Green-Parck, d'oil le froid et la brunie chassaient d'jl les promeneurs, longea Picadilly et s'élança dans Regent-S reet. Il s'arrêta devant Barnwood-House.

— Je vous rejoins dans un quart dlieure, Ange, dit le marquis avant de de;-cendre. Faites promeiif'r la voilure dans la rue, afin qu'on ne la vo e point slalionner à \i porte de lady Opbelia.

La comtesse de D rby élait seule el livrée à de bien tristes réflexions. Elle ignorait le fatal résultat de l'entrevue de Frank et de miss Tievor, et l'impression pén ble qui lui était restée de sa démarche de la veille n'aurait point suffi à mettre sur son charmant visage ces signes d'eniier décour.ge-

Elle élait enfouie dans une chaude beigère vis-à vis d'un feu mourant dont les vaci lantes clartés déplaçaient l'ombre de ses traits et faisaient mentir souvent par de bizarres jeux de lumière la mélancolie désespérée. qui élait leur véritable exi)retision.

LES MVSTKHES DE LONDRES

Parfois, lin brusque ic di' flamme se mira'-l dans srn œ'I fixa, en même ic-mps qu'il accusait plus éiiergi<iueineni l'ombre de ses sourciis, lui donnant ainsi l'apparence d'une soudaine colère; d'aulies fois la 11 im aie, en s'aiaissanr, es oiupait les coins de sa belle bouche et y t açail vaguement les signes du sourire.

Mais il n'y avait en réa'ilé sur celle ligHrc uniformément triste ni gaîié ni colère. Lady Oplielia souffrait, et, lase de comballre depuis si longtemps sa soulfrancc, elle n'-s ayait point de réât;ir.

Elle se lassait a'ier sur la pente de sf s douloureuses pensées Son âme Us suivait, docile, partout (jii il leur plaisait de la conduire. Ueg.eis et craintts, venait nt lour A tou.-; rejrets et crainte- étaient accuii lis par ce cœur fatigué de baltre, qui pleurait son pas'é dans un présent dépourvu de toutes joies et ne voyait point de coasoiations djns l'ave nir.

Sa di'raarclie de la veille étai' maintenant jugée. Elle svait voulu nieltre un obstacle entre Mary ïrevor et Rio-SâBto, parce que Rio Santo lui avait dit une fois qu'un échec essuyé par lui auprès de Mary le rair entrait hereux à ses pifds.

Il avait dit cela. — Mais Rio-Santo pouvait-il essuyer un éclicc? y £.vait-il des obsta les qu'il ne fût capable de renverser?

Lady Ophi^lia était la dernière personne au monde qui pût répondre à Reîle double question par l'affirniaiive. Rio-Saulo était pour dw un di u.

MrIs, avec toutes les iiiconséqH-nccs des rêvfries d • cœur, elle crdignait lout-à-coup niortelKinent pour la .'■ùrelc decc dieu. Devant ses craint s, il repnnait lOuJa nemtnt les proportions d'un-hcrai.e, et tUe se maud s a t ii'avoir livré son secret, — sa vie 1 — n la m rci d'un enn mi.

Car, dans son i nt^aînement insensé, elle avait été choisir jus!cmeiil pour coRlideni de ce secr. t funeste le rival du mjri]uis, l'homme dont l'iitérêt était de le perdre à tout prix!

Cet homiae était loyal. Elle connaissait soa cœur, fraix etsi!!( ère comme lecœird'un chevalier des anciens jours; — ra. i i cet homme aiinait. il aimiil ardcaiment et de tr ute son âme. Ei e sussi était l(i\ali% elle aussi était sincèrf ! Et pourtant n'avait-elle f^esliahi son seim nt, h'a tant de fois à Rio-Sauto, de taire la funèbre aventire du chevalier de Web.-r ?

L'amour est comme l'ambition : il fait taire la conscience, et jette un voile d'oubli sur les plus saint s promesses.

Et si Frank Perceval a'iaitoublier! si une indiscrétion!...

La pauvre Oplieliâ n'osait achever l'expression UiCiitale de c»tte terrible hypothèse. Elle i e pleurait po'nt, mais s n gra. ieux corps, ramassé sur lui-même, dans une altitude de mueile épouvante, semblait vou'oir s'eiifou r et se cacher dans la profond ur du vaste fauteuil.

