PENDANT QU'ON CHANTE
Le capitaine Paddy attira Snail dans l'un de ces enfoncemens obscurs ((ui abondent sur toute la longueur de cette petite ruelle fangeuse, sombre et encaissée que les voleurs et les filles de mauvaise vie ont baptisée BeforeLane.
Avant d'ouvrir la bouche, il prit soin d'éclairer minutieusement ses alentours. Il ne vit personne; il commença :
— Moucher enfant, dil-il d'une voix grave et dogmatique, — bien qu'on puisse aflirmer que, chez vous, la perversité a devancé l'âge, et bien que vous ayez l'âme noire comme le trou le plus noir de celte ruelle maudite, vous n'avez jamais rempli jusqu'ici aucune mission importante... miauler n'est pas un métier, que diable ! ajouta Paddy que son éloquence entraînait vers ses Ibri.inles accoutumées; — tu ne peux pas, ignoble scanip, mon cher petit, — de par Dieu ! — miauler toute ta vie. Il faut se faire une position, un sort, ou le diable m'emporte!... Les caisses d'épargne («ay/np'* hanks) ne sont pas faites exclusivement pour les chiens... .le disais donc, — que le tonnerre m'écrase!.. Hem !.. hem!.. Je disais, vil espoir de Botany-Bay, mon pauvre cher garçon... je suis sûr que je disais... — de par l'enfer ! je disais... Que disais-je, Snail, au bout du compte ?
— Je ne sais pas, capitaine , répondit Snail.
— Tu ne sais pas, Snail! lu ne sais pas... ni moi non plus... mais je m'en souviendrai une autre fois... Veux-tu gagner dix guinées?
— r.ii m'est égal, capitaine.
—Comment, ver de terre Icomment, mon Cls !... je te parle de dix guinées... c'est de quoi boire bien des pots de gin, charmant petit coquin ; c'est de quoi, sale reptile, payer bien des onces de tabac à ta jolie Madge, — qui est assurément la plus repoussante créature !... mais ne parlons pas décela.
Depuis une seconde, Snail avait tourné la tête ù demi et n'écoutait plus. Sans cela il eût sms doute très sévèrement relevé l'incojivenante sortie du capitaine à l'endroit de Madge, la belle porteuse àla mer.
Snail n'écoutait plus paire qu'il était fortoncupé' I suivre les mouvemens d'une masse noire et presque indistincte qui rampait le long des maisons, du côté de The Pipe and Pot. Cette masse avançait lentement , mais par un mouvement continu, vers l'enfoncement où avait lieu l'importante entrevue de Snail et du capitaine Paddy.
— Eh bien I limaçon d'enfer! reprit ce dernier, — qu'en dis-tu?
— C'est Bob ! murmura Snail ; — est-il curieux, au moins, ce diable de Bob I
— L'enfant est ivre ou fou, pensa Paddy ;— Snail, mon fils, que viens-tu me parler de ce hideux mendiant de Bob Lantern, notre bon compagnon?...
— Le voilà, répondit Snail.
— Où? demanda Paddy en tressaillant. ' -
LES MYSTÈRES DE LONDRES
Soail montra du doigt la masse noire, qui continuait de s'avancer lentement.
— Cest Bob, cela ! murmura le capitaine ; on peut dire que le cher garçon, la nuit comme le jour, ressemble à un tas de'boue !.. Quant à toi, petite peste, Snail, cher trésor, je ne connais pas ton pareil... Du diable, si j'avais vu cela, moi qui ai des yeux passables pourtant... Parlons bas... et laisse approcher ce cher ami : je lui dois quelque chose ; n'aie pas l'air de faire attention... Nous disions donc que tu as bonne envie, petit Snail, de gagner dix guinées.
— J'aimerais mieux gagner quinze guinées, capitaine.
— Quinze guinées soit, jeune sangsue ! je ne marchanderai pas... Ta besogne est simple et aisée. Tu vas aller chez un fripier où tu achèteras un habit complet de gentleman. Tu fourreras dans ce costume tes maigres os ; tu entreras au théâtre et tu t'asseoiras au foyer... Est-ce dit?
— C'est dit... Bob n'est plus qu'à trente pas.
Le capitaine s'enfonça davantage dans l'angle oii il se cachait.
— Laisse-le approcher, mon enfant... Au foyer, tu attendras... tu attendras jusqu'à ce qu'un gentleman vienne te toucher la main comme cela.
Il lui toucha le dessous des doigts d'une certaine façon.
— Mais, dit Snail, comment ce gentleman me reconnaîtra-t-il?
— Est-ce que j'ai oublié cela ! s'écria Paddy ; —je me fais vieux ou le diable m'emporte! graine de pendu, mon cher fils !.. Tu mettras à ta boutonnière un bout de ruban jaune.
— C'est bien... Bob n'est plus qu'à vingt pas.
