CHAPITRE VII
MIG>0»E.
L'élégant coupé s'arrêta au milieu de la montée, à la ni^me hauteur qne le fiacre, mais du e'Ac op[)osé.
Trois hommes mirent pied à terre. L"an d'eux passa sous sou bras une paire d'épées dans son étui de maroquin. Un autre prit à la main une boîte à pistolets.
Le deruier. enveloppé dans un chaud pardessus fourré, ne portait rien.
Ils commencèrent à gravir tous trois la côte.
Celui qui marchait en léte apercevant au haut de la butte Romée et Xazaire, leur fit un snlul courtois, auquel ils répondirent.
— Allons, Pâlot, mon petit, dit N'azaire ; — voilà notre homme !... Je sais bien, moi, que je n'en ferais qu'une bouchée, de ce marquis-là... mais tu veux faire tes affaires toi tout seul... je conçois ça.
— Abrégez les préliminaires autant que vous le pourrez, messiniu-s, je vous prie, dit Gaston ; —je suis pressé d'en finir
A cette heure, Jean-Marie Riot, en grande livrée, servait le déjeuner de madame la duchesse douairièredeMaillepré.
C'était toujours, de la part du bon serviteur, le même respect et les mêmes prévenances, mais il semblait s'acquitter de son devoir macbmalonient et par habitude.
Son rude visage exprimait une douleur morne.
Lorsque la vieille dame eut repris sa place au coin do la cheminée, Biot mit du bois dans le foyer et du bois encore dans le poêle, afin d'entretenir cotte chaleur étouffante qui empêchait de se figer le sang paresseux de l'octogénaire.
La duchesse ne s'était point aperçue de l'absence de Sainte et de Gaston. — Son esprit était mort avant sa chair décrépite, et il y avait bien longtemps qu'elle n'avait plus de cœur.
Elle s'arrangea dans son haut fauteuil à oreillettes, croisa ses mains rigides sur la soie noire de sa robe, et ferma les yeux pour faire la sieste.
Biot se dirigeait vers la porte.
— Où sont Gaston et Saiute? lui demanda tout bas Berthe.
— Mademoiselle Sainte est à pleurer, dit Biot. — Monsieur le marquis...
La voix lui manqua, — son œil se dirigea vers la pendule qui marquait onze heures moins le quart.
— Il ne laut pas trois quarts d'heure pour se battre, pensa-t-il.
— Eh bien ! dit Berthe, dont l'œil froid et voilé s'anima légèrement ; — et Gaston?...
— 11 faut attendre, répliqua Biot d'ure voix sourde ; — il faut attendre une heure, pour savoir si monsieur le marquis est rivant ou mort.
Berthe trembla de tous ses membres, car en son cœur froissé il y avait encore de l'amour qui dormait. Sous la glaciale angoisse de sa solitude un choc soudain pouvait atteindre et réveiller ses sentimens assoupis.
— Sainte pleure ! murmura-t-elle ; — ils s'aiment tant !... Je veux aller près d'elle...
Sa joue pâle se rougissait d'un reflet de vie, et l'on sentait une âme derrière les belles lignes de ces trait d'albâtre.
Ee fit un pas vers la porte.
— Mademoiselle de Maillepré, dit en ce moment la voix monotone de la douairière , — venez me faire la lecture, je vous prie.
Berthe s'arrêta, comme si quelque invisible main eût cloué son pied au parquet.
Ses yeux s'éteignirent. Son visage redevint de marbre
C'était sa chaîne un instant oubliée qui serrnit autour de son cœur meurtri le cercle froid de ses anneaux de glace...
Biot sortit.
Il trouva une jeune fille inconnue assise auprès du lit de Saiute.
De retour dans sa loge, il se laissa tomber sur son escabelle.
On l'eût trouvé là, durant les heures qui sui\"îrent, immobile, les bras croisés sur sa robuste poitrine, en face de son travail commencé.Ses sourcils étaient contractés violera ment, au dessus de ses paupières baissées.
Il ne bougeait pas. H no se plaignait pas. 11 ne priait pas. lui qui venait de cette province clirétienne et croyante où le paysan, préservé par son bon sens, plus encore que par son ignorance, n'a pas honte ilu rosaire de famille, et demande plus volontiers ses consolations au Christ qu'au Dieu des bonnes gens !