Qu'elle se repentait douloureusement et comme elle se voyait coupahle!..

Lorsque Join, sa ftmme d.; chambre, a'.nonça le marquis de Rio-Saiito, toutes ces sombres idét-s s'fnvo'èrent comme parcnchanlement. Eile seleva, ralieus-', consolée, et fil un pas vers la porte. Mais elle ne lit qu'un pas; l'homme qui allait eitrer, l'hoaime qu'elle aimait si arderanient, elle avait suspendu le déshonneur ou la mort au-dessus de si léte.

fi le retomba sans courage sur son f3ul"uil.

llio-Santo entra el sentit trembler la main qu'il éleva jusqu'à sa lèvre pour y mettre un baiser.

Celle émoli.in de la comlesse fut contagieuse. Rio-Sanlo, pris d un troub e cxtr.-ordinaire, laissa retomber la main sans la ^.orler à sa bouche, et atta-hï sur lady Oplielia l'un de CCS regards qui soumettent à la question les cœurs faibles ou subjugués.

Ophe ia avait les yeux baissés, mais, au travers de ses paupières closes, elle sentait ce regard peser lourdement sur elle. Il semblait que sa conscience fût percée d'oalre en Oitre par cet implacable et muet examen.

LesoarGil de Rio-Santo se froaça légèremeat. Il vit une

larme rouler dans les cils dOplié'iî. —T; savait ce qu'il voulait savoir, ce qu'il redoutait d'apprendre.

Il re|>rii la iiiaiii de la comless ,y déposa un froid baisc-r et se di igea \ers la poriv.

— Oh ! milord ! milord ! s'éciij Oplielia dont les larmes conten::es éclatèrent ; ne nu- quitte/ pas ain>il

Rio Santo s'airota. Sou regard é^ail iout p'ein de tendreste et de pitié.

— Vous vous repentez bien, n"es'-ce pas ? dit-il. Oh ' je le crois, madame; vous voudriez rac'it ter atout prix votre iiiiprudeiice

— Au prix de mon sang, milord ! inturrompit Ophelia qui joignit s^s mains et leva ^ur lui un regard tiipp'ianl.

—Je le crois, pauvre Opheaa je le crois, rei éta Rio Santo. Vous êies borinr cl vous m'ainnz. Vos regrets sont sincère.8... m.i.^ on ne ,'.eut poiitt retirer un* parole prononsé'. .

— V'US Sivczdonc tout! murmura la lonilesse.

— Je craigii-iis tout, milady ; je ne sava s riea. C'est vous qui venez de vous trahir... Vous étitz si joyeuse naguè e a m\ vM'Le! Voire sourire était si franc el si heureux! Aujourd'hui, vous m'a cuei lez par des larnits.:

■ Il s'arrèia, puis reprit avec ca m^ :

— C'est un grand mallieur, ma lanie !

— Quoi ! s'ecri » n comtesse désespérée, le danger est il donc prochain, et votre vie?..

— Ma vie! intrrrompil Rio-Santo en souriint tristimenl ; — il ne s'agit pas rie nu vie, madame... Mais n'é.ait-ce pas assez de monsieur de Web r?

La comtesse sentit ses larmes se sécher sur sa joue tiui brûla.

— Oh ! milord! murmura t-el!e avec épouvante ; — je crains de vous comprendre.

— Vous me compri'iez, milady... voire itidiscrétion a condamné un homme, mais il n'esi. pas en votre pouvoir, — il n'^l pis au pouvoir de persoi oc de me condamner, moi I

OpIieiia se leva, et lombi sur ses deux genoux.

— Grâce, don José 1 giàee pour lui ! dit-»lle.

R'O Santo la prit par la main el s'assit auprès d'elle.

— Pjuvre Ophelia! murmurai-il ; que lie peines vous a données mon amour! Vous êtes bien la plus noble et la plus belle parmi louiez les femmes dont j'ai {;ardé souvenir... Je vous aime autant qu'autrejois, niieu- (ju'aulrcfuis, madame, et ii ne sera pas dit que vous aurez en valu plié le genou devant moi... Mettez -vous à votre secrétaire et prenez ui e plume, ophelia, alin d'écrire à l'Honorable Frank Perceval.

