‹ Les amours de Victor BonsenneChapitre 31 sur 71 · LISE BONSENNE A SON FRÈRE VICTOR · texte numérisé non relu

LISE BONSENNE A SON FRÈRE VICTOR

L'as-tu vu, Victor? est-il vrai qu'il soit aussi profonde-* ment blessé que le dit sa lettre de l'accueil que nous lui avons fait? Ohl c'est que je souffrais tant! Il ne m'aime donc pas, qu'il n'ait pas compris que j'aie été injuste pré-» cisémçnt parce que je l'aimais?

Tu es jaloux, toi, Victor; tu veux cet amour exclusif qui ne laisse au cœur qui le ressent qu'un désir, qu'un vœu, qu'une pensée, qu'une attente et une attention; tues jaloux,, tu m'aurais comprise»

Eli bien, oui, j'avais tort; mais j'avais cru remarquer des moments où la pensée de Léopold n'était pas avec moi. Un mot de lui m'a fait croire que son cœur et ses désirs allaient au delà du modeste bonheur que lui promettait mon amour.

Enfin, te le dirai-je? il m'a semblé encpre qu'il écoutait mieux qu'autrefois celle que j'aimais comme une sœur ; il m'a semblé que le regard jadis indifférent qu'il fixait sur

elle pétait enflammé de cette ardente et inquiète curiosité avec laquelle il me regardait lorsqu'il voulait pénétrer dans le secret de mon cœur.

Sais-je enfin ce que j'ai vu, ce que j'ai pensé, ce que j'ai supposé? Qu'importe! j'ai tort, voilà tout. Je te le dis, tu le lui diras. Qu'il revienne; il me pardonnera, et j'oublierai tout.

Oh! mon Dieu, mon frère, je suis folle! J'oublie que mon père m'a défendu de le revoir ; j'oublie qu'il le condamne, qu'il le trouve infâme et coupable.

Non, vois-tu, ce n'est pas possible; malgré la défense de mon père, il faut que je te dise tout. Si c'est vrai, c'est affreux, et ce sont deux misérables que nous devons oublier et mépriser à tout jamais. Si ce n'est pas vrai, pourquoi souffririons-nous du rigorisme fatal de mon père, faute d'avoir demandé à un ami calomnié une explication franche et loyale de sa conduite?

Sais-tu ce que mon père m'a laissé entrevoir? c'est que Léopold, tenté par la fortune de Charistie, m'abandonnerait pour prétendre à sa main; c'est que Charistie, outrée du refus que mon père a fait de consentir à ton mariage avec elle, accepterait les hommages de Léopold pour se venger de nous tous.

Tu vois que cela ne peut pas être vrai. Ce serait un abominable complot. Charistie en est incapable, elle n'aime pas Léopold, elle t'aime. Je veux avoir une explication avec elle, je veux la voir, je veux lui écrire.

Cherche Léopold, trouve-le... Non, nous ne pouvons ainsi l'un et l'autre accepter le malheur de notre vie entière, pour ne pas avoir eu le courage d'expliquer ce qui n'est sans doute qu'un malentendu.

Ta sœur, lise bonsenne.

VICTOR BONSENNE A SA SOEUR LISE

Ma chère Alison,

Il faut que tu voies Gharistie, il faut que tu lui parles, que tu saches ce qu'on va décider d'elle ; échappe à la surveillance de notre mère, brave les ordres de notre père. arrive jusqu'à elle, parle-lui, demande-lui son secret, il le

faut.

Un événement que je puis à peine m'expliquer me fait craindre qu'on ne trame contre elle quelque fatale machination.

Tu te rappelles cet officier qui vous a apporté ma lettre que je vous écrivais de Bruxelles? il sort de chez moi. Je l'avais rencontré il y a quelque temps dans une circonstance qu'il est inutile que je t'explique ; mais je ne l'avais pas revu depuis ce temps. Il m'a parlé de Gharistie, lui...

Gomment la connaît-il? à quel titre ose-t-il la poursuivre et s'occuper d'elle?... 0 ma sœur! ne m'accuse pas du désordre de cette lettre.

J'ai eu une rencontre violente avec l'officier étranger, et comme il paraissait connaître Gharistie depuis longtemps, il m'est venu à son sujet les idées les plus extravagantes. Du reste, ce qu'il m'a dit devrait détruire mes étranges soupçons.

Je répète ses paroles, et ne m'en demande pas davantage.

« Votre père, dit-il, a dû recevoir ou recevra demain un billet où on lui conseille de marier la jeune fille qui lui a été confiée ; dites-lui que pour sa sûreté à lui, pour lasûreté de cette jeune fille, il obéisse immédiatement. Gela lui sera d'autant plus facile, qu'on le laisse libre sur le choix du mari, et qu'il peut le prendre, s'il lui convient, dans la dernière classe de la société.

» Qu'il n'oublie pas que c'est pour lui une affaire de vie ou de mort. »

J'irai ce soir chez mon père.

Pendant que je serai chez lui, monte, s'il se peut, chez Charistie, avertis-la, protégera, tâche enfin de savoir quelque chose qui puisse m'aider à empêcher le sacrifice qu'on ose lui imposer.

Si je ne peux te voir, écris-moi ce que tu auras fait, ce que tu auras appris d'elle; je t'écrirai de mon côté ce que j'aurai pu découvrir dans l'entretien que je vais avoir avec mon père.

A ce soir.

VICTOR BONSENNE.

N. B. 11 est probable que ce billet s'était «croisé avec la lettre précédente, car ce n'est point une réponse à ta, lettre d'Àlison.

EÊS ÀMÔÙ^S ÛÉ VICTOft ÈONSENNE, 235

LÉOPOLD DESLAURIÉRES A MOR1NLA1D.

Rkn, rïan, rto, tote la charge ! et soir, assaut général , etpir

La mère Lambert est enlevée, uûe bourse de soie eu a fait l'affaire. Eite itfottvre ce stiir là porte de la citadélte. Je suis^n présente de ta sfensîbie infortunée, je me jette à * ses pieds, je pleure comtee un crocodile, je me côittorsîoBûe ni plus ni moins que notre camarade Tâutin ; efle s'attendrit, m'admire, consent, et dans quinze jMrs j'épouse vingt-éùÉ miàte six cent soixante-six franes soiiaïïtesix centimes de rente; vïan, vlan, rlatt, rlan tas* £lan ! * Je viens* de promettre une oie fareie au père Guillofra qui te porte ma lettre.

Sois ce soir chez moi entre minuit et une heure. Nous

procéderons peut-être par enlèvement.

à ce soir donc...

LÉOPOLD

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