LÈ
vérité, înons^AMonRâ de vicîor bonseMè.
A ces mot: ^]quefoîs une querelle jusqu'à ce qu'elle remontrer * w vis. lèto-
donné pour ,*"^jas M.-- „„„„ „*„„ m. .„ „îrt„„în ^^ r l 'etourner chez moi ; je n avais pas
mon fils ; mais déjà Mleure Lorgque je rentraiî la bomie Percher ma Alla ch/kqueUe .,étaîg bien bin de m,attoette voix brèvr4n filg ^ venu et ,-j élaU enfermé résister, mais f ; *:,us le tsa. «.
susceptibilité u f Victor et mis à Tfc^^ ci eJle ne ^^ tience d'Àlison. . ♦• ♦*myai
Je m'éloignai, mais à^'ie étais-je hors dû cabinet ue mon mari, que j'entendis Victor lui dire d'une voix tremblante et dont il avait grand'peine à coritenir l'agitation :
— Ma mère, du moins, n'est pas coupable de tout ceci, mon père; elle n'en doit pas souffrit.
Je m'arrêtai, j'écoutai; tin profond silence régnait dans le cabinet.
J'entendis une parole, et, inquiète de ne plus entendre la voix de mon tnari ni celle de mon fils, je retournai précipitamment vers la porte, et je vis M. Bonsenne debout, le visage couvert d'une pâleur livide, et montrant du doigt à Yictor la porte par où il lui ordonnait silencieusement de sortir.
Yictor le saluait et s'éloignait au moment oîi je me jetai au-devant de lui.
— Qu'y a-t-il? m'écriai-je9 que se passe-t-il?
Victor, que je tenais datls mes bras et que je poussais Vers son père en lui disant de lui dematider pardon, Victor fit un pas vers lui ; mais M. Bonsenne l'arrêta en lui disant :
— Vous saviez nos conventions, monsieur, et vous me mentiez tout à l'heure lorsque vous me parliez de votre obéissance âmes ordres-; j'ai asse£ longtemps supporté vos
LES AMOURS DE VICTOR BONSEN*. 84k
— Chez Cbaristie, malgré ma défense fonj 'exerce âuriies ordres !
Victor essaya de justifier sa sœude -nair î^rt ce n'était colère de mon mari ne se calmait * pas « j minutes que
— Pardonnez à ma sœur, mon p vous ntèrposeriei javos ordres, c'est à mon instigation*^ et 4es personnes * suppliée de monter chez son amie. •> •«>
— Vous! s'est écrié mon.ïiwrffic*r,oUp » je ne pensais tifs secrets de ma déf<~ " - • ^r avez-vous r^ere ! s'écria mon mari en l'interrompant vio-
.^irïènt; vous pensez donc q °*Le a besoin de votre protection contre moi ? vous pensez donc que si vous n'étiez pas là, elle aurait à subir les volontés d'un tyran et d'un despote? C'est assez d'injures en un jour dites à votre père, monsieur; sortez; et vous, madame, reprit-il eti s'adressant encore à moi, allez chercher votre tille, à moins qu'il ne vous convienne que j'aille la chercher moi-môme.
La manière dont mon mari prononça ces dernières paroles me fit trembler. Je frémis pour Alison de ce que son père pourrait lui dire.
Hélas ! vous le savez, lorsque kt colère l'emporte, il lui vient à la bouche de ces mots terribles qui blessent cruellement, et auxquels Alison, dans l'état de chagrin où elle était, n'eût pas résisté.
Je m'empressai de sortir, emmenant Victor , qui, je dois le dire, était encore plus affligé qu'irrité.
Nous étions sur le palier de l'escalier, et c'est là que Victor me dit en m'embrassant :
— Tenez, ma mère, mon père s'imagine toujours qu'il commande aux esclaves de son habitation de Saint-Domingue ; il oublie qu'il parle à un homme; il fait pis, il oublie qu'il parie à des femmes.
Je me retournai au moment où mon fils achevait ces paroles, et j'aperçus mon mari qui nous avait suivis jusque dans l'antichambre. Il avait dû entendre Victor; mais il se retourna aussitôt, et rentra dans son cabinet.
