LA BELLE KATHLEEN
Près de ce lac dont le sombre rivage n'a jamais répété le doux chant de l'alouette (2), où la roche escarpée s'élance dans les airs, saint Kevin, jeune alors , fut chercher le sommeil. « Ici du moins , se dit-il avec calme , aucune femme ne troublera mon repos. » Ah ! le bon saint connaissait peu ce sexe rusé , et tout ce qu'il peut entreprendre.
( 1) Cette ballade est fondée sur une des nombreuses histoires qu'on raconte de saint Kevin , dont on montre encore la couche creuséedans le rocher à Glendalough, un des sites les plus sauvages et les plus romantiques du comté de Wicklow.
(2) Il existe sur ce lac plusieurs autres traditions curieuses qui se trouvent dans Giraldus , Colgan, etc.
Il fuyait les yeux de Kathleen, ces yeux d'un bleu qui n'était rien moins que céleste! elle l'avait aimé tendrement et long-temps , désirant qu'il fût tout à elle, sans penser faire mal. En quelque lieu que le Saint pût s'enfuir , il entendait bientôt son pas léger derrière lui ; soit qu'il se dirigeât vers l'Orient ou vers l'Occident, les yeux de Kathleen brillaient encore devant lui.
Couché sur la roche escarpée , il dort enfin paisiblement, rêvant des cieux, et sûr que là, du moins, les sourires d'une femme ne le poursuivront pas. Mais, ni le ciel, ni la terre ne sont affranchis du pouvoir de celle qui aime. A ce moment même, tandis qu'il sommeille dans le calme, Kathleen pleure courbée sur lui .
Intrépide, elle a suivi ses pas jusqu'à ce lieu sauvage et désolé , et lorsque le matin vint frapper ses regards, il rencontra aussi les doux veux de Kathleen. Ah! ces Saints ont un cœur trop cruel ! furieux , de sa couche il se lève , et d'un choc impétueux , la précipite du haut de la roche recourbée.
Glendalough! tes sombres vagues furent le tombeau de la belle Kathleen ; bientôt le Saint ( hélas trop tard ! ) complet son amour, et gémit sur son
Ij8 MÉLODIES
sort. « Puisse son ame , dit-il, reposer dans les Cieux ! » Alors une douce musique sortit du sein du Lac $ et l'on vit son ombre souriante glisser sur l'onde fatale!
MELODIE XLIX
CHANT SACRÉ (i).
O Dieu , vie et lumière de ce monde merveilleux ! l'éclat du jour , le sourire des nuits , sont tes émanations. De quelque côté que nous tournions nos regards , partout ta gloire étincelle , et tout ce qui est beau et brillant vient de toi !
Quand le Jour lance un rayon d'adieu, entre les nuages du soir, au milieu desquels il aime à s'arrêter, lorsque d'autres cieux nous apparaissent à travers ces portiques dorés, ces teintes si douces, si radieuses , qui marquent le déclin du Soleil , émanent de toi , Seigneur !
(1) « Le jour est à toi ; la nuit aussi est à toi : tu as préparé la lumière et le soleil.
» Tu as posé toutes les limites de la terre ; tu as fait l'hiver et l'été. » (Psaume lxxiv , v. i G. 17.)
Quand la nuit aux ailes noires et parsemées d'étoiles, obscurcit la terre et le ciel, semblable au bel oiseau dont le sombre plumage étincèle d'yeux innombrables ; cette sainte obscurité , ces feux divins, imposans, infinis, émanent de toi , ô Seigneur !
Quand le Printemps , toujours jeune, exhale ses parfums, ton esprit écnaufFe ses soupirs embaumés^ et chaque fleur qui couronne l'Été, est née sous ton oeil lumineux. De quelque côté que nous tournions nos regards , partout ta gloire étincelle , tout ce qui est beau et brillant émane de toi !