‹ Les amours de ParisChapitre 189 sur 190 · LE CASSE-COU · texte numérisé non relu

LE CASSE-COU

Fergus O'Breane, sujet anglais, so disant don José Maria Telles de Alarcaos, marquis de Rio-Sanlo, grand de Portugal, etc., avait été déclaré coupable sur la question de l'assassinat de monsieur James Mac-Nab, esq., avocat près les cours de justice de Glasgow, — coupable aussi sur la question d'association illicite et de complicité dans une tentative de pillage de la Banque.

Quanta la question de haute trahison, le solliciteur delà couronne l'avait préalablement écartée par ordre supérieur.

Les Etats n'aiment point à constater qu'il soit possible de conspirer contre eux.

Fergus O'Breane avait déclaré accepter l'arrêt prononcé d'après la sentence du jury, — déclarant en outre avoir commis les actes qui motivaient ce verdict et ne se point repentir de les avoir commis.

On avait fixé un bref délai pour son exécution publique, par la corde, devant Newgatc, et Londres tout entier se promettait d'assister à cette pendaison fashionable.

Mais Fergus O'Breane, à part ses autres dires qui furent jugés hardis, téméraires et subversifs par tout ce qui portait perruque dans les Trois-Royaumes, avait déclaré à haute et intelligible voix, dans l'enceinte même d'Old-Bailey, devant les juges, aldermen, greffiers, avocats., etc., etc., stupéfaits de tant d'audace, — qu'il ne serait jamais pendu.

Ceci, du reste, fut regardé comme pure rodomontade, et les nobles salons du 'VVesl-End se préparèrent sérieusement à donner une dernière marque de sympathies au lion, au roi de la mode, à l'astre éblouissant de tant de belles nuits de fêtes, en venant en masse, gantés de frais, fardés, parés, — au sortir du bal peut-être, — le voir pendre haut et court.

Il était environ dix heures du soir. C'était le surlendemain de la condamnation de monsieur le marquis de Rio- Santo. Anna et Clary Mac-Farlane étaient couchées toutes les deux et toutes les deux immobiles. Mais, tandis qu'Anna dormait déjà profondément, on eût pu voir l'oeil de Clary grand ouvert et brillant d'un éclat fiévreux, se fixer avec inquiétude sur le lit de sa sœur, comme pour constater son sommeil.

Après le premier moment de joie, causée par le retour inespéré des deux sœurs, tout était redevenu bien triste dans la maison de mistress Mac-Nab ; on n'avait point tardé à s'apercevoir qu'Anna et Clary, quoique dilTéremment affee-i tées, étaient blessées toutes les deux. Anna, enfant douce et naïve naguère, avait maintenant un secret; mistress M?.c- Nab surprenait souvent ù ses jolis yeux, autrefois si "bien habitués au sourire, des traces de larmes. — Quant à Clary, son esprit et son cœur semblaient frappés du mér/iû coup funeste. Elle souffrait, la pauvre fille, un mal silencieux, inconnu, et ses facultés mentalesnc voulaient point se rasseoir. Stephen l'entourait de soins; Anna lâchait de sourive pour égayer cette fongue et morne tristesse. C'était ea vain. Le choc avait été trop violent. C'étaient des semaines et des mois de bonheur qu'il eût fallu pour remède à cette maladie de l'âme et du corps.

Et Clary ne pouvait pas être heureuse, puisqu'elle aimait ardemment et sans mesure un absent, un inconnu, un homme qu'elle ne devait peut-être plus revoir.

Le jour, elle passait de longues heuros assise derrière le rideau de sa croisée, regardant sans reîfiche les fenêtres de la maison carrée, guettant un mouvement des éraperies, un signe qui lui aunoDvài la prcsecce d'^dw.ard.

Mais elle n'aper(.!evait rien. — Et, quand Stephen ou mis-: tress Mac-Nab venait la chercher pour l'enlever aux tristes rêveries de sa soliludt, elle les suivait, obéissante, silencieuse, morne...

Elle quittait sa croisée ^■omrae on quitte un ami douxâ sentir près de soi, qui sait engourdir votre peine sinon vous consoler. Elle la quittait pour y revenir bien vitf et pour guetter encore.

Lne fois, mistress Mac-Nab monta l'escalier plus vite que d'habitudevel lui dit avec cette gatlé que savent prendre les mères auprès {le leurs enfans qui soutirent :

— Venez, Clary, venez, mon enfant, je veux vous montrer le portrait du fameux marquis de Rio-Santo.

