LA VOIX DES RÊVES
Le cheval du marquis de Rio-Santo allait comme le vent. Le voyage se faisait cq silence; mais Clary, forcée de seserrer contre Edward, était heureuse.
C'était son rêve, son beau rêve qu'elle avait lait durant sa captivité chez le docteur Moore.
Elle respirait avec délices l'air froid de la nuit qui venai frapper son front brûlant. Elle regardait fuir de chaque côtét comme de féeriques chimères les masses sombres des maisons et les brillantes lignes dessinées par le gaz.
PAUL FÉVAL
Oûallait-e le?— Ah! ceci importail peu— Dût Edward la i condiiife où le fantôme deBïirg-r conduisit la pauvre Léno- i re, Ciary n'eût point cesse de sourire. j
On perdit bieniùt de vu3 les maisons de Londres —Au premier village de 'a route d'Ecasse, le marquis descendit de cleval. Une chaise de poste ét?it préparée par les soins de Benibo. 'Le ma- quis y monta avec Clary. .
Ce fut un étrange voyage. Slonsieur le marquis de Rio- Saiito n'avait pas tardé à s'apercevoir de sa méprise et aussi de l'éLat où se trouvait sa belle compagne. Quelques mots de Clary la mirent sur la voie, et il apprit en même temps son rom et sa qualité de sieur d'Anna, la charmante quêtpuse de TempleCliurcb. Le marquis avait éprouvé pour la plus jeune des lilles du laird, sans la connaîlre, un de ces fougueux et passagers amours qui avaient chez lui la durée d'un raprice et la force d'une pa;sion ; mais dès qu'il sut la naissance d'Anra, sa tendresse devint autre et se partagea entre les deux sœurs. «
Il avait pardonné à Angus dont il connaissait le taible esprit. Les tilles d'Angas étaient les siennes.
Durant toute la route, il traita raiss Mac-Farlane comme un père eût traité un enfant ch4ri; mais , par l'effet invelontaire de l'impression vive et profonde produite sur lui naguère par la vue d'Anna, le marquis, dans l'entretien décousu et bizarre qa'il eut avec Clary, prononça plusieurs fois le nom lie sa jeune sœur. Chaque fois ce nom tombait comme un fardeau sur le cœur de Cary. — Elle était alors jalouse comme dans son rêve, et le complet bonheur quelle ressenlaii de la présence d'Edward se changeait en amère angoisse. TiioSanio se rendait à Sainte Marie de Crewe , où devaient le rejoindre Wat'^rlield, Smith, Falkstone, Bcmbo it Randal» — si Randal était encore de ce monde. Malgré le tendre intérêt que lui inspirait riary MacFarlane, cette créature si belle et si malheureuse, dont la folie était de l'aimer, Rio Santo donnait bien souvent sou esprit, comme 01 le pense, aux graves intirêts qu'il avait en main. Ii.faiigable et non vaincu youv n'avoir pu vaincre 'ui-mêmc, il combinait de nouveaux pians de bataille et iecommenç.uL sur nouveaux frais cette longue et implacable guerre qu'il avait déclarée à l'Angleterre.
Ea somme, son plan subsistait. L'échec qu'il venait d'éprouver retardait ses coups et ne les parait point.
11 avait toujours par devers lui, à part même sa volonté ferme et son génie, des ressources accumulées pendant quinze ans.
Le fait seuld'avoir recouvré sa liberté le replaçait rrdoutable et robuste comme devant, en faie de son ennemi, étonné encore de son audacieuse atiaque.
Cependant il ne se dissimulait point que, dans semblable guerre, n'avoir \ii vaincre du premier co'ip est une condition fatale dont il faut éluder les résultats. Il ne comptait pas frapper une seconde fois tout de suite un adversaire puissant et sur ses gardes.
Savorr attendre est le propre des hommes forts , et Rio- Santo avait attendu vingt ans déjà
Et pendant ces vingt ans, il avait calculé son assaut de telle sorte que, sans la trahison de sou meilleur ami, nul ne peut dire quelle portion des institutions anglai.-es, quelle parcelle de l'Angleterre ellcnitine eût résiste à l'explosion. Or, la mine n'était point comblée ; elle demeurait chargée, et le jour devait revenir où l'on pourrait y mettre le feu.
Tandis que le marquis roulait en lui ces pensées, Clary le regardait avec admiration; elle ncJ)0ugeail pas et s'enfonçait à plaisir dans son exiase.