11 ne priait pas. lui qui venaitde Bretagne, cette vaillante terre où ne prennent point racine les mauvaises herbes du scepticisme aride, de l'éclectisme impuissant eu de ce vieux déisme, renouvelé de Voltaire et mis tout récemment à la portée des philosophes de la rue, qui consiste à faù'e patte de veloursau Créateur, tout en iuîultant ses pontifes, depuis le plus humble jusqu'au plus illastre, tout en conspuant également l'obscur labeur du martyr inconnu et la gloire immense de Bossuet !...
Il ne priait pas, parce que tout son être s'engourdissait en une sorte d'agonie. L'heure était passée. A quoi bon prier ? Maillepré désormais était vainqueur ou vaincu.
Biot savait tout maintenant. Sainte avait parlé entre ses sanglots.— La destinée du dernier des Maillepré venait de se décider.
Biot ne sentait plus son cœur. 11 n'y avait dans son cerveau que confusion et ténèbres.
Il attendait, froid, presque insensible et saisi par cette mortelle torpeur qui prend, dit-on, la victime sous le couteau levé...
Sainte était étendue tout habillée sur son lit; elle attendait, elle aussi, mais sa souffrance était moins cruelle. Il y avait auprès d'elle une douce âme qui la consolait et lui disait d'espérer.
Mignonne accomplissait en effet sa promesse. Elle était venue, et, dans cette jeune fille que sa mission était de consoler, elle avait reconnu l'ouvrière en broderies de madame Sorel, la victime de son étourderie de la veille.
Mignonne n'était point un ange ou du moins c'était un ange légèrement acoquiné aux choses terrestres, et dont la blanche robe d'innocence avait subi çà et là peut-être quelquis accrocs. Mafe la faute n'en était point à elle, la pau\Te fille.
Reproclieriez-vous sa défaite à ce soldat qui se présent ferait sans armes devant l'ennemi?
Elles naissent, ces belles enfans dont la vie est un long hasard; elles croissent.— Nulle bouche amie ne murmura le nom de Dieu auprès de leur berceau. Elles sont les filles de la misère incrédule, haineuse, désespérée. Leur enfance, au lieu des joies saintes de la famille, joies qui se trouvent, sachez-le bien, dans la pau\Teté comme dans la richesse, quand la débauche aveugle et la mortelle corruption ne viennent pas changer la misère en honte et la plainte en blasphèmes, — au lieu, disons-nous, des joies de la famille, leur enfance n'a vu qu'un travail détesté, qu'une tâche odieuse, coupée par d'indigentes orgies- Point de foi, nulle croyance, des ténèbres apathiques et stupides !...
Est-ce donc un père que cet homme i\Te qui rentre et
PAUL FEYAL.
assomme sa femme? est-ce donc une mère que celle créature ; moralisles impertiuons vous engagent à élrc vertueuses qui court, qui danse, qui s'alfole froidement aux hurlantes Outre que c'est rebattu, c'est absurde ; je le prouv
saturnales des barrières et ne songe point aux pleurs de son enfant abandonné !
La misère abrutit. — Oii ! c'est bien vrai! 11 faut plaindre avant de condamner. Le coeur se fend à songer à ces souffrances horribles, contre lesquelles l'orgie est, hélas! un refuge. — Mais ne fallail-il pas une cruauté bien Iroide, une bartiarie bien insensée pour enlever à ces milliers de martyrs leur consolation suprême! Au-dessus d'eux était un radieux espoir : ils avaient, dans le rude sentier de leur vie, un soutien et un guide...
Maudite ! maudite- soit l'erreur latale qui leur arrsrha la croix où se cramponnaient leurs mains suppliantes !
Vous gagnez vingt oboles par votre travail et il vous faut, pour vivre, quarante oboles ou beaucoup plus, mais jamais moins.