Mistress Mac-Nab ne savait rien des soupçons conçus par Stephen contre le marquis, relativement à l'enlèvement des jeunes illles. Elle avait acheté à sa porte une de ces litliographies plus ou moins ressemblantes, qui se vendent dans Londres à cent raille exemplaires pendant et après chaque proc.'s célèbre. Elle s'étai't dit : Cela distraira Clary.

Clary la suivit aussitôt comme d'habitude et descendit au parloir où Anna, debout devant la lithographie déployée, admirait déjà ces nobles traits, dont le maladroit crayon d'un artiste infime , n'avait pu détruire entièrement la magnifique harmonie.

Du premier coup d'œil, Clary reconnut Edward. Son cœur se gonfla de joie, mais elle renferma en elle-même son émotion et ne changea point de visage.

— Voyez, Clary, dit mistress Mac-Nab ; — ce gentleman a voulu tuer le roi, les ministres et tous les membres du Parlement... Le révérend Josuah Butler qui sait toutes ces choses Hie l'a encore dit hier... N'a-t-il pas l'air d'un grand scélérat, mon enfant?

Clary ne répondit, pas.

— Il est bien beau! murmura sa sœur; — je ne croyais pas qu'il put y avoir d'homme aussi beau que cela !

Clary se prit à sourire et lui serra doucementla main. — Puis, tout-à-coup elle eut un frisson et prononça tout bas :

— Ne met-on point à mort ceux qui veulent tuer le roi?

— Oui, oui, ma pauvre Hllè, répondit mistress Mac-Nab; — sans doute, on les met à mort.., C'est aujourd'hui même qu'on va juger ce brigand...

— Où juge-t-on ? demanda Clary.

Il y avaitbien longtemps que Clary n'avait prononcé tant de paroles.

Anna et mistress Mac-Nah échangèrent un regard d'espoir.

-—Ou juge dans Old-Bailey, chère fille, répondit cette der. nière.

JJClary passa un doigt sur son front.

— Je sais où est Old-Bailey, dit-elle après un silence; — et, quand on a jugé, où met-on ceux qui vont mourir?

— A la prison de Newgate, mou amour.

— Je sais où est Newgate, dit. encore Clary ; madame, ajouta-t-elle, en s'adressant à sa tante qu'elle nommait sa mère autrefois, — voulez-vous me donner ce portrait ?

— Ce portrait et tout ce que vous voudrez; chère enfant. Clary saisit aussitôt la lithographie et remonta précipitamment l'escaliei'Jde sa chambre.

Ce jour et le lendemain, elle parut moins trist« et on la vit plus d'une fois sourire.

— Nous la sauverons ! disait mistress Mac-Nali.

— Dieu vous entende, ma mère ! répondit Anna.

Le soir dont nous parlons, c'est-à-dire le surlendemain de la condamnation du marquis, Clary avait passé la plus grande partie du jour à sa fenêtre, profitant de tout instant où la tendresse de sa sœur n'épiait point ses mouvemens pour contempler le portrait du marquis.

Lorsqu'elle le regardait, il y avait en elle comme un flux de vie. Ses beaux yeux retrouvaient ce feu voilé, celte ardeur pudique, où, pour la première fois, Stephen vit se refléter, à l'église du Temple, le mystérieux amour qui, inconnu de tous et soigneusement enfoui dans le cœur de la vierge, fut pourtant l'une des causes les plus cffiéaces des événemens <Je ce récit, Sa taille 5,e redressait dans toute sa i'iclicss«d'.au-

ï>ÂtL FEVAL.

Il m '^K Jtiu.i —^ .,

Irefois. Elle rfdeveiiait la gracieuse et vivante jeune tille, toute pleine de sève et de chaleur, que nous avons vue, distraite, hélas ! déjà par la pensée d'Edward, chanter des psaumes et prier Disu dans le chœur de Tempk^Church.

La brune venue, Clary devint pensive et devança de beaucoup l'heure habituelle de se mettre au lit. Elle pria sa sœur de faire comme elle, et Anna, toujours disposée à suivre les moindres volontés de la malade se coucha vers huit heures.

A dix heures, elle dormait.

Clary retenait son souffle et gardait ds son côté une immobilité complète. Mais elle ne dormait pas, et ses yeux grands ouverts, comme nous l'avons vu, épiaient le sommeil d'Anna.

Au bout de quelques minutes, elle souleva ses couvertures par un mouvement presque insensible et sortit doucement du lit.— Elle était tout habillée.