On franchit la frontière d'Ecosse. Là s'arrêtaient les relais ménagés parla famille. Le marquis fut obi gé de montera chevaï de nouveau et de prendre Clary en crou[>e.
Mars commençait. C'était une de ces journées où le printemps et l'hiverse disputent l'atmosphère incertaine Le soleil avait jeté dans l'air une chaleur molle et ioufitée sors laquelle les ar'jres avaient ouvert leurs bourgeons avant l'heuie et qui avait relevé les touffes affaissées du gazon, cslic riche fourrure de U terie.
La nuit descendait, précédée par une brise tiWe qui dé-
roulait au ciel les ondes orageuses de grands nuages gris 1 épais, changeans et tourmentés par les mystérieux conflits des électricités contraires. — Clary, dont le système nerveux n'aTait point encore repris sou assiette, subissait énergiquemenl les effets de cette température anormale. Ede avait d'abord éprouvé une excitation générale; un flot de vie et de bien-être avait coulé dans ses veines , puis la réaction était Venue ; sa fine taille s'était affaissée sous le poids d'un malaise invincible.
En un certain moment Rio Santo sentit les bras qui l'enfouralent faiblir et se relâcher. Il se retourna sur la selle. Clary était pflle comme une statue de marbre et avait les yeux fermés.
Il res'ait alors à peine un demi-mile à faire pour arriver au rhâtaau de Crewe. Néanmoins , le marquis crut devoir arrêter son cheval et déposer Clary sur le bord du chemin. — La terre étsit bien froide. Le marquis étendit son manteau sur l'herbe et déboucla la selle de son cheval , dont il tlt un oreiller à Clary, après avoir eu la f récauliou d'oter des fontes ses pistolets qu'il jeta sur le ga70P.
CUry demeura d'abord immobile.
Puis elle rouvrit les yeux et jeta autour d'elle des regards charmés.
Elle recoi.naissait ï'Écosse, et ces lieux «euveiil visités lui rapprlaient son enfance; — mais i's lui rappelaient encore un autre souvenir... le rêve, le rêve douloureux où elle avait vu Edward entre file et sa sœur Anna.
— EUe'n'est pas là aujourd hui, murmurat-elle avec une joie inquiète;— dites, Edward... elle ne doit point venir, n'est ce pas?
Rio-Santo comprenait que la pauvre flUe était en proie aux premières atteitites d'une hallucination, mais il ne savait point ca dont elle voulait parler.
— Nous sommes seuls, répoudlL-i',— tout près de la maison de votre pèn-, Clary.
— Mon père ! répéta miss Mar.Farlane. — Oui, oui, Edward... la ternie ds Leed est de l'autre côté de la montagne : c'est là que nous serons bien heureux... •
Elle s'arrêta et reprit en baissant la lêle :
— Si ma sœur ne vient pas comme l'autre fois!
Elle garda le silence durant quelques secondes et appuya sou Ironlbrûlant sur la main que le marquis lui tendait.
— .L'autre fois! poursuivit-elle; oh! si vous saviez corrbien j ai souflcrt, Edward!... J'avais éic heureuse tout le jour, comme aujourd'hui , heureuse do vous (Oir et d'entendre votre voix, heureuse de m'appujer sur vous... Que saisje?... Et la nuit venait comme maintenant... Ah i oui... c'est bien cela!... Nous étions ici, je pense . Vous à la place oU vous êtes... moi, à celle où je suis... Mon Dieu l mon Dieu ! va-t elle venir encore?
— Non , chère enfant, répondit à tout hasard Rio-Sjuio ; — je vous promets qu'elle ne viendra pas.
— Merci... merci, murEura Clary. — Poiirrait-ellj aimer autant que moi?. .
Ce dernier mot expira dans son gosier et fut suivi d'un cri plaintif. — Tout son corps tressaillit violemment, et ses yeux s'ouvrirent, démesurément distendus par une subite et inexplicable épouvante.
— Piiiél... pitié 1 dit-elle d'un ton bref et saccadé; — la voilà... Pitié 1... Ne vous mettez pas à ses genoux comme l'autre fois.. Ne me repoussez pat; ainsi, Edward !...Oh!que vous êt-s cruel de m'oublier et de l'aimer 1 ■<
— CUry, ma chère Clary 1 disait Le marquis en essayant de la calmer.