La comtesse obéit aussitôt. Rio Santo vint s'appuyer au dossier de son fauteuil. .

— Je voudrais vous dire simplemfnt : Pe ceval n'a rien à craindre de moi, reprit il; — je le voudrais, madame, car vosmo ndres désirs s'imposent â moi comme feraient les ordres d'un maître... mais je ne m'appartiens pas, el ce qui vous paraît eue ma volonté n'fst que ma destinée... N'ai je pas été for, é un jour de quitter celle douce vie que Je menais au|)rè.s de vous? Eciivcz, je vous piie.

Lady Oplielia trempa sa plume dansTeacrie", (tic marqu's poursui>il :

^ Écrivez à l'Honorible Frank Perceval que vous l'altecdrez demain soir dans votre voiture, devant le théâtre de Saint-James, à l'ai.gle de Duke-Sireet. . Demain soir, à neuf heures.

Ophelia écrivit.

— El me reudrai-je devant Saint Jarae's-Thealre? demandât elle.

~ Votre équipage, milady, mais non pas vous... ce sera moi qui rrcevrai Frank Perceval.

Ophelia se retourna vivement et attacba sur Rio Santo un regard inquiet.

— Je vous donne ma parole degenlilhomme, acheva le marquis, répondant à ce regard, — que la vie de Perceval sera respeciée.. Mettez l'adresse, madame, car nos heures sont comptées.

Lady Ophelia hésitait encore. Elle se souvenait du chevalier de ■yVeber.

Ho

PAUL FÉVAI.

Pendant qu'elle hésitait, RioSanio regarda la pendule, et reprit son chapeau sur un meuble.

— Mail^nie, dii-il en s inclinant, un devoir bien impérieux i peut seul me forcer à m'é'oi{,'ner si \ile... Vous semble/, vouloir réfléchir; réfléchissez. Demain, vous me lerez savoir vos volontfs... Je vousai dit le seul. moyen de sauver 1» vie de l'Honorable Frank Perceval.

Il sortit et (Ipbelia demeura pensive. Elle avait certes de graves sujets de méditation, les heures passèrent, inécoulées, elle timbre de la pendule jeta par deux fois sesnjélallii(ues vibraiions autour d'elle sans la tirer de sa rêverie.

Pensait elle donc au danijerde Frank Perceval?

Hélas ! lady Ophelia était une gér.éreuse femme. Tout ce qu'un cœur peut enfermer de digne, de sensible, de bon, était dans le sien. Mais l'amour qui souffre n'a de pensées que pour sol. Ophelia avait oublié sa lettre et se perdait, émue, parmi les nombreux souvenirs d'un passé trop cher.

Ce fut retle lellre inachevée qui l'éveilla enfin. Ses soii\e.nirs avaient plaidé h son insu, mais bien éloquemment, la cause du marquis, car elle signa la lellre sans plus hésiter, mit l'adresse et la jela dans la boite de poste où Jean devait la prendre le lendemain.

— Ce .sont ces do'ites injustes et outrageans, murmuratelle, ce sont es doutes qui l'élciignent de moi... Tous les hommes ont des duels... et monsieur de W«ber est mortrépée à la main... Oh! maisceduel futétrange, mon Dieu!..

Rio-Sunio avait regagné depuis bien longtemps son équipage. Fîembo put remarquer un nuage sur son front au moment ioù il s'asseyait sur les coussins de so'e de la voiture, et, quand le cocher demanda la direction à prendre, le marquis répondit avec distraction :

— Je ne sais.

— Nous rentrons à Irisli-House, sans doute? dit alors Angelo.

— Non... non... prononça le marquis dontiine préoccupalion puissaiile semblait absorber toutes les facultés; — la nuit sera bien avancée, Ange, qisand nous rentrerons dans Irish-House.

Puis s'adressant au rocher, il ajouta résolument :

— Cornhill, magasin Falkstone!

L'équipage s'ébranla aussitôt.

— Ange, reprit Rio-^anlo avec de l'émotion dans la voix, — vous parlifz de péril... le pi'ril est venu.

— Tant mieux, milord! s'écria Bembo; — parles saints anges, mes pairons, tant mieux I

Le marquis secoua lentement la tête.