— Laisse-le approcher, mon fils... Ce gentleman te dira ce qu'il faut faire et tu lui obéiras. ..Tiens, voilà cinq guinées pour ton costume d'homme comme i! faut, et cinq guinées, diabolique d'enfant, pour te donner du cœur. Tu auras le reste après.
— Bien, capitaine... Bob n'est plus qu'à dix pas.
— Ah ! il n'est plus qu'à dix pas, grommela Paddy ; — le cher garçon!...
Et, changeant de ton toul-àcoup, il ajouta de manière à être entendu d'un bout de Before-Lane à l'autre :
— C'est la vérité, Snail, de par Dieu ! jeune siélérat... Ce sont les plus fins qu'on trompe le plus volontiers... Vois, par exemple, cet abject pendard de Bob, notre bon camarade, que nous estimons tous comme il le mérite, de par Satan !..■ Eh bien! Snail, mon fils, dangereuse teigne. Bob est trompé, indignement trompé par cette Tempérance dont il est fou, le pauvre diable !
Bob s'était arrêté court. Snail riait sous cape. Le capitaine serra vigoureusement la pomme de sa canne.
— Je veux que Dieu me damne, reprit-il, si ce n'est pas dommage! Bob est une vivante ignominie, un monceau d'ordures ambulant ; mais, — de par l'enfer! — c'est un honorable compère, après tout... Et quand on pense que sa femme l'abandonne pour ce grand drôle de Tom Turnbull....
— Turnbull ! râla Bob avec rage.
—On a parlé ! s'écria Paddy qui s'élança hors de son trou; — on a parlé, mort ! — et sang ! — et damnation !... Qui a parlé?... Un homme ici!... un homme aux écoutes!
Le capitaine prit sa canne à deux mains et frappa sur Bob à four de bras. Celui-ci s'enfuit en hurlant. |
Snail se tenait les côtes.
— Cela lui apprendra à me voler mes foulards ! murmura ! Paddy triomphant.
!Mais sa vengeance avait été plus loin qu'il ne le pensait. ! Bob ne sentait pas les coups de canne, c'était au cœur au'ù i était blessé. {
Avant de rentrera The Pipe and Pot, il s'appuva, chancelant, à la muraille et serra convulsivement sa poitrine à deux mains.
— Tempérance! dit-il ; — ah!... Tempérance!... et Turnbull !
Il ferma les poings et fit un geste de menace passionnée. —Ah! Turnbull I... répéta-l-il.
Quand il rentra au public-house, ce fut auprès de Mich qu'il alla s'asseoir.
Le capitaine Paddy, conteot du succès de sa comédW, quitta Snail et revint au théâtre de Covent-Garden.
Il oublia, — de par le diable ! — d'acheter des oranges ft mistress Burnett, qui ne lui pardonna jamais ce /«»*«* de galanterie.
Snail s'en alla chez un fripier acheter son habit de gentleman.
Au moment où nous rentrons dans la salle sur les pas du bon capitaine, la représentation allait son train. Le second acte du Freyichut:,, chanté bien ou mal par la troupe tudesque, s'achevait sans encombre. Ceci, à vrai dire, était la moindre chose. Nous autres, Londonners, nous donnerions, barbares que nous sommes, le plus bel opéra du monde pour la moitié d'un baUet. Nous n'avouons pas cela tous les jours, mais la vérité finit par trouver une fissure et jaillit tôt ou tard au dehors.
On attendait donc le ballet. Weber était le prétexte de la réunion ; les fines jambes de la signera Briotta en étaient le véritable but.
Pendant qu'on attendait, les visites se continuaient; chtqiie loge occupée par des dames s'ouvrait de minute en minute et donnait asile à quelque gentleman qui venait présenter ses respects.
La cemtesse de Derby reçut ainsi successivement Lantures- Luces, qui se fit un devoir d'affirmer à Susannah qu'elle avait un ravissant éventail, ceci, très sérieusement, comme il eut soin de le dire; le cavalier Aiigelo Bembo, sir Paulus Waterlield , le docteur Muller , le major Borougham et bien d'autres. Susannah se comporta comme si son enfance se fat passée dans ces pensions lashionables où les filles des lords apprennent à se bien tenir. Elle parla peu parce qu'elle était triste, mais elle parla bien, et lady Ophelia put remarquer en tout ce qu'elle disait une sorte de parlum poétique, étrange et séduisant à la fois. — Peut-être était-ce le charme de la langue française dent se servait habituellement Susannah et qu'elle parlait en véritable Parisienne.
■\"ers le milieu de l'acte, Brian de Lancester quitta la loge de lady Campbell. Le cœur de Susannah bauit bien fort. Elle attendit, comptant chacun des pas que pouvait faire Brian dans le corridor circulaire. Elle le sentait venir.
