N° 14, VICTOR BONSENNE A SON PÈRE
Mon père,
Je viens de recevoir ma lettre que vous venez de me renvoyer ; en la reconnaissant, je vous ai trouvé implacable ; en la relisant, je vous ai trouvé plein de bonté de m'avoir fait dire par Léopold que vous ne l'aviez pas lue.
Pardonnez, mon père, pardonnez à l'exaltation d'un amour que je ne sais comment vous exprimer.
J'aime Gliaristie, raoa père, je l'aime comme on n'aima jamais. Depuis le premier jour où je la vis, elle m'occupa tout entier, et je n'étais encore qu'un enfant. Ces succès de collège, dont vous avez été fier dans la dernière année de mes études, c'est pour elle que j'ai voulu les obtenir.
Ne savez-vous donc pas qu'elle avait dit à ma sœur :
« Qu'il soit toujours le premier, et j'en serai heureuseï et je tâcherai de faire aussi bien que lui, pour qu'il m'applaudisse à son tour?»
C'étaient là nos engagements d'enfance, mon père, engagements innocents et sacrés que nous avons tenus tous les deux. Et depuis ce temps, n'est-ce pas l'espérance de l'obtenir qui m'a conduit à tout ce que j'ai fait, soit en bien, soit en mal?...
Ayez pitié de moi, mon père, vous m'aimez et vous aimez Gharistie, je le sais... Quel obstacle insurmontable nous sépare donc? apprenez-le-moi... je vous en supplie; pardonnez- moi, laissez-moi l'aimer, laissez-moi l'espérer !
Vous ne voulez pas mon malheur, jnon désespoir, ma mort; non, vous ne pouvez le vouloir. Soyez bon, soyez indulgent; ne sentez-vous pas que le bonheur retourne au cœur qui le donne ?... Et nous serions si heureux ! 0 mon père, par pitiévne me repoussez pas; et songez qu'il y va de ma vie!
VICTOR
No 15.