Donc, il est matériellement impossible que vous restiez vertueuses. La vertu, pour vous, est une utopie^ un rêve. Celle d'entre vous qui se surprendrait à vouloir être ver- \ tueuse, rentrerait dans le domair.e de l'impossible. ; Pour exiger que vous restiez vertueuses, il faudrait être I un tigre, un vil tartufe, un ignoble propriétaire... i Le livre, il est vrai, ne conclut pas, mais c'est un tort. I| i était si facile d'ajoutr;r : —Par ainsi, mesdemoiselles, jetez
Vous 1 Air avez pris leurs croyance? ; vous leur avez dit : ! votre aiguille par dessus les moulins, dansez la polka,
chantez la mazurka, et perdez-vous tout doucement dans les sentiers ambrés du gentil faubourg où croir)Sent les lorettes...
Pour parler sérieusement, c'est une vie [lénible, glissante, périlleuse que celle dec.es pauvres ouvrières dont le labour ingrat correspond à un salaire si modique !
5Iais,justementparcoqu'ellesse trouvenlau Itorddu fossé, peut-être n'étuit-il pas à propos de les pousser du revers de la main en passant, d'une façon aimable et toute caressante.— Car cette Caresse en a pu faire culbuter plus d'une. Et qui ne sait ce qu'il y a d'amertume poignante au fond de cet abîme, dont la lèvre se cache sous des fleurs!... Assurément, il y a quelque chose de grand et de nobla i dans ces idées soulevée* de nos jours touchant le droit au j travail. Nous les aimons sous la plume mâle de Louis I Blanc. Elles nous persuadent, bien plus, elles nous exal- ! tent. lorsque, trouvant un avocat éloquent et convaincu, \ elles rovêtrut les formes graves de la discussion raisonna- 1 ble. — Mais nous nous indignons de voir quelque.s esprits j étourdis ou faussés partir du même point, glisser de côté,
Vos espoirs sout menteurs, et ces prêtras qui vous parlent
de Dieu ne peuvent pas se regarder sans rire !...
Vous vous êtes donné la mission de poursuivre ces tristes victimes du présent pour leur crier : 11 n'y a pas d'avenir !...
Et, en échange de la foi tutélaire, que leur avez-vous
rendu?
Le Dieu de la chanson, n'est-ce pas, le Dieu charnu et
jovial, dont l'évangile est un hémistiche d'opéra-comique ■
le jeu, le vin, les belles ?
Mais au bout de k'urs jeux il y a le couteau : leur vin
empoisonne; leur amour que vous avez fait sans frein jette j
dans le ruisseau des bas quartiers'ces mille enfans incon- ■
nus à leurs pères, race atrophiée, sauvage, étique, qui vous
hait parce que vous avez du pain, — et qui a raison de vous
haïr...
Ce n'était pas assez. Vous les avez mis en défiance, —
ces malheureux sur qui s'acharnent vos théories,— contre
la charité elle-même I vous avez calomnié l'aumône, et il
nous est arrivéiout récemment de lire une attaque contre ; s'égarer, se perdre, et souffler au peuple en des prédica-
ces miséricordieuses tilles, orgueil inodesto de notre civi- i tions fanatiques la haine aveugle de tout ce qui fut.
lisation chrétienne, que le dix-huitième siècle lui-môme i Nous nous indigiions d'entendre crier sur les toits de ces
avait respectées ! paroles imprudentes qui n'ont pas même le mérite de si-
Mais vous avez donc des millions pour remplacer les gnab-^runnial, puisque le mal est connu déjà, et qui l'aug-
incalculables bienfaits dont le clergé est la source ou le ' mentent en en proclamant la nécessité fatale.
canal ?...
Hélas non ! Vous n'avez que des phrases. ■
■ Vous dites :
Ici, comme partout, il y a deux parts à faire. Honneur aux esprits éminciis et loyaux, dont les consciencieuses
Le malheureux est homm.e et citoyen ; c'est l'insulter que ! veilles préparent la révolution morale qui, tôt ou tard, rede lui faire l'aumône. H a droit au travai... lèvera le travailleur et lui mes
lèvera le iravuiiieur ei lui mesurera plus large sa portion Tribuns, après avoir écrit, vous mangez. Pendant que , de bien-être; — mais honte aux médiocrités passionnées )us écrivez et que vous mangez, des gens ont faim : souf- [ qui reculent la solution au lieu de l'avancer, qui insultent,
[ qui calomnient bassement, et dont l'unique métier en un
mot est d'envenimer, — pour de l'argent, — les rancunes
vous
irez qu'on les secoure !