—Ah! dit il, si je n'avais pas perdu ces six jours! .. Mais peut-êire d'autres ont-ils travaillé pour moi. Je vais le savoir. Ma COI respoiidance secrète m'attend à la maison de commerce. . Qjoi qu'il en scit, l'inslant est arrivé, Ange. Un mot iiripruderamonl prononcé. . Ah ! ne canliez jamais voire secret à une temnie, Bembo !.. Un mot va précipiter le dénoûment... faible ou fort, il me faudra coniballre.

— Je serai près de vous, milorJ ! dit Bemboavéc la chaude vivacité de son dévoûment.

— Merci.. Je sais ([ue votre vie est à moi, Ange.

Il lui prit la main qu'il tint longtemps dans les siennes, comme s'il se fût oublié Aii-rafme parmi ses profondes niédilaiioiis.

— ' c sort en est jeté, niurmura-t-il enfin ; — que Dieu .sauvai Irlande!

— Que Dieu sauve l'Idande! réj éla Bembo presque joyeusemeiil.

Le marquis tressaillit à cette voix étrangère q li reproduisîiilsa pensée, jusque là si bien enfouie en lui; son legard éiinccla et couvrit Bem^o, qui baissa les yeux sous cet extraordinaire éclaf.

—Merci 1 dit encoreJ^io-Sanlo dont la voix s'emplit d'une mélanrolique amerlumi'; vousm'aviz fait peur, Ange,circes mois pr(.iioiicés à Londres retentissent comme un terrible cii dcgucrie... eluuinze ans de (aligne, ami, m'ont acquis le droit de donner moi-même le signal.

L'êquipaiie s'arrêtait au coin de Finch Lane et de CornbiU.

Rio-Santo reprit d'une voix brève et dégagée :

— Ainsi, vous voilà devenu mon aide-de-carap, caro... Je ne vous ai rjen dit, mais je vous ai laissé deviner : c'est là ausM de lacontiance. .

—Je l'ai compris de la sorle, milord, et j'attends que vous usiez de moi.

— Vous n'attendrez pas longtemps, Bembo... je vous charge tout d'abord de réunir à la falle deWhite-Chapel tous les lords de la nuit, ce soir même .. Je m'y rendrai dans deux heures... Il faut que je les trouve assemblés.

— Vous les trouverez, milord.

— Il faut aussi qu'à la raènie li?ure j'aie des renseignemens certains sur l'état de la mine de Prince's-Street... car nous aurons besoin de monceaux d'or, Bembo.

— Vous aurez des renseignemens précis dans deux heures.

— A bientôt donc! dit RioSanto qui s'élança hors de la voiture ettourna l'angle de Finth-Lane pour gagner cette petite ruelle boueuse où élail l'entrée des magasins Edward and C.

La voiture continua Je stationner devant la boutique du bijoulIfT Falkstone.

Bembo sortit par l'autre portière et monta dass un cab.

Il s'y avait point de lumière dans les magasins d'Edward and C, dont les conirevens étaient heru'étiquefHent fermés : mais Erel), la petit noir, ejui avait quitté son sffége derrière ta voiiureen même temps (|ue Rio-Santo mettait pied à terre, tira da son sein une c'ef sans aile, à trou carré, à l'aide de laquelle il fit tourner une hillette de cuivre, faisant saillie hors de la serrure de la porte principale. Des ressorts crièrent à rint!>ri«ur comme si cette clôture grossière eût été fermée au moyen de ces systèmes à combinaisons, alors assez nouveaux, mais dont l'utage a pénétré depuis jusque dans les boutiques du petit coinnifrcc.

Un simple tour d'une seconde cUf plus petite fit tourner la porte sur ses gonds.

—Va r appor sur le gong du salon du centre, dil Rio-Santo en entrant.

— Combien de coups?

— Un seul.

Le petit nègre prit les devans. Rio-Santo le suivit et pént'ira bientôt dansée salon sans fenêtres, percé d-i six portes, où nous r.ivons vu une fuis déjà, sous le nom d Edouard, en C08 pagiiie de monsieur Smith, demistress Bortram, de monsieur Falkstone, du changeur VValter et de niaitre Peler P/acticc, ancien sollicitor et actuellement brocanteur et usurier.

