‹ Les amours de ParisChapitre 26 sur 190 · I.A nUTTF. SAINT-CÎIALIIÛNT · texte numérisé non relu

I.A nUTTF. SAINT-CÎIALIIÛNT

Gaston était assis sur lo lit do Nazaire et

semblait absorbé complètement dans sa doulqurcuse rêv.'iie.

Nazaire faisait semblant de brosser son p.intalon, et In ri?gard«it du coin de l'œil. Il y avait dans ce regard du bra-io Dragon le dévouement d'un ami et la tendresse inquiète d'un père.

Le tunbrc enroué du pslit coucou de fa'icncoqui pendait à Id muraille soiiua neuf lieures et demie.

Gaston se leva et secoua sa tête par un mouvement brusque.

— Il est temps, dit-il.

Nazaire demeura immobile, son pantalon d'une main, sa brosse de l'autre, tant il fut étonné de voir ce front, courbé naguère sous l'accablant fardeau du désespoir, se redresser tout à coup calme et fier.

— Jo compte sur toi, reprit Gaston d'un ton bref et ferme qui faisait plein contrasteavec la mollesse découragée de ses récentes paroles : — tu la consoleras de ton mieux... Moi, je n'aj plus le droit de penser à elle, parce (pie le moment est venu d'agir en homme.

— Allons! dit Nazaire; — voil?i !... ça va marcher. Gaston détacha sa cravate qui lui servait de ceinture,

et la renoua autour de son cou, formant avec précision l'ample rosette que nos dandies savaient si bien disposer à cette époque. Il remit son gilet, puis son habit, et dit :

— Je suis prêt.

-C'est bon, réphqua Nazaire qui hssait la soie rebella de son chapeau; — où est le rendez-vous?

— Aux buttes Saint-Chaumont.

— Fameux!... Ce marquis-là s'y entend, toutde même... La porto Maillot est pour ceux qui commandent leur déjeuner d'avance et paient un garde pour venir les déranger au moment où ils vont se tendre... C'est connu... au lieu que les buttes....

Il s'interrompit et acheva entre ses dents :

— Quoique je donnerais deux semaines de banque pour qu'on y vienne nous déranger 1... En deux temps, reprit-il tout haut, — une citadine nous aura transportés sur les lieux!... Ça y est-il?

Gaston s'avança vers la porte.

— Mais j'y pense, dit Nazaire; — les bourgeois ont la coutumo de se donner deux témoins de chaque bord... à quoi ça sert?çam"est égal... Nous ne sommes ici, en tout, qu'un témoin,' nous, fiston.

— En effet, répliqua Gaston; — le marquis a parlé du ses témoins.

— On croit savoir les choses, vois-tu bien!... mais ce n'est pas le tout..-, qui prendre?... Il y a Poiret... c'est diableunent commun; ça n'a pas l'habitude des sociétés... Feignant?... c'est trop décolleté; ça ferait quelque nian- (luement au dV^oruni... Saprislio ! Pâlot, voilà de l'embarras 1...

— Nous irons 'seuls, dit Gaston; — viens...

Comme il ouvrait la porte on entendit dans l'escalier une voix fraîche et gaie qui chantait do petits couplets.

— Diable, diable! grommela Dragon; — cachons les outils... voilà Mignonne.

C'était Mignonne en effet, mais elle n'était pas seule.

Romée la suivait, tenant encore à la main le papier où Dragon avait écrit la veille, en détail et sans abréviation :

(I Nazaire dit Dragon, boulevard Beaumarchais, maison » nsuve, sans numéro, la quatrième après lo café, au fond » do la cour, tout en haut, la troisième porte dans le cor- I) ridor ; le nom est dessus. »

Romée avait découvert cette adresse en retournant par hasard ce chiffon où la main tremblante do Gaston avait trace le mot adieu. Sa première pensée fut que le frère de Sainte se battait contre Nazaire. Celte idée prit sur sou esprit d'autant plus d'empire qu'il savait Nazaire un terrible raffiné d'honneur. Et puis cette idée lui donnait grand espoir. Il s'y arrêTa.