Plus tard- je sus, par la bonne qui y entra presque aussitôt que lui, qu'il y était plongé dans une sombre méditation, et qu'elle l'avait entendu murmurer ces sombres paroles :
— Oh! je suis un tyran, un maître! Ah! oui... oui... et je punirai en maître!
Cependant, pour empêcher Victor d'être encore entendu, et le déterminer à ne pas rester si près de son père, je l'engageai à venir chercher sa sœur avec moi; il me suivit.
Vous savez, l'escalier de notre maison n'est pas d'habitude éclairé le soir.
Victor et moi nous montions à tâtons, et nous étions près d'arriver à la porte de l'appartement de Gharistie, qui est à deux étages au-dessus du nôtre, lorsque Victor, qui marchait devant moi, s'arrête tout à coup en disant :
— Qu'est-ce qui est là?
Dans la demi-obscurité où nous étions plongés, je vis une femme assise sur les dernières marches de l'escalier; elle était immobile et ne paraissait pas avoir entendu la question de Victor.
Je me penchai vers elle et je reconnus Àlison.
— Que fais-tu là? m'écriai-je; pourquoi es-tu à cette place ?
Elle se leva tout à coup, et, cachant sa tête dans mes bras, elle me répondit en fondant en larmes :
— Ils sont là tous deux , ils sont ensemble, elle m'a chassée.
Sa voix se perdit dans ses sanglots, tandis que Victor "s'é-
criait avec une émotion de colère qui nie frappa jusque dans Vétonnement où j'étais de trouver Alison dans cet état:
— Mais qui donc est là?
— Mais, repartit Alison avec une sorte de violence douloureuse, elle et lui, tous deux, te dis-je, Léopold et Charistie.
Avant que j'eusse pu faire une observation à mon fite, avant que j'eusse pu comprendre toute la portée du désespoir d'Alison, Victor sVtait élancé jusqu'à la porte de l'appartement de Charistie, et en avait violemment tiré la sonnette.
Je m'élançai vers lui pour l'arrêter ; mais au lieu de m'écouter, il sonna avec une nouvelle violence.
Victor, l'oreille collée sur la porte de l'appartement, ne m'écoutait pas, ou plutôt ne m'entendait pas. Je courus vers Alison qui semblait attendre l'événement de cette scène, et je la priai d'engager son frère à nous suivre.
— Oh! s'écria-Uelie avec une exaspération que je ne lui avais jamais vue , on l'a trabi comme moi, lui aussi ; mais lui, il est un homme; il peut se venger, il se vengera, et il fera bien.
Comme elle finissait de parler, la porte de Charistie s'ouvrit.
Ce fut madame Lambert qui se présenta. Victor voulut passer.
— Qui demandez- vous et que voulez- vous? lui dit-elle assez brusquement.
— Je veux voir votre fille.
— Il est possible que vous le vouliez, lui répondit madame Lambert; mais moi je ne veux pas que vous la voyiez.
Victor voulut presque entrer de force ; madame Lambert
m'aperçut, et s'écria avec cet accent vulgaire et baè que vous lui connaissez ;
— Ah ça ! est-ce que nous sommes dans une maison de voleurs, qu'on ose entrer ainsi à coups de poing chez deux pauvres femmes parce qu'elles sont seules?
— Tu vois, dis-je à Victor, à quelles injures ta violence t'expose. Viens, mon Gis, viens.
Mon fils hésita un moment.
— Je vous suis, ma mère, me dit-il.
Puis élevant la voix, il ajouta :
— Mais si celui qui est ici n'était pas un lâche, ces pauvres femmes qui se disent seules n'apporteraient pas cette raison pour prévenir une explication que j'obtiendrai d'une façon ou d'une autre.
Victor avait à peine prononcé ces paroles, qu'une porte s'ouvre dans l'antichambre de Gharistie, et que Léopold Deslaurières paraît, disant insolemment à Victor :
— Quoique vous m'ayez appelé par Votre nom, monsieur, je suis venu pour vous le restituer, car il appartient bien légitimement à un homme qui vient faire des esclandres chez une pauvre jeune fille , parce qu'il la sait sans protection et sans amis.
