MELODIE XXIII
LE CHANT DE FIONNUALA (i).
Silence, ô Moyle! calmez-vous, Eaux mugissantes ! et vous brises légères , ne vous éveillez pas lorsque, poussant de plaintifs murmures , la fille solitaire de Lir raconte ses douleurs à l'étoile de la nuit. Le cygne, après son doux champ de mort, repliera-t-il enfin ses ailes pour s'endormir dans les ténèbres ?
(1) Pour rendre cette histoire intelligible en chanson , il faudrait un beaucoup plus grand nombre de vers , qu'il n'est permis d'en infliger à la fois à ses auditeurs. Il faut donc que le lecteur se contente d'apprendre que Fionnuala , fille de Lir , fut métamorphosée en cygne par quelque puissance surnaturelle , et condamnée à errer , pendant plusieurs centaines d'années , sur certains lacs et certaines rivières d'Irlande , jusqu'à la venue du Christianisme ; le premier son de la cloche de la messe devait être le signal de sa délivrance. — J'ai trouvé cette gracieuse fiction parmi quelques traductions manuscrites de la langue irlandaise qui avaient été commencées sous la direction de cette amie éclairée de l'Irlande, la défunte comtesse de Moira.
Quand la douce cloche du Ciel somiera-t-elle pour rappeler mon ame de ce monde orageux ?
Le Destin m'a condamnée, depuis bien des siècles, à languir tristement sur tes vagues d'hiver , ô Moyle! Et cependant Erin dort encore, plongée dans les mêmes ténèbres ; la pure lumière tarde encore à paraître !
Quand cet astre du jour , se levant par degrés , échauffera-t-il notre île de paix et d'amour? Quand la douce cloche du Ciel appellera-t-elle mon ame aux plaines éthérées ?
MELODIE XXIV
Faisons circuler la Coupe ; laissons aux prétendus sages et aux sots raisonneurs les disputes de croyance. Ce moment est une fleur, trop fragile, et trop belle, pour être flétrie et souillée parla poussière des écoles. Votre verre peut être pourpre , le mien peut être bleu 5 mais lorsqu'ils sont remplis de la même liqueur brillante , l'insensé qui querellerait sur leur différence de teintes , ne mérite pas la joie qu'ils répandent dans l'âme.
Demanderai-je au brave soldat qui combat à mes côtés pour la cause du genre liumain , si nos croyances s'accordent? Abandonnerai-je l'ami que j'ai apprécié , éprouvé , s'il ne s'agenouille pas devant le même autel que moi ? M'enfuierai-je loin de la jeune lié rétique qui captive mon ame , pour chercher ailleurs un baiser plus orthodoxe ? Non ! périssent et les coeurs et les lois qui citent à un pareil tribunal la Franchise , la Valeur et l'Amour l
MELODIE XXV