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vous avez fait votre capital. Quand Achille a pleuré son soûl (par pareiithèsc , je crois qu 'Achille ne rîoit pas de moins bon courage ; tout ce que font les héros , ils le font dans le suprême degré de perfection); lorsqu’Achillé , dis-je, s’est l’assasié de ce beau plaisir dé verser des larmes , il. dît à Priam : Vieillard, tu es misérable : telle est la condition des mortels; ils passent leur «rie dans les pleurs. Les dieux seuls sont exempts de mal , et vivent là-haut à leur aise , sans rien souffrir. Que répondrez-vous à cela ? '
Je répondrai , dit Ariste , que des mortels sont mortels qn^nd ils pleurent de leurs douleurs ; mais quand ils pleurent des douleurs d'autrui , ce sont proprement des dieux.
Les dieux ne pleurent ni d’une façon ni d’une autre , réprit Gelaste : pour le l’ire , c’est leur partage. Qu’il ne soit ainsi , Homère dit en un autre endroit que quand les bienheureux immortels virent Vulcaitt qui hoitoit dans leur maison , il leur prit un rire inextinguible. Par ce mot d’inextinguible, vous voyez qu’on ne peut trop rii’e , ni Irop long-temps ; par celui de bienheureux , que la béatitude consiste au rii-c. ■ \
Par ces deux mots que vous dites, reprit Ariste, je vois qu’Homère a failli , et ne vois rien autre chose. Platon l’en reprend dans son' troisième de la république. Il le blâme de donner aux dieux un rire démesuré, et )qui séroii même indigne de personnes tant soit peu eoasidérables.
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Pourquoi voulez -vous qu’È^omère ait plutôt failli que Platon ? répliqua Gelaste. Mais laissons les autorités, et n’écoutons que la raison seule. Nous n’avons qu’à examiner sans prévention la comédie et la tragédie. Il arrive assez souvent que cette dernière ne nous touche point : car le bien ou le mal d'autrui ne nous touche que par rapport à nous-mêmes , et en tant que nous croyons que pareille chose nous peut arriver , l’amour-propre faisant sans cesse que l’on tourne les yeux sur soi. Or , comme la tragédie ne nous représente que des aventures extraordinaires , et qui vraisemblablement ne nous arriveront jamais , nous n’y prenons point de part ; et nous sommés froids , à moins que l’ouvrage ne soit excellent , que le poëte ne nous transforme , que nous ne devenions d’autres hommes par son adresse , et ne nous mettions en la place de quelque.roi. Alors j’avoue que la tragédie nous touche , mais de crainte , mais de colère , mais de mouvements funestes qui nous renvoient au logis pleins des choses que nous avous vues , et incapables de tout plaisir. La comédie, n’employant que des aventures ordinaires , et qui peuvent 'Uous arriver , nous touche toujours , plus ou moins , selon son degré de perfection. Quand elle est fort bonne ^ elle nous fait rire. La tragédie nous attache, si < vous voulez; mais la comédie nous amuse agréablement, et mène les âmes aux ' Champs Elysées , au lieu que vous les meuez dans la demeure des malheureux. Pour preuve infaillible
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de ce que j’avance , prenez garde que , pour effacer les impressions que la tragédie avoit faites en nous, on lui fait souvent succéder un divertissement comique; mais de celui-ci à l’autre il n*y a point de retour ; ce qui vous fait voir que le suprême degré du plaisir , après quoi il n’y a plus rien, c’est la comédie. Quand on vous la donne, vous vous en retournez content et de belle humeur ; quand on ne vous la donne pas , vous vous en retournez chagrin et rempli de noires idées. C’est ce qu’il j a à gagner avec les Orestes et les OEdipes , tristes fantômes qu'a évoqués le poète magicien dont nous avons parlé tantôt. Encortf' serions-nous heureux , s’ils excitoient le terrible toutes les fois que l’on nous les lait paroitre; cela vaut mieux que de s’ennuyer : mais oii sont les habiles poè'tes qui nous dépeignent ces choses au vif ? Je ne veux pas dire que le dernier soit mort avec Euripide ou avec Sophocle ; je dis seulement qu’il n'y en a guère. La difficulté n’est pas si grande dans le cotnique; il est plus assuré de nous toucher , en ce que ses incidents sont' d'une telle nature , que nous nous les appliquons à nous-mêmes plus aisément. Cette fois-là, dit Âriste, voilà des raisons solides , et qui méritent qu'on y réponde; il faut y tâcher. Le même ennui qui nous fait languir pendant une tragédie où nous ne trouvons que de médiocres beautés est commun à la comédie et à tous les ouvrages de l’esprit ^ particulièrement • aux vers. Je vous le prouverois aisément j, si c’étoit
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