Mais la jeunç'fille, doniinée de plus en plus par son délirant trausi-'ort, taletait, s'agitait, sanglotait. —Le marquis avait peine à contenir ses convu'sifs eU'orts.
— "Vous me repoussez? repiit-elle dune voix pleine de larmes déchirantes ; — vous lui souriez, vous la serrez contre votre cœur... Ah! prenez tarde! C est ici, c'est ici que Blanche tuî Bertram de Jtdburgh... pour un baiser.
Elle jûignii les mains avec angoisse.
— Pour un baiser! répéta-t-elle... Ah!., vots aussi!.,, ■vos lèvres loiicbenl lessientiesl...
Un éclair de fureur désonionnée sciniilla dans son n'il. Elle s.; rojeia soudainement en arrière et sa main rencontra par hasard le canon froid de Tnn de» pistolets...
Son geste fut rapide comme la pensée.
Vn^ détonation se fit dans le silence de la campagne soli; taire.
Monsieur le marquis de Rio-Santo tomba frappé par la balle en pleine poitrine.
Clary, la pauvre insensée, poussa un cri de terreur et s'enfuit.
La prophétie du laird se trouvait accomplie; la voix d^s rêves avait dit vrai . c'éfait, suivant l'emphase du langage biblique, .«^i fort usité chez Us Écos.'afs, le sang de ses veines, la chair desa chair (|ui niellait à mort son frère Fergus.
L'horizon n'était pas entièrement éteint encore. — Monsieur lemartiuis de Rio Sanio, immobile et renversé l.i tate tournée vers le ciel, ne poussait pas une plainte. Mais aux dernières et incertaines lueurs du crépusciile on aurait pu lire sur ses nobles Irails l'expression d'une dpuleuramère et sans bornes.
11 se sentait mourir, — et il mourait vaincu.
Le seul homme qu'il eût aimé l'avait trahi. 11 tombait sous les coups de la seule tetnmc qu'il eût respectée.
N'est ce pas un chStimeut sans nom que d'être puni, non pour ses faules, mais pour le bien qu'on a fait?...
Le voile de la nuit s'cpsissit. Bientôt on ne distingua plus ce cadavre qui se tonfondal avec la verdure sombre de l'herbe du chemin.
Mais lorsque la lune, passant pardessus la <ime des taillis voisins, vint éclaircrde nouveau la scène, on vit à sablanche lueur une femme agenouillée auprès du corps de monsieur 'de Rio-Sanî'?.
Celte femme priait.
Elle semblait avoir passé depuis iorgtenips les limites de la jeunesse, et pourtant elle éiait bien belle encore. 11 y avait autour de ton front pSlc comme une auréole de résig ation sainte...
Cette femme était Mary Mac-Farlanc, comtesse de White- M4nor, qui venait de reconnaître dans le cadavre étendu sur le gazon Fergus O'Brcane, son premier, son unique amour.
Quand elle eut achevé sa prière, elle mit la main sur le cœur de Fergus, qui ne batLiit plus.
La lune montait à l'horizon et tombait d'ùplomb sur les traits (lu mort.
Il n'y avait plus de douleurs sur ces traits, les paupières abaissaient leurs longs cils de soie sur des joues calme?, la ligne des sour.iisne tiemblaitpas ; la bouche semblait s'être close en un sourire...
En ce sourire lèveur, heureux, tout plein de mystérieuses joies, qui venait parfois naguère à la livre de monsieur le marqui- de Rio-Santo, Iors(iu'il isolait :a pensée de la foule et se rep iiit sur lui-même.
Avait- il, dans sa suj^rêrae extase, entrevu la porte du ciel?...
Mary Mac-Farlane se pencha cl lui mit au front un baiser de s(Eur. — La lune voguait, nei éclatante, parmi l'azur du lirmoment; la brise ihiniail doucement dans le feuillage.— Cette mort élaii tranquille ci belle, cnlource des splendeurs silencieuses de la iiuit et des élans purs de la prière.
Il nous faul franchir un long espace de temps pour arriver au moment où se calma la tempête soulevée dans la vie de nos personnages par le passage à Londies de monsieur le marquis de K:pSanlo.
