‹ Les amours de Psyché et de Cupidon, avec le poëme d'AdonisChapitre 38 sur 53 · C.ent autres que je tais, troupe épaisse et confuse · texte numérisé non relu

C.ent autres que je tais, troupe épaisse et confuse

Mais j»cut-oii oublier la charmante Arétlmse ,

Arédiuse au teint vif , aux yeux doux et perçants ,

Qui poui- le blond Palmire a des feux innocents ?

On ne l'instruisit point à manier la laine ;

Courir dans les forêts, suivre un cerf dans la plaine.

Ce sont tous ses plaisirs : heureuse si son cœur Eut pu se garantir d’amour conune de peur !

On la voit arriver sur un cheval superbe Dont à peine les pas sont imprimés sur l’herbe ;

D’une charge si belle il semble glorieux.

Et, comme elle. Adonis attire tous les yeux:

D une fatale ardeur déjà son frbnt s’allume ;

Il marche avec un air plus fier que de coutume.

1 el Apollon marchoit quand l’énorme Python L’obligea de quitter l’ombre de l’Hélicon.

Par 1 ordre de Capys la troupe se partage.

De tant de gens épars le nombreux équipage ,

POEME

Leurs cris, l’aboi des chiens, les cors mêle's de voix, Annoncent l’e'pouvante aux hôtes de ces bois ;

Le ciel en retentit, les échos se confondent,

De leui-s palais voûtés tous ensemble ils répondent. Les cerfs au moindre bruit à se sauver si prompts j Les timides troupeaux des daims aux larges fronts , Sont contraints de quitter leurs demeures secrètes: Le bois n’a plus pour eux d’assez sombres retraites. Ou court dans les sentiers , on tr averse les forts ; Chacun , pour les percer , redouble ses efforts.

Au fond du bois croupit une eau dormante et sale Là , le monstre se plaît aux vapeurs qu’elle exhale ;

Il s’y vautre sans cesse , et chérit un séjour Jusqu’alors ignoré des mortels et du jour.

On ne l’ep peut chasser ; du souci de sa vio '

Bien plus à sa valeur qu’à sa fuite il se fie.

Les cors ont beau sonner, l’air a beau retentir;

Rien ne sauroit encor l’obliger à partir.

Cependant les destins hâtent sa dernière heure. Dryope la première évente sa demeure :

Les autres chiens , par elle aussitôt avertis , Répondent à sa voix, frappent l’air de leurs cris, Entraînent les chasseurs , abandonnent leur quête ; Toute la meute accourt , et vient lancer la bête , S’anime eu la voyant , redouble son ardeur : ^

Mais le fier animal n’a point encor de peur.

Le comsier d’ Adonis , né sur les bords du Xanthe , Ne peut plus retenir son ardeur violente :

Une jument d’Ida l’engendra d’un des Vents;

Les forêts l’ont nourri pendant ses premiers ans.

Il ne craint point des monts les puissantes barrières, iN'i l’aspect étonnant des profondes rivières,

lias ADONIS.

Ni le penchât affreux des rocs et des vallons ;

D’iialeine en le suivant manquent les aquilons.

Adonis le retient pour mieux suivre la chasse.

Enfin le monstre est joint par deux chiens dont la race Vient du vite Lëlaps , qui fut l’unique prix Des larmes dpnt Céphale apaisa sa Procris :

Ces deux chiens sont Mëlampe et l’ardente Sylvage.

Leur sort fut différent , mais non pas leiu* courage :

Par l’homicide dent Mélampe est mb à mort ;

Sylvage au poil de tigre attendoit même sort,

Lorsque l’un des chasseurs se présente à la bête.

Sur lui tourne aussitôt l’effort de la tempête :

Il connoît , mais trop tard , qu’il s’est trop avancé ;

Son visage pâlit , son sang devient glacé j L’image du trépas en ses yeux est empreinte :

Stu le teint des inom'ants la mort n’est pas mieux peinte. Sa peur est pourtant vaine , et , sans être blessé,

Du monstre qui le heurte il se sent terrassé, liisus , ayant cherché son salut sur un arbre ,

Rit de voir ce chasseur plus froid que n’est uû marbre : Mais lui-même a sujet de trembler à son tour.

Le sanglier coupe l’arbre ; et les lieux d’alentour Résonnent du fracas dont sa chute est suivie :

Nisus encore en l’air fait des vœux pour sa vie. Conterai-je en détail tant de puissants efforts ,

Des chiens et des chasseurs les différentes morts ,

Leurs exploits avec eux cachés sous l’ombre noire ? Seules vous les savez -, 6 filles de Mémoire !