Le gong n'avait pas encore fini de résonner que l'une des six portes s'ouvrit et doni a passage à Faiiny Bertram.

Les moralistes elles i>hilosophes ont la pitoyable manie de généraliser toutes choses, même leurs maigres observations sur le cœur de la femme. Ils ne savent pas, ces graves causeurs, «luc don Juan lui-même, malgré sî proverbiale expérience, n'aurait point pu poser de ri;gles certaines sur ce kaléidoscopi(iue sujet : don Juan, eilt-il expérimenté toutes les femmes moins une, et cette hypothèse est assurément exorbitante, n'aurait point été plus habile, et la dernière, l'inconnue, eût sulli à le déconcerter à l'occasion.

Fanny Bertram avait dû èlre,(inq ou six ans avant l'époque où se passe, notre histoire, une créature merveilleusement belle. Elle était encore œainteiiant une de ces femmes qu'on suit longtemps de l'œil ilaiu la rue et qui, aperçues une sejle lois, gravent d'autorité leur gracieuse image en votre souvenir.

Ce qui la distinguai! )iriniipalemenl, c'était une mollesse d'attilu'îe, une migii.-.rdise de poses dont les séductions cachées ne sauraient se peindre ni sur la (oile ni sur le papier. Sa taille souple et nonchalamimnt balancée appelait un amoureux appui; sa têle naress^-uscnieni incinéu' laissait, entre les mas.<ies de ses beaux cheveux noirs 1 1 les plis de sa guinife. juste la place d'un haiçcrsur sa pei.u brune etcomme veloutée; ses yeux voilés par de longs cils arqués, lustrés, soyeux, semblaient, lorsqu'ils se fermaient à deni^, nager i dans un humide sourire. Sa bouche, dans les harmonieux

LES MYSTERES DE LONDRES

mnuvemens He sa parole 'ente, douce, tnusica'e, monlrait à peine une élroite bande d'émail blanc et nacré. Le rire seul eut pu découvrir en ses co'ivulsious invol'inlaires Us deux rangsdp perles qui soulenaientces Itivres lé^èrrmeril pâlies; mais Fanny Beriram, qui souriait souvent un mélancolique et disirait sourire, ne riait plus depuis bien longteips.

C'était une rré ile des Antilles anglases Sa jeunesse, passée en une vie d'aventures et de plaisirs, avait laissé sur toute sa personne des traces i npuissanus à déiruire sa beauié, mais sa'sissab'es à l'œil le pljs dépourvu d'expérience. Toui ce qu'on pouvait faire en sa faveur, c'était de-fe tromper sur l'origin.' de celle fatigue de cor. s et de ce tie pà eur du visage qui bleuissait aux alentours des yeux.— Et encore, fomment se tromper? Tout en cette femme respirait les feux éteints OM assoupis de la volupté. C'était Vénus lasse d'amoureuses halailks.

C'était cela en apparer.ceau moins, car la pauvre Fanny Ber'ram menait »n réalité la vie d'une recluse, et passait ses jours dans son splendide magasin, M bien en dehors de toute aflaire d'amour, que nul dandy de haut, de itoyen, ou de bas étage ne pouvait se vanter d'avoir seulement baisé le bout de ses doigts pâles et menus.

Et voilà justement pourquoi nous avons pris à partie toutà-l'heure meralisles et plii osophe.^. Çusntaux poètes, il est notoire (ju'ils étudient le cœur de la femme en allant voir lever l'aurore.

Tout ce qui porte plume a la fatale habitude de commencer une fjule de phrases par ces mots : Les femmes font, les femmes sont, les femmes disent... etc. C'est un non-sens. Philosùphiquement, le mot IVuime n'a pas de pluriel. Encore, lorsqu'on emploie le singulier, faut il spécifier l'âge, la position et l'heure de la journée. La même femme ne se ressemble poiut à ele même à six mois d intervalle. Du soir au matin, parfois lie change à n'être plus reconnaissable.