Le chocsuln pir quelques-uns d'entre eux, tels que Mary Trovor, Claiy Mac-Failane et la comtesse de Deriiy, laissa des traces indélébiles. Elles avaient, toutes les trois, essuyé de trop près les terribles rayons de l'astre pour perdre ja-
mais son souvenir. f,i comtesse de Derby s'expatria et vint en France chercher l'obscurité, sinon le repo'^.
MaryTrevor, à la suite d'une convalescence l0!,gue et pénible, recouvra sa frêle beauté d'Ang'aise f t toutes ses arlstocradquts perfections. Comme clie n'avait jamais cessé d'aimer Fr^nk Pciveval, el;e revint vers lui avf c franchise et avec bonheur (<ès que lady Campbell, cet^esi iriiuf Ile femme d'un cet lainage, lit trèvîde sophismeset d'nb.scssions. Vary Trevor est maintenant lîdy de Fife, Terceval ayant sMCcédé à la pairie de son frère.
La pauvre Clary fut moii s heureuse : Slephcn, sa mère, et Anna se retirèrent avec elle au clLlieau (lrCrc\ve,hérii.ige laissé par le laird Angus Mac-Falanie, (lui s'était volontairement noyé dans la J.imisi' après avoir livré son frère Fergus aux magistrats. L.'i, Cliry fut eiiiou'ée de plus rie foins el d'amour (ju'il n'en faudrait pour vaincre le plu'; if nace des spleens, mais die avait été trop cruellement éprouvt'e ."^tcphcn épuisa pour elle tous les secrets de son att; il l'aima d'autan! plus <|u'clle souffrait da'anlage; Anna, la douce et charmante fiile, lui prodigua les soin» de sa caressante amitié, ^ ti enfin Susannah ds Lancester, que Brian avait rendue à fa mère, la comtesse i\ji WhiteManor, la couvrit desa tendresse bienfisanle et riche en coi so'ailons. i^'ais i! fallut de longs mois pour que ces i ffurts combinés aboutissent à un résiclal.
Clary restait frappée, pour em.Ieyer un mot vulgaire q.;c la langue tcailéu iqu'e ne sauriil point traduire.
A la longue néanmoins, les glaces de Son esprit se fondirent à la dou'-e chaleur de t^nt d'amour* réunis. Clary re couvra la raison e' ne garda qu'une profonde el invincible mé ancolic que Slej heu, sou e ari, ne put jamais guérir.
Avait-elle conservéle souvenir du meurire i omuiis par elle dans sa folie? nous ne le pensons point. lN>il lémoi i n'avait assisté à celte sanglante catastcoiihe, qui ét.iit un secret entre la nuit et Dicii. —Mais elle se souvenait d'Edward vivant.
La comtesse s'e AVhiîe-Mancr jouissait .nvec ivresse de la présence de sa fille qu'elle avait tant et si lengl^ mps pleurée. Elle ne voulait poiul la <iuiiler, el si mv.- Unie discrète s'échpiait des heauxyeux de Snssnnah à la pinsécde Brian, Cftielarmeétait bin vite séchée par les baisers passionnés de sa mère.
la belle fille rcconnaissjnte et charmée par cet'c tendresse inconnue, n'oubliait point son bonheur brisé; mais elle se r/^ignait parce qu'elle était forte, el rc;nerciait la miséricorde de Dieu qui faisait luire dans les ténèbres de sa détresse le doux et radieux sourire d'une mère.
Avec sa mère, elle apprenait la vie, les choses de la trrre et du ciel. Son cœur noble et grand se dilatait aux enseignemens de la morale divine. — Peu à peu, ses larmes se séi hère't; — et, ([iiand elle pb lirait encore parfois, il n'y a>a t ;lus d'amertume dans ses larmes, parce qu'elle niellait son espoir maintenant aud là /e la route étroite et bornée que nous parcourons ici bas.
En somn.e, il y a>ait dans la famille Mac-Farlane, composée de la comtesse, de Susarnali, des deux lilles du laird et de Siephcn, un caime serein et reiiosant, sous Icipiel la résignation ress' mbUit au bonheur.
Anna seule, la iilu.-, gaie de toutes aulrefois, avril des heures de rioi:loureu:è révrrie qu'elle cachait soigneusemcni à ses sœurs. — Mais un jour on vit arri>er au diUcau de Crewe un étranger de noble ai)parence, et Anna retrouva son joli sourire. Cet étranger élaii le chevalier Ai gelo Bembo, qui d'in; nda et obtint la main de la plus jeune des misses Mac-Farlane.