L'attente dura uns minute. Au bout de ce temps, un léger bruit se fit à la porte de la loge.
— Le voici ! dit la voix mystérieuse à l'oreille de Susannah ; — soyez heureuse, mais soyez prudente !...
La porte s'ouvrit. Brian de Lancester entra.
Il salua respectueusement lady Ophelia et se fit présenter à madame la princesse de Longueville.
Tandis qu'il s'entastenait avec la comtesse, Susannah le contemplait avidement, non point cb dessous et à la dérobée, comme ont coutume de faire les jeunes filles, mais la tête haute et sans prendre souci de cacher la puissante attraction qui la portait vers lui.
Brian s'en aperçut peut être, mais il faisait comme s'il ne s'en fût point aperçu.
— Vous n'étiei pas hier au bal de Trevor-House, dit la comtesse.
— Non, madame, répondit Brian; malgré l'attrait d'un grand bal donné en dehors de la saison, j'ai dû vaquer à mes occapations et vendre toute la soirée des briquets phosphorlques à la porte de mi lord mon frère.
Ceci fut dit d'un ton fort simple et avec un grand sérieux. La comtesse ne put s'empêcher de sourire.
— Pauvre comte ! dit-elle ; vous êtes impitoyable pour lui, monsieur!... Mais vous n'avez pas vendu des briquets toute la nuit, je pense?
— Non, madame ; jusqu'à onze heures seulement... A onze heures, il est arrivé un petit incident que je me ferai un plaisir de conter à Votre Seigneurie. ..J'étais tranquillement assis sur la première marche de l'escalier de l'hôtel, criant mes allumettes à pleine voix, lorsque l'intendant de mou frère, —un misérable qui se nomme Paterson, milady, — m'a fait, du haut du perron, sommation de déguerpir... Je lui ai naturellement demandé s'il voulait m'acheter un bri-
tAUL FEVAi.
quel de (j*ox ^cces... Ponr tonte réponse, le maraud a Jancé sur moi un çreom qui m'a gratifié d une domaine de coups de canne.
— En mérité, monsieur ! s'écria la comtesse. Sasaiinah rougit.
— Comme jai Vhonr.eur de l'affirmer à Vo'.re Seigneurie, repri: monsieur de Laccester,— de bons co-jps de canne, sur ma paro'e:
— Et qn'avez-Tons fait? '
— Je ne suis pas riche, mi'.ady. malheureusement... J'ai , tiré mon portefeuille, et je n'ai pu donner à co groom qo'uiie misérable bank-nole de cinq livres.
— Cinq nvres pour des coups de i-anne, mcnsi.ur!
— Je les eusse payés cent guinccs, madam % vo'oi'tiers et de bon cceur, si mes moyens me l'avaieit perruis... Oh ! Toyez-Tous, milord mon frère a dû passer un. piloyabie nuit!.-, ratais là quelques bons amis qui ra'cat servi de témoins, et j'ai porte plainte d^-vant le magistrat... Il y aura p'Sidoirie, scandale, milady!... un frt-re frappé par !e valei de son frère '... Je veux que mon avocat fasse pleurer l'auditoire à chaudes larmes .. Il y a de quoi, n'est ce pas?... Maib veuillez me dire, de grâce, nîilady, si vous u'avez point ^ aperfQ îe comte de 'Whiie-Manor dans la salle.
— Certes, si jel'avais vu, je ne vous le dirais pas, monsieur, rép ordit la comtesse -.— j'ai vraiment piiié du pauvre lord.
— Merci, madame! répliqua Brian avett une légère em- ■ phase: — c'est quelque chose, lorsqu'on est !e plus faible, ! que d'éloigner de soi la pitié du monde pour la rcEToyer, , acrablanie et moqueuse, à son adversaire ! j
Brian de Lancester se leva en prononçant ces derniers ! mots ; son oeil brillait ; il y avait dans toute sa personne ■ une énergie sérieuse qui faisait grandement contraste avec l'apparence frivole de ses parol-^s.
Susannali avait compris p*u de chose à tout cet entretien. , Prenant à la leMre tout ce qu'avait dit Drian, elle croyait i devitjer qu'il était malheureux. Son cœur bouillait d'indigna- 1 tion à la i.tnsée de l'outrage subi par l'homme qu'elle p'açait j tant an-dessus des autres hommes. Elle eût voulu le consoler j et mettre son amQur comme un liaume sur cette blessure j qu'elle voyait saigner à l'âme de Lancester. 1
La visiie de ce dernier semblait terminée, et Sasannah eut peur, car il aLait se retirer comme il était venu, sans qu'elle fat pour lui. e'.le qui l'aimait tant, rien de pliis qu'auparavant.
Et quand le reverrail-elle?
La porte de la loge s'ouvrit. Tn visiteur entra. Brian, qui avait salué la comtesse «t fait un pas vers la por'.e, se ra\isa souiairi et vint sans façon s'asseoir iHprès de SusannaL.
