‹ Les amours de Psyché et de Cupidon, avec le poëme d'AdonisChapitre 36 sur 53 · BONIS · texte numérisé non relu

BONIS

J- > i»| i.. I , , ■ . I l’i ’ll • '

E n’ai pas entrepris de <djaAter;dans ces ven . | ,.(, ^ ;

Rome, ni. ses enfants.vainqueurs.de Tunivers,» , o - . ' Ni les fameuses tours qu’liector. ne put dëfendre , ^ >

Ni les coniLats des dieux aux rives du Scamandre : ^

Ces sujets sont trop liauts ^ et je manque de voix ;

Je n’ai jamais chanté que l'ombrage des bob^ ^ .

Flore , Éçho , les Zéphyrs,. et leurs molles haleines , Le vert tapis des prés et,Jl’mi;ent des fontaipes. , '

C’est parmi les forêts qu’a, vécu nqon héros, J C’est dans les bois qu’ Amour, a troublé son repoSv , .

Ma muse en sa faveur de myrte s’est parée ^

J’ai voulu célébrer l’amant de Çythérée, , •

Adonis, dont la vie eut des termes si courts,

Qui fut pleuré des Rb , qui fut plaint des Amours, , , Aminte , c'est à vous que j’ofire cet ouvrage ;

Mes chansons et mes voeux, tout vous doitrendre hommage : Trop heureux si. j’osoisÆonter h llunivers Les tourments infinis que pour vous j’ai soufi*erts 1 > « .

Quand vous me permettreXide chanter votre, gloire , , . . . Quand vos yeux , renommés par plus d’une victoire ,

Me laisseront vanter le pouvoir de leurs traits, ^ . ;

Et l’empire d’Amour accru par V4M. attraits,.

Je vous peindrai si belle et si pleine de charmes ,

Que chacun bénira le sujet de mes larnresi .

Voilà l’unique but où.tendent mes so.uhaits. ' - •

Cependant recevez ledop que je;yous lais ; • ,

Ne le dédaignez piu» : fise.^ic^ttp. aventure, ; , Dont, pour vous di>rei;tir,.. j’ai. trq^ la, peinture.

La Fontaine. Fajehé. 1 Q

a'iè ’ ADONIS.

Aux monts idaliens un bois délicieux De ses arbres chenus semble toucher les deux.

Sous ces ombrages verts loge la solitude.

Là , le Jeune Adonis , exempt d’inquiétude ,

Loin du bruit des cités, s’eîierçoit à chasser,' ' '

Ne croyant pas qu’Amour pût jamaîs-l’y blesser, • •

A peine son menton d’un' mol 'duvetr s’ombrage,

Qu'aux plus fiers animàux'il montre son courage.

• Ce n’est pas le seul' don qu’ü ail reçu des cieux:

Il semble être formé pour le plaisil^des yeux. ■ âh’on ne nous vante point le l'àvisseur d’Hélène ,

Ni celui qui jadis aûnoit une ombre vaine, * '

Ni tant d’autres héros fameux par leurs appas ;

Tous ont cédé le prix au fils de Cinyras.

Déjà la Renommée , en naissant inconnue ,

Nymphe qui caché'enfin sa’tête dans la nue,

Peur un charmant rédt amusaïit l’univers , ’ > '

Va parler d’ Adonis h cent ^peuples divers ,

A ceux qui sont sous l’ôitrse , aux voisins de l’aui'ore , ' Aux filles du Sarmate , aux pucelles du More.

Paphos sur ses autels le voit presque élever , .

Et le cœur de Vénus ne sait oii se sauver. • • ' ■ '•

L’image du héros , qu’elie a toujours présente ,

Verse au fond de son ame une ardeur 'riolente ;

Elle invoque son fils , elle implore ses traits ,

Et tâche d’assembler tout ce qu’elle a d’attraits. ■

Jamais on lie Itii 'vit un tel dessein de plaire; * •

Rien ne lui semble bieir, les Grâces ont beau faire.

Enfin , s’accompagnant des plus discrets Amours < Aux monts idaliens elle dressé son ôoUrs.'