Bembo était ronii'lflerociit dgagé de tous liens avec la Famille, dontil n'avaitfait partiequepourobéiràRic-Sanlo. Néanmoins, avant d'épouser Anna, il dut lui avouer qu'il no s";;pparl' liait pas enliôrcmenlet que, nu jour venKnt,- p ulfir,.^ — il aurait i exposer sa vie pour une cause qui devait rester un sec et.
Sous expliquerons tout-à-l'heure ce qu'était, suivant nous, le secret d'Angelo Bembo.
Susannah revit une fois Brian de lancester ; ce fut à l'oc-
PÂ.DL FEVAL.
casion de la rftort du comte de WhileManor ,qui décela en état de folie i la maison de santé de DenhamPark. Brian baisa la main de sa nièce, qni était froide et pile comme une main d'albâtre. Il notifia sa prise de possession de la pairie f t partit sans avoir coucUÔ sous le même toit que Susannab.
Brian souff'ait et n'avait point de œfre dont la tendresse pût le consoler. Il était seul. Les gens comme lui repoussent la foule et u'ont point d'amis.
Son amour n'était pas de ceux qui s'éteignent par roubll. C'était un amour jfune dans un cœur viril. Brian ne devait point s'en guérir.- Il essaya de tout; il arriva au dégcut de Joutes closes. — A l'heure où nous écrivons, Brian » tonne parfois la chambre des lords par des jets soudains d'excen- Irique éloquence. Le discours qu'il a prononcé en 1841 sur les partages nobles a fait tressaillir le sac de laine du chancelier d'Anglflerre et les perruques blanchâtres de tous les nobles pairs. Brian ne sera Jamais un homme d'état; il est, à sa façon, un grand orateur.
Maintenant, nous dirons un mot des personnages secondaires de notre récit :
Le prince Dimitri-Tolstol a été rappelé en 185T, parce qite la jeune reine l'a tr«nvé trop laid de beaucoup.— Il s'est fait ermite sur ses vieux jour», et enseigne la diplomatie à des petits Kosaks.
Monsieur le vicomte de Lantures-Luces a fait une fin. Il a épousé uQ très grand bas-bleu, qui, abasant de sa force musculair», le contra*!!!! à écouler plusieurs centaines de vers, tous les Jours, sans bâiller ni dormir. 11 se dit malheureux, —parlant, hélas! fort sérieusement.
Bi.*hop le burkeur a été pendu, comme chacun sait, pour le meurtre d'un.eufant de six ans, opéré sur commande.
Snail n'a point épousé Madge et s'est fait policeman pour revenir à la vertu.
Rjwley, dans une saison ou tes chiens étaient hors de prix, a voulu essayer une de ses « préparations « sur un Irlandais^ ctroiiiinueà BolanyBay l'intéressante lecture des Toxicotogicai Amusamentu,
Le docteur Aloore s'était retiré à Denham-Park Ses amis le disaient fou. Il composait de très savans ouvrages et déterminait les accidens nerveux chez les chats. — 11 est mort. Royal-Collége a fait frapper une médaille à sa gloire.
Tyrrel l'Aveugle est banquier dans Thames-Sireet. Il a soumissionné un chemin de fer et remue des millions,— ceci, grâce au Dieu d'Abraham.
MistressCrubb, mistress Black et mistress Bull sont veuves ; mistress Brown cl mistress Uodd soiit remiriées; mistress FûOless'estfaitemissionnaireetsage-femme; mis'.rtss Crosscairn et mistress Bloraberry sont mortes pleines de vertu et de thé
L'honorable Cicely Kemp a été durant six ou sept mois encore un enfant terrible. — Au bout de ce temps, elle a eu un secret et est devenue une tcmme charmante, au dire même de laty Margaret Wawerbenbihvoodie.
Paddy O'Chrane, ex capitaine du brick Ic.Hareng, frété par Gween and Gween deCarlisle, a épousé mlsitr<ssBurnett,ft trône en qualité de mari de la reine, au comptoir des Armes de la Couronne.
Pour trouver le reste de nos personnages, nous devons relounier dans les maisons de fous. — » Il serait en efiet contre toute vraisemblance de faire un drame anglais où la folie II', ùt point sa large part.