— Vous vous trompez, s'écria Àlison dont la colère m'épouvantait, tant sa façon de parler et d'agir dans cette circonstance était en dehors de ses habitudes ; je lui avais dit que vous étiez là.
A la vue d' Alison et à la mienne, Léopold parut vivement troublé, mais il se remit presque aussitôt; et comme Victor s'était approché de lui, et lui disait à voix basse :
— Nous nous reverrons bientôt, n'est-ce pas? car vous comprenez bien que c'est une offense qui veut du sang, le mien ou le vôtre !
Léopold se recula dédaigneusement fie lui et lui dit froidement :
— Vous oubliez, monsieur, que vous parlez devant votre mère et votre sœur.
A ce moment Léopold, grâce à ce sang-froid dont*je ne le croyais pas capable, avait sur mon fils un cruel avantage.
J'entraînai Victor, qui, dans la rage où il se trouvait, se fût peut-être porté à des violences odieuses, et la porte de Gharistie se referma sur nous trois.
Je me trouvai donc là, pauvre mère, entre mes deux enfants, tous deux désespérés, tous deux ayant irrité la colère de leur père , et sans qu'il me fût possible de leur donner une espérance ou une consolation! Alison avait tout à fait perdu la tête, car elle disait avec un tremblement nerveux à son frère, qui se frappait la tête avec colère :
— Tu le tueras, n'est-ce pas? tu le tueras?
L'accent de la voix d' Alison était si effrayant, qu'il calma Victor plus que n'eussent pu le faire mes prières et mes larmes.
A ces mot3 incessamment répétés d'un ton bref et sifflant, il s'alarma comme moi, et voulut parler à Alison, l'interroger, la calmer à son tour; mais elle ne lui répondait plus que par des paroles incohérentes, au bout desquelles revenait sans cesse ce mot fatal :
— Tu le tueras! tu le tueras!
Nous eûmes toutes les peines du monde à détacher les mains d' Alison, qui se cramponnait avec force à la rampe de l'escalier et qui ne voulait pas quitter la place où elle se trouvait.
• Son frère et moi, nous avions beau lui dire que son père la demandait, qu'un voisin pouvait passer, et que ce serait
84ft LES AMOURS DE VICTOR BONSENNE.
une chose déplorable qu'on la vît dans un pareil é tat : ni la menace de la colère de son père, qui, vous le savez, est pour elle si redoutable, ni la crainte d'un esclandre, qui en toute autre circonstance eût si profondément épouvanté Alison, rien ne put la décider ; elle n'entendait plus, elle ne comprenait plus; elle était sous l'empire d'une idée fixe qui lui ôtait complètement la conscience de ce qui se passait autour d'elle.
Enfin nous détachâmes ses mains de la rampe, et Victor put la prendre dans ses bras et l'emporter jusqu'à la porte de notre appartement sans qu'elle cessât un moment de répéter ce terrible mot :
— Tu le tueras!
Il nous fallut sonner pour entrer chez nous.
Le bruit de la sonnette avertit mon njari de notre retour, et probablement que, cédant à sa colère, il préparait à sa tille un accueil sévère, car au moment môme où Victor, portant Alison dans ses bras, entra d'un côté, M. Bonsenne parut de l'autre.
A la vue de sa fille dont le visage n'annonçait que trop l'effrayant état de folie où elle était plongée, M. Bonsenne, oubliant sa sévérité, courut vers elle ; mais Alison, l'ayant regardé un moment avec fixité, le repoussa brusquement en lui disant :
— Eh bien, je m'en irai, mon père !
Ce mot, que je ne compris pas d'abord, arrêta M. Bonsenne, et mon fils s'écria :
— T'a-t-il dit aussi qu'il te chasserait si tu avais le malheur de ne pas obéir à ses ordres comme un esclave?
— Du moins ne, lui ai-je pas dit que je l'avais chassée, dit M. Bonsenne avec emportement.
Victor déposa sa sœur sur un siège et sortit aussitôt.
Mon mari me demanda ce qui s'était passé, et moi-même, sous l'empire de mon désespoir, je ne sais pourquoi je lui répondis :
- Vous avez fait le malheur de vos enfants.
