LIVRE
Est-il dans l’empire de Flore Rien d’agréahle comme vous ?.
Vos fnûts aux écorces solides Sont un véritable trésor ;
Et le jardin des Hespérides '
N’a voit point d’autres pommes d’or.
Lorsque votre automne s’avance ,
On voit encor votre printemps ;
L’espoir avec la jouissance Logent chez vous en même temps.
Vos fleurs ont embaumé tout l’air que je respire : Toujours un aimable zéphyre ^ Autom de vous se va jouant.
Vous êtes nains ; mais tel arbre géant,
Qui déclare au soleil la guerre ,
Ne vous vaut pas ,
Bien qu’il couvre un arpent de terre Avec ses bras.
La nécessité de manger fit sortir-nos gens de ce lieu si délicieux. Tout leur dîner se passa à s’entretenir des choses qu’ils avoient vues , et à parler du monarque pour qui on a assemblé tant de beaux objets. Après avoir loué ses principales vertus, les lumières de son esprit, ses qualités héroïques, la science de commander; après, dis-je, l’avoir loué fort long-temps, ils revinrent à leur premier entretien , et dirent que Jupiter seul peut continuellement s’appliquer à la conduite de l’univers. Les hommes ont besoin de quelque relâche. Alexandie
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faisoit la débauche ; Auguste jouoit ; Scipion et Lælius s’amusoient souvent à jeter des pierres plates sur l’eau : notre monarque se divertit à faire bâtir des palais -, cela est digne d’un roi. Il y a même une utilité générale ; car par ce moyen les sujets peuvent prendre part aux plaisirs du prince,
^ et voir avec admiration ce qui n’est pas fait pour euj. Tant de beaux jardins et de somptueux édi- . fices sont la gloire de leur pays. Et que ne disent point les étrangers ! Que ne dira point la postérité , quand elle verra ces chefs-d’œuvre de tous les arts !
Les réflexions de nos quatre amis finirent avec leur repas. Ils retournèrent au château ; virent les dedans , que je ne décrirai point , ce seroit une œuvre infinie. Entre autres beautés , ils s’arrêtèrent long-temps à considérer le lit, la tapisserie et les sièges dont on a meublé la chambre et le cabinet -du roi. C’est un tissu de la Chine , plein de figurées qui contiennent toute la religion de ce pays-là. Faute de brachmanes, nos quatre amis n’y comprirent rien.
Du château ils .passèrent dans les jardins , et prièrent celui qui les conduisoit de les laisser dans la grotte jusqu’à ce que la chaleur fût adoucie ils avoient fait apporter des sièges. Leur billet venoit de si bonnes part , qu’on leur accorda ce qu’ils demandoient : même, a/in de rendre le lieu plus frais , ou en flt jouer les eaux. La face de cette grotte est composée ,,en dehors , de trois arcades , '
qui foht autant de portes grillées. Au milieu d'une des arcades est un soleil, de qui les rayons servent de barreaux aux portes : il ne s'est jamais rien inventé de si à propos , ni de si plein d'art. Audessus sont trois bas-reliefs.
Dans l’un , le dieu du jour achève sa carrière.
I,e sculpteur a marqué ces longs traits de lumière ,
Ces rayons dont l’éclat , dans les airs s’épanchant ,
Peint d’un si riche émail les portes du couchant.
On voit aux deux côtés le peuple d’Amaihonte Préparer le cliemin sur les dauphins qu'il monte.
Chaque Amour à l’envi semble se réjouir De l’approche du dieu dont Thélis va jouir.
Des troupes de Zéphyrs dans les airs se promènent ;
Les Tritons empressés sur les flots vont et vicnneut.
Le dedans de la grotte est tel* que les regards ,
Incertains de leur choix, courent de toutes paris.
'1 ant d’ornements divers , tous capables de plaire ,
Font accorder le prix tantôt au statuaire.
Et tantôt à celui dont l’art industrieux ^ .
Des trésors d’Amphitrite a revêtu ces lieux.
La voûte et le pavé sont d’un rare asseroÔlage :
Ces cailloux que la mer pousse sur son rivage ,
Ou qu’enfeime en son sein le terrestre élément , Difl'érents en couleur, font maint compartiment.
Au haut de six piliers d’une égale stmeture,
Six-masques de rocaille, à'grotesque ligure.
Songes de l’art , démons bizunccmcnt forg(*s ,
Au-dessus d’une niche en face sont rangés.
De mille raretés la niche est toute pleine :
Un Triton d’un côté, de l’autre une Sirène,
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Ont cliacun une conque en leurs mains de rocher ; Leur souffle pousse un jet qui va loin s ’e'pancher.
Au haut de chaque niche un bassin répand l’onde : Le masque la vomit de sa gorge profonde ;
Elle retombe en nappe et compose un tissu Qu’un autre bassin rend sitôt qu’il l’a reçu.
Le bruit , l’éclat de l’eau , sa blancheur transparente , D’un voile de cristal alors peu différente ,
Font goûter un plaisir de cent plaisirs mêlé.
Quand l’eau cesse , et qu’on voit son cristal écoulé , I.a nacre et le coràil en réparent l’absence :
Morceaux pétrifiés , coquillage , croissance ,
Caprices infinis du hasard et des eaux , '
* Reparoissent aux yeux , plus brillants et plus beaux. Dans le fond de la grotte, une arcade est remplie De marbres à qui l’art a donné de là vie.
Le dieu de ces rochers , sûr une urne penché ,
Goûte un momc repos , en son antre couché.
L’urne verse un torrent ; tout l’antre s’en abreuve ; L’eau retombe en glacis , et fait un large fleuve.
J’ai pu jusqu’à présent exprimer quelques traits De ceux que l’on admire en ce moite palais :
Le reste est au-dessus de mon foible génie.
Toi qui lui peux donner une force infinie ,
Dieu des vers et du jour, PheTîus , inspire-moi : Aussi-bien désormais faut-il parier de toi.
Quand le Soleil est las, et qu’il a fait sa tâche.
Il descend chez Tbétis , et prend quelque relâche : C’est ainsi que Louis s’en va se délaséer D’un soin que tous les jours il faut recommencer.
Si j’élois plus savant en l’art de bien écrire ,
Je peindrob ce monarque étendant son empire :