La comtesse causait maintenant avec le nouveau venu.
Ce pouvait être un véritable léf^-à-téle.
Brian ftft quelques secondes avant de par'.er. Il couvrit Sussnnah d'un regard étrange, fixe, ccr.iiuu. I.a pauvre fille iremblaM sons ee regard qui ployait sa vigoureuse nature, et la dompuit et la faisait esclave. Un monde de pt-nsces confuses se pressait dans son ceneau, et son cœur battait sourdement daus sa poiirine, corciue s'il se fut gonflé toat-ùcoup jusqu'à manquiT d'espace et d'air.
— Tous êies bien belle, madame, dit enfin Brian d'une voix grave et triste. — J'aurais mieux fait de ne point vous voir...
11 s'arrfla e' prit la main de SusannA. qui ne la relira poini.
— Je ne crains pas le rîdi nj. moi. poorsuivil-i'. ; si l'on Hi*a trompé poor me raiiler ensui:e, peu m'impoMo .. Il me suffira de voire pardon que j'implore d'.iv-j;:,!-... Ou m'a dit que vous m'aimirz, madaïue .
— Cest vrai, rçpondit Suscinna':
Brian d? iJacceî'er demeura conjujc ....^..i ■< c<M!e réponse inattendue. Ses yctix se laisser nt iavolonui:ieme:il. Lorsqu'il les releva, deux larmes rojilaîcct lr!;te/-fnt iuriajoue ^'â'ie de lî b'=',> fille.
Brian de Lancester éîaU un Ar.glais dans lou;e laforce à| mot. L'ciaotion et lui ne se cornaissaii nt guère. A «luse de cela jusleiEert. lorsque l'émotion irou-ait, par impcssi-
blc, le cber.iin de son cxiir, elle le prccjit dassaul pour aiasi dire, n fut ému, ému puissamment, cl le iracteau de frolJeiir où il s'en .eloppait d"li3lii<! 'c se déibira «.oniine |ar encli.nleraenr.
— - Vou5 m'aimez I repéra t-il d'une voix allé roc ; — héljs ! madame, me conraissez vols?... savez vous ma f.dle vie?... y.o\ je re vous aime pas, ni.ndamc ; je ne veux pas vous simer... ce serait crisaulé, perûdie, pitié !...
Susar.uah le regsnla eï un sourire éclaira sa paupière cù sc^ Urœcs îchevr.iriit <le se r-rclier.
— Voi'.-s m'aimerez, dit cl le; eh! vous m'aimerez!... je le sens;jtt le sais .. votre vcix nie le dit maigre vos paroles.
iJiijn r.e n-poudit p;s îoiit de suite: il se co.'npiul un iaîîant dans la couteii.plation de ceile ada.irablc crè^^ture qu'il pouvait faire siin.ic d'uu mot ; il Lut à loi;gs traits la pass-cn qui jsiiîssait des ' yeux drmi-clos de Su9aii'.iaii ; il f.it v,;iucu.
— 0:ii, je vous aimerai, dit-il enfin d'une voix b;sse et prr.foiide ; —je vous doni erai i!c moi tout ce que <c lujs iloiilier, msdàîae... Bieîi des persor.nes sages me croient iùii, M moi rdêaie, parfois, je ne sais itopquc pens.-r... A. tentiez !1!
Eriaii pionO! ça ce mot d'un ton sec. Sou œi<, qui naguère s'aitarhaiî, psssionné. sur le beau visage de Susaniiah, lança vers le fond :iela^al:c un éilairpleiiiù'anicni^rseet dcioère.
tl venait d'apercevoir dius une loge de fece la figure somnolente f 1 eî'.nujéo di' son frère le comte de Wliiie-Manor.
— MaCsme, n>prit-ii tii faisant cîîcrt pour leprendre soa masque de froideur, — si vous mainuz encore dans dix mi- BUifs, je vous aimerai, moi, toute ma vie.
Il se leva et soriit prcipitacment, Lissant Sasannah stupéfait.'.
Lady Ophelia, la charmante femaie, n'eut garde Je remarquer cet iniident, et donna son alirniion ciiiièreau liuale du deuxième acte que l'un chantait en re moment.
ilorisieur de Lancester, ct-piudant, descendit qiiS'.re i quatre les escaliers, et ne s'arrêta que dans la rue.
— Johnny ! cria-i il.
Le ca'j qui l'avait amené stationnait à peu de dislance. Un
homme en descendit.
— Ma boite et ma veste, Johnny! refirit Brian, qui se I dépouilla prestement de son élégant frac noir, en s'avançanl I vers le cab.