Dob Lantern est à St-Lukes. Son trésor, caché dans la cave de St-Gile<, lui a timbré la cervelle. Il se croit lord-maire et ne vo'e plus qu'à ses momens lucides. — Tempéfance, in femme chrétienne, a suivi le sort de son époux. Le gin lui a enlfvéla raison,— le gin et aussi le rhum, il faut êtrejaste.
ADedlam,nous retrouvons le révérend Peter Boddicsie <|iie le mauvais succès de l'entreprise contre laDanque a rendu fou.
A Dcnhara-Park, outre le docteur Moore, nous avons lord
John Tanlivy, qui ne répond plus qu'au nom àenùssFraskita'l'Honorable sportman se croit jument et ne se trompe que de sexe.
Sir Arcadius Bombastic, le poète lauréat, n'est pas enfermé, — mais il achève une céleste épopée.
Enfin, on nous a dit sous le sceau du plus profond secret que lady Campbeil est dans une maison de santé des environs de Londres, où file conclut entre personnages imaginaires un nombre immodéré de chimériques mariages. •
Il y a quelque temps, messieurs de la Banque imaginèrent de creuser de nouvelles caves pour faire semblant de regorger de lingots. Ces fouilles amenèrent la découverted'un long souterrain percé sous Prince'sStreet et aboutissant à l'angle de Poultry. Dans ce souterrain, il y avait des ossemens et une jarre : le tout intrigua fort les savans.
La société royale des Antiquaires ne put faire moins que d'opérer une descente en masse dani cette prodigieuse excavation.
Lesossemen» furent examinés; la jarre fut mesurée, jaugée, dessinée.
A l'unanimité. Royal Society décida que celte jarre, qui était une amphore, avait servi de carafe à Galgacus,au temps de la tyrannie romaine.
Quant aux ossemens, les uns prétendirent qu'ils appartenaient à un individu du genre homme, ce qui prouvait surabondamment l'existence d'une race de géans dans l'ile îi une époque indéterninée. — L«s autres affirmèrent reconnaître positivement, les restes mortels d'un mastodonte, ou éléphant fossile.
Le Tinw^^ imprima la savante délibération de Royal-Society.
— Tonnerre du ciel 1 Doroihy, mon amour, dit le capitaine en lisant ce paragraphe ; — c'était tout bonnement Saunder et sa bouteille, — soyons damnés tous les deuxl
Tout romancier est plus ou moins superstitieux. Nous avons rendu compte de la mort de monsieur ie marquis de Rio Santo, telle que la rapportent nos renseignemcns, mais ceux qui ont connu Fergus O'Breane gardent un espoir mystérieux auquel noire esprit se rallie involontairement.
Randal Grahaiii, qui s'était jeté à bas de son cheval avant d'arriver au casse-cou de Green-Abour-Court la nuit de l'évasion, et qui est plein de vie, attend dans la maison de son père. Il reçoit parfois des massages lointains dont nul ne sait la source.
D'un autre côté , nous avons vu Bcmbo déclarer à sa (lancée qu'il ne s'appartient pas. — Il attend comme Randal.
Qu'attendenl-ils, eux dont le dévouement au marquis était si complet et si profond 7...
De tempsen temps, lors ]ue la politique tortueuse du cabinet de Sainl-Jamf s s'endort et oublie de jeter entre les peuples des semences périodiques de haine, les rations s'entendent: un murmure de réprobation universelle s'élève; un nuage sombre s'amoncelle menaçant et obscurcit l'horizon britannique.
C'est la ruine qui se cache derrif re ce nuage,— et parfois il nous semble que du sein de cet orage va surgir, terrible et fort,, et tenant en main la foudre, le génie de la tempête, — Fergus l'Irlandais, le champion d'une haine immortelle.
A-t-il suffi de la main d'une jeune fille pour abattre ce gé<ntqui,seul dans la balance, pcsaitautant qu'un empire? .^
Dieu a-t-il brisé ce levier puissant comme un instrument vulgaire?...
Peut-être. — Peut-être aussi la lave s'amasse-t elle au cratère du volcan éteint, attendant l'étincelle qui doit rallumer l'incendie.
Peut-être, lorsque l'heure du châtiment aura sonné, reconnaitia t-on le combattant infatigable, debout, le pied sur la poitrine de l'Argleierre vaincue, et agitant, aux acclamations de l'univers, l'étendard relevé de l'Irlande.
FIN DES MYSTERES DE LONDRES
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