Je n'eus pas plutôt prononcé cette parole, que je le regrettai.
-Ah! vous aussi! dit M. Bonsenne; c'est bien, nous parlerons de tout cela demain.
Il rentra chez lui, et je transportai ma fille dans son lit. Elle avait une fièvre ardente, et après avoir vainement essayé de lui arracher quelques paroles, épouvantée du délire où Àlison restait plongée, je fis demander à M. Bonsenne s'il ne jugeait pas à propos que je fisse appeler le médecin.
- Savez- vous, mon ami, ce qu'il me fit répondre?
- Dites à ma femme qu'une mère si dévouée doit savoir ce qui est convenable pour sa fille.
Vous le connaissez, mon ami; vous connaissez ce caractère implacable et que rien ne peut faire fléchir précisément parce qu'il est juste, parce qu'il n'agit jamais que dans l'intérêt des siens ; parce que, pour moi, ainsi que pour ses enfants, il a toujours tout sacrifié. Sur de lui-môme, il n'admet pas qu'on puisse douter un moment de sa prudence et de sa justice, et il regarde comme une injure ou une révolte de se voir demander compte des raisons qui le font agir.
Plus tard, lorsque le malheur est arrivé, il regrette ses emportements et son inflexibilité; mais, malgré toutes ses , bonnes résolutions, il redevient le môme à la première résistance qu'il éprouve, à la première observation qu'il entend.
Ainsi donc il m'avait laissée seule avec ma fille, dont
l'état empirait sans cesse, et m'abandonnant dans Vhorrible incertitude de savoir s'il ne m'en voudrait pas d'avoir tardé à appeler des secours, ou s'il ne me/erait pas un crime d'avoir rendu un étranger témoin du délire de sa fille,
Cette incertitude était affreuse, car le délire croissait sans cesse, mais en même temps il devenait à chaque instant plus compromettant. Alison appelait son frère à son aide contre son père aussi bien que contre Léopold.
Que vous dirai-je, mon ami? ce désespoir si terrible m'a causé une épouvante qu'il faut que je vous confie. Je n'ai pas seulement tremblé parce que la vie de ma fille était en danger, mais je ne sais si la douleur que peut donner un amour perdu a ces terribles exclamations et ces larmes désespérées.
Je ne puis mieux juger les autres que par moi-môme. Assurément j'ai beaucoup aimé M. Bonsenne ; et, si à l'époque où je l'ai épousé il m'avait abandonnée pour une autre, j'en eusse éprouvé le plus vif chagrin; mais j'aurais su maintenir ma douleur dans les bornes qu'une jeune personne bien élevée ne doit jamais franchir.
Si cependant, et je parle de moi, mon ami, j'avais été assez égarée pour me fier à la parole d'un malhonnête homme, et qu'après avoir abusé de mon inexpérience il m'eût abandonnée à ma honte, oui, je le crois, j'aurais éprouvé de pareils transports de colère, de semblables tortures... je serais devenue folle comme Alison l'est devenue*..
Oh! mon Dieu! serait-ce donc là ce qui la met dans cet horrible état?... Je ne le crois pas, non, je ne puis le croire. Mais alors, qu'est-ce donc, mon ami, que toutes ces passions indomptables qui agitent et dévorent la jeunesse à présent? Nous ne voyions point de pareilles choses autrefois. Ah!
LES AMOURS DE VICTOR BONSBNME. Ml
c'est une époque fatale que celle où nous vivons ; où marchons-nous, mon Dieu? Et cependant...
Mais j'oublie que je ne vous ai point dit tout ce qui s'était passé après la réponse si dure de M. Bonsenne.
Vers nne heure du matin, voyant que mes soins ne pouvaient rien contre le mal effrayant qui tenait Alison, j'envoyai chercher un médecin. Le nôtre n'était point chez lui.
Au risque de tous les reproches de M. Bonsenne, j'étais décidée à avoir recours à quelqu'un, et je fis demander un médecin qui demeure en face de notre maison, rue de Provence, n» S, et qu'on nommait M. Requillet.