\ Johnny retira de la voiture une veste de garçon de taverne ! et un tablier blanc comme en portiut les gens de service des
foyers de théâtre. B: ian de Lances'.er revé:it la veste, ceignit le tablier, prit sous son bras une boite plate et carrée que lui tendait Johnny et rcmonia, tonjoufi courat:t, les degrés i de Ccvenl-Cirdcu.
cn.^T'irr.E xx^.
UM ËCCEMTAiO-MAN.
Criai Je Lancester, fils puîné de feu II<!^h i!e Lïncester, ccmîede \Vhile-Manor, s'éiail ir.'.;vé .li- bi..i ;:e !.ueè daiis celte siiuaiion fausse, presque intolera'ile. q ;i est en Aiig'eierre U lot des ci ! et s i)':!-le.^ non men-lires du ilergë. K'e>é iu sein d'uRe opu'ince prcsijue royale, il se trouva leul-i-." up,à la mori de son père.réJuli à la ponïon longrue.
Son frère, g'Sce aux règk-s rig(ureusfs'dù paf.a.e nolle, hériiaii à la fois de la pairie et des neuf dixM mes du pa-"moi-.ie ; so:i frm' devei:air granJ s.ignéur: !ù:, tu roijlr^ije, descerdalt à un éiat voisin de la ir.éd^onité.^ ' 'I"'
V, ian axait mené ia;quc-':1 lîné vn; d*în:pr?.oyànre et d'é'oarderic. La-cnir' ne l'âva'.t poirt préoccuié ; il âviit refusé de Véder ti x observations de sa fîmii'e q^i'vou'ail le |»f.u-s r dai.s l'Eglise, cet opiilct pis aiicr J>s ude'.i Ue grande tua-îoii ; il avait refusé parce qu'il anuai-saii l.'^op le
LES MYSTÈRES DE LONDRES
clergé d'Angleterre, si puissant, si riche, si fainéanl., si complètement inutile, concussionnaire et méprisable !
Brian avait en lui de nobles instincts et une singulière ▼igueur de volonté. Lorsque mourut son père, il n'était point trop tard pour entrer dans les ordres, mais il refusa de nouveau.
Tous ces millions mal acquis que les évêques et bénéficiaires anglicans extraient des sueurs du pauvre lui causaient horreur et dégoût. Il se serait cru irrévocablement souillé en posant le pied seulement sur le premier échelon de cette hiérarchie protestante, si monstrueuse dans son organisation, si vaine dans ses résultats.
Il continua de vivre oisif, mais uon plus insoucieux. Une colère sourde grondait au dedans de lui contre cette suprême injustice de la loi, qui vient se mettre entre les fils d'un mâme père pour enrichir l'un aux dépens des autres, et rompre violemment le niveau parmi des enfans que Dieu avait faits égaux.
L'un des princes du fashion de Londres et membre fort influent des clubs de la jeune aristocratie, il ne déclamait point contre le droit d'aînesse, parce que les rancunes du vrai Saxon ne se traduisent point en vides paroles comme celles des gens de France ou d'Irlande, mais il amassait en lui sa haine et songeait dpj;\ aux moyens de déclarer à cette loi qui le dépouillait une guerre à mort, — une guerre anglaise, patiente, légale, implacable.
Il mangeait, pendant cela, son petit bien fort galamment et assurait de mieux en mieux sa position d'homme à la mode, en ajoutant à ses autres mérites une nuance des plus foncées A'eccentricity.
C'est là un mot que les gens du continent ont traduit et dont ils abusent volontiers, comme de tout ce qui a rapport au fashion britannique, mais qu'ils ne comprennent point. Vecceniriritij est, comme Vhumour, un mot et une chose spécialement, uniquement anglais. Ce qu'il faut pour faire un eccentric passable se trouve dans le sang saxon, dans l'air épais de Londres, dans les brouillards de la Tamise, et non pas ail'eurs.
Aussi Veccentricity, comme tout ce qui est parement national, jouit en Angleterre d'une vogue immodérée
Brian, dans sa jeunesse, accomplit de très méritantes excentricités. La plupart de ses exploits ont été attribués à d'autres, en vertu de l'éternelle maxime : Sic vos von vobis, mais il lui en reste assez pour sa gloire, et le chef actuel de la maison de Btresford, le très noble marquis de Wateiford, qui fut son élève après avoir été son maître, ne parle jamais de lui que le chappau bas et la cravache au port d'armes.
Il fit mieux, autrefois : il le copia, et les cekneys applaudirent frénétiquement à ces audacieux plagiats.
Ainsi, pour ne ciier qu'un seul exemple, ce lut Brian qui, en -183., ât paraître la première édition de ce jiijj/e (mauvaise plaisanterie) qui a conquis depuis une célébrité européenne.
L'Honorable Pegasus Anticorn , membre du parlement, portait d'effrayantes mouslaihes, lesquelles moustaches eure-nt le malheur de déplaire â Brian de Lancester. Un malin, il se rendit au club et annonça son intention formelle de faire disparaître lesdites moustaches. L'IIoncirable Pegasus Anticorn en fut instruit dans la soirée, et se munit d'une paire de pistolets chargés ù double charge, dans le but de mourir en défendant ses moustaches.