Nazaire, depuis son retour d'Afrique, avait conservé avec son ancien capitaine dssraiiporls de respectueuse et très vive aii'ection. Romée était pour lui l'idéal du bon, du beau et du vaillant. Il l'eût suivi au bout du monde.

Romée, qui savait cela, devait^ donc penser qu'un seul mot de sa bouche suffirait à calnitr la tempête.

Il se disait, en arpentant rapidement la rue des Francs- Bourgeois pour gagner le boulevard :

— Ali 1 ah!... Gaston est fier! tant pis pour Dragon!... Il faudra qu'il fasse des excuses... et il tes fera 1... C'est un si bravy cœur!,.. Je lui dirai ; Cet enfant est mon ami, m«>ii

LKS AMÔL'ÛS DE t>Al\I?.

parent... la première chose venue !... C'est que ce diable de Kazaire ne ferait de lui qu'une bouchée!... Pourvu que f "arrive à temps!...

Il courait do toutes ses jambes.

Eulin il arriva dans la cour, oîi il trouva un portier aussi portier que Jalanibot.

— Monsieur Nazaire est-il chez lui? demanda-til.

— Au sixième au-dessus de l'entresol, répondit c( 1 autre Jalanibot.

— Je vous demande s'il est chez lui...

— Voyez voir, répliqua le portier; — la truijièir.e porte dans le colidor...

On a vu de ces fonctionnaires arriver à la décrépitude «ans avoir eu jamais la moindre canne brisée sur les épaules.

(Vest très vrai, — mais cela suffit pour prou\er en faveur de la mansuétude surprenante de nos niœur.-.

Komée n'avait ni la volonté ni le loisir de prendre à partie le concierge. 11 s'élança dans l'escalier, dont il monta les degrés quatre à quatre.

Mignonne apportait le lait du déjeuner en chantant et sans se douter le moins du monde que le prologue d'un drame sanglant se jouait dans la mansarde.

Romée la dépassa et entra le premier.

— Dieu soit loué! s'écria-l-il, —j'arrive à temps!

— El à propos ! répondit Dragon ; — en voilà de la chance!... '

Et, avant que t^omée essoufflé pût prendi'e la parole , Nazaire poursuivit :

— J'ai l'honneur de vous présenter, capitaine, — Gaston, dit le Pâlot, un ami à moi... pas un ami à la douzaine, au moins!... un ami dans le vrai style, que je n'aimerais pas mon propre enfant un pouce de plus!...

Dragon avait pris une pose militaire pour prononcer cA exorde. — Roméo l'écoutait avec surprise et perdait son espoir.

— Je vous le présente, continua Nazaire, — étant dans un mauvais cas... Une affaire le réclame, comme on dit, et je m'émancipe à vous demander si vous n'auriez pas une heure ou deux à nous donner pour compléter le nombre voulu de deux témoins...

— Monsieur... voulut dii'e Gaston, qui salua poliment et froidement.

— Espère, Pâlot ! interrompit Dragon ; — il s'agit, comme bien vous pensez, capitaine, d'aller sm* le pré incontinent... La chose est à dix heures... et c'est déjà pas trop matin, suivant mon opinion, ayant l'habitude pour mon compte de faire ces fonctions-là au saut du lit... Mais les goûts sont dans la natui'e aussi bien que les couleurs.

Romée avait baissé h tête et ne répondait point.

Mignomie venait d'entrer. Elle était auprès de la porte, son pot au lait à la main, curieuse, comprenant à demi et tremblante.

— Monsieur, dit Gaston en s'adressant à Romée, — l'heure s'avance, et si vous ne devez point nous accorder votre concours...

— Comment! murmura le sculpteur déroulé; — ce n'est pas ensemble que vous vous battez !...

— Ensemble! s'écria Dragon; — mâii motus!... voilà Mignonne... Oui ou non, capitaine?...

— Que ne puis-je faire davantage ! prononça Roînée comme en se parlant à lui-même ; — du moins serai-je là... Je vous suis.

— Monsieur, dit Gaston, qui salua de nouveau, — je vous remercie... Partons!

, Il franchit le seuil.

Romée mit sa main sur l'épaule de Nazaire et lui dit quelques mots à l'oreille.

— Ah !... lit celui-ci avec toutes les marques de l'éloncement; — ce n'est donc pas par hasard ?...