Venez donc m’inspirer ; et , conduisant ma voix , Faites-moi dignement célelirer ces exploits.

Deux lices d’Anténor, Lycoris et Niphale,

Veulent qu’aux yeux de tous leur ardeur se signale.

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Le vieux Capys lui-même eut soin de les drésser :

Au sanglier l’une et l’autre est prête à s’élancer.

Un mâtin les devance et se jette en leur place ; . i

C’est Phle'gon , qui souvent au loup donne la chasse.

Armë d’un fojrt collier qu’on a semé de clous, , ^ t

A l'oreille du monstre il s’attache en courroux:.

Mais il sent aussitôt le redoutable ivoire ; . , . , .

Ses flancs sont décousus , et , pour comble de gloire ,

Il combat en mourant et ne veut point Mcher L’endroit où sûr le monstre il vient de s’attacher;

Cependant le sanglier passe à d’autres trophées Combien voit-on sous lui de trames étoufiées !

V Combien en coupe-t-il ! Que d’hommes terrassés !

Que de chiens abattus , mourants , morts , et blessés l Chevaux , arbres , chasseurs , tout éprouve sa rage.^

Tel passe im tourbillon messager de l’orage ; •

Telle descend la foudre , et d’un soudain fracas Brise , brûle j détruit , met les rochers à bas. '

Crantor d’un bras nerveux lance un dard h la bête:

Elle en frémit de rage , écume , et tourne, tête ,

Et son poil hérissé semble de toutes parts , • , , ■

Présenter au chasseur une forêt de dards- .,.3 • ' ii,. •

Il n’en a point pourtant le cœur touché de^^ainte.. ■ ^

Par deux fois du sanglier il évite l’atteinte :

Deux fois le monstre passe , et ne brise en passant Que l’épieu dont Crantor se couvre en cet instant ,

Il revient au chasseur : la fuite est inutile ; .

Crantor aux environs n’aperçoit point d’asüe :

En vain du coup fatal il veut se détourner ;

Ne pouvant que mourir , il meurt sans s’étonner.

Pour punir son vainqueur toute la troupe approche ;

L’un lui présente tm dard , l’autre un trait lui décoche ; .

La Fontaine. Psjché. 20

Le fer, ou se rebrousse, ou ne fait qu’entamer Sa peau que d'un poil dur le ciel voulut armer, n se lance aux épieux -, il prévient leur atteinte ;

Plus le péril est grand , moins il montre de crainte.

’ C’est ainsi qu’un guerrier pressé de toutes parts Ne songe qu’à périr au milieu des hasards ;

De soldats entassés son bras jonche la terre ;

Il semble qu’en lui seul se termine la guerre :

Certain de succomber , il fait pourtant effort ,

Non pour ne point mourir, mais pour venger sa mort Tel et plus valeureux le monstre se présente.

Plus le nombre s’accroît , plus sa ftureur s’augmente ; L’un a les flancs ouverts , l’autre les reins rompus ;

Il mâche et foule aux pieds ceux qui sont abattus.

La troupe des chasseurs en devient moins hardie; L’ardeur qu’ils témoignoient est bientôt refroidie.

Palm ire toutefois s’avance malgré tous :

Ce n’est pas du sanglier que son cœur craint les coups ; Arétlmse lui fut jadis plus redoutable :

Jadis sourde à ses vœux , mais alors favorable ,

Elle voit son amant poussé d’un beau désir.

Et le voit avec crainte autant qu’avec plaisir. ^ Quoi ! mes bras , lui dit>il , sont conduits par les vôtres, Et vous me verriez fiiir aussi-bien que les autres !

Non, non ; pour redouter le monstre et son effoit,

Vos yeux m’ont trop appris à mépriser la mort Il dit , et ce fut tout : l’eflet suit la parole ;

11 ne va pas au monstre, il y court, il y vole.

Tourne de tous côtés , esquive en l’approchant ,

Hausse le bras vengeur, et d’im glaive tranchant S’efforce de punir le monstre de ses crimes.

Sa dent alloit d’tm coup s’immoler deux victimes :

POEME. a3i

L’une eût senti le mal que l’autre en eût reçu, ^

Si sou cruel espoir n’eût point été déçu.

Entre Palmire et lui l’amazone se lance :

Palmire craint pour elle , et court à sa défense.

Le sanglier ne sait plus sur qui d’eux se venger ;

Toutefois à Palmire il porte un coup léger ; ,

Léger pour le héros , profond pour son amante.