Quand vous leur aurez donné le travail auquel ils ont
droit, il sera temps de jeler au rebut la charité comme un j populaires ; de flatter, — pour de l'argent, — les faiblesses haillon méprisable.— Alors ce ne sera que de l'ingratitude : maintenant, c'est de la barbarie.
Slignonne était née dans une pauvTC demeure du quartier Saint-Marcel. Son père et sa mère travaillaient six jours ^r semaine et buvaient les trois quarts de leur gain le dimanche, toujours par dévotion pure au Dieu desJjonnes
gens.
lis moururent tous les deux, sans connaître de la vie autre chose que la fatigue haie, la famine et le brutal plaisir.
Mignonne grandit, nous ne savons comment. A douze ans, elle était servante chez un jardinier de Montrouge et olie comme un cœur. — Montrouge, ce n'est pas Pai-is. Mignonne fut entraînée par cette attraction mystérieuïc que la grande ville exerce autour d'elle.
Elle vinl. — Elle fut gi'isellc, — mais, par bonheur, elle ne fut pas étudiante.
Cne bonne chance poussa Nazaire sur son chemin. Elle élail en équilibre au bord du vice. Nazaire lui tendit la main, elle fut sauvée.
Il y a un adage qui prétend que toute vérité n'est pas bonne à dire. Cet adage est un stupide vieillard.
Nous connaissons en -(-'flet un livre qui lait aux petites ouvrières ce' triompVian-t raispnncmoul : — Mes filles, des
de la foule !
Ceux-là sont monoinanes ou froidement pervers, — ou i'ien encore ils font tout bonnement un commerce.
Car Denisarl avait raison de le prévoir. On lui a volé son idée, et l'axiome : un million de sotis fait cinquante mille francs a chaullé bien des dévouemens fougueux jusqu'à l'cnthousiafine , — bien des haines jusqu'à la folie furieuse...
Heureusement , lorsque Mignonne rencontra Nazaire, elle ne savait pas encore lire. Ce fut Nazaire qui fit son éducation. Le professeur n'était peut-être pas très habile, mais sa bonne volonté fil merveille, aidée par l'aptitude et l'excellent conir de l'élève.
Do sorte que, par hasard, Mignonne croyait à quelque chose, Nazaire se souvenant à moitié des cnscigncmens de sa vieille mère.
Le sens droit de la jeune fille et l'amour dévoué qu'elle portait à son fiancé avaient fait le reste. Nazaire avait raison : elle était digne d'être la femme d'un honnête hoiiime...
Elle trouva Sainte, les yeux humides encore, mais h bout do larmes, et au plus fort de son désespoir. En tout autre moment. Mignonne eût été déconcertée, en face de cette [:auvre enlanl qu'elle avait blessée involontairement, mais
LES AJIOraS DE PARIS.
cruellement la veille. La détresse de Sainte lui fit tout oublier. Elle sVlaDra vers elle et lui prit les maius avec effusion, comme si elle eût été sa sœur.
— Je viens de la part de monsieur Komée, dit-elle, devinant que ce nom seul allait t^tre un aiguillon au découragement de Sainte.
Sainte, en effet, se souleva et l'interrogea d'uu regard avide.
— Oui, reprit Mignonne en souriant; — monsieur Romëe, qui est avec Dragon et votre frère.
— Et où sont-ils? demanda Sainte.
Mignonne hésita durant un instant de raison ; car elle ne voulait pas dire : Ils sont à se bittre.
— Ne vous inquiétez pas, répondit-elle enûn. — Dragon est fort comme un Turc et il aime le Pâlot... Le Pâlot, c'est votre frère... Comme si c'était lui-même, et mieux que ça, ma parole... Monsieur Roméo est là, d'ailleurs, et ilra'a dit : Tout va bien.
Le cœiup de Sainte battit plus libre. Elle eut espoir et remercia Dieu. Roînée avait rejoint Gaston, ('.'était une bonne nouvelle. — Le premier effet d'» l'amour naissant dans un cœur de jeune fille est une admiration exagérée et sans bornes.