H se hâta de venir-, il s'approcha du lit de ma fille, et après l'avoir assez longuement examinée, il me demanda à quelle cause j'attribuais l'état où il la trouvait.
J'allais répondre et répondre la vérité, lorsque M. Bonsenne, qui s'était glissé à mon insu dans la chambre d'Alison derrière le médecin, m'arrêta en disant :
— Il suffit, monsieur, que vous jugiez de son état sans qu'il soit nécessaire de vous en dire la cause.
Il faut vous dire, mon ami, que ce M. Requillet est un homme d'un aspecftrès-doux et qui me parut très-facile à intimider; mais, à mon grand étonnement, il fronça le sourcil, et à cette observation de mon mari qui le regarda fixement, il lui dit :
— Qui êtes-vous, monsieur^
— Je suis le maître de cette maison, je suis le père de la malade.
— Pourquoi m'avez-vous fait appeler?
— Pour lui donner vos soins.
— En ce cas, il est nécessaire que je sache à quelle cause je dois attribuer raisonnablement l'état presque fâcheux où je la trouve.
— Quand un malade a une fluxion de poitrine, reprit sèchement mon mari, il n'importe pas qu'il Fait prise en voiture ou à pied, au soleil ou à l'ombre.
M. Requillet se détourna de mon mari, et me dit : • — J'ai l'honneur de vous saluer, madame, je n'ai rien à faire ici.
J'étais outrée, et je m'écriai :
— Mais, monsieur, si ma fille est en danger, vous ne pouvez pas l'abandonner !
— Mais, madame, cornue elle n'est pas en état de me répondre, et que son père, qui est le maître de votre maison, trouve inutile que j'interroge, je m'en vais.
— Arrêtez, m'écriai-je.
Mon mari frappa du pied avec impatience. Je pris M. Requillet par les mains, je l'implorai.
— Mais enfin, il doit y avoir quelque chose à faire ; parlez, monsieur, parlez.
— Parlez vous-même, me dit-il : depuis quand votre fille est-elle dans cet état?
— Depuis deux heures...
— Comment cela lui est-il arrivé?
Pardonnez-moi, mon ami, mais je rencontrai le regard
de mon mari, et je me tus.
M. Requillet garda un moment le silence. Je vis une indignation cruelle se peindre dans ses yeux.
— Vous n'êtes pas la mère de celte demoiselle ? dit-il.
— Mais... lui dis-je, je suis sa mère.
— Sa mère! reprit-il, sa mère qui n'ose pas répondre près du lit de sa fille mourante... allons donc î
Il se détourna avec dédain et s'éloigna.
— Mourante! m'écriai-je, elle, Alison? Restez, monsieur, restez ! je vous dirai tout.
— Mourante? répéta M. Bonsenne en Rapprochant d'Alison. Ce n'est pas possible... Mourante pour un chagrin d'amour...
M. Requillet ne lui répondit pas et me prit à part.
— Voyons, me dit-il, que lui est-il arrivé ?
-» Monsieur, fit M. Bonsenne brusquement, elle croit savoir... elle sait que la personne... enfin elle a un chagrin...
— Je ne vous interroge pas, monsieur, lui répliqua le médecin fort durement.
— Monsieur ! s'écria mon mari, sortez !
— Eh bien non, m'écriai-je exaspérée... Non, c'est une indignité. Vous êtes près du lit de votre fille, et sans pitié pour elle, sans pitié pour moi, vous refusez ^ celui qui peut la sauver les moyens de le faire! Eh bien, en voilà assez de votre tyrannie, et vous avez raison... la mère suit l'exemple des enfants : elle se révolte.
Mon mari était absorbé... il me regarda avec un étonnement stupide : il ne comprenait pas où j'avais pris ce courage.
— 11 faut donc que je cède ! murmura- t-il sourdement. Hélas! mon ami, c'était là tout le motif de l'apparente
cruauté de M. Bonsenne, l'idée de céder, la pensée de se démettre un moment de l'autorité absolue et indiscutable sans laquelle, dit-il toujours, il n'y a plus de famille.
Je ne puis vous dire le regard de dédain avec lequel M. Requillet accueillit cette phrase de mon mari.
— C'est dur, reprit-il sèchement, c'est dur pour un républicain qui s'est fait royaliste en haine de Napoléon, de permettre qu'à côté de lui vive un fils qui ose avoir une pensée sans son ordre !... c'est affreux de penser qu'il a une femme qui s'imagine qu'elle a le droit de sauver sa fille!
— Mais qui étes-vous donc, s'écria mon mari, vous qui osez me parler ainsi?
— Je suis un homme qui, aujourd'hui, au bas d'nne lettre que vous avez adressée à une jeune fille, a mis bes mots : « L'homme qni a écrit cette lettre est un bourreau ou un crétin! »
— Monsieur!... fit M. Bonsenne en s' emparant d'une canne.
— Je ne croyais pas avoir si bien jugé, répliqua M. Requillet en courant vers le lit d'Alison.
A ce moment la pauvre enfant se tordait dans d'affreuses convulsions en s1 écriant :
— Grâce, mon père!... grâce!... grâce!
— 0 mon Dieu ! s'écria tout à coup M. Bonsenne en tombant sur un siège, je suis donc fou !
Je ne {mis vous dire ce qu'il fit pendant quelques instants; le docteur, la bonne qui était accourue, et moi, nous avions toutes les peines du monde à contenir Alison.
Le docteur demanda diverses choses... comme de l'eau... de l'éther... ce fut M. Bonsenne qui les apporta, qui courut les chercher. Jamais enfant craintif et soumis n'a obéi avec cet empressement. Mais il y avait quelque chose d'effrayant dans cette obéissance : on eût dit un idiot qui exécute des ordres sans les comprendre.
Une demi-heure se passa ainsi, pendant laquelle, le médecin saigna Alison aux deux bras.
Enfin l'agitation se calma, le délire s'affaiblit, et nous pûmes, pour ainsi dire, nous reconnaître. Le docteur me dit qu'il ne quitterait point le chevet d'Alison jusqu'à ce qu'il fût assuré de l'effet de ses deux saignées.
Je le remerciai, et je me tournai vers mon mari pour l'examiner; maïs il n'était déjà plus clans la chambre.
LIS AMOURS DE VICTOR BOflSENHB. US
Je parcourus l'appartement pouf chercher mon mari ; je le trouvai danô son cabinet : je voulus lui parler, il m'arrêta :
- J'ai eu tort, me dit-il froidement; mais vous fie supposez pas que je veuille revoir en face l'hoituhe qui a pti me dire ce que m'a dit ce médecin.
- Mais, lui répondis-je toute tremblante, il compte passer ici le reste de la nuit*
- C'est son devoir, repartit mon mari, en préàence d'un danger pareil à celui qu'il nous a déclaré.
Je demeurai silencieuse; j'espérais un mot d'affection et d'amitié ; M. Bonsenne ne me dit rien.
Je me décidai à aborder la première la question de notre querelle.
- J'espère^ lui dis-je, que vous avez oublié les paroles qui m'ont échappé dans un moment de violence?
M. Bonsenne me parut attendri de ma démarche, il sourit tristement, et me répondit :
- Souhaitez plutôt que je m'en souvienne.
- Gomment? m'écriai- j&
- Oui, reprit-il ; peut-être qu'en me rappelant jusqu'à quelle irritation j'ai pu pousser l'àme la plus soumise, là tendresse la plus dévouée, peut-être me tiendrai-je eh garde contre cette inflexible volonté qui vous a paru si dure.
- Eh bieit, mon ami, lui dis-je> voulant profiter de ce bon moment pour nous tous ; eh bien, lorsque vous êtes indulgent pour moi, ne le serez-vous p^s aussi polir vos enfants ?
La figure de mon mari se rembrunit, et il me répondit :
- S'ils sont malheureux, ils souffrent la peine de leur désobéissance.
Je voulus faire une observation.
— Vous savez, lui dis-je, que la pauvre Alison... Il m'interrompit en me disant :
— Mais, enfin, que s'est-il passé pour qu'elle soit rentrée dans cet état?
Je lui racontai de point en point tout ce que je viens de vous dire.
— Elle était donc entrée? me demanda-t-il.
— Je dois le croire, puisqu'elle s'est écriée qu'on l'avait chassée.
A cette parole il se leva, se mit à marcher vivement dans là chambre :
— Et elle a dit à Victor : « Tu le tueras? »
— Elle ne faisait que répéter ce mot.
— Qu'ont-ils donc pu lui dire? fit-il en s 'arrêtant.
— Et Victor, repris-je, a pris un rendez-vous avec Léopold pour un duel.
— Qui n'aura pas lieu... je ne le veux pas... non certes.,. Il se remit à marcher avec activité, en disant :
— Il serait en effet honorable pour moi que mon meilleur ami m'eût confié la vie de son fils pour que je le fisse tuer par le mien, parce qu'il n'a pas voulu épouser ma fille ! Non, non, ce ne sera pas...
— Un avertissement à Victor, un conseil de son père...
— Un conseil!... un avertissement!. me dit-il brusquement. Victor ne recevra de moi qu'un ordre, un ordre formel.
— Peut-être qu'avec un peu de douceur...
— Assez, me dit-il, assez... Victor m'a désobéi pour me désobéir; il ne devait plus penser à Charistie; il ne devait plus y penser,.. C'était sa conviction aussi bien que la mienne.
LES AMOUftS DE VICTOR *0N$EA'NE. $b1
S'il m'eût désobéi parce que son amour lui eût fait méconnaître la justice de mon opposition à leur mariage, je lui pardonnerais. La passion est aveugle, insensée; on excuse les fous. Mais Victor, ajouta-t-il amèrement, s'est montré plus que raisonnable dans cette circonstance. Il ne lui a pas fallu longtemps pour qu'il se décidât à abandonner ses projets d'union avec Charistie II n'a pas même hésité un moment.
Et lorsqu'il a eu tant de bon gens, il vient se mêler de ce que je veux faire de cette jeune fille; et pourquoi? pour contrôler mes actions, pour m'imputer dans sa pensée une infamie. Non... non... avant de se faire le juge de son père, M. Victor devrait penser à s'apprécier lui-même.
— Vous avez raison, lui dis-je; mais il est jeune, amoureux.
— Non, te dis-je, reprit mon mari avec amertume, il n'a pas même cette excuse, il n'a pas eu un boa mouvement pour sauver l'infortunée Charistie. Il n'en veut pas... mais son orgueil se révolte à la pensée qu'un autre peut l'obtenir.
— Mais, cet autre aimait votre tille !
— Si Léopold pensait un seul mot de ce qu'il a écrit à Charistie, il vaudrait mille fois mieux que Victor.
— Mais, enfin, le laisserez-vous épouser cette malheureuse?
— Ce n'est plus mon affaire; on ne le trompe pas.
— Mais, d'après ce que vous me dites, il la trompe.
— Je n'y puis plus rien, m'a répondu mon mari ; n'en parlons plus.
J'aurais bien voulu pénétrer ce secret, mais mon mari me pria de retourner près de ma Cille. D'un autre côté, j'avaifi hâte de la voir, car il me semblait entendre du bruit dans sa chambre ; j'y retournai .
*6S LES 4MQUKS PBSyIGTOY BûNSENNB.
Son agitation recommençait, npis elle n'avait plus ci (Jélire qui l'empêchait de reconnaître ceux qui étaient prèf d'elle.
Mon retour ne la calma point, il parut seulement donne] une autre direction à ses idées.
On eût dit que pendant mon absence elle avait commencé à confier 311 docteur les détails de la scène qui devait avoii eu lieu chez Charistie; mais à peine eua-je mis le pied dans la chambre, qu'elle se cacha vivement en disant :
— Voici, ma mère, elle ne doit rien savoir de ce secret.
Puis, un moment après, et comme si je n'avais pas été là, elle se prit & supplier le docteur de ne point me dire ce qu'elle lui avait raconté.
Pendant près d'une heure que dura cette nouvelle scène de délire, sa pensée demeura constamment fixée sur la craiate de me voir apprendre ce qui s'était passé obez Charistie.
Du reste, ce qui m 'alarme dans l'état de ma malheureuse enfant, ce sont ces intervalles de repos et de raison; c'est, lorsque sa folie éclate, la fixité de sa pensée, une fois qu'elle a prononcé une première parole.
Cependant m'imaginant qu'elle avait pu apprendre quelque chose à M. Rëquillet pendant mon absence, d'un autre côté, supposant que le docteur savait par lui-même beaucoup de choses (et ce qu'il avait dit à M. Bonsenne relativement à une certaine lettre me donnait le droit de le croire), blessée au fond du mystère que mon mari me faisait, j'interrogeai M. Rëquillet sur ce qu'il avait pu apprendre soit de Charistie, soit d'Alison ; mais contre mon attente, je le trouvai impénétrable , et ce qu'il y a de plus étrange c'est que cet homme qui avait demandé à mon mari, et d'une façon assez formelle, la cause de l'état oti se trouvait Ali**;
LES AMOURS DE VICTOR RONftSNNB. 35*
ce qu'il y eut de plus étrange, dis-je, c'est que, lorsque je voulus lui donner les explications qu'il avait semblé si désireux d'obtenir, il refusa pour ainsi dire de m'écouter par ces mots qu'il me répéta trois ou quatre fois :
— Je sais tout cela, je sais tout cela.
Et comme je voulais encore continuer, il m'interrompit formellement en me disant :
— Non-seulement je sais tout cela , mais il ne me convient pas d'en apprendre davantage.
Le jour venu, notre médecin, que j'avais envoyé chei^ cher , comme vous le savez, est venu à la maison. 11 a eu un moment d'entretien particulier avec le docteur Requillet, qui s'est retiré immédiatement, et depuis ce moment je suis près du lit de ma fille dont la raison ne revient pas, sans nouvelles de mon tils chez qui j'ai envoyé et qui n'était pas chez lui, et abandonnée de mon mari qui est sorti de très-grand matin sans avoir dit à personne pourquoi il sortait.
Déjà la moitié de la journée s'est passée, l'état d'Alison ne s'améliore pas. Je ne sais comment apprendre ce qu'est devenu Victor; mon mari n'est point revenu.
C'est à. vous que je m'adresse, mon ami ; venez, je vous en supplie: vous avez sur M. Bons&one le pouvoir d'un véritable ami et d'un homme d'expérience et d'esprit. Vous a'êtes pas de ceux à- qui il peut imposer ses volontés sans permettre qu'on les discute. Voyez-le, interrogez-le, apprenez de lui la vérité.
Je ne suis point initiée aux secrets de mon mari*, je ne suis peut-être poipt $ la hjauteur dçs idées qu'il se fait pour l'avenir de ses enfants; mais tout ce que je sais, c'est que moaftts est chassé de la maison de son père, c'est que ma Ûte est mourante , c'est que tout est malheur et désolation
autour de moi, et que dans mon faible jugement de femme, il m'est permis de douter de la sagesse de celui qui a eu si peu de ^prévoyance, ou qui, s'il a prévu les sentiments de ses enfants, s'est imaginé qu'il les ferait plier par un ordre ou par un avertissement. Il n'a fait que leur briser le cœur, voilà tout ; fasse Dieu qu'il n'ait fait entrer que le malheur dans notre maison!
Victor a précisément le caractère de son père, il porte la même obstination dans ce qu'il croit être son droit; s'il trouve son père injuste, il se révoltera,- et Dieu sait où la révolte pourra le conduire.
Venez donc voir mon mari, mon cher M7 Meylan ; éclairez-le sur le résultat probable de ses résolutions implacables. Ramenez-le à ces sentiments d'indulgence et de modération qui préviennent plus de fautes qu'une rigidité peut-être trop vertueuse.
Soyez le protecteur de mes enfants, soyez le mien; car, vous le savez, depuis bien longtemps, ce n'est plus que par eux et pour eux que je vis. Je compte sur votre amitié; elle est bonne et tendre comme celle d'un homme qui a beaucoup aimé, et qui a trouvé dans ce que mon mari appelle de cruelles erreurs cette délicatesse qui sait toucher au cœur qui souffre sans le blesser, • Votre vieille amie,
HÉLÈNE BONSENNE.