On l’emporte , elle suit inquiète et tremblante.

Le coup est sans danger ; cependant les esprits ,

En foule avec le sang de leurs prisons sortis ,

Laissent faire à Peilmire un effort inutile.

Il devient aussitôt pâle , froid , immobile ; ^ ^

Sa raison n’agit plus , son œil se sent voiler :

Heureux s’il pouvoit voir les pleurs qu’il fait couler î La moitié des chasseurs , à le plaindre employée ,

Suit la triste Aréthuse en ses larmes noyée.

îîon loin de cet endroit un ruisseau fait son cours j Adonis s’y repose après mille détours.

Les nymphes , de qui l’œil voit les choses futures , L’avoient fait égarer en des routes obscure^.

Le son des cors se perd par un charme inconnu ;

C’ost en vain que leur bruit â ses sens est venu.

Ne sachant où porter sa course vagabonde ,

. Il s’arrête eu passant au cristal de cette onde.

Mais les nymphes ont beau s’opposer aux destins, » Contre un ordre fatal tous leurs charmes sont vains. , Adonis en ce lieu voit apporter Pahnire ;

Ce spectacle l’émeut , et redouble son ire :

A tai’der plus long-temps on ne peut 1 obliger ; .

n regarde la gloire , et non pas le. danger.

Il part , se fait guider , rencontre le carnage.

Cependant le sanglier s’étoit fait un passage ;

a3a ADO N l'«.

Et courant vers son fort', il se lançoit par fois Aux chiens qui dans le ciel ponssoient de vains abois.

On ne l’ose approcher ; tous les traits qu’on lui lance i Étant poussés de loin', perdent leur violence.

Le héros seul s’avance , et craint peu son courroux ;

Mais Capys l'arrêtant s’écrie : Où’ courez- vous ?

Quelle bouillante ardeur au péril vous engage ?

Il est besoin de ruse , et non pas de couragé. '

N’avancez pas , fuyez ; il vient à vous , ô dieux î Adonis , sans répondre , au ciel lève les yeux.

Déesse , ce dit-il , qu’adore ma pensée , ' '

Si je cours au pjéril , n’en sois point offensée J"

Guide plutôt mon bras , redouble son efibit ; ' '

Fais que ce trait lancé donne au monstre la mort.

A ces mots dans les airs le trait se fait entendre ;

A l’endroit où le monstre a la peau le plus tendre Il en reçoit le coüp , se sètat ouvrir les flânes ' = * ' '

De rage et de dotileur frémit , grince les dents ,

Rappelle sa fureur , et court à la vengeance.

Plein d’ardeur et léger, Adonis le devance.

On craint pour le héros ; mais il sait éviter ‘ ‘ ‘

Les coups qu’à cet abord la dent lui veut porter. ' ** Tout ce que peut l’adresse étant jointe au courage.

Ce que poUr se venger tente l’aveugle rage»

Se fit lors remarquer par les chasseurs épars. '

Tous ensemble au sanglier voudroient laiicef leurs dards, Mais peut-être Adonis en recevroit l’atteinte.

Du cruel animal ayant chassé la crainte ,' ’ “ ' ' ^

En foule Us courent tous droit aux fiers assaillants; “ Courez, courez, chasseurs un peu trop tard vaillants; Détpumez de vos noms ùu éterhel repiuche ; • • 1

Vos efforts sont trop lents , déjà le coup approche.

POEME

Que n’en ai-je oublié les funestes moments!

Pourquoi n’ont pas péri ces tristes monuments ?

Faut-il qu’à nos neveux j’en raconte l’iiistoire?

Enfin de ces forêts l’ornement et la gloire ,

Le plus beau des mortels , l’amour de tous les yeux ,

Par le vouloir du sort ensanglante ces lieux.

Le cruel animal s’enferre dans ses armes ,

Et d’un coup aussitôt il détruit mille charmes. (

Ses derniers attentats ne sont pas impunis ;

Il sent son cœur percé de l’épieu d’ Adonis ,

Et, lui poussant au flanc sa défense cruelle,

Meurt , et porte en mourant une atteinte mortelle.

D’un sang impur et noir il purge l’univers.

Ses yeux d’un somme dur sont pressés et couverts ;

Il demeure plongé dans la nuit la plus noire j Et le vainqueur à peine a connu sa victoire ,

Joui de la vengeance et goûté ses transports-, ' * ‘

Qu’il sent un froid démon s’emparer de son corps.