Son char , qui trace en l’âir de traits de lumière ,

A bientôt achevé lamouretisé carrière'. ' ^ i •'

POEME

Elle trouve Âdoçis près des bords d’un ruisseau ; Couché sur des gazons , il rêve , au bruit de l’eau.

U ne voit presque pas l’onde qu’il considère :

INIais l’éclat des beaux yeux qu’on adore en Cythère L’a bientôt retiré d’un penser si profond.

Cet objet le surj)rend , l’étonne et le confond ;•

Il admire les traits de la fille de 1 onde.

Un long tissu de fleurs, ornant sa tresse blonde, Avoit abandonné ses^ cheveux aux Zéphyrs ;

Son écharpe , qui vole au gré de leurs soupirs ,

Laisse voir les trésors de sa gorge d’albâtie.

Jadis eu cet état Mars en fut idolâtre ,

Quand aux champs de l’Olympe on célébra des jeux Pour les Titans défaits par son bras valeureux.

Rien ne manque à Vénus, ni les lis, ni les roses.

Ni le mélange exquis des plus aimables choses ,

Ni ce charme srçret dont l’œil est enchanté ,

Ni la grâce , plus belle encor que la beauté.

Telle on voits volt , Aminte : une glace fidèle Vous peut de tous ces traits présenter un modèle.; Et , s’il falloit juger de l’objet le plus doux ,

Le sort seroit douteux entre Vénus et vous.

Tandis que le héros admire Cythérée , i . ;

Elle rend par ces mots son ame rassurée :

Trop aimable mortel , ne .crains point mon aspeçt; Que de la part d’Amour rien ne te soit suspect :

En ces lieux écartés c’est lui seul qui m amène.

Le ciel est ma paü ie , et Paphos mon domaine :

Je les quitte pour toi ; vois si tu veux m’aimer.

Le transport d’Adonis ne se peut exprimer.

O dieux! s’écria-t-il, n’est-ce point quelque songe? Puis-je embrasser l’erreur où ce discours me plonge

'220 A D O N rs.

Charmante ’deîtb^ vous dois-jé’ ajouter foi ?

Quoi ! vous qiüttez les'cieüx’^ et les ^ittez pour ïnoî!'^ Il me seroit permis d’a'îmér une iirimortelle ! ' •’

Amour rené ses sujets tous e'gaùx , lui dit-èlle ; ‘ '

La beauté,, dont les traits ipémé aux dieux sont si 'doux, Est quelqu^ clmsé encor de plus divin que nous. ‘‘ b'ous aimons, nous aimons, aiûâi que toute éhosei" ^ Le pouvoir dé mon fils de'moi-üiéme dispose : ■

Tout est né pour aimer. Ainsi parlé Vénus ;

Et ses yeux’ éloquents en disénilbeaucoup plus, ” ' Ils persuadent mieux que ce qu’a dit sa bouche. ’

Ses regarda, truchémènts de Tardeur qui la toudhe', " Sa beauté souveraine, et les traits de iron' fils, ‘ ‘ "

Ont conti aint Mars d’^aimîér : que peut faire Adonis ? '

Il aime , il sènt coiilér un brasier dans ses veinés : ' ‘ ‘ ’ Les plaisirs qu’il attend sont accrus par ses peines ; ”

Il désire , il espère , il.craint , il sent un mal ' ■ ‘

A qui les plus grands biens n’ont rien qiii soit égal. " ' ^ Vénus s’en aperçoit,' et feint qu’elle l’ignoré: •‘•"'«i

Tous deux de leur amour semblent douter encore ; ' ‘ ^ Et, pour s’eh assurer, ‘eWeun dé ces’ amants ’ ' ' '

Mille fois en un jour fait les mêmes’ serments. ’ ' ' ’

Quelles sont les douceurs qu’eh ces bois ils goAt'èreril ! ' O vous , de qui les voix jusqu’aux astres monfèéént’,^' ^ Lorsque par vos cli’à'nsons tout i’uni vers charihé’*' ^

Vous ouït célébrer ce couple Ibien ‘aimé i

Grands et nobles esprits, chantres ‘incomparable^^’ Mélezq>armi ces sons vos accords admirables. '

Écho , qui ne tait rien, vous conta ces imoursV* *''• Vous les vîtes graves au fond des antres sourdk^J"' * Faites que j’en,retrouve au temple de mémoire'””'’ ‘ ^ Les monuments sacrés, source de votre gloire', ^

POEME

Et (^e, m’étant formé sur vos'saVahics màinV,' '* ' ■ Ces vers puissent passer aux derniers des Kumains.'