— Je le cherchais... Mais la pauvre enfant va rester seule... Elle ne saura même pas que je suis auprès de son frère...

— Si fait:... Voilà Mignonne...

LE SIECLE — vu.

Roméo ouvrit la bouche pour répondre et garda im sience embarrasse.

Nazaire rougit jusqu'aux oreilles.

— C'est ma femme, dit-il en se redressant, — n'aj'ez pas peur, capitaine... Les bans sont publiés... Et puis, d'abord, il n'y a pas de bans qui tiennent!... Mignonne est un bon petit cœur et une honnête fille, — à preuve que je l'épouse !

Ces derniers mots furent dits avec une dignité si franche et si vraie que Romée n'hésita plus. Il alla vers Mignonne, qui, confuse et devinant qu'on parlait d'elle, faisait semblaat do nif ttre tous ses soins à bâtir un petit feu de bois.

— Mademoiselle, dit-il, Nazaire me permet de vous demander UQ service.

Mignonne se releva et fit la révérence.

— Pardon, capitaine, interrompit Dragon;— j'entends le Pâlot qui crie en bas... J'aurai plus lui fait que vous... Voilà lu cas. Mignonne... Il y a une petite demoiselle qu'il • faut aller voir tout de suite... et la consoler, et la soigner, et tout... C'est la sœur du Pâlot, mon meilleur ami... et elle est quelque chose au c.Tpitaîne, pour qui je me couperais en quatre sans marronner...

— lit que faut-il lui dire? demanda Jlignonne.

— Que tout va bien, mademoiselle, répondit Romée ; — que je suis auprès de son frère... N'oubliez pas cela... et qu'elle prenne espoir...

— C'est ça, partons! s'écria Dragon; — le Pâlot fait le diable en bas... Tu sais. Mignonne, des douceurs, des espoirs... Au grand hôtel du coin des rues des Francs-Bourgeois et Cultiu-e... Mademoiselle...

— Sainte do Naye, acheva Romée.

— Je vas faire de mon mieux, dit Mignonne.

Romée entama un i-emercîment ; Nazaire le poussa dehors sans cérémonie , et tous deux descendirent rapidement.

Gaston les attendait, le pied sur le montoir d'un fiacre qu'il avait appelé.

Le mot pour-boire fut prononcé. Les deux rosses, sanglées à tour de bras, mirent en niouvement leurs jarrets maigres et comme d'^sjirticulés. Le ûacre, ébranlé, cahota au grand trot sur le pavé du boulevard.

La roule se fit silencieusement.

Gaston se tenait immobile et froid dans un coin du fiacre. Auprès de lui, Nazaire, raide et craignant de s'appuyer aux parois prétendues rembourrées de la voilure, gardait une posture de circonstance. — Romée était agité. A cha(iue instant il semblait sur le point de prendre la parole et se taisait toujours.

Lorsque le fiacre s'engagea dans la rue du Faubourg-du- Temple, Nazaire toussa et dit :

— La règle est connue. Les témoitis doivent savoir de quoi il retourne... Moi, je me suis engagé à mener l'aflaire à tâtons, parce que je fais toujours ce que veut le Pâlot, ici présent ; mais le capitaine, c'est différent...

— Comment ! Dragon, s'écria Romée, — vous ignorez...

— Je ne sais rien, capitaine, interrompit Nazaire; — sinon que le Pâlot esl ckoit comme un I et incapable de toute chose «luelconque qui n'est pas la justice... Or donc, reste à savoir s'il veut s'expliquer.

— C'est impossible, répondit Gaslon.

— Voilà, capitaine... .\vaut d'aller plus loin, c'est à vous de vous làter...

— Je serai le témoin de monsieur, répliqua Romée, — i quoi qu'il arrive.

\ — ^'ous êtes généreux, monsieur, dit Gaston avec émo- I lion ; — je vous remercie encore une fois et du fond du ; cœur.

! Romée ouml la bouche ; des paroles se pressaient sur ; sa lèvre ; il les refoula au dedans de lui. j Que dire en effet ? La démarche de Sainte était une de j ces choses en dehors des limites convenues, qui ne s'ex- • pliqucnt point en deux mots. Parler, c'était éveiller des j défiances qu'on n'aurait point le temps de repousser ;— car ' l'heure avançait et le fiacre allait passer la barrière.