Le lendemain, le Times annonça que le Très Honorable Brian de Lancester couperait dans la journée les moustaches de l'Honorable Pegasus Auticorn, membre du parlement.
Celui-ci ajouta un sabre à ses pistolets.
Le surlendemain, or. voyait dans Londres des affiches de six pieds de haut qui promettaient cent livres de récompense à quiconque apporterait au domicile du Très Honorable Brian de Lancester les moustaches de l'Honorable Pegasus Auticorn, membre du parlement.
Pegasus mit une cuirasse sous ses vêtemens.
Enfin, le jour suivant, le Herald, le Chronicle et le Poit racontèrent que plusieurs gentlemen portant de grosses moustaches avaient été massacrés, au sein de leurs familles, par des bandits désireux de gagner les cent livres promises. U SIXOE. x
Pegasus réfléchit, fit venir un barbier et envoya ses moustaches à Brian avec un cartel.— Brian lui coupa l'oreille droite d'un coup de pistolet.
Nous pourrions remplir des volumes, des volumes in-folio, de tours semblables exécutés avec le sérieux britannique et véritablement sublimes d'invention et de gravité burlesques. Malheureusement nous avons autre chose à dire au lecteur.
Comme on le pense, ces plaisanteries coûtaient cher à Brian, qui n'en vit que plus tôt la fin de sa modeste légitime. Un incident hâta sa ruine complète: son frère, le riche comte de White-Manor, ou plutôt l'intendant de ce dernier, fit à Brian un procès que le pauvre eccentric perdit faute d'argent et de soins.
Les deux frères ne s'étaient jamais aimés de tendresse fort enthousiaste, et depuis la mort du feu comte, Brian, qui se regardait comme injustement spolié, gardait à son aîné une sourde rancune. Cette occasion la fit éclater soudain ; Brian jura qu'il soutiendrait contre son frère une lutte à mort.
Et il tiniparole.— Les armes qu'il choisit furent étranges; mais il les mania terriblement et frappa sans relâche, de sorte que la blessure se fit, et une fois faite, resta saignante sans qu'il fût possible de la fermer jamais.
Le comte se repentit alors amèrement d'avoir poussé à bout cet homme que la faveur du monde rendait puissant, et qui, sans passer certaines bornes, etcomme en se jouant, jetait à pleines mains l'amertume sur sa vie; mais il n'était plus temps.
Le comte se ravisa. Il proposa une rente faible, puis une ren te plus forte, puis des milliers de livres ; — Brian lui demanda la moitié de son immense fortune : le comte refusa.
Et la guerre continua, guerre merveilleuse du faible contre le fort, où le faible avait tout l'avantage; guerre où l'un des combattaiis, armé d'une épingle, piquait, piquait sans cesse un adversaire invinciblement réduit à l'inertie...
Le comte prit le spleen et devint l'homme le plus malheureux des trois royaumes. — Brian, impitoyable dans son attaque de chaque jour, frappa encore, chercha les défauts de cette sensibilité qu'il avait lui-même engourdie, tâla, poussa, et fil comme s'il eiit voulu introduire jusqu'au cœur son épingle qui piquait en vain maintenant l'épiderme.
Et, chose étrange, dans la lutte, ses auxiliaires étaient ceux que la nature et les lois auraient dû faire ses ennemis obligés. C'étaient tous de jeunes lords , des héritiers de pairies, des gens qui, dans un temps donné, devaient se trouver vis-à-vis de leurs cadets dans la position où était le pauvre comte en face de son terrible persécuteur. Mais n'en a-t-il pas éié ainsi par tous les temps et par tous les pays?
Ne se souvient-OQ plus de ces petits marquis, papillons étourdis, mouches prédestinées à la flamme, qui, dans les années qui précédèrent la révolution française, caquetaient, cabalaient, conspiraient, faisaient de l'impiété, apportaient, enfin, chacun sa planchette au grand échafaud qui devait être leur dernière salle de bal?
Ainsi disaient nos jeunes lords. Ils ne voyaient que le côté plaisant de la coiiduite de monsieur de Lancester; ils ne comprenaient pas que chacune de ses attaques était un coup fourré porté au droit d'aînesse, un trait de lime qui minait insensiblement les antiques supports de cette loi, magnifique dans sa barbarie, qui est une portion de la force et qui sera peut. être la ruine de la Grande-Bretagne.
Plus les bottes portées par Brian dans cette espècede due' étaient éclatantes et bizarres, plus le beau monde applaudis sait. Le West-End entier trépignait d'aise lorsqu'on lisait dans les colonnes du Ti/nes quelque nouvelle comme celle-ci :
« Hier, le noble comte de Wh... M..., ayant voulu faire une promenade sur la Tamise, a reconnu, dans l'un des pauvres mariniers qui conduisaient sa barque le Très Honorable Br... de L... son frère.