Anna ne s'éveilla point. Clary pri(,i'i la main ses bottines afin de marcher sans bruit, ouvrit la porte et descendit l'escalier.

Elle oublia d'embrasser sa sœur. — Il y avait surson cœur comme sur son esprit un voile épais et lourd, au travers duquel son amour seul pouvait pénétrer.

Lorsqu'elle arriva au rez-de-chaussée, la vieille Betty veillait encore et vaquait à quelques travaux d'office. Clary se glissa dans le parloir et s'y cacha.

Elle atteadit patiemment que Betty fût couchte; puis, lorsqu'elle jugea que la vieille servante devait être endormie, elle prit la clef de la porte extérieure qu'elle ouvrit, et se trouva seule à onze heures et demie de la nuit, sur le trottoir désert de Cornhill.

— Je sais bien où est Newgate ! murmura-t-elle; — je le sayais autrefois.

Elle essaya de s'orienter et demeura un instant indécise au seuil même de la maison de sa tante. Puis, soudainement entraînée par quelque incertaine lueur qui traversa son intelligence troublée, elleprit sa course et disparut à l'angle de Poultry.

A cette même heure, l'honnête, minutieux et incorruptible porte-clefs, Noil Brye, venait de visiter en personne le cachot où le marquis de Rio-Santo attendait, couché sur la paille, l'exécution de sa sentence. Il va sans dire qu'on prenait à l'égard du noble prisonnier des précautions d'autant plus multipliées qu'il avait manifesté en plein prétoire l'intention d'éviter l'échafaud. Or, l'échafaud ne s'évite, lorsqu'on a passé le seuil de ce lugubre cabanon nommé « la chambre d'atten:e, » que par le suicide ou l'évasion.

L'autorité qui craignait également l'un et l'autre, avait placé dans le cabanon même où Rio-Santo était aux fers, un homme sur et vigoureux, présenté par le propre intepdant du niélropolitan police, S. Boyne, esq.

C'est ici ou jamais le cas de dire que trop de précaution nuit.

L'homme silr et vigoureux, cautionné par S. Boyne, esq., était l'Écossais Randal Graham, choisi parla Famille pour conduire au dedans de isewgale une tentative d'évasi'on que les lords de la Nuit, S. Boyne en tête, favoriseraient au dehors.

Mais ceux qui connaissent Newgate savent qu'une évasion de la chambre d'attente présente d'énormes difficultés.

— Eles-vous prêt, milord? dit Randal lorsque le pas lourd du vieux NoU Brye eut cessé de se faire entendre au dehors.

— Je suis prêt, répondit Rio-Santo qui se souleva sur son lit de paille.

Randal s'approcha de la fenêlre donnant sur la rue de Newgate et lança à travers les massifs barreaux de fer une demi-couronne qui rendit un son argentin en tombant sur le pavé.

Aussitôt, de l'angle deGiltspur-Street, un miaulement aigu se fit entendre.

Ils sont là, dit Graham. Allons, O'Breane, voici le mo-

ment de nous séparer... Écoutez... Il est certain que je n'eusse pas fait pour mon père ce que je vais faire pour vous... Si vous ne me revoyez plus, ilfaudra penser quelquefois au pauvre Randal, O'Breane.

— J'y penserai comme il un ami cher et dévoué, répondit le marquis avec émotion; — mais pourquoi parler ainsi, Graham'? Nous nous reverrons certainement.

Randal secoua la tête.

— Je connais le casse-cou, dit-il ;— autant vaudrait se jeter du haut de la tour de Saint-Dunstan sur le pavé... Mais vous avez raison, Fergus, reprit l'Écossais en affectant une gaîlé subite, — on en revient, après tout, puisque Jack Shepar en est bien revenu.

— Je n'ai jamais va ce casse-cou, comme vous l'appelez, murmura Rio-Santo ; — y a-t-il donc vraiment danger de mort ?

— Oui et non, O'Breane, oui et non... Si on avait des ailes, on pourraits'en tirer comme il faut... C'est un escalier de soixante marches, taillé à pic et au bas duquel s'élève le mur de pierre d'une maison... S'il fallait s'y risquer en plein jour, lecceur manquerait, mais il fait nuit... plions, Fergus ! à la besogne.

— Mais dit encore celui-ci, — qui vous force !\ prendre ce périlleux chemin?