Et, téméraires que vous êtes, vous vonez nous parler des femmes absolument connue vous pourriez parler, si la taira vous avili faits naturalistes, de lestâtes, de mammifères, d'o. vipares ou de fossiles ! Vous dissertez, vous louez, vous blâmez. De ce que vous connaissez, — ou croyez connaître, — d^ votre femme à vous, de vos maîtresses, vous concluez à l'inconnu, à ia femme d'aulrui, au seae, comme on dit, lors- •îu'on ne veut point se livrer à celte galante période : « La plus belle moitié du genre humaia. •

El, ce qui est mibe fois plus déplorable, vous faites de l'histoire à propos du cœur léminin. Vous traduisez du latin ou du greuau lieu de regarder; vous ciiez au lieu d'observer, et c'est i l'aide d'un vers d'Horacs que vous nous dites le caractère de Fanchon.

Horace ne connaissait point Fanchon, mesneurs, et Fanchon ne connaît point Horace.

Mes«aline a existé, c'est vrai; des femmes ont ressemblé àMessaline, c'est malheureux. Que prouve cla? De quel droit faites vous du nom de M'ssaline une qualitication, un adjectif? M'ê es-vous pas sûrs, ce faisant, d'insulter ou l'impératrice ou celle que vous lui comparez?

Pensez-vous que Madeleine, autre adjectif , vous sache beaucoup de gré des mentions honorables que vous lui donnez en vos périodes ? — Elle s'est repentie ; ne sauriez-vous lui faire grâce?

Voici une chose convenue : toute femme qui a péché se nomme Me^saline ou Made eine. Point de milieu : la débauche ou le repentir ; tel est voire verdict. ■ F,inny Benrain se promettait de n'y point acquiescer. Elle n'était ri M?ssaliiie ni Madeleine. La débau h-^ l'eût dégoûtée; le repi-ntir n'allait point à sa nonhaiantc nature de créole. Sou repos était de la lassitude, ei si .«on ânie se ravivait parlois ei retrouvait des élans de jeunesse, elle s'élançait vers un souvenir.

Fanny n'aimait plus parce qu'elleavait trop aimé, ou peutêlre parce que le dernier homme qa'elle avait aimé lui faisait prendre en mépris ceux qu'elle eût pu aimer encore.

El.e s'enddrtiiail dans son a lathie tropicale, rési.gnée à l'oubli de l'homme qui avait passé dans ^a vie comme uv

néiéore. Après le bonheur qu'il lui avaii jeté en coûtant, elle ne voulait plus d'autre bonheur.

Et poLiriant, Fuf y avait beaucoup p<>ché avant d'être la maîtresse demonsieui le marquis de KioSanto, qui l'avait pnse quelque jour pour la quitter le Icndeniai;!.

A présent elle se souvenait, et ce souvenir d'un jovr eiiiplispait ta vie. Il y avait bien longtemps qu'elle n'aimait plus le marquis d'' cet amour qui désire et rend jalouse, mais elle lui gardait son cœur. Moi ié ;'pa*l'ifi moWé sentiment, elle rompa't d'e le-iitfcne, sans but moral, tans religion, sans nécessité, avec les joies de sa jeunesse.

Ce corps, où tout semblait être volupté, avait endormi ses sens et laissé son âme dans le passé.

Exception, direz-vous. — Il fait s'entendre. Là Où il n'y a point de rég e, il ne peut y avoir d'exception. •

Noijobsiant, si vous tenez absolument à cla'ser, classez. L'occupation esta tout le moins innocente.

Fanny Bertram , lorsqu' le entra dans » le salon du centre, » portait à la ma'n une cassette incru.stée, où son chiflre se mariait d» tous tôles en de capricieuses arabesque.*, au chiffre de Rio Santo.

— Donnez, Fanny, donnez! s'écria celui-ci en saisissant vivement U cas.sette ; — y a-t-il beaucoup de lettres ?

— 11 y en a beaucoup, répondit la créole, qui s'assit auprès du marquis.

— Et la clef?

— Laissez-moi ouvrir, Edward, voire main tremble...

La m* in de Rio Santo tremblait en effet. Dès que Fanny eut fait tourner la cefdans la serrure, il souleva le couvercle et plongi-a son regard k l'inter eur.

Il y avait une viugtaiiie de lettres.— D'un seul coup d'œil, parmi ces vingt lettres, Rio-Sanio découvrit un pli de rude papier iioriani le cachet de la poste d'Irlande.

Il laissa échapper un cri de joie et déchira l'enveloppe.

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