• On dit que Sa Seigneurie a tourné la tête d'un autre cûfé pour ne pas voir le fils de son père, et qu'elle a ordonné de conduire la barque à la rive.
u Nous vivons dans un temps bien étrange!... etc., etc. »
Ou bieii encore ;
PAUL FEVAL.
J • Par cette soirée si froide et si humide de dimanche dernier, quelques passons ont reconnu, coucha sur la pierre des degrés delà maison du nohie comte de Wh...eM...rleTrès Honorable Br... de Lan r, frère de Sa Seigneurie.
» On dit, — et nous sommes forcés de le croire, puisque les témoins qui l'attestent sont des gens graves et dignes de foi, — que Sa Seigneurie a faii, chasser par ses valets son malheureux frère.... etc., etc. »
Et tout le monde riaii à gorge déployée, parce que tout le Blonde était dans le secret de la comédie. 11 n'y avait à ne pas rire que Brian lui même, lequel accomplissait son œuvre avec tout le sérieux d'un Anglais perpétrant une atroce plaisanterie, et le malheureux comte, qui perdait le boire et le manger, qui se desséchait, qui jaunissail, qui se blasait, comme disait ce coquin d'intendant Paierson, même sur la inarchandise de l'honnête Bob Lantern.
C'était fort curieux. Le puissant lord n'osait se montrer dans aucun salon. Il promenait timidement son ennui dans les lieux où il espérait ne point rencontrer son bourreau; mais Brian semblait avoir une police à ses ordres. En quelque lieu que se cachât le comte, il trouvait toujours sur son chemin le visage glacial et railleur de Brian. — Brian, lui, au contraire, était de plus en plus à la mode. Ce duel prolongé semblait à tous les connaisseurs une eccenJrjciVy de premier mérite. On le fêtait, on se l'arraihait, il aurait été le iioiv, à coup sûr, si le marquis de Rio-Santo n'eût supérieurement porté la couronne royale du fashion. *'
Le rideau s'était baissé pour la seconde fois lorsque Brian de Lancester entra dans la salle, en costume de garçon de taverne. Il avait ouvert sa boite et la tenait suspendue à son cou par un ruban.
/ Il fit d'abord le tour du parterre. •. — Messieurs, disait-il, achetez, s'il vous plaît, mes pastil- ■ les et offrez des bonbons à vos dames... C'est une mode de France... A Paris, on ne peut passer toute une représenta- ; lion sans manger quelque petit morceau de sucre.
Bien peu achetèrent. Ce n'était pas la coutume, et à Londres on ne se permet que diflicilement ce qu'on ne s'est pas permis déjà une fois au moins. — Lorsque Brian arriva devant la loge infernale, ce furent de bruyans bravos et d'enthousiastes applaudissemens.
Brian répéla fort gravement sa formule. Chacun voulut acheter des pastilles, et la bolie de l'eccf/i/ric eût été vidée en un clin d'oeil s'il ne l'eût refermée en disant:
— Assez, messieurs, assez ; il faut qu'il en reste pour làhaut.
En prononçant ces dernier? mois, il avait levé les yeux vers la loge où le comte deWbile-Manûrdenieuraii immobile et ennuyé depuis le commencement de la représentation. Le comte ne s'émouvait pas le moins du monde et ne semblait point s'attendre:'! l'orage qui grondait au-dessus de sa tête.
— Je vous déclare, très cher, s'écria Lantures-Luces , que l'idée est ravissante, ma foi, au degré suprême!.... Le fait est que chez nous, — là-bas, — à Paris, on vend des sucres d'orge aux grisettes... Je parle sérieusement... Mais comment diable , très cher, ferai-je ù vous voir quand vous allez être li Ijaut?... Je n'ai plus mon lorgnon... Pour en revenir à votre idée, vrai,— sans plaisanterie, — je la trouve ravissante.
Brian était déjà loin que le petit Français babillait en- , core.
Il monta aux galeries et promena de loges en loges sa boite et ses pastilles. Partout on l'accueillait par des celais de rire. Les dames elles-racraes trouvaient le tour exquiâ. Dès qu'il était passé, on voyait les locataires des loges se pencher en dehors et le suivre d'un curieux et encourageant reeard.
En sorte que lorsqu'il arriva devant la loge du comte de Whiie-Manor, quatre ou cini] cents binocles étaient braqués sur les lieux frères.
On attendait avec une joyeuse impatience. De vrai, cet intermède faisàii grund dommage ù la pièce, et le chef d'œuyre de Weber avaii tort devant < etie héroïque boutade.