— Ma foi, milord, répliqua l'Écossais, vous devez penser que ce n'est pas par cheix que je le prends... Les shérifs, voyez-vous, tiennent h Votre Seigneurie comme à la prunel le de leurs yeux. Ils ont établi des postes à toutes les issues. Il y en a dans Ludgate-IIill, dans Flcel-Lane et au bout de Choapside... L'n seul point nous reste ouvert, c'est Skinner- Streetet la cour de l'Arbre-Yert, qui sont gardés par des policemen du choix de monsieur Boyne. Or, une fois dans Green-Arbour-Court, il faut en sortir...

Rio-Santo mit son front entre ses mains et réfléchi durant quelques secondes. — Au bout de ce temps, il se leva, laissant sur la paille ses fers minés d'avance, et serra, la main de Randal.

— Merci, dit-il. Pour moi, je n'accepterais pas votre dévouement,— mais j'ai entamé le combat, et ma défaite ci^userait davantage l'abinie où souffrent nies frères...

— A la besogne 1 répéta Randal ; — je vous dirai, moi, que je me moque de vos Irlandais comme du shah de Perse, et que si je donne mon sang pour quelqu'un, c'est pour vous tout seul, O Breane ! ^

Il déboutonna rapidement son habit et détacha une corde de soie roulée autour de ses reins. Cela fait, il arracha sans eiforls deux barreaux de la fenêtre qu'il avait limée luimême dans la soirée. — L'un de ces barreaux, passé en travers de ceux qui restaient, servit à fixer solidement la corde.

Randal prit ces diverses mesures avec sang-froid et précision, de même qu'il avait parlé de Green-Arbour et du cassecou sans emphase, de même encore »;u'il avait énoncé son intention de mourir pour Rio-Santo d'un ton simple, dépourvue d'enthousiasme et d'exiiltation.

Et pourtant, à moins qu'on ne remonte au gouffre de Curlius ou au saut de Leucaie, jamais chance de mort plus certaine n'avait été bravée par un homme avec connaissance de cause et préméditation. Le casse-cou de Green-Arbour- Court présente une rampe effrayante à mesurer de l'œil : on ne descend qu'avec lenteur et en prenant des précautions qui n'empêchent pas les accidens de s'y multiplier tous les jours.

Randal prétendait descendre cet escalier à cheval par une nuit sombre.

Comme il l'avait dit, au bas de l'escalier se dressait et se dresse encore un mur de pierres qui semble placé là, pour ôter jusqu'à la plus mince possibilité de tenter avec succès l'entreprise méditée par Randal.

Son but était de frayer un passage au marquis de Rio- Santo, d'éloigner les dilîêrens postes qui veillaient aux alentours de Newgate en les attirant sur sa propre trace. Or, pour agir efficacement en ce sens, il fallait conduire lâchasse

LES JIY9TERES DE LONDRES

le plus loin possible, et la cour da Green-Arbour est tout près de la prison.

Randal espérait peut-être en revenir, pour employer son style, mais nous devons dire qu'il ne se faisait point illusion, et que la perte du temps employé par les policemen à rtconnaître son cadavre, — au ras où il resterait mort au pied du casse-cou, — entrait positivement en ligne de oonapte dans son calcul touchant les probabilités de l'évasion du marquis.

On peut trouver des dérouemens plus chaleureux et plus bavards que le sien, mais point de plus entiers, point de plus réfléchis.

Quand la corde de soie fut solidement fixée, Randal se tourna vers le marquis et lui tendit la main.

— Au revoir, dit-il. Profitez du moment et souveeez-vous de moi.

Il se glissa lestement entre les barreaux et fut à terre en un clin d'œil.

La sentinelle de la porte de la Dette enlendille bruit de sa chute, et cria : Qui vive?

Au lieu de répondre, Randal prit sa course vers Giltspur- Street. A l'angle de celte rue un cheval était préparé. — Randal sauta en selle.

— Alerte ! cria la sentinelle : — Le condamné s'évade !

L'effet de ce cri fut magique. Les pierrfs des maisons voisines semblèrent se transformer instantanément en hommes de police. Randal tourna par Sliinner-Slreet, ne poussant son cheval qu'autant qu'il le fallait pour n'être pas atteint, et se gardant bien de le nutlre au galop. Le policeman qui faisait sentinelle à l'entrée de Green-Arbour Court joua une scène que nous connaissons déjà, pour l'avoir \u représenter dans l'enlrf poBt du Cumberland, lors de l'évasion des confie/*, en rade de Weymouih, par Paddy O'Chrane et ses compagnons- Le policeman, à l'approche de Randal, se laissa choir sur le pavé, en criant miséricorde, comme s'il eût reçu un choc violent.

