L'ADIEU
Adieu ! mais quand vous célébrerez l'heure qui éveille les chants nocturnes de la joie dans vos bosquets, oh ! pensez à l'ami qui jadis la célébra aussi, et qui oublia ses chagrins pour être heureux avec vous !
Ses chagrins peuvent revenir, une seule espérance peut ne pas lui rester, de celles qui ont brillante son sentier de douleur 5 mais il n'oubliera jamais la vision passagère qui répandit ses enchantemens autour de lui , s'arrêtant près de vous !
Quand, vers le soir , le plaisir fait pétiller et les coeurs et les coupes, quelque part que se dirige mon sentier, qu'il soit sombre ou brillant, mon ame , heureux Amis , sera encore avec vous , s'unira à vos plaisirs, à vos jeux, à vos joies, et reviendra vers moi toute rayonnante de vos sourires! Trop heureux si elle me dit, qu'au milieu du joyeux
banquet , une voix tendre a murmuré : Ali ! que n'est-il ici !
Que le Sort se déchaîne-, il est des reliques de joie , de brillans rêves du passé, qu'il ne peut pas détruire, et qui viennent, à travers la nuit des chagrins et des soucis, ramener l'expression du bonheur.
Long-temps, long-temps mon cœur sera rempli de ces doux souvenirs , semblable au vase dans lequel on a distillé des roses : on peut briser, on peut détruire le vase, mais le parfum des roses s'attache encore à ses débris I
Garder ton souvenir ! ah ! tant que la vie fera palpiter mon cœur , il n'oubliera pas la Patrie délaissée, plus chérie et plus belle dans ses douleurs, sa tristesse et ses orages, que le reste du monde aux heures où brille le soleil!
Si tu étais tout ce que je te désire, grande, libre, et glorieuse, première fleur de la terre et diamant de la mer, je pourrais te chanter d'un coeur plus fier et plus heureux ; mais pourrais-je jamais t'aimer plus profondément qu'à présent ?
Non, non; les chaînes qui empêchent ton sang de circuler,' ne font que te rendre plus chère à tes fils , qui , semblables aux enfans de l'oiseau du désert , s'enivrent d'amour dans chaque goutte de sang qui coule de ton sein.
MELODIE XVI
Oh ! si nous avions, toute à nous, quelque petite iie brillante, lointaine et isolée, au milieu d'un Océan d'azur, échauffé par les feux de l'Été , où jamais une feuille ne meurt dans les bocages toujours fleuris 5 où l'abeille puise toute l'année dans le calice des fleurs ; où le soleil se plait à s'arrêter; où la nuit ne caclie le jour que sous un voile transparent; où sentir seulement que nous respirons , que nous vivons, vaut mieux que toutes les joies que la vie offre ailleurs !
Là , d?une ame aussi pure , aussi ardente que le climat, nous aimerions comme on aimait dans l'âge d'or.
L'éclat du soleil , l'air embaumé , se glisseraient dans nos cœurs et y appelleraient le printemps. Notre amour serait aussi immortel que nos bocages ; l'Espérance, comme l'abeille, se nourrirait toujours de fleurs fraîches écloses 5 notre vie ressemblerait à un long jour de lumière, et la Mort descendrait sur nous, rêveuse et calme, comme la nuit.
MELODIE XVII
LA VENGEANCE DES FILS D'USNA (i).
Brillant et vengeur tombe le glaive léger d"Éa sur celui qui a trahi les braves fils d'Usna !
(1) Les paroles de ce chant m'ont e'té inspirées par l'ancienne histoire irlandaise, nommée Deirdri, ou le sort lamentable des fils d' Usna , qui a été traduite littéralement de la langue gallique par M. O'flanagan (voyez le premier volume des Transactions de la Société gallique de Dublin ) , et sur laquelle il paraît que la Darthula de Macpherson est aussi fondée. La trahison de Conor , roi d'TJlster , en faisant mourir les trois fils d'Usna , fut la cause d'une guerre de désolation contre Ulster, qui se termina à la destruction d'Eman.
« Cette histoire ( dit M. O'flanagan ) est célèbre depuis un temps immémorial , comme l'une des trois histoires tragiques des Irlandais , qui sont : i° La Mort des Enfans de Touran; 20 la Mort des Enfans de Lear; et 5° celle-ci, la Mort des Enfans d'Usna , qui est une histoire milésienne. » Voyez ci-après la Ballade fondée sur l'histoire des enfans de Lear ou Lir , « Silence , oh moyle ! »
En expiation de chaque larme qu'il a fait verser à nos tendres compagnes, une goutte du sang arraché à son cœur baignera notre glaive.
Par le nuage rougeàtre qui descendit sur la sombre demeure de Conor (i), lorsque les trois champions d'Ulad (2) dormaient, baignés de sang ! Par les vagues de la guerre qui ont si souvent porté ces héros au rivage de la victoire !
Nous jurons de les venger ! Aucune joie ne sera goûtée, la harpe sera muette, la vierge sans époux, nos salles seront désertes, et nos champs stériles, jusqu'à ce que notre vengeance s'appesantisse sur la tête du meurtrier !
Oui , Monarque ! doux sont les souvenirs de la patrie, douces sont les larmes que la tendresse fait couler ] douces sont nos amitiés, nos espérances et nos amours -, mais , mille fois plus douce encore , est la vengeance contre un Tyran !
(1) « Oh Naisi ! n'apperçois-tu pas un nuage qui flotte dans les cieux ? Je vois sur la verte Eman , une sombre nuée teinte d'un rouge de sang ! » {Chant de Deirdri.)
(2) Ulster.