' = P« m I>i«u! Uo(otJiy, moH cber cœur, dil le (japitaiae
O'Chraneà mistress Burnett, qui n'avait pu secouer encore sa mauvaise humeur, — je veux que je diable me berce si tous ces lords et ladies savent ce qu'ils font. . Ke regardentils pas comme on pourrait faire d'une bète curieuse ce vagabond en tablier blanc qui vend de la farine sucrée!...
— Ils regardent ce qu'ils veulent , je pense , monsieur O'Chrane , répondit la raucuiicuse tavcriiière, — et vous pouvez voir que ces lords achètent à leurs ladies de celte farine sucrée, comme vous l'appelez... Tniu le monde n'est pas comme vous. Dieu meici, ra^insieur < l'Clirane.
— C'est bien, Doroihy, c'est très bien!., mais, de par SatanI madame, vous êtes une...
— Que suis-je, monsieur O'Chrane?
Le capitaine enfila un chapelet de jurons qui n'eut pas moins de trois douzaines de patenôtres, mais il n'osa pas dire à mistress Burnett ce qu'elle était.
Brian de Lancester venait de s'arrêter devant la loge du comte de White-Manor. Il demeura quelques inslans immobile pensant que sa seule présence attirerait l'attention de son frère ; mais il était loin de compte. Le lord, plongé dans une sorte de somnolence chagrine , tournait le flanc au théâtre et regardait fixement d'un air absorbé la paroi de sa loge qui lui faisait face.
Brian, las d'attendre en vain, éleva sa boîte et en frappa doucement l'appui de la loge.
Le comte de White-Manor tourna les yeux avec impatience. — Lorsque son regard tomba sur Brian, il tressaillit de la tête aux pieds, comme on fait au choc d'un appareil voItaïque.Sa face devint verdâtre,ses yeux morts s'allumèrent, et sa lèvre se prit à trembler sans produire aui'un son.
La salle entière faisait silence.
— Milord,i mon frère, dit Brian d'une voix claire et sérieuse qui pénétra dans le plus éloigné recoin de la loge la plus reculée , — achetez une boite de pastilles au fils de votre père, pour qu'il puisse, lui, acheter du pain I
Là loge infernale applaudit. — Le parterre, sans savoir pourquoi, applaudit de même; — les galeries, imitant le parterre, crièrent bravo, et Paddy lui-même, dans l'innocence de sa bonne âme, poussa un ■> Dieu me damne ! » approbateur.
Les loges où il y avait des dames furent moins bruyantes, mais pins d'un joli visage se cacha derrière son éventail pour sourire, e! 'ady Campbell déclara que Brî<-.n de Lancester était un mauvais plaisant de la plus adorableespèce.
Lord de White-Manor, cependant, objet de toute cette outrageante curiosité, demeurait comme frappé de la foudre.
— Eh bien! milordmon frère? dit l'inrplacable Brian.
Le comte ouvrit la bouche comme s'il allait parler. Le silence se rétablit comme par enchantement.
Mais on n'entendit que la voix grêle du vicomte de LanlureS- Luces qui disait :
— Je vous affirme sous serment, très cliers, que je donnerais trois napoléons pour avoir mon lurgnon... Je parle sérieusement!... Je ne vois rien du tout !
Le comie, incapable de prononcer un mot, avait jeté à son frère un regard de sang et tiré le rideau de sa loge par un dernier eflort. — On ne le voyait plus.
En ce moment même , il se fit dans les hautes galeries et au parterre un tapage infernal. Une foule nouvelle se rua lumultueusenifnt sur les spectateurs déjà placés. On jura, ou se batlii ; on prit d'assaut tous les sièges inoccupés.— 11 était neuf heures et demie; c'était le moment de Venirée à tnoilic prix: privilège bien cher à la populace de Londi es, et dont elle abuse de la façon la plus grossièrement impudente que l'on puisse imaginer.
Brian put s'échapper à la faveur de cette bagarre. Johnny reprit sa boîte à pastilles et lui re.'idit en éciiange son costume fashionable.
Pendant cela une scène élrange se passait dans la salle.
Al'insiantoii lelunuillede l'entrée à demi-prix comirençaità se calmer, on enliMidil dans l'une des lo:;es davantscène un cri de l'enime, un cii de dcliesse ei de terreur.
Il partait de la loge qui touchait immédiatement la scène
LES MYSTÈRES DE LONDRES
et où lady B... attendait seule la venue de son illustre protecteur.
Tous les regards, qui s'étaient précédemment portés vers le fond de la s^Ile pour jouir delà confusion du comte de Wbite-Manor, se tournèrent du côté du théâtre.
On vit lady B..., pâle, les traits décomposés, s'élancer impétueusement dans le couloir en criant au secours, — et, presqueaussilôt,surle devant de saloge, se montra le visage inerte de Tyirel l'aveugle que le moaUe couuaissail sous le nom de sir Edmuud Makebsie.