Tout ce qui naît de doux en l’amoureux empire Quand d’une e'gale ardeur l’un pour l’autre pn soupire, Et que , de là contrainte ayant banni les lois On se peut assurer au silence des bois*,’ ' ' •

Jours devenus moments, moments filés de soië, Agréables soupirs, pleurs enfants de la joie, '

Vœux, serments et regards, transports', ravisselnents , ' Mélange dont se fait le bonheur des amants ‘ ‘ ' Tout par ce couple heureux fut lors mis en usage.' Tantôt ils choisissoiéptrépàisséuf d’uù ombrage:

Là , sous des chênes y iéiix où leurs chifiVès 'gràVés Se sont avec les' j^ncs 'accrût ‘

Mollement étépdùs iU.cohsiimolent léé hètires",

Sans avoir pour témoins, en ces sombres demeures,

Que les chantres des bois j pour confidents qu’Amour, Qui seul guidoit leurs pas en cet heureux séjour.

Tantôt sur des tapis, d’herbe téhdré et sacrée ' . '

Adonis s’endormoit auprès de Çythérec , , ^

Dont les yeux, enivrés par des charmes puissants) Attachoient aù, héros leurS' regards languissants.' ' ' ‘ ’ bien souveiU ils chantoient lés douceurs de leurs pciniN Et quelquefois assis sur le bord des fontaines ,

Tandis que cent câilldûx',' luttant à chaque bond , Suivoient lés longs replis du cristal vagabond : ' ' '

Voyez, disoit Vénus, ces ruisseaux, et leur Cotu'sp ; Ainsi jamais le temps ne remonté'ài sa source : ‘ .

Vainement pour les dieux il fuit d’un pas léger ; ’ 1 Mais vous, antres mortels le devez ménager , Consacrant à l’Amour la saison la plus belle.

Souvent , pour divertir leur ardeur mutuelle ,

Ils dansoient aux chansons , de nymphes entoures. Combien de fois la liane a leurs pas éclaires,

Et , couvrant de ses rais l’émail d’une prairie ,

Les a vus h l’envi fouler l’herbe flçurie !

Combien de fois le jour a vu les antres creux Complices des larcins de ce couple amoureux!

Mais n’entreprenons pas d’ôter le voile sombre De ces plaisirs amis du silence et de l’ombre.

Il est temps de passer au funeste moment ,

Où la triste Vénus doit quitter sou amant.

Du bruit de ses amours Paphos est alarmée ; ^ .,

On dit qu’au fond d’un bois la déesse charmée ,

Inutile aux mortels, et sans soin de leum vœux, , Renonce au culte vain de ses temples fameux.

' Pour dissiper ce bruit, la reine de Cythère. ,. ^

Veut quitter pour un temps ce séjour «olitaire.

Que ce cruel dessein lui causa de douleurs ! ^

ITn joiu- que son amant la vbyoit toute en pleiu^, Déesse , lui dit- il , qui causez mes alarmes , .

Quel ennui si profond vous oblige h ces larmes? . ^

Vous aurois-je offensée ? ou ne m’aimez- vous plus ?

Ah ! dit-elle , quittez ces soupçons superflus ;

Adonis tûcheroit en vain de me déplaire : ‘

Ces pleurs naisseut d’amoür., et non pas de colère. ^ D’un déplaisir secret mon cœur se sent atteint :

Il faut que je vous quitte , et le sort m’y conli’aiut ;

Il le faut. Vous pleurez! Du moins, en mon absence,^ Conservez-moi toujours un cœur plein de constance; Ne pensez qu’h moi seule ; et qu’un indigne choix Ne vous attache point aux nymphes de ces bt>is :

Leurs fers après les miens ont pour vous de la honte. ^ Surtout de votre sang il me faut rendre compte.

Page 1