PAUL FEVAL.

Un mot étourdi pouvait jeter Gaston hors do son sangfroid et lui ôler sa force.

Rome se tut.

Nous sommes sur les buttes Saint-Chaumont.

Il faisait un ciel clair oii couraient impétueusement des nuages noirs aux vives franges de neige.

Le vent soufflait avec violence, par rafales courtes, qui poussaient presque horizontalement de ces gros grains de phiie que la tempête lance par salves soudaines pour les sécher ensuite do son souifle âpre et puissant.

Le soleil se montrait tout à coup, teignant faverse des couleurs du prisme. Puis il se plongeait sous une épaisse nuée, et sur le couchant sombre apparaissait la courbe immense d'un arc-en-ciel.

Au loin, sur la campagne, on voyait la lumière et l'ombre lutter, se mêler, se déplacer à tour de rôle et donner au même lieu des aspects divers. — De largos zones écli^rées couraient par la plaine, suivies par d'autres bandés obscures et teignant en noir tout ce que le rayon solaire venait d'illuminer et do blanchir.

Paris se montrait au bas de la montée, noir, confus, immobile. — Puis venait une brusque échappée de clarté, Paris s'animait. La lumière mobile donnait une sorte d'étrange vie à l'immense cité. Tout se mouvait. L'ombre et le jour se choquaient parmi les innombrables murailles qui, tantôt cachées, tantôt saillantes à l'ceil comme par magie, semblaient en proie à de gigantesques tressaillemens.

C'était un spectacle magnifique, tantôt joyeux, tantôt terrible, toujours grand, toujours imprévu et nouveau. On eût dit les mobiles caprices de vingt changemens à vue, exécutés sur une échelle colossale, et embrassant tout le vaste horizon dans le caprice inouï de leurs fantasques évolutions.

Les buttes elles-mêmes, désertes et ouvrant çà et là leurs entonnoirs béans de glaise verdàtre, ajoutaient au frappant du tableau.— Il y a quelques années à peine ces buttes, qui touchent à deux barrières populeuses, conservaient encore un caractère singulièrement agreste, et, à voir seulement les brusques accidens de terrain de ces Alpes en miniature, tapissées partout d'une végétation indigente et sauvage, on eût pu se croire loin des villes.

Par exemple, l'illusion ne pouvait durer longtemps. A gauche, les blanches maisons qui se groupent et s'étagcnt sur le plateau de Belleville; devant vous, Paris tout entier, depuis le dôme do la Salpêtrière jusqu'aux portiques de la Madeleine, depuis les tours maigres de Saint-Vinceutde-Paulo jusqu'aux toitures oxidées des Invalides à droite, la rondo caserne de Belleville, les moulins de Montmartre ; derrière vous, le clocher de Saint-Denis, tout vous eût dit que bien loin était la solitude.

De nos jours, l'illusion n'a pas même lo temps de naître. — Du haut de la colline fouillée, minée, exploitée, notre regard qui veut s'élancer vers la plaine, rencontre la courbe à festons de l'enceinte continue et ces citadelles sournoises dont la double menace tourne ses canons vers Paris pour tout de bon et, pour la forme, vers la frontière...

Roméo, Nazaire et Gaston étaient sur la butte depuis un quart d'heure environ. Ils attendaient. —La montre de Romée marquait dix heures et vingt minutes.

— Peut-être ne viendra-t-il pas, dit Roméo dont la voix, plus que ses paroles, exprimait involontairement un espoir.

N'azairo, qui avait caché sous un buisson ses doux flourets, dont il avait, avant de partir, fait sauter les boutons, furetait çà et là, les mains derrière le dos, cherchant un endroit encaissé, assez large et uni pour servir de terrain au combat.

— Il viendra! répondit Gaston, — je l'ai insulté.

— Cependant, reprit Romée, l'heure est passée, et dans ces sortes d'affaires...

— Il viendra ! dit encore Gaston; je vous promets (^l'il viendra.

Le fiacro attendait à mi-côte.