Sainte n'aimait peut-être pas encore Romée. Du moins, si cet amour existait en germe au fond de son cœur, c'était bien à son insu, puisqu'elle avait osé se rendre seule dans la chambre du sculpteur. Mais elle l'admirait déjà. Elle se faisait une idée confuse et trop liaute de son pouvoir. Il lui semblait que, sous la protection de Romée, Gaston était à demi sauvé.
— Qui est-ce Dragon? demanda-t-ellc encore à Mignonne.
Celle-ci devint toute rose sous sou sourire.
— C'est mon mari, répondit-elle résolument. — Quand je dis mon mari... pas encore... mais l'affiche est à la mairie... Oh d.im ! c'est une chance qu'il soit avec votre frère, ma petite demoiselle, parce qu'il a été soldat et gradé dans l'armée, et qu'il tn cassera, comme il dit, trois ou quatre, avant qu'on fasse du mal a son Pâlot... Avec lui cl monsieur Romée, qui était son capitaine à Alger et qui est un solide, votre frère n'a rien de rien à craindre, voyezvous.
— Merci, dit Sainte; — si vous saviez tout le bien que vous me laites!...
— Oh ! pour ça, s'écria Mignonne, — je ne vous en ferai jamais autant que je voudrais... Je vois bien que vous ne me remettez pas, mais c'est moi qui suis cause... vous savez bien, hier... c'est moi qui ai parlé du spectacle chez madame Sorel... Je vous dis ça, parce que je ne veux rien avoir su* le cœur avec vous... etiiue j'en ai pleuré de colère d'avoir fait cette sottise-là... Ah mais ! c'est moi qui vas leur dire leur fait à ces demoiselles !... Maintenant que j'ai vu votre frère et que je sais...
Elle s'interrompit et caressa les deux mains de Sainte.
— Dites donc, reprit-elle ; — il faut que vous me disiez si ma figure vous revient, parce que, moi, d'abord, je vous trouve gentille comme un amour et que me voilà qui vous aime...
Sainte se prità sourire tristement.
— Ça vous fàche-t-il ? demanda Mignonne dont la voix douce et le charmant visage donnaient je ne sais quoi de joli aux tournures populaires de jon babil ; — avez-vous encore de la rancune pour hier ?...
. — Oli ! non. répondit Sainte ; -^vous avez trop bon cœur pour avoir voulu me blesser...
— f^ c'est bien vrai ! s'écria Slignonne ; — bien sur, bien sur... Et quand je vous ai vue .sortir, j'aurais coupé ma langue bavarde pour sa peine!... Dam, d'après ça, c'est pas moi qui aurais pris la porte pour si peu de chose... Mais vous n'êtes pas tout à fait comme nous autres, puisque, depuis une demi-heure ([ue je vous parle, je n'ai pas encore osé vous tutoyer...
La main de Sa;nte soutenait son front loiu-d et brûlant-
Mignonne garda un instant le silence. Elle couvTait Sainte d'un regard ému.
Puis elle se laissa glisser sur ses genoux. — Les blonds cheveux des deux jeunes filles se touchèrent.
— Comme le temps est long à passer, n'est-ce pas? murmura Mignonne avec une exquise sensibilité ; — il ne faut plus chercher à tromper votre inquiétude... Vous ne pouvez penser qu'à lui... Mon Dieu, mon Dieu!, pourtant, que je voudrais vous consoler !... Je suis sûre qu'il va bientôt revenir... Dragon est avec lui.
— Merci encore, dit Samte;— vous êtes bonne d'être venue... Sans vous, je serais morte à force de soutfi-ir I...
— Vous ne savez pas! s'écria Mignonne ; Dieu est bien bon et il doit aimer vos prières... Prions ensemble pour qu'il revienne.
Sainte ou\Tit ses bras, reconnaissante et touchée jusqu'au fond de l'àme. Mignonne la baisa de tout son cœur.
L'instant d'après, les deux entans étaient à genoux côte à côte sur le carreau , demandant à Dieu la vie de Gaston.
A la butte Saint-Chaumont,N'azaire mesurait lesépées.— Gaston et le marquis venaient de mellrc habit bas...