De ses yeux si brillants la liunière est éteinte ; ^

On ne voit plus l’éclat dont sa bouche étoit peinte ,

On n’en voit que les traits ; et l’aveugle trépas Parcourt tous les endroits où réghoient tant d’appas.

Ainsi l’honneur des prés, les fleurs, présent de Flore,

Filles du blond Soleil et des pleurs de l’Aurore ,

Si la faux les atteint , perdent en un moment De leurs vives couleurs le plus rare ornement.

La troupe des chasseurs, au héros accourue,

Par des cris redoublés lui fait ouvrir la vue :

Il cherche encore un coup la lumière des cieux ;

Il poussé un long soupir, il referme les yeux ;

Et le dernier moment qui retient sa belle ame S’emploie au souvenir de l’objet qui l’enflamme.

On fait pour. l’arTêter des efforts superflus j ,

Elle s’envole aux airs , le corps ne la sent plus.. Prêtez-moi des soupirs , ô vente , qui sUr vos ailes Portâtes à Venus de si tristes nouvelles.

EUe accourt aussitôt , et , voyant son amant ,

Remplit les environs d’un vain gémissement.

Telle sur un ormeau se plaint la tourterelle / / Quand l’adroit giboyeur a, d’une main cruelle,

Fait mourir à ses yeux l’objet de ses amours j Elle passe à gémir et les nuits et les jouis ,

De moment en moment renouvelant sa plainte , ,

Sans que d.’aucun reijaords^la Parque soit atteinte. ‘

1 out ce bruit , quoique juste , au vent est répandu ;

L enfer ne lui rend point le bien qu’elle a perdu :

On ne le peut fléchir ; les cris dont il est cause

JMe tont point qu à nos vœux il rende quelque chose.

,V enus 1 unpiore en vain par, de tristes accents j , . Son désespoir éclate en regrets^ impuissante j Ses cneveyx sont épars , ses yeux noyés de larmes ^ ' Sous d’humides torrents ils resserrent leurs cbarmes : ' Comme on volt au printemps les Beautés du soleil Cacher sous, djcs vapeurs leur éçlat sans pareil. ^

Après mille sanglots enfin elle s’écrie:

Mon amour n’a donc pu te faire, ai^cr la vie !, ,

Tu me quittes , cruel ! Au moins ouvre les yeux j Montre-toi plus sensible à mes tristes adieux ;

Vols de quelles douleurs ton‘ amante est atteinte.

Hélas ! j’ai beau crier, U est sourd à ma plainte :

Une etemelle nuit l’oblige à me quiuerj Mes pleurs ni mes soupirs ne peuvent l’arrêter.

Encor si je pouvois le suivre en ces lieux sombres !

Que ne m est>il permis d’errer parmi les ombres 1

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Destins, si vous Ypuiiez le.voir sitôt périr,-

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Falloit-U m’obliger à ne lamais mourir ?

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Malheureuse Vénus, que te servent ces larmes ? Vante-toi maintenant du pouvoir de tes charmes :

Ils n’ont pu du trépas exempter tes amours ;

Tu vois qu’ils n’ont pu même en prolonger les jours.- Je ne demandois pas que la Parque cruelle Prît à filer leur trame une peine étemelle ;

Bien loin que mon pouvoir l’empêchât de finir ,

Je demande un moment , et ne puis l’obtenir.

Noires divinités du ténébreux 'ànpitè*, ^ ^

Dont le pouvoir s’étend sur tout ce qpri respire ,

Rois des peuples légers , sbufirez que mon amant De son triste départ me console un moment.

Vous ne le perdrez point ; le trésor que je pleure Ornera tôt ou tard votre sombre demeure.

Quoi ! vous me refusez un présent si léger !

Cmels , souvenez- vous qu’ Amour m’en peut venger.

Et vous , antres cachés , favorables retraites ,

Où nos cœurs ont goûté des douceurs si secrètes , Grottes , qqi tant de fois avez vu mon amant Me raconter des yeux son fidèle tourment ,

Lieux amis du repos, demeures solitaires.

Qui d’un trésor si rare étiez dépositaires ,

Déserts , rendez-le-moi : deviez-vous avec lui Nourrir chez vous le monstre auteur de mon ennui ? Vous ne répondez point. .4dieu donc, ô belle ame ! Emporte chez les morts ce baiser tout de flamme :

Je ne te verrai plus ; adieu , clier Adonis.

Ainsi Vénus cessa. Les rochers , à ses cris

Quittant leur dureté , répandirent des larmes : ,

Zéphyre en soupira : le jour voila ses charmes ;

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