Gaston et Romée se trouvaient à l'extrême sommet des l'uttesot le vent les frappait violennnont au visage.

Romée prit Gaston par la main cl l'entraîna derrière un lalusqui les mit à l'abri pour un pou.

Souvent il ne faut qu'un mouvement de cette sorte pour rompre la glace et servir d'exorde à une confidence difficile.

Romée n'avait point lâché la main de Gaston; il allait parler sans doute, lorsque la voix retentissante de Nazaire se fit entendre de l'aulrc côlc du talus.

Nazaire aimail assurément Gaston do tout son conir, et son excellente nature comportait tout ce qui est généreux, délicat et bon. Il eût voulu, au prix' do son propre sang, protéger et défendre son jeune camarade, dont l'inexpérience et la faiblesse apparente faisaient [iresque à ses yeux une victime. — Mais un duel a\ait en soi quelque chose do singulièrement séduisant pour Nazaire. Les préparatifs de cette rencontre avaient réveillé en lui les souvenirs aimés de parties semblables et chatouillé avec énergie ses instincts batailleurs.

Ce vent frais du matin avait pour lui des senteurs connues. — Ce bon vent que lo chasseur diligent flaire avec allégresse, parce qu'if lui parle de longues courses au bois, do pistes savamment relevées et des mille exploit du sport, Nazaire l'aspirait joyeusement et y trouvait de vifs souvenirs. — L'uniforme bas, le sabre au poing, sous quoique bouquet de hauts palmiers, il se voyait, en Afrique, homme contre liommo, bon pied, bon œil, alerte à la parade...

Chacun a ses défauts.

Et c'était déjormais en amateur, on peut le dire, qu'il vaquait aux préliminaires de la lutte, en cherchant un endroit commode et confortable.

— Un bijou! s'écria-t-il derrière lo talus. — ITn bijou do terrain... Do quoi rompre... Mais pas trop... uni, dur, pas glissant... Un vrai bijou!

Il grimpa sur rescarpement et sauta auprès do Roméo, qui lui adressa un regard de reproche.

Mais Nazaire ne vit point co regard.

— Do manière que, reprit-il, nous voilà parés... Nous allons être là comme des chanoines... Il ne nous manque plus que notre homme... Ah çàl Pâlot, poursuivit-il en changeant do ton, — je pensais à ça tout à l'heure... c'est convenu que tu ne nous diras pas pourquoi tu to bats, puisque ton idée... mais il faut pourtant que nous sachions un peu le numéro do l'insulte...

— Je l'ai frappé au visage, dit Gaston.

Nazaire fit une grimace... Romée baissa les yeux en fronçant le sourcil...

— Numéro premier ! murmura Nazaire , — c'est bon... Alors, comme c'est l'autre qui a été insulté, s'il se contente du premier sang...

— Moi, je ne m'en contenterai pas, interrompit Gaston avec calme et très froidement...

— Cependant... voulut dire Nazaire...

Gaston l'interrompit encore.

— Il faut que l'un de nous deux reste ici, dit-i) ; — c'est un duel à mort...

Le mot fit tressaillir Roméo douloureusement. Nazaire qui éprouvait un sentiment analogue, cacha son ^jmotion sous un air d'indifférence et remonta le tertre en sifflant.

L« vent redoublait.— Los nuages roulaient au ciel comme les vagues tourmentées delanieren tempsd'orago, laissant entre leurs masses mobiles do larges espaces d'un bleu obscur. Les rafales sifflaient dans les branches dépouillées des rares arbrisseaux des alentours.

Romée tira sa montre qui marquait onze heures moins un quart.

Et rien n'annonçait encore la venue do l'advCTsairo de Gaston...

Roméo prenait espérance.

. — Ce pourrait bien être ça ! dit en ce moment Nazaire du haut de son poste d'observation.

Il étendait sa main dans la direction opposée à colle qu'eux-mêmes avaient suivie pour venir.

Romée regarda. 11 ne vit rien;

H monta sur le tertre.

Un élégant coupé, attelé de deux magnifuiues chevaux rouans, galopait sur le chemin de la barrière de La Villctte et approchait rapidement.

Le cœur de Romée se serra.

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