Randal passa, poursuivi de près par tous les surveillàns échelonnés autour de Newgate. Arrivé au milieu de la cour, il frappa de ses deux talons le ventre de son cheval. On le vit, à la lueur de l'unique lanterne suspendue au bout de l'obscur passage, partir comme un trait et disparaître au haut du casse-cou.

Les policemen s'arrêtèrent.— Ils entendirtnt le sabot du cheval heurter les premières marches de l'escalier. —Puis ce fut un bruit sourd, le roulement d'un corps lancé avec violence sur une rampe âpre.— Puis enlin ce fut un son étouffé, jiesant, suivi d'un mortel silence.

Il courut uu frisson d'horreur parmi les hommes de police.

Après un moment d'hésitation, ils détachèrent la lanterne de la cour et commencèrent à descendre l'escaiier avec précaution. Dès les premières marches ils rencontrèrcBidts traces de sang. Au bas du cassecou, dans la ruelle étroite et sans noriKiui redescend dans la street, ils trouvèrent un sanglant et informe pêle-mêle. Le cheval avait été littéralement bro)é.

Mais il n'y avait là que les débris du cheval. Les hommes de police eurent beau chercher, ils ne découvrirent rien qui ressemblât à un cadavre humain. Rien, pas même un lambeau de vêtement.

Ils se regardèrent, désappointés, puis ils battirent les ruelles environnantes, au-dessous du casse cou.

Ils ne songèrent point à battre Green-Arbour-Court luimême, pat ce qu'il était réellement peu probable que le prisonnier fût remonté après sa chute les soixante marches du break neck.

Pendant cela, Newgate-Sireet restait complètement désert, et il n'y avait plus dans Old-Bailey que la sentinelle de là porte de la Dette.

Quand nous disons désert, nous parlons seulement par rapport aux gens de la police, car il se trouvait aux environs di^la prison plusieurs personnes que la fuite de Randal n'avait point éloignées. C'étaient d'abord les hommes de la Fanille, cicUés élans Gil'.ipur-S.rait, et H civiher li3u jjo U SIÈCLE. « VI,

qui tenait par la bride un excellent tî vigoureux cheval de selle.

C'était ensuite une jeune femme vêtue de noir qvi se tenait immobile à l'angle de Sltinner Street.

Au moment où Randal avait piqué des deux, cette jeûna femme venait d'arriver par Ludgate-Hill et OldRailey. Elle avait examiné le visage du fugitif à la lueur des réverbères et avait murmuré :

— Ce n'est pas lui I

Puis son regard, oii il y avait de l'égarement, s'était promené le long des murailles noires de la prison.

— Je savais bien que je trouverais Newgate, murmur?.-!elle; mais comment arriver jusqu'à lui!..; Comme ces pierres sont tristes... Et qu'il doit faire froid derrière ces grands murs I...

Clary, — c'était elle, — serra autour de sa taille en frissonnant les plis de son écharpe et ramena son voile sur son \isage. .

A ce même instant, monsieur le marquis de Rio-Santo, suivant le même chemin que Randal Graham, se laissait couler le long de la corde de soie et atteignait le sol sans accident. Aussitôt qu'il eut touché terre, i! se glissa vers Giltspur-Street.

— A vous, signorel dit une voix sous l'enfoncement d'une porte.

Bembo détacha en tOHte hâte fa bride du cheval et la tendit à Rio-Santo.

— Qui vive ? cria la sentinelle d'Old-Bailey. —■En selle, milord ; en selle, dit Bembo.

Rio-Santo lui ouvrit ses bras et le jeunellalien s'y jeta tout attendri.

— Qui vive? dit encore la sentinelle.

RioSanlo enfourcha son cheval et tourna, au pas, l'angle de Giltspur-Street.

Clary leva son voile et le reconnut.

Sans dire une parole, elle s'élança vers lui et s'attacha aux plis de son manteau. — L'angle de la rue interceptait la lumière du gaz. Le marquis abaissa son regard sur cette femme vêtue de noir et crut reconnaître la comtesse.

— Est-ce vous, Ophelia? murmura-t-il.

— C'est moi, répondit faiblement Clary.

— Vous voulez me dire adieu P.. .

— Je veux aller où vous allez... Je veux vous suivre toujours... toujours.

Rio-Santo se pencha, puis se releva, entourant de son bras la taille flexible de la pauvre Clary...

Puis, au moment où la senlinel'e criait son dernier <iui vive, le marquis enfonça ses éperons dans le ventre de son cheval, qui bondit sous son double fardeau et partit comme un trait.

CHAPITWE XXXII.

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