‹ Les amours de Psyché et de Cupidon, avec le poëme d'AdonisChapitre 21 sur 53 · LIVRE I. 8g · texte numérisé non relu

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la question; mais 'ne s’agissant que de comparer deux choses également bonnes , chacune selon son genre , et la' tragédie , à cfe que vous dites vousméme , devant l’être soifverainemertt , nous ne devons considérer la comédie que dans un pareil degré. En ce degré donc vous dites qu’on peut passer de la tragédie à la comédie et.de celle-ei à l’autre', jamais. Je VOUs le confesse, mais je ne tombe pas d’accord de vos conséquences ni de la raison que vous appôrtezi Celle qui me semble la meilleure est que dans la tragédie nous faisons une grande contention dame; ainsi on nous représente ensuite' quelque chose qui délasse notre cœur, et nous remet en Tétât où nous étions avant le' spectacle , afin que nous en puissions sortir ainsi que d’un songe. Par votre propre raisonnement , vous vo jez déjà qtie la comédie touche beaucoup moins que la tragédie ; il reste à prouver que cette dernière est beaucoup plus agréable que l’autre. Mais auparavant , de crainte que la mémoire ne m’en échappe , je vous dirai qu’il s’en faut bien que la tragédie nous renvoie chagrins et mal satisfaits , la comédie tout-à-fait contents et de belle humeur : car si nous apportons à la tragédie quelque sujet de tristesse qui nous soit propre , la compassion en détourné TefFet ailleurs , et nous sommes heureux de répandre , pour les maux d’autrui , les larmes que nous gardions pour les nôtres. La eomédie au contraii'e , nous faisant laisser notre mélancolie à la porte , nous la rend lorsque nous

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90 A MOÜ K S DE PSYCHÉ, sortons. 11 ne s'agit donc que du temps que nous emplojons au spectacle , et que nous ne saurions mieux employer qu'à la pitié. Premièrement , niezvous qu'elle, soit plus noble que le rire ?

Ilyasi longr-temps que nous disputons, repartit Gelaste , que je ne vous veux plus rien nier.

Ét= moi , je vous veux prouver quelque chose, reprit Ariste je vous veux prouver que la pitié est le mouvement le plus agréable de tous. Votre erreur provient de ce que vous confondez ce mçuvement avec la douleur. Je crains celle-ci encore plus que vous ne faites : quant à l'autre , c'est un plaisir , et très grand plaisir. En voici quelques raisons néoessaires , et qui vous prouveront par conséquent que la chose est telle que je vous dis. La pitié est un mouvement charitable et généreux , une tendresse dé cœur, dont tout le monde se sait bon gré. y a-t-il quelqu'un qui veuille passer pour .uu' homme dur et impénétrable à ses traits ? Or , qu'on ne fasse les choses louables avec un très grand plaisir, je m'en rapporte à la satisfaction intérieure des gens de bien; je m en rapporte à vousmême ,. et vous demande si c'est une chose louable que de rire. Assurément ce n'en est pas une , non plus .que de boire et de manger , ou de prendre quelque plaisir qui ne regarde que notre intérêt. Voilà donc déjà un plaisir qui se rencontre en la tragédie , et qui ne se rencontre pas en la comédie. Je vous en puis alléguer beaucoup d'autres. Le principal, à mon sens, c'est que nous nous mettons

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an-dessusxleÿ rois par la pitié que nous avons d eux , et devenons’ dieux à leur égard , contemplant d'un lieu tranquille leurs embarras, leurs aiHictions., leurs malheurs , ni plus ni moins qtie les dieux considèrent de l'Oljmpe les misérables mortels^ La tragédie a encore cela au-dessus de la comédie , que le stjle dont elle se sert est sublime; et les beautés du sublime, si nous en croyons Longin et la vérité, sont bien plus grandes et ont tout un autre eflfet que celles du médiocre. Elles enlèvent l’ame, et se font sentir à tout le monde avec la soudaineté des éclairs. Les traits, comiques , tout beauxqu’ils sont, n'ont ni la douceur de ce charme ni sa puissance. Il est de ceci comme d'une beauté excellente , et d'une autre qui a des grâces ; celle-ci plaît, mais l'autre ravit. Voilà proprement la différence que l'on, doit mettre entre la pitié et le rire. Je vous apporterois plus de raisons que vous n'en souhaiteriez s’il n'étoit temps de' terminer la dispute. Nous sommes venus pour écouter Polyphilé; c'est lui cependant qùi nous écoute avec beaucoup de silence et d'attention , comme vous voyez.

Je veux bien ne pas répliquer , dit Gclaste , et avoir cette complaisance pour lui : mais ce sera à condition que vous ne prétendrez pas m’avoir convaincu ; sinon , continuons la dispute. Vous ne me ferez point en cela de tort, reprit Polyphilc; mais vous en ferez peut-être à Acante, qui meurt d'envie de vous faire remarquer les merveilles de ee jardin. ■

^ Acante ne s’en défendit pas trop. Il- répondit toutèfois à l’honnêteté de Poljphile; mais en même .temp^'il ne laissa pas de s’écarter. Ses trois amis le suivirent. Ils s’arrêtèrent long^-temps à l’endroit 9u’on appelle le fer-à-«heval , ne se pouvant lasser d’admirer cette longue suite de beautés toutes différentes qu’on découvre du haut des rampes.

Là , dans des chars dorés , le prince avec sa cour Va goûter la fraîcheur sur le déclin du jour.

L’un et l’autre Soleil , unique en son espèce ,

Étale aux regardants sa'pompc et sa richesse.

Phébus brille à l^envi du monarque françbîs/’ ‘ ’

On ne sait bien souvent à qui donner sa voix!"

Tous deux- sont pleins d’éclat et rayonnants de gloire.* Ah! si j'étois aidé des filles de 'Mémoire , < ■ > . '

De quels traits j’-omerois cette comparaison'! '■

V ersailles , ce seroit le palais d’Apollon : • . . !

Lés belles de la cour passeraient pour les Heures.

Mais peignons seulement ces charmantes demeures.

En face d’un parterre au palais opposé ,

Est un amphithéâtre en rampes divisé :

La descente en est douce, et presque imperceptible.

Elles vont, vers leur fin, d’une pente insensible. D’ar-brisseaux toujours verts les bords en sont ornés. '

Le myrte , par qui sont les amants couronnés ,

Y rangé son feuillage en globe, en pyramide :

Tel jadis le tailloient les ministres d’Armidé.

Au haut de chaque rampe un sphinx aux barges flancs Se laisse entortiller de fleurs par des enfants :

Il se joue ^vec eux', leur rit à sa manière , .

Et ne se souvient plus de son humeur a fière. .

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