‹ Les amours des anges, et les mélodies irlandaisesChapitre 20 sur 48 · MELODIE XVIII · texte numérisé non relu

MELODIE XVIII

Oh ! ne crois pas que mon esprit soit toujours aussi joyeux, aussi affranchi d'angoisses ! N'espère pas que le sourire rayonnant de ce soir reviendra demain éclairer mon front !

Non, la vie est une dissipation de quelques heures fatigantes que la rose du plaisir vient rarement orner: le coeur qui respire, avec le plus d'ivresse , le parfum des fleurs , est toujours le premier que déchirent les épines!

Mais faisons circuler la coupe, et soyons heureux un moment. Puissions-nous dans notre pèlerinage ici bas, ne rencontrer jamais que les pleurs que la jouissance peut dorer d'un sourire , et les sourires qu'une tendre pitié peut convertir en larmes !

Dieu seul sait combien la trame de notre vie serait sombre , si elle n'était entremêlée d'amitié et d'amour ; et quand ces biens cesseront d'être chers à mon ame , puisse -je ne pas leur survivre longtemps !

Ceux qui ont aimé les êtres les plus tendres , les plus purs , ont eu trop souvent à pleurer l'illusion qu'ils avaient chérie -, et le cœur qui s'est endormi sur la foi de l'amitié la plus sincère , est trop heureux s'il n'a jamais été trahi.

Mais, faisons circuler la coupe. Tant qu'un reste de vérité subsistera dans l'homme, ou dans la femme, je demanderai au ciel que le brillant soleil de l'Amour puisse éclairer notre jeunesse , et la douce lumière de l'Amitié consoler notre déclin !

MELODIE XIX

LA VALLÉE D'OVOCA,

ou LA RENCONTRE DES EAUX (1).

Il n'y a pas, dans ce monde immense, une vallée si délicieuse, que la vallée dans le sein de laquelle les eaux brillantes se réunissent. Oh! les derniers rayons du sentiment et de la vie , s'effaceront de mon cœur avant qu'il perde le souvenir de cette contrée fleurie !

Cependant ce n'était pas parce que la nature avait

(1) « La rencontre des eaux » forme une partie du délicieux paysa ge qui s'étend entre Rathdruro et Arklow, dans le comté de Wicklow ; et ces vers me furent inspirés par une excursion que je fis, dans cette romantique contrée , pendant l'été de 1807.

répandu avec profusion , sous ces frais ombrages , son cristal le plus pur , et sa verdure la plus brillante ; ce n' était pas la douce magie des eaux ou des collines j oh! non, c'était quelque chose encore plus ravissant!

C'était les amis , les bien-aimés de mon ame , qui , près de moi , me rendaient plus chers ces lieux enchanteurs } c'était eux, qui me faisaient sentir combien les plus beaux charmes de la Nature gagnent à être réfléchis par les regards de ce qu'on aime.

Douce vallée d'Ovoca ! combien j'aimerais à reposer dans ton sein ombragé , avec les amis que je chéris le plus , lorsque cesseront les tempêtes qui nous assiègent dans ce monde glacé, et que nos cœurs, comme tes eaux(i), se confondront dans le repos !

(1) Les rivières d'Avon et d'Ovoca.

N'oublions pas le champ de bataille où périrent les plus fidèles et les derniers des braves.

Ils tombèrent tous ! la brillante espérance que nous avions cbérie , disparut avec eux, et s'éteignit dans leur tombeau !

Oh ! si nous pouvions arracher à la Mort ces cœurs palpitans, pour livrer encore une fois à la face du ciel, le combat de la Liberté !

Si la chaîne que la Tyrannie riva autour de nous, pouvait alors se briser un instant 5 oh! ni l'Homme, ni les Cieux ne la refermeraient !

Mais l'heure est passée! Quoique le nom de notre \ainqueur puisse vivre dans l'Histoire, maudite soit la marche du conquérant qui foule aux pieds des cœurs nobles et libres!

Oh ! bien plus cher que les trophées de tous ceux qui se sont élevés à la gloire sur les ruines de la Liberté, est la tombe, ou la prison, illustrée du nom d'un patriote !

MELODIE XXI

Viens avec moi sur la mer, oh ! jeune fille ! Sois ma compagne, quand le soleil brille, quand l'orage gronde, ou lorsque la neige tombe sur les flots !

Les saisons changent et se succèdent, mais l'ame fidèle brûle du même feu sous tous les climats.

Qu'importent les menaces du Sort, si j'ai ton Amour, si nous sommes unis! La vie est près de toi, la mort où tu n'es pas- Viens donc avec moi sur la mer azurée ; oh ! jeune fille , viens, que les vents indomptés nous dirigent !

Les saisons changent et se succèdent , mais l'ame fidèle brûle du même feu sous tous les climats.

L'Océan fut créé pour les âmes libres , la Terre pour les cours et les chaînes! Ici, nous sommes esclaves , mais sur les vagues , l'Amour et la Liberté

l3o MÉLODIES

sont à nous! Nul œil ne nous épie , nulle langue ne nous trahit ; la Terre est oubliée , le Ciel nous environne.

Oh! viens avec moi sur la mer, jeune fille! Viens, que les vents indomptés nous conduisent!

Les saisons changent et se succèdent; mais Famé fidèle brûle du même feu sous tous les climats.

IRLANDAISES. , l3